DES ÉVANGILES
essayer do dénaturer un livro répandu par toute la terre , chez les nations diverses , sans que la falsification eût été remarquée? pouvoit-elle éire remarquée sans évGuler le zèle des pasteurs, des chrétiens fidèles <, inviolablement attachés à ce qu'ils avoient reçu des âges précédens, et sans voir s'élever de toutes parts contre elle les plus vives réclamations? Et conunent concevoir le projet e^l le succès d'une falsjficalion nota])le? Sans doute on ne dira pas qu'un laussaii^e pouvoit être assez puissant pour s'er.iparer de tous les exemplaires de nos Evangdes disséminés dans la terre entière, les corrom-pre à son gré et les remettre ainai falsifiés dans les mains du pid)lic : tout cela est évidemment impossible. Diia-t-on que la falsificaliou a pu commencer par quekfues exemplaii'es , et ' passer ensuite insensi]:)lement dans tous les autres? nouvelle chimère : il faudroic donc que tous les évéques, que tous les pasteurs., que tous les hommes instruits, que tous les fidèles, que toutes les églises grecques et latines, eussent gardé le silence sur l'entreprise du faussaire, et cpie, malgré lopposition de préjugés, d'éducation, de génie.
5oo r)E l'autorité
do caraclère, tous se fiiî^sciit accordes unaiiimement à révérer, à coiisacror la niérne imposture! cela n'est pas dans la nature. J'aimerois autant dire cpi'un faussaire auroit pii , il y a (piatojze siècles, altéier Itjs exemplaires de l'Enéide répandus dans l'univers, de manière que, pour le fond des clioses, elle ne fût pas cellcî qui est sortie des mains de \ irgile. Remanpiez même qu'il ne s'agit ])as ici d'un seul li> re, mais de qualre livres difierens, composés par divers auteurs, pu})lics à di\ erses époques, et qui se trouven): pourtant d'accoidpourla substance des choses; en sorte qii d auroit fallu non-seulement falsifier un Evangile, mais falsifier les quatre Evangiles à la fois; ce qui accroît encore de beaucoup Fini possibilité d'une altération substancielle. On sait que quelques no^ateu.rs, p;Our rendre les E^angil('S fa^orables à leurs vains systèmes, se permetloient de les altérer; mais on sait aussi combien ils excitèrent contre eiix l'iiidignation des églises. Les docteurs chréûcns leur en faibOic-nt un crime; on le voit j>ar Origène (i), qui le
(i^ Contre Celsc, livre II, page 2;.
DES ilVANGlLliS. OOl
repi'oclîc à Yalciiliii el à ^larcioii, et par Terlullieii (l), qv.i accuse ce dernier de plier l'Evaiii^ile à ses folles opinions en le corrompant : EvangcUuin interjjclcuido , siium fecit.
Certes ce seroit Lien peu connoîUe l es~ prit qui aninioit les églises primitives, qvie de croire cp l'clles lussent in diOéren tes à leurs livres sacvës; elles étoient encore si profondément pénétrées de respect pour les apôtres, leurs fondateurs, et pour les écrits pu- Idics par eux, que leur zèie s'alarmoit de la moindre innovation. L'histoire nous atteste jusqu'où elles portoieiit leur délicatesse loueliaiit la {-ureté du texte des Ecritures (2). Ainsi lin évéque du quatrième i^îèclj, nonmié Trvpliillus, qui avoit la ré- ]>utation d'être un liomme éloquent, s'étant ])ernns, dans un sernx)n, de changer mm mot (le lENaui^de, qui ne lui paioiShOit [)as no- Lle, qu'arriva- t il? c est qu'un é\éque de I lie de Chvpre,' nommé S [)iridion, vénérable par ses vertus, se leva au milieu delassem-
(1) Coulre IVÎarcioii, li\rc IV, cbap. 1. {1) Sozoniène, Hiitoirc ccdcsiîU'tique, IjMc I, chapilrc u. ,
002 DE l'aLTORITÉ
blée, et parut indigne de cette altération pourtant si légère. ÎNous savons que saint Jérôme, qui fit une nouvelle traduclion des Ecritures, excita d'abord de grandes rumeurs contre lui, parce qu'on craignoit qu'elle ne troublât les fidèles accoutumés à la version jusqu'alors en usage; aussi nous apprenons de saint Augustin (i) qu'un évéque faisant lire dans son église la nouvelle version, il s'éleva parmi le peuple un grand tumulte à l'occasion de quelques mots diuérens de ceux qu'on avoit coutume d'entendre depuis long-temps.
Traduits dans toutes les langues, répandus chez toutes les nations, mis dans les mains de toutes les classes des fidèles, le nombre des copies de nos Evangiles a du se multiplier prodigieusement* de là cette multitude de variantes dans les textes évangéliques. Après trente ans de patience et de travaux, un docteur aniîlais en a rccueilli ju^rpi'à trente mille ; mais , chose remarquable! dans cette grande quantité de variantes, il ne se trouve aucune différence
(i) Lettre à saint Jciôme LXXI.
ÏDtS EVANGILES. OOJ
essoiiliello; elles louihoiit sur les mots et non sur les choses, sur Farrangemenl et la construction des phrases. On sait aussi que, dans certains manuscrits, on se donnoit la liljeité de ra)~>r'roclier, de réunir les textes des quatre Evangiles; on transportoit dans l'un ce fpii étoit dans l'autre : mais vous prendriez en main l'exemplaire le plus incorrect de tous, que vous y trouveriez le même fond de doctrine, de morale, d'évèneraens, que dans l'exemplaire le plus pur qu'on pût découvrir. Les érudits prétendent qu'on a compté plus de vin»;t mille variantes dans les œuvres de ïcrcnce, ce qui n'cmpéche j)as ([ue ce que nous en avons ne soit substancicllement conforme à ce qui est sorti immédiatement des mains de cet aviteur; même le i^^and nombre d'exemplaires et de manuscrits qu'on a pu consulter ont fourni le moyen de rétablir le texte dans toute sa pureté primitive; en sorte que c'est un des. ouvrages de l'antiquité dont le texte est le plus pur et le plus correct. Ainsi en est-il de nos Evangiles.
Enfin, ^i les incrédules s'opiniâtrent encore à présenter nos Evangiles comme fal-
oo4 DE l'altobité
feifiés, nous pouvoiis les accabler par i;ne preuve de fait cjui est sous nos a eux. On peut leur dire : Nous possédons un yrand nombre d'ouvrages des Pères de l'Eglise des premiers siècles, et je ne sache pas qu'aucun incrédule ait eu la folle pensée de dire que tous ces écrits auroient bien pu être supposés ou falsifiés par un imposteur. C'est comme si J'on disoit que tout ce qui nous reste des écrivains dn siècle d'Auguste , orateurs, poètes, historiens, philosophes, pourroit bien avoir été composé ovi corrompu par un faussaire : cette idée ne seroit pas un paradoxe, mais une extravagance. Fhbitn!
Messievu's., îi vous parcouiiez les écrivains de l'antijuité c]u'éaenne,>ous verriez que dans leurs commentaires, dans leurs traités dogmatiques, dans leurs homéli;s, dans leurs livres de [ûcté, ils ont transcrit en quelque sorte le nouveau Testament lout entier; vous y trouveriez le sens, et presque toii jours les paroles mêmes de nos E\angil;s : en sorte que si, par impossildcj ces liues ven oient à disparoitre tout à coup , il seroit aibé de les l'efaire, en rac:sendjlant les cilaticns qui s'en trouvent éparses dans let; auteurs ecclésias-
DFS Év'ANGILTS. 5c5
tif[i!cs (les premiers siècles. Donc les cxein- [•'laiies de nos E\aLî^^iles (ju on Ikoit dans la idiis haute antk[uitc etoient conformes aux exemplaires que nous avons encore 5 donc, en pa.s;ant à ti'a\ers les siècles, ils n'ont souaert dans l»îiu" stiljstance aucune allcraluni.
Aii»si, lorsque je lis les E\an^iles, je puis dire: Je tiens en main des livres composés, il y a dix-iniit biccLcs, par les apôtres et les discijdes de Jcsus-Clirist; ces livres sont en^ core tels (piiis sont sortis de lein^s mains, et je cOiinois leur doctrine aussi sûrement que ti je i^ap[}renois de leur iiouchc, et tout cela, je le sais d'une manière bien p^ns ceitaine encore que je ne sais que César a composé les Commentaires <|ui ])Oilent son nom 5 ce quon ne pourroit toutefois contester, sans être taxé de la plus insigne folie. Qu'on ne vienne j'as nous dire que ce sont ])Ourtant des érudits qui ont eon'csté lori^^ine d(î lios Evangiles. D'aLord que sont quel- (jues érudits de nos jours (pu, a\ec du savoir, pou\ oient Jiien n'être que des esprits médiocres? que sont-ils devant cette multitude de beaux tiénics non moins sa", ans
5o6 DE l'autohité
qu'eux, et dont la profonde capaciLc comme l'érudition est consacrée par la vénération de la postérité? Ce sont des savans aussi ou des hommes réputés tels qui ont professé l'athéisme, et qui ont voulu apprendre au genre hrtmain à se passer de Dieu ; faudrat-il pour cela que nous so\ons athées? Qu importe l'érudition sans jugement? elle est alors un poids qui accable* pour les esprits foihles, les trésors de la mémoire sont comme de riches matériaux dans les mains d'un architecte inhabile. Qui jamais fut ];lus savant que le Père Hardouin, et qui jamais avança des paradoxes plus révoltans? 11 faut le dire, ce célèbre érudit a combattu l'antiquité de l'Enéide par des réîlexions critiques non moins enJ^arrassantes et non moins subtiles que celles qu'on a opposées à l'antiquité de nos Evangiles j cependant il ne fit pas un seul partisan dans le monde littéraire, tandis que nos apôtres d incrédulité ont fait des disciples nombreux: pourquoi cela? c'est que les paissions humaines ont un intérêt manifeste à afibiblir, à détruire l'autorité des livres saints, et qu'après tout il nous importe peu qu'un
DES i:VANGILES. .. 00 J
céiioLite du treizième siècle, comme le vouloit Ilardomii, ou que Aii<^ile, comme le pense la terre entière, ait eu la gloire de chanter Enèe et ses exploits. Messieurs , ce sont de mauvais jitgos rpie les j^assions; quand elles prononcent, la vérité succombe toujours, mais leiu' triomphe est une ignominie; souvent même il n'est que passager. Malheur à nous, si la vérité étoit vaincue par nos résistances ! notre âalul ne peut se trouver que dans ses victoires; espérons pour notre repos et celui des générations à venir cpe ]a vérité prévaudra sur le mensonge, et qu'on la verra sortir plus brillante du choc même des contradictions , semblable à ces torches allumées qui ne jettent jamais de clarté plus vive que lorsqu'on les secoue et qu'on les agite avec plus de violence (i).
•CO ^OJQZ la xvcfutation tic la Cihîe enfin expli-juce, cliar. I,
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ÉYAIVGÉLIOUES.
Oi l'on demande aux cîiréîiens on sont les titres de leur foi en Jésus -Cbii^t, à son Evani^ile , à sa doctrine, à ses promesses, ils peuvent avec confiance en ])roduire de bien éciatans, de bien capables de faire sur les espî'its une imprest-ion vive et profonde. ISotre dessein n'est pas de les exposer dans toute leur étendue; mais, si cpu?lqLie chose d'al>ord pent nous attacher à la religion de Jésus-Christ, c'est assurément l'éclat tout divin des merveilles qui se multiplioient sous ses pas, et qui déceloient en lui, je no dis pas un sage, mais l'envoyé même de Dieu, pour éclairer l'univers et réformer la croyance, les mœurs, le culte du genre humain. Les miracles consignés dans nos Evangiles, voilà un des monumens éternels de la mission divine de Jésus; et quand le chrétien n'en auroit pas d'autre, sa foi
ÉVANGÉIJQUES. 5nî]
seroit siifRsammeDt éclairée et raisonnal^lc. En %aîn on fait à ce sujet retentir à son oreille les noms de superstition et de crédulité; en vain on rappelle les faux prodiges que prés' ntent les aîinalos des peuples di- V(^rs, et l'on ose étaMir d'indii^nes parallèles entre Jésus -Ou ist et des imposteurs fameux : le clirétien s'afîli^e de tout ce vain bruit de raiHeries et d'argumens; mais, s'il oijt instruit f^es preu^es de sa nJi^ion , sa foi n'en est pas él)ranlée. Pour lui, des plaisanteries , fussent-elles encore pli5s ingcrdeu^ses et plus piquantes que celles des incrédules, ne sont pas des raisons. îl sait qu'entre la foiblesse d'un esprit crédule et l'or*^ueil d'un esprit opiniâtre il se trouve un ju.ste et sage milieu, qu'il est des règles d'une cridque sévère sans être j^ointilleuse, poiu^ diî^cerncr les histoires fidèles des récits fabuleux; que les faux prodiges ne détruisent pas les miracles réels, pas plus qu'une monnoie fausse ne détruit la véritable, ou qu'un sophisme ne détruit la saine raison. Et aiiand on se rappelle que tout ce qu'il y a eu de plus beaux génies sur la terre, depuis dix- huit Mècles, de plus éminens eu savoir comme
€11 vertu, de plus profondëaient verses dansies langues et les antiquités, a cru très-sincèrement à la réalité des miracles évangéliques , on sent qvi'on peut y croire sans être pour cela un esprit foible , et l'on se Console aisément du vague et commode reproche de crédulité.
Déjà, Messieurs, dans un premier discours sur les miracles en général, nous en avons établi la possibilité et l'autorité; déjà nous avons exposé ies moyens de les discerner d'avec les faits naturels, et d'en constater l'existence avec certitude; et, si nous avons réussi à dissiper les vains préjugés qu'on a répandus de nos jours sur cette matière, nous entrerons avec bien plus de facilité dans la discussion que nous allons entamer. N'oublions rien de ce qui regarde les miracles évangéliques , ne dissimulons pas les attaques de l'incrédulité; que la vérité triomphe par les efforts mêmes que fait le mensonge poiu' l'obscurcir. Ici on peut diviser les incrédules en deux classes; les uns ont combattu l'existence même des miracles évangéliques, les autres ont lâché d'en éluder la force et l'autorité. Les
É \'A^ GKLIQUES . D 1 1
premiers ont dit que ces miracles n'ctoient pas appuvés sur des témoignai^es liors de tout soupçon et faits pour entraîner l'assentiment des hommes cclairé^^- les autres ont dit qu'il falloit peut-être n'y voir que des effets suvprenans, extraordinaires, de la nature ou de l'industrie humaine; qu on ne ])Ouvoit pas d'ailleurs savoir s'ils ëtoicnt 1 ouvrage de la Divinité ou de quelque agent intermédiaire entre Dieu et l'homme, ennemi de la vérité et de la vertu, et que dans tous les cas Jésus paroissoit les avoir obérés , l)ien moins pour établir sa mission et sa doctrine, que pour soulager les malheu.reux. C'est 1:'(, Messieurs, à cpioi l'on peut réduire toutes les attaques des incrédules anciens ou modernes contre les miracles de Jésus-Christ. Pour les combattre, nous allons établir les deux propositions sui- > an tes : La première, qu'on ne peut raison naljlement contester l'existence des miracles évangéliques; la seconde, qu'on ne peut en aucune m-anière en décliner l'autorité. Rien de j)lus certain, rien de plus décisif en faveur de la religion : tel est le plan et le partage de ce discours.
5i2 DrS MIRACLES
Notre but en co moment, Messieurs ^ n'est pas de vous rappeler en détail les prodiges éclatans et noiijbreux que rapportent nos E\an»;ilts; seulement nous en rappellerons ce qu'il im[^orte d'avoir présent à l'esprit pour le sujet que nous trailons. Sortant enfin de sa vi^ obscure et caclïée, Jésus commence d'annoncer sa doctrine daDS la Galilée, et dfune parole il rend la santé à une foule d'infirmes et de malades. Sa répuiation se répand dans la Syrie; on lui présente tout ce quil y a de personnes travaillées de di\crses sortes de maux et de douleurs; il les guérit subitement, sans eîTorts comme sans préparation. S'il parcourt ensuite les \illes et les bourgades de la Judée, mêmes prodiges opérés avec la même facilité; Juifs, Samaritains, Cliananéens mêmes, tous ont part aux faveurs de sa bonté toute -puissante. Ce sont des merveilles de tous les genres: d'un seul mot, il apaise les tempêtes, ressuscite les morts, rend la vue aux aveugles de naissance, guérit les paralytiques de trente ans, multiplie quelcpies pains, de manière à nourrir im moment même des troupes nombreuses
de
EV ANGÉLIQUES. 5j5
tîe peuple, met en fuite toutes les maladies qui affligent riiumanitë. Ce n'est là qu'une foible esquisse des merveilles qui accompagnent ses paSj, mais quil opère avec une promptitude, une puissance , un succès qui décèlent, comme il sera dit en son lieu, la main même du Maître de la nature.
Or je prétends qu'il n'est rien dans l'iiistoire de l'antiquité de plus certain que ces miracles de nos Evangiles. En effet, Messi?urs, pour èlre pleinement assurés de faits que nous n'avons pas vus de nos veux, qui se sont passés loin de nous, ou dans les a;;es précédens, que pouvons-nous demander? Voulons-nous que ces faits soient par eux - mêmes de la plus grande publicité» du plus grand intérêt, et très-remarqua- Ijles par leurs conséquences et leurs résultats; que ces faits nous soient racontés par des historiens contemporains, qui soient I>ien instruits et qui soient hors de tout soupçon d'imposture? on ne peut rien exiger au-delà; et quel est l'événement de l'antiquité profane cp.ii se présente avec des caractères plus frappans de vérité? Reprenons , et voyons si ces traits divers peu- 11. i i
5l4 DES MIRACLES
veut s'appli(juer aux faits évaDgéliqucs. Dabord on aime à supposer des faits ti es -publics, très - sensibles , qui se soient j)assés5 non dans l'ol^scurité et les ondjres de la nuit , mais à décoviv crt , en plein jour, devant beaucoup de témoins de tout âge et de toute condition : alors leur j)u- ];licitë devient un garant contre la fraude et la surprise. Dans les lieux secrets et ténébreux, l'imagination et les sens peuvent être égarés, séduits, et prendi^e des apparences pour des réalités. Fut -il jamais rien de plus éclatant, de plus visible, de plus exposé à tous les regards que les miracles évangéliques , tels que ceux de Lazare , de l'aveugle né , du paralytique , de la multiplication des pains, de cette foule de malades guéris subitement, en tous lieux, au milieu des rues et des places publiques, des bourgades et des villes de la Judée? 11 ne falloLt pas être un profond physicien pour voir tous ces faits, il ne falloit qu'avoir des veux. Par leur nature , de pareils prodiges sont aussi visibles que tous les é>ènemens humains, aussi sensibles que peut l'être îiotrc réunion dans cette enceinte; et certes
ÈVANGÉlilQUES. 5l5
on n'a pas Ijesoin de connoître les lois de l'optique comme iSe^vton, pour être certain que vous me voyez et que je vous vois.
On aime à supposer, non des faits obscurs et d un foiJjle intérêt, qu'on admet ou qu'on rejette avec assez d'indifférence et de légèreté, mais bien plutôt des évènemens d'une haute importance; alors ils excitent la curiosité publique, ils attirent les regards des personnes éclairées et même l'attention de l'autorité; ils sont ainsi examinés, discutés avec le plus grand soin, et ne sont admis qu'après les réflexions les plus sérieuses. Or, Messieurs, quoi de plus important que les miracles de Jésus-Christ? Les Juifs attendent un messie, un liJjérateur promis à leurs pères; le bruit de la prochaine apparition de je ne sais quel personnage extraordinaire qui devoit sortir de îa Judée s'étoit répandu jusque chez les païens: nous le voyons par Tacite et Sué-tonc, qui en font la mention la plus expresse. Eli bien ! au milieu de cette attente imiverselle , Jésus paroît, il se donne pour celui qu'annoncoient d'anciens oracles; il se dit envoyé du ciel ]iour les accon:pîir,
5l6 ers MIRACLES
pour établir un culte nouveau, pour aLolÎF les anciens sacrifices; et, en signe de la mission divine dont il se dit revêtu, il prétend faire des miracles. Est-il rien qui intéresse de plus près la religion des Jidfs, le culte et les usages d'un peuple si opiniâtrement attaché aux lois, aux habitudes de ses pères? est -il rien qui doive exciter plus vivement l'attention, et des prêtres et des docteurs de la loi, et de tout le peuple?
On aime à supposer des faits qui ne soient pas détachés du reste de Ihistoire , mais qui se lient à des évènemens subséquens, à des changemens dans l'ordre religieux ou politique; c'est alors surtout que l'intérêt est porté au plus haut degré , que l'examen est plus sérieux et plus universel, et qu'on a plus de moyens de savoii' la vérité. Or, 3Ies&ieurs, les miracles de Jésus -Christ ne se font -ils pas remarquer par leur liaison avec des évènemens qui en furent la suite et le résultat, et qui par là même en sont devenus comme une preuve incontestable? Ce n'est ni l'éloquQnce, ni la force des armes ^ ni la vo-
VVA>GEUQUKS. OJ-
îuplé, qui ont fondé le chrisliainsnic ; c'est la croyance des miracles évani^éliqucs annoncés dans l'univers. Yoilà comme ils ^o lient à la révolution la plus éLonnauLe, la plus universelle, la plus durable qu'ail vue le genre humain depviis son origine. Et qu'est-ce en effet que l'empire de Darius , d'Alexandre ou des Romains devant le règne de Jé^us- Christ qid, par son étendue et sa durée, embrasse tous les siècles comme tous les peuples de la terre? Sans doute il est dans l'antiquité une foule d'évènemens qui n'offrent pas to\is ces caractères réunis, et que nous sommes néanmoins très-fondés à croire svu- le témoii!na"e de Ihistoii^e : mais, lorsque ceux qu'elle nous raconti? sont aussi visibles, aussi publics, aussi importans, que les miracles de nos Evangiles, on croit plus aisément, cemesen]ble, que ceux fpii s'en disent les témoins n^ont pas été le jouet d'une vaine illusion, qu'ils -ont pu s'en instruire avec la jjÎus grande facilité; et du C(jté de la nature des faits la critique la plus sévère, la plus exigeante, se trouve pleinement satisfaite.
Il est vrai, direz-vous, les miracles altribiu's
3l8 DES MIRACLES
a Jésvis-CIuibt dans les Evangiles ont l)icn tons ces caractères d'intérêt et de puLlicité; mais qui nous en garantira la réalité? Comment être assuré qu'ils n'ont pas été inventés par des imposteurs, publiés ensuite par eux, et adoptés chez des peuples superstitieux et crédules? Ici, Messieurs, on peut défier l'incrédulité de produire des faits de l'antiquité appu\és sur des témoignages plus iri-écusabies que ceux qui établissent les faits évangéliques, en sorte qu'elle est forcée de ne rien croire de ce qui a existé autrefois, ce qui est une folie , ou bien , si elle est consé quente, de reconnoître la réalité des miracles de Jésus-Ci] rist.
En effet, Messieurs, lorsque plusieurs liistoncns sont d'accord siu^ le fond des choses, lorsqu'ils ont été contemporains des évènemens qu'ils retracent, lorsque leur récit porte cette empreinte de vertu et de probité que l'imposture ne peut contrefaire, lorsque enfin leur témoignage est passé à la postérité, sans essuyer de contradictions de la part de ceux mêmes qui ont du le discuter avec plus de sévérité, et avec le déiir secret de le convaincre de mensonge , alors
ÉYAKGELIQUrS. C; J 9
on est arrivé an plus haut degré de cerl±tude liibtorique. Souvenons-no vis qnc l'autorité de 1 histoire ne \ient pas seulement des qualités personnelles de celui qui l'écrit , mais surtout du suiîrage de tous ses contemporains; en lisant un historien, c'est sa nation, c'est son siècle tout entier que je crois entendre : et qui ne \oit pas que, s'il étoit assez impudent pour vouloir tromper ses contemporains sur des faits très-éelatans, très-importans, très^ connus, il s'élèveroiî: contre lui un cri d'inditrnation aui retentl-
qi
roit dans la postérité, et le dénonceroit à tous les âges suivans, comme le plus insigne de tous les faussaires? Ce n'est pas le lieu de développer ces règles de critique; ceux
- qui sont versés dans ces matières savent bien qu'on ne peut pas en inventer de j)lus
; sévères, et qu'on est même loin d'exiger
- toutes ces conditions pour une foule de faits que tout le monde croit sur le témoignage d'autrui.
Venons à l'application.
\oulez-vons pour attester les faits évangéliques des historiens qui n'aient pas éciit long-temps après l'événement , d'après des
iTinieurs vai^ucs et des traJllions incertaines, mais qui, touchant à l'origine même de ces faits , aient eu tous les moyens de les connoître? eh Lien! nous avons à vous ci^ ter huit auteurs diffërens, dont cinq témoins oculaires et les autres contemporains. Ce sont les auteurs dont les écrits comjDOdent le nouveau Testament. Saint Matthieu , saint Jean, saint Pierre, saint Jacques et saint Jude avoient été du nombre des douze apôtres, attachés à la personne de Jésus- Christ, témoins assidus de ses vertus et de ses prodiges; saint Marc, saint Luc et saint Paul vivoient à l'époque même où s'opéroient ces miracles. 11 ne s'agit pas de con» tester l'antiquité de ces divers ouvrages; déjà dans notre dernier discours nous avons établi et vengé celle des quatre Evangiles, et il seroit également facile de prouver entr'autrcs celle du livre des Actes et des Epîtrcs de saint Paul.
JMaintenant, Messieurs, vovez avec quelle confiance, avec quel ton d'assurance et de conviction, parlent les évangéhstes. Ils nomment les villes, les bourgs, les familles, les personnes qui ont été les ténioi)is ou
ÉV ANGELIQUES . 021
même l'objet de ces miracles; ils ne cherchent pas à donner aux Juifs des preuves de ce qvi'ils avancent, ils en appellent Iiautement à la foi publique , à la connoissance c|u'en avoit toute la nation. Les apôtres ne racontent pas des faits anciens, arrivés au milieu de générations qui n'étoient plus; mais ils se donnent pour historiens d'évèricmens qui se sont passés sous les yeux de ces mêmes Juifs qui les entendent; et quelle n'eût pas été l'impudence, ou plutôt la folie des apôtres, d'appeler la nation juive en témoignage de ce qu'elle n'avoit jamais vu ! Jésus-Christ n'étoit pas un personnage ignoré, qui eût vécu dans des temps ignoré, et sur lefjuel il fût aisé d inventer des fables; Jésus avoit parcouru les \i)les, les bourgs et les villages de la Judée; il avoit enseigné dans le temple, conversé avec les princes des prêtres et les docteurs de la loi; le peuple l'avoit suivi en foule, sur la montagne, dans le désert; ce qu'il y avoit de plus distingué dans la na-^ lion avoit pu le voir et l'entendre comme l:i midtltude. l'^h quoi! ce Jésus que tout 1 ' monde connoissoit n'avoit réellement.
022 DES MI] l A CLES
ni ressusclLé Lazare, ul r(3i](la la vue a ravcugle lié , lil mullijJlé les pains , ni guéri par \ui ])Ou\oir tout divin cette foule de malades qui se trouvoient sur son passai^e , et toutefois les apôtres auroient pris à témoin de ces merveilles une multitude de personnes encore vivantes! et saint Pierre, élevant la voix au milieu d'une assemblée de Juifs, auroit osé s'écrier: a O Israélites, )) écoutez ce que j'ai à vous dire : vous sa- )) vez que Jésus de iXazaretîi a été un per- » sonnage cpie Dieu a rendu célèbre par les )) miracles qu'il a faits au milieu de vous, )) Jeswn iSazarenum y viriini approhatam à Deo in vobis, virtutihus, et slfçnisy et prodigiis, quœ fecit Deus per illum in medio vestri y et vos scitis. Si ce n'étoit là qu'une imposture, combien n'eût-elle pas été grossière et facile à découvrir? Saint Pierre pouvoit-il espérer de persuader aux Juifs qu'ils savoient ce qu'ils ne sa^ oient pas, qu'ils avoicnt vu ce qu ils n'avoient pas vu? Oui, la risée publique auroit fait justice du récit des écrivains sacrés, s'ils navoient raconté que des fables iuipertin entes ; ils aiuoient été bafoués, contredits par ceux mêmes qne?