DES ÉVANGILES
que nous étaLlissons en ce moment clemeureioit incbranlable. Mais pourcjiioi nous arrêter à prouver ce qui est plus éclatant que le soleil? On eût donc \oulu bannir en quelque sorte (Je la société clirétiennc Jésus-Clirist qui en est le fondateur, comme on eût voulu bannir de i iini\ers le ^raîjd Dieu qui Ta créé. Les erreurs se tiennent comme les vérités* une foi^ (pi'on est ton;bé dans les ténèbres de l'athéisme, l'intelligence s'obsciu:cit, le goût de la ^é^ité s'éteint, peu à peu on se fan.iliaiise avec ce qu il y a de plus bizarre, l'csiJiit perd insen^djlement toute pudevu-- ^iolaut jus(ju'aux bienséances du meuironge, on linil par déijiter sans aucune retenue, et presque sans s'en apercevoir, les j)lus folles erreurs; et les malheureux qui ari•i^ent à ce degré de cynisme sont les seuls à ne pas rougir de leur monstrueuse singularité.
Mais où se tromc l'histoire de Jésus- CluistV dans nos E\angiles; mais ces E^angiles ont-ihi été réellement conqiosés par ses apôtres et ses disciples, saint Matthievi, saint Marc, saint Luc et saint Jean, dont ils portent les noms, ou, j)Our parler le langage de
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la critique, nos Evarji^iks sont-ils autiienli-" qiics? c est ma seconde question. ^
Je m'adresse à un incrédule , ci je lui dis : Est-il dans rantiqidté des ouvrages dont l'autlienticilë [)uisse être établie par des preuves capables d'entraîner tout homme qui ne A oudra pas se livrer au pyrrhonisme le plus
itré? jNe reiiarderiez-\ous pas comme un
pai
oi
insensé quiconque oseroit contester à Démostîiènes, à Cicéron, à César, les œuvres qui portent leur nom? Gomment fut accueilli dans le monde savant et littéraire le fameux Père Hardouin , lorsqu'il essaya, contre, la foi de tous les siècles, d'enlever à \irgile la gloire d'avoir composé l'Enéide? Yous rougiriez de vous faille le disciple de cet érudit à paradoxes, encore qu'il ait su les appuyer de raisons apparentes. EIi bien ! ce seroit réellement se jeter dans des écarts semblables que de contester aux disciples de Jésus -Christ les livres que révèrent sous leur nom toutes les églises chrétiennes. Que peut exiger ici la critique la plus sévère? Youlez-vous que l'authenticité de nos EvangUes soit appuyée sur une tradition iiniver-
DES iVANGILEJy. 2^jl
s^ello, immémoriale et même écrite, des sociétés ciirétieriiies? \oulcz-\oiis qu'elle soit appuyée sur les aveux de ceux-là mêmes qui de\oiciit être les eruiemis naturels de ces livres? \oidez-vous enfin qu'elle soit a[)- })uyée sur l'impossibilité d'assigner une épo- ([ue oii ils auroi* nt pu avec succès être svipjiObés p,ar un iniposteur? Certes voilà Lien do (pioi eout: nier l esprit le plus diiRede: et ([uel est rou\rn^;(î de l'antiquité profane «pri réiniisse en sa laveur des caractères si nombreux, si éelatans d'autbenticiié? Ce sont là pourtant les titres qvii assurent celle de nos quatre EvauL-iies.
J'ai dit qu\'lle étolt appuyée snr la tra- (lilioji constante, immémoriale, des sociétés chrétiennes. Interrogez les peuples chrétiens répandus sur la surface de la terre, demandez-leur où iiont les titres de lem- origine, de leur croyance, de leur morale, do leur culte: vous les trouverez bien (u\isés sur quelcpies points de doctrine ou de disci[)line; n:ais tous se réunirorrt pour \oiis })résenter les qiiatrc E\angiles ccmm.e le ibndement de leur religion. Et combien cet accord n'est- il pas frappant! En eftét
2o2 DE I^'aUTORIT^
il ne s'ai^it point de livres qui ne tiennent à rien, qui n'ont aucune liaison avec les dogmes religieux, avec les rèi^^îes des mœurs, et qui [)ar là même n'inspirent aux chrétiens qu'un médiocre intérêt* il ne s'agit pas de livres relégués dans le caînnet de quelques curieux, feuilletés seulement d'un petit nombre d'amateurs, et qui n'ont pas une très-grande ])id3licité; il ne s'agit pas de livres connus seulement par rpelques rumeurs foibles et vagues, accrédités unicpaement chez les classes ignorantes du peuple. Mais, quand on rappelle nos Evangiles, on rappelle des livres qui sont la source de la religion d'un grand nombre de nations, qui, ])ar leur importance même, ont du constamment éveiller l'attention du monde chrétien, se trouver dans les mains des classes éclairées de la société, devenir perpétuellement la règle des pasteurs des églises, être dans tous les temps discutés, examinés avec le plus grand soin et la plus grande sévérité. Comment se fer oit- il que sur de tels livres le monde chrétien tout entier se fût laissé abuser jusqu'à ce jour, et que même, dès les premiers âges plus rapprochés des faits, tant
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(îo peuples si opposés de mœurs, de lau^^aj^e, d(i climat, se fussent accordés à rci;arder comme venant des apôtres des ouMai^es rjui réellement n'en ^enoient pas?
Les incrédules sont forcés d'avouer rpie déjà dans le cours du second siècle les Evanfj;iies fpie nous avons encore ont été connus, cités, révérés, comme étant sorlis de la main même des premii.'rs discijdes de Jésus- c'est lUi fait dont nous pouvons citer dos témoins irrécusaLles. Le premier sera saint Justin, d'al^ord pliilosophc jdatonicien;il embrassa le christianisme à l'âge de trente ans. ^è au commencement du second siècle, il avoit vu, non ])as les apôtres, mais L'urs disciples immédiats. A ers l'an cent e^inqualité, il présenta une apologie pour les chrétiens aux empereurs romains, Anlonm le Pieux, Marc-Aurèle et A érus, au sénat et au ])euple. 11 nous apprend que l'usage des églises chrétiennes étoit de lire dans leurs assemhlées ces écrits des apôtres qu'on nomme llvcmiriles ; et dans cette apologie, comme dans une autre plus courte, il en cite une foule de passages que nous v lis-ons encore. Le secoiitl témoin c'est le
savant ëvéque de Lyon, saint Trcnëc, fpii , de l'Orient étoit passé dans les Gaules, qui 1 avoit été disciple de saint Polycarpo, lequel l'aNoit été lui-même de l'apôtre saint Jean; son seul témoignage est d'un poids immeiisc : or, dans son ouvrage des Hérésies (i), il dit expressément qu'il îi'y a ni plus ni moins de quatre Evangiles, et ce sont ]>récisémentnos quatre éYang€Ui:^ tes qu'il cite par leur propre nom. Cette chaîne de téraoïi/naires sur la foi du second siècle sn contimic par Tertrdlien, Clément d'Akxandrie., Origéne, ces hommes si doctes et si iiai.iles. Maintenant, Messieurs, je vous le demande, qui faut-il croire sur Fan'i riiité et l'onirine de nos Evangiles, ou hien cl un vain crilique tiu ] dix-huitième siècJe qui c]è^e dt^s doutes fri- : voles, ou ]ji'.:n de ces églises cijrétiennesqul 1 dès le second siècle professoient le respect . le plus profond pour nos Evangiles, comme | remontaiit aux a|)6tres eux-mêmes? Je vous ; prie de remarquer que FOrient et l'Occident, l'Asie mineure, la Grèce, FEgypte, l'Italie, : avoient reçu immédiatement la foi des pre-
(j) LiNre III, chapitre i, et chapiire ii, n°. 8.
tiiicrs foijdal-fîiirs du chiisliainsme : or a\ù. poiuoitîiîiciLix coursoili'oce qui rcgarooil les a poires que les ëî^iises fondées par eux? et t:i dès le second siècle tant de peujHes divers atlrlLuoientnos Evangiles aux apôtres, d'où vcnoit leur accord, eiiion de ce qu'ils Favoitnt appris de leurs prédécesseurs? c'est le second anneau d'une cliaîne qui par le ]:>renner tient au berceau même du cliristianjsme. L hérila^^e des j ères avoit été recueilli par Its enfans: il est manifeste que la croyance si ferme, si universelle, et en meine temps si incontestable du second siècle s\u^ nos Evangiles, suppose la croyance du premier.
Mais m avons -nous rien à produire de ce premier siècle? Messieuis, il ne nous en reste qu'un petit nombre décrits, et je ferai à ce sujet une observation qv.i vous paroîtra sans doute fort naturelle. Dans l'origine du christianisme, il s'agissoit svulout de le ])ropager par la prédication, bien plus que de composer des ouvrages; c'est au milieu de tous les genres de traverses et de pénis que les chefs des églises naissantes exercoient leur di\in minislèrc. Les livres sont
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le fruit du temps et du loisir; ne soyons donc pas étonnés que le premier siècle ait été moins fécond que les suivans ; mais ce qui nous en reste rend suffisamment témoiirnaae à nos Evangiles. j\ous avons deux lettres de saint Clément Romain, plusienis . de saint Ignace évéque d'Antioche, une de saint Polycarpe évéque de Smyrne et disciple de saint Jean , Tépître qui porte le nom de saint Barnabe, et qui est, sinon de lui, du moins d un écrivain apostolique; le livre du Pasteur par Hcrmas, enfin quelques fragmens de Papias, évéque d'Kiérapolis, qui nous ont été conservés par Eusè])e (i). Ce dernier nomme saint Marc et saint ^Matthieu comme ayant écrit les actions et les discours de Jésus-Christ. Quant aux autres écrivains du premier siècle, ils ont fait ce que font encore tous les jours les auteurs ascétiques et les orateurs chrétiens qui citent de mémoire les livres saints sans indiquer ni le livre particulier, ni le chapitre, ni l'écrivain sacré où ils ont puisé, et se bornent à dire: llest coit, le Seigneur a dit^
(i) Livre III, chapitre xxix.
on comme dit VlEvan^ile; mais, ce qu'il iaut I)ien remarquer, nos apolo^^isles ont extrait (le ces divers auteurs du siècle des apôtres un grand nom]jre de passages que nous lisons encore dans nos Evangiles, ou qui font uiie allusion manifeste au texte cvangélique. Que dira-t-on pour allbijjlir cette antique crovance des églises primitives, cette suite de témoignag'^s qui, commençant au premier siècle , se dcvelopj^ent avec tant d'éclat et de force dans le second et les suivans? \ oudroit-on se rejeter vaguement sur l'ignorance et la crédvdité prétendues de ces premiers âges? Un jour. Messieurs, celte >ague accusation fera le sujet d'un discours particulier; je m<3 borne aujourd'imi à quelques réilexions courtes, mais suffisantes. Savezvous ce qu'étoient dans les églises primitives un grand nombre de leurs pasteurs , de leiu's pontifes, de leurs docteurs? C'étoient des Juifs ou des païens éclairés qui avoient em- Ijrassé le cliristianisme, et qui, avant de quitter la religion de leiu's pères, avoient eu à lutter contre les préjugés de l'esprit ou les passions du cœur, dont le témoignage est d'autant j)lus irrécusal-)lc sur Fauthenticité
â88 DE l'autorité
<le nos Evaij*.>iIos, qu'ils avoiciit iiiiërct à l'examiner davantage, et qu'ils touclioient d'ailleurs à Forigine même des choses. jNous avons en main les ouvrages de beaucoup de ces clirélicns des trois premiers siècles, ouvrag'^s qui décèlent si bien le savoir de leurs auteurs, ainsi que la I^eautc de leur génie. Dira-t-on encore que les ciuéliens ne doivent pas être écoulés au sujet de leurs livres sacrés, quils sont suspects dans leur propre cause? !Mais depuis quand, dans tout ce qui regarde les lois, les mœurs, la religion, i îubtoire d'un peu [de, s'ost-on a\isé de compter pour rien le témoignage de ce peuple? Est-ce donc ainsi que l'on raisonneroit, si l'on n'étoit égaré par la haine ou>erte ou secrète que l'on a jurée au christianisme? Dans 1 liistoirc de Faiiciennc Grèce, combien de choses qui ne sont connues que par des auteurs grecs et dont néanmoins on ne doute pas! Chez le peuple romain , comJjien d'évènemens que nous crovons sur la foi des seuls historiens latins ! Ecouteroit-t-on un étranger qui, sur des faits mémorables de notre Iristoire nationale, mépriseroit tous nos monumens,
toutes
DES î:\ AZSCILFS. 289
ioules nos traditions les j.-iiis suivies et \^s nrieux liées, sons le beau prétexte que le^ Irançais ne doivent point être écoutés dans ce qui concerne leur histoire?
On demande en faveur de l'antiquité de nos Evangiles d'autres témoignages que ceux des peuples elu'étiens : on n'a pas le droit d'en exig -r. Mais nous avons de quoi salihiaire ce désir, tout capricieux , tout inju.sie qu'il est. Dès les premiers ten:ips, les liNres de la loi nom elle curent pour ennemis, et des juiFs portant aux disciples de J('sus-Cui'ist la liaine qu'ils avoient portée à \vnv maître, et des sophistes païens qui s'armoieiit contre 1 s chrétiens de toutes les ressources que pouvoient leur iournir l'esprit et le savoir. Or ont -ils jamais accusé les chrétiens de révérer, comme étant sortis ;des manis mêmes des aj)otres, les ouvrages d'un Vil faussaire? ISon , jamais semblahle accusation ne leur fut intentée. Quels ennemis plus habiles, plus rusés de la religion chrétienne que Celsc, Porphyre et Jidien? Us connoissoient fort bien nos E%angiles , ils en tiroient des argumens contre le cliri; tiamsme, ils se raiiloient de la uocUinc qu'ils n. i5
enseignent; mais il est inoni qu'ils aient élevé sur leur origine le doute le plus léger. Quel intérêt toutelbis n'a\ oient-ils pas à les présenter comme fabricpiés par un imposteur! c'étoit là le vrai moyen de saper le christianisme par ses fondemens, d'en coinrir les sectateurs d'opprobre et de mépiis, en les montrant comme un troupeau d'hommes abusés par la plus honteuse crédulité. On sait que l'empereur Julien avoit été élevé dans le christianisme, il en connoissoit l'histoire et les livres; eli bien! il a formellement avoué que nos Evangiles éioient l'ouvrage des apôtres dent ils portent encore le nom; on le voit par la manière même dont il prétendoit coml^attre la divinité de Jésus-Christ. Il disoit que ni saint Matthieu j ni saint Marc, ni saint Luc, n'en avoient parié, et que saint Jean étoit le premier qui eût osé en faire mention (1), L'argument de cet empereur sophiste étoit mauvais sans doute, mais son témoignage n'est pas moins précieux dans la question qid nous occupe. \oilà donc nos quatre
(i) Saint CjtWe d'Alexandrie, livre X.
DIZS £VANClLi:S, ^iàfl
evangélistes expressément nommes ]/ar Julien l'Apostat. 11 est glorieux, il est consolant pour les chrétiens de voir les titres les plus augustes , les plus authentiques de leur religion, le devenir en cjuelque sorte davantage par les aveux de leurs ennemis ; et lorsque les incrédules les plus fameux et les plus savans du second, troisième et quatrième siècle. Lien plus près que nous de l'origine des f;\its^ environnés de tontes les lumières qui pouvoient les écJaircr, ont reconnu l'antiquité de nos Evangiles, il sied bien à qvielques mccréans du dixhuitième siècle de s'armer contre elle des vétilles d'une critique pointilleuse, qu'ils rougiroient d'appliquer à tout autre genre d'ouvrages !
Enfin, Messieurs, et c'est ma troisième preuve de l'authenticité de nos Evangiles, point de milieu sur cette matière, ou nos Evangiles sont réellement partis de la main même des apôtres dont ils portent le nom, ou Lien ils ont été fabriqués par un faussaire q\n les a publiés et fait rcccvoii' sous le faux nom des apôtres j or cette dernière supposition est entièrement chimérique. A quelle
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époque en efFct voiuiiiez-vous faire remonter cette imposture? est -ce au temps des apôtres, ou après leur mort? je vous laisse le clioix. A oui;'z-\oio la placer durant la vie méoie des apôtres? Mais n'auroi-ntils pas réclamé contre le faussaire? mais la fraude n'auroit-elle pas é\é découverte aussitôt que tramée? mais un cri universel d'indignation ne Tauroit-il pas repoussée dans les ténèbres? Eh quoi! ces apôtres si intrépides pour la gloire de leur maître, qui pour sa doctrine bravoient tous les dangers, les soufiVances et ia mort, auroient gardé un lâche silence sur une imposture grossière qui tomboit d'elle-même par un simple désaveu! tout cela est absurde. Ainsi on est forcé de placer la fabrication de nos Evangiles après la mort des apôtres. Mais déjà nous avons vu qu'au temps de saint Justin , vers le miueu du second siècle, c'étoit l'usage dans tout le monde chrétien de lire nos Evangiles dans les assemblées religieuses; usage qui suppose que Jjien auparavant ils étoient connus et révérés. Si donc ils furent ipiaginés par un faussaire, cela dut arriver vers les commence-
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mens du second siècle. Mais 1^'S disciples imniédiats de l'apôtre saint Jean, niais les disciples des autres apôtres^ \i\ oient encore à cette ëpoqvie; mais les dédises qu'ils a\ oient formées, les é\ tapies fju'ils a\ oient laJL.^és a[)rès eux.l.s naï* ns éclairés de tontes les classées qu ils a\ oient con^erllS, étoient répandus partout; avec quelle force se seroient-ils élevés contre l'imposteiu" qui auroit voulu (Jéijiter, accréditer sous le nom des apôtres, leurs maîtres et leurs fondateurs, des liMCS de sa composition? On lui auroit dit: cciNous iivoiîs Miles apolres, nous con- )) noiisous leurs actions et leur doctrine 3 )) nos églises ont été fondées par eux, il est )) inouï quils aient laissé des écrits; par quel )> pri\ ilége en seriez-^ eus seul dépositaire? 011 )) sont vos preuves? où sont ^ os titres? Allez , )) nous respectons trop ces iiommes <li\i]]S )) à qui nous devons la lumière de la foi, le )) ])0idu«ur de corjnoîtrc Dieu et la vérité, )) pour cpiQ nous adoptions sur votre parole , )) comme sortis de leurs mains, des livres qui )) nous sont entièrement inconnus. )) Ainti, Messieurs, l'imposture eût été repoussée; et, loin do surprendre la foi des chrétiens, la
29'i i>E l'autorité
honte d'une pareille entreprise seroit re-
tomljce sur ses auteurs.
Ce n'est pas rpie dans ces premiers Ages on n'ait vu paroître de faux évangiles, et ceci va donner lieu à des ëclaircissemens qui ne ser\ii'ont cpi'à répandre un nouveau jour de vérité sur la cause cpie nous défendons. Dans ces premiers temps , quojlques pieux fidèles, par un empressement louable, mais qui pouvoit avoir des abus, se plaisoient à composer eux-mêmes des relations de tout ce qu'ils avoient appris toucliant Jésus-Christ et ses apôtres, leur doctrine, leurs discours, leurs actions, leur vie tout entière. Ces écrits , sans avoir l'autorité de ceux des apôtres, pouvoient être respectables et mériter d'être cités avec éloge ; de ce nombre étoit, Eusèbe nous l'apprend (i), l'Evangile des Hébreux : aussi a-t-on cru que saint Ignace martyr en avoit cité un passage dans une de ses Epîtres , non pas comme ^d'un livre laissé par un apôtre , mais comme d'un livre pieux. Ne voit -on pas nos écrivains et nos orateurs chrétiens citer de*
(j) Livre III ^ cliap. xxv.
DES EVANGILES. 2[p
{"yassagcs lires même des auteurs profanes, à l'exemple de saint Paul qui cita aux païens de son temps quelques maximes des poètes Aratus, Epimënide et Euripide? Outre ces livres , fruit d'un zèle trop empresse peut-être , il en est qui furent mis au jour par des novateurs mal intentionnés, et dans le dessein d'accréditer leurs erreurs. Mais voiton que ces hommes téméraires aient réussi à persuader aux églises répandues dans les diverses contrées de la terre de recevoir, comme venant des apôtres, des écrits qui n'étoient pas leur ouvrage? INon, Messieurs; toujours il y a eu des faussaires comme il y a eu devs hommes vicieux, mais toujours aussi il y a €U des règles de critique comme des règles de vertu. Dans les églises primitives, il n'en est pas une seule qui ait rejeté un seul de ; nos Evangiles, tandis que les évangiles faux ■ n'ont eu pour eux que quelques sectaires et leurs partisans. Les faux évangiles, fruit de l'erreur, de l'ignorance ou d'une piété peAi éclairée, sont tombés dans l'oubli j on n'a jamais pu réussir à les faii-e passer pour véritables; les églises fondées par les apôtres, leurs pasteurs, leurs docteurs, ont re-
29^ EE l'autorité
poussé ces livres avec indignation et mépris. Le soin qiL'oiles ont njis à écarter les faux évan<;iles nous est un sur ^^arant que ceux qu'elles nous ont Irnnsn is connue auiîientiques lo sont en efiet- nous pouvons tranquillement nous reposer sur Lî soin qu'elles ont eu d'en faire le discernement : leur critique saintement éclairée et sévère fut comme le ci-iLlc qui conserve le Lon grain et rejette la ]>ail]e iégére.
Je me résume. Si je cliorchc une épocpie où un faussaire aaroit pu tenter avec sucrés de fabriquer nos I vangiles, je n'eu trou^e pas; si j'inteiTOge 1 s ennemis naturels de ces livres , je Ijs trouve fa% orahlos à leur antiquité; si je consulte les traditions universiUes des éj^iises a] ostolKjUes, ei les écrivains qui ont paru depuis lorii^ine, même «ulTrage. Donc l'autlienticité de nos Evangiles est portée au plus liant degré de certitude historique. Qu'on prenne l'ouvrage que l'on voudra du siècle d'Auguste, et l'on verra que son authenticité, encore que personne n'en doute, n'est pas mieux appuyée que celle de nos Evangiles, ^lais les avonsnous tels qu'ils sont sortis de la main des
DES EVANGILES. 2lj7
apôtres? (fue faiit-il [)enser de leur intégrité? troisième et don aère question.
Que durant le cours de dix-huit siècles il ait pu se glisser quelcpie faute légère dans nos Evangiles par linattcntion et 1 ignorance des copisles, jV consens : que même on ait pu V introduire un ou plusieurs versets, je suis loin de l'avouer et de le reconnoître; mais avec les incrédules je n'ai pas besoin d'entrer dans cette discussion, cela ne formeroit pas un changement notable et substanciel. Tout ce que je prétends en ce moment, c'est que nos Evangiles n'ont jamais été altérés cniant à la substance de la doctrine, de la morale et des faits; en sorte que, pour le fond des clioscs, ils sont encore ce qu'ils étoient en sortant des mains des ' apôtres. Pou.r en demeurer convaincu, il suffit de quelrpies réllexions sur l'origine et sur la nature de ces livres sacrés. Les apôtres et les disciples de Jésus -Christ se ré])andent dans les diverses régions du monde connu; l'Orient et l'Occident reçoivent bur doctjine; y)artout se forment des églises clu'éticunos gouvernées par les pasteurs qu'ils y
2CjP, DE l'AUTORITII
ont établis; Jéiiisaleni, Antioclie, Alexandrie, Eplièse, Corintlic, Rome, ont vu dans leur sein ces liomnies prodigieux qui prétendent appeler l'univers à la connoissance du Dieu ^é^itable. La doctrine qu'ils ont préchéc, ils finissent par la consigner dans des écrits, et ces écnts se répandent dans toutes les églises. Yoilà les livres où les pasteurs étudient la vie et la doctrine de Jésus-Christ, les livres qu'ils expliquent au peuple chrétien, et qu'ils mettent dans les luains des fidèles ; ces livres sont révérés comme divins, la religion feroit un crime <l'y toucher ; les conserver et les transmettre comme le dépôt le plus précieux, c'est le premier devoir des pontifes et des pasteurs : on leur porte un respect si profond, qu'on se croit obligé de mormr dans la persécution plvitot que de les livrer à la profanation des gentils. Eh bien! je suppose que, tandis que l'univers cJu^étien révère ces livres sacrés, un faussaire essaie de les corrompre et d'y glisser un point nouveau de doctrine, un précepte auparavant inconnu: je vous le demande, si l'altération eût été tentée, auroit-eUe pu réussii'? eùt-on pu