ÉV ANGÉLIQUES
dans leur folie, ils auroient osé prendre à témoins, et c'est ainsi que leur qualité d auteurs contemporains donne une force in\ incible à leur témoignage.
Youlez-vous des historiens qui donnent les preuves les plus frappantes de dncérité et de bonne foi dans leurs récits? eh bien! Messieurs, lisez nos évangélistes; voyez combien leur récit est simple et naïf j chez eux, point de réflexions étudiées, point de faste de paroles, tout y respire la candeur et rinnocence; ils ne dissimident pas leurs propres fautes; le zèle indiscret des uns, les prétentions ambitieuses des autres, 1 ignorance et la grossièreté de tous, la lâcheté qui les disperse, le reniement de saint Pierre, rien de ce qu'il A a d'hiuniliant pour eux nest passé sous silence. Leur accord sur le fond des choses prouve qvi'ils ont puisé la vérité dans une source commune, et les diversités qu on j)eut remarquer dans leurs récits nous garantissent qu'il n'y a pas eu de fraude concertée. Quel historien ne cherche pas à exalter ses héros, ne s'indigne des injustices qu'ils éprou%ent, ne s'emporte contre leurs ennemis? Dans nos évangélistes, nul fiel,
024 DES MlIlACLrS
nul emportement, nul trail: de courroux, rien qui sente la Jiaine ou Femj/liase. Ils racontent les douleurs et les souffrances de leur Maître avec la même simplicité que ses miracles; en même temps qu'ils le peignent comme revêtu d'une force toute divine, ils le représentent avec toutes les foiblesses de FhumaDité; Fliistoire de la scène épouvantable de son crucifiement est dans ces seules paroles : La ils le crucifièrent. 11 y a dans leur ton et leur lanj^age un je ne sais quoi de si simple et de si vrai, que le mensonge ne sauroit le contrefaire 3 en les lisant, le cœur ne conçoit aucun soupçon de fraude, pas même d'exagération; il se sent entraîné; c'est l'attrait puissant de la vertu et de l'ingénuité dont on ne peut se défendre. En vain on nous diroit cpie les évangélistes ont affecté la simplicité et la candeur pour mieux séduire; l'afTectation se feroit sentir par quelque endroit: et quels seroient donc les traits caractéristiques de la vérité, si l'imposture , sans se démentir jamais , pouvoit les copier avec tant de fidélité? Je le sais, l'histoire évangélique peut ne rien dire au cœur des sophistes desséché par le maté-
ÉV ANGÉLIQUES. SâB
rîallsme, ni avi ^oùt faux et dépravé du bel esprit • mais elle parloit au cœiu^ de Jean- Jacques, quand elle lui arraclioit cet hommage si souvent cité et si véritable : (( J'avoue que la majesté des Ecritures m'é- )) tonne, la sainteté de l'Evangile parle à )) mon cœur 5 vovez les livres des philoso- )) phes avec toute leur pompe, qu'ils sont )) petits près de celui-là!.... Dirons-nous que )) Fliistoire de l'Evangile est inventée à plai- )) sir? ce n'est pas ainsi rpi'on invente, et les » faits de Socrate, dont personne ne doute, )) sont bien moins attestés que ceux de Jésus- )) Christ. Au fond , c'est reculer la difficulté )) sans la détruire; il seroit j)lus inconce- )) vable que plusieurs hommes d'accord eus- » sent fabriqué ce livre, qu'il ne l'est qu'un » seul en ait fourni le sujet... Et 1 Evangile )) a des caractères de vérité si grands, si )) frappans, si parfaitement inimitables, que )) l'inventeur en seroit plus étonnant que le )) héros. ))
INlais voici quelque chose de plus admirable encore, qui est unique dans les annales du genre humain, et qui va mettre la sincé-: rite des apôtres dans un jour incomparable.
52G .Di:S MIRACLES
TSos éciivaiîis sacrés ne se bornent pas à publier les faits dont ils ont connoissance; ils bravent tons les dani^crs, s'exposent à tous les outrages, à tous lestourmcns; même, s'il le faut, ils se feront égorger pour attester la vérité des faits qu'ils racontent: et quel est l'iiihtorien de l'antiquité païenne qui soit mort en témoignage des évènemens qvi'il rapporte dans ses écrits? Ici. Messieurs, sentons toute la force d'un témoignage scellé du sang de ceux mêmes qui le rendent, et ne croyons pas le décliner par quelrp^ies parallèles irréQécliis. Que des hommes élevés, nourris dans des opinions qui sont fausses, puissent les croire tiès-véritables, que dans cette persuasion ils sacrifient tout pour elles, même la vie, cela peut être, si Ton veut; alors le mensonge qu ils croient être la vérité a sur leur cœur tous les droits et tout l'empire de la mérité elle-même. Mais rp'un certain nombre d'hommes inventent dos faits entièrement faux, qu'ensuite ils les donnent pour vrais, au péril même de leur vie, qu'ils se laissent égorger pour attester qu'ils ont vu ce qu'ils n ont pas ^u, qu'ils ont entondu ce quils n'ont pas entendu, c'est
i:V ANGÉLIQUES. 0^7
là un genre de frénésie entièrement inoui. l-.es apôtres, eomme le dit Bossuet quelque part, ne sont pas des hommes prévenus qui meurent pour des sentimens qu'ils ont sucés avec le lait; ce ne sont point des spéculatifs qui font leurs idoles de leurs opinions et les défendent aux dé{)ens de leur \ÏG. Les apôtres ne nous disent pas: Nous avons pensé, nous avons médité, nous avons conclu, leurs pensées pourroient être fausses, leurs méditations mal fondées, leurs conséquences mal déduites et défectueuses; ils nous disent : Nous avons vu, nous avons ouï, nous avons touclié de nos 77za//75. A oilà pourquoi il reste dans toute sa force, le mot célèbre de Pascal à ce sujet, que les incrédules ont fait semblant de ne pas comprendre. Pascal n'a pas dit précisément : Je crois volontiers des liommcs qui meurent pour leurs opinions j mais il a dit : Je crois volontiers les histoires dont les ti^moins se font égorger, lleconnuissons donc , Messieurs , que les écrivains du nouveau Testament étoient animés de 1 amour de la ^érité, que par leur simjdicité , bair accord, le courage qu'ils ont de mourir pour les faits mliaculoux dont
D2?j DES MIRACLES
ils se disent les témoins oculaires , ils donnent des preuves de sincéiité qu'on cliercheroit en vain dans les historiens de l'antiquitc profane.
Et de quel droit viendroit-on nous faire observer que les miracles de Jésus ne sont racontés c[ue par ses sevds disciples? que nous importe, si leur témoignage est irrécusable, s'ils ont tous les caractères qu'on exige des écrivains véridiques, s'il est très-clair qu ils n'ont été ni trompés ni trompeurs, et qu'ils n'ont fait que raconter avec fidélité ce qu'ils savoient avec certitude? Remarquez même que nos écrivains sacrés n'étoient pas nés chrétiens, et qu'ils ne parlent pas d'après des préjugés d'éducation; ils n'ont embrassé le christianisme que parce qu'ils y ont été entraînés par les miracles de Jésus; leur conversion a été le fruit de ces miracles : en sorte que leiu' qualité de chrétien augmente plutôt qu'elle n'alToildit le poids de leur témoignage. Quelle injustice que d'en exiger un autre ! Mais la Providence a permis que la déposition de nos écrivains sacrés se trouvât confirmée par les œuvres mêmes de leurs plus violons ennemis. On connoît les que-
ÉV-ANGÉLTQUES. 02i)
relies qui, dès roii^ine, se sont élevées entre les Juifs et les païens d'un côté, et les chrétiens de l'autre. Les premiers n'ont rien oublié de ce qui pouvoit rendre les seconds odieux et ridicules, décréditer leur doctrine et leurs livres; mais il est inoui que jamais la dispute entre les ennemis et les défenseurs du christianisme ait porlé sur la réalité des miracles évangéliques (i). Du \ivant de Jésus-Christ, on ne les contestoit pas; seulement les Juifs avoient la mauvaise foi de lia attribuer au démon; il est aussi bien constant queCelse, Porphyre et Julien, loin de nier les miracles de Jésus, se contentoient d'y voii" des opérations mai^iques. Je n'examine pas si ces aveux forment seuls une preuve complète et décisive; mais c'est toujours luie chose très-frappante que la réalité de nos miracles soit ainsi avouée par ceuxlà mêmes qui avoient tant de mépris et de haine pour Jésus-Christ et pour ses disciples. Sans avoir besoin ici de ces appuis étrangers, le chrétien aime à voir la vérité vengée des incrédules modernes par les aveux des incrédides d'autrefois. Comment au reste se
(i) Du voisin, Miracles, n^*. 2.
53o" nr.s miracles
prévaloir clu silcucc tic quelques auteurs juifs ou païens? il est contre toutes les règles clu Lori sens et de la criti(|ue d'opposer aux témolgnogrs les plus positifs, les plus irréfragables que puisse offrir 1 histoire, un silence qu'il est si i'acile d'expliquer par l'indifférence 5 la haine, le préjugé, la politique, et par d'autres passions et considérations semblables qui n'ont que trop d'empire sur le cœur de l'homme. Le christianisme se préscntoit en piu*ticulier aux païens sous des dehors singuliers, capables de le rendre odieux et méprisable: il avoit pris naissance cliez les Juifs, nation obscure alors et dédaignée; même souvent on le confondoit avec la religion judaïque. On voit que les auteurs d'ailleurs les {>lus habiles et les plus graves, tels que Suétone et Tacite, connoissoient très-peu le fond et la doctrine du christianisme, et qu'ils en ont parlé en hommes très-peu instruits et trèspassionnés. Plutarque, qui savoit tant de choses, n'a pas dit un seul mot de la religion chrétienne, encore qu'il soit bien avéré que de son temps elle étoit répandue dans, toutes les parties de l'empire.
■ C'est Jonc par irréflexion qu'on a essayé (le con]l)attre l'irrécusable autorité de nos écrivains sacrés par le silence de rpielques auteurs de l'antiquité. Telle est la force du ténioii^nage évangélique sur les miracles, que, poiu' s'en débarrasser, un athée moderne a pris le parti désespéré de nier l'existence même de Jésus- Christ; voici ses paroles: (( Admettre le témoignage de ces livres (les )) Evangiles), comme preuve de l'existence )) de Christ, c'est s'engager à tout croire; )) car, s'ils sont vrais, qviand ils nous disent )) que Christ a vécu parmi eux, cpclle rai- )) son aurions-nous de ne pas croire qu'il a )) vécu comme ils racontent, et que sa \ic a )) été marquée par les évèncmens mcrveil- )) Icux qu'ils cjcbitent? Aussi les bons cliré- )) tiens le croient-ils, et, s'ils sont imbéciles, )) au moins ils sont assez conséquens. )) Je ne m'attacherai point h relever Fexpression grossièrement indécente d'un écrivain qui se permet de taxer d'imbécillité tant de beaux génies qui ont cru bien sincèrement au récit des évangélistes sur les miracles de Jésus-Christ. Si dans cette controverse il falloit absolument voir quelque
part des imbéciles, ce ne seroicnt, je crois, jji Bacon, ni Pascal, ni Descaites, ni ^Newton , ni Locke, ni lénélon , ni Bossuefc , ni Leibnitz, ni tant d'autres esprits d'un ordre svipérieur que nous révérons encore comme les princes des sciences Inimaines, et qui ont reconnu dans le christianisme l'ouvrage de Dieu même. Mais laissons là cette épithète , qui n'est avilissante que pour cekii qui Fa donnée. Yoilà donc la déplorable extrémité à laquelle il est réduit; pour ne pas admettre les miracles de Jésus-Christ, il se voit forcé de nier jusqu'à son existence, et c'est là une folie insigne parmi les folies de l'esprit humain. En vérité , si nous avions besoin de quelque nouvelle preuve de la religion , nous la trouverions dans l'S opinions monstrueuses de ses ennemis. Rien de plus certain que les miracles évangéilqucs , nous venons de l'établir; nous ajoutons qu'il n'est rien de plus décisif en faveur de la mission et de la doctrine de Jésus-Christ.
Ur-:!, fois qu'on est convaincu de la réalité des miracles de Jésus-Christ, comiiieut ne
EVA NGi^i.lQri:S. 000
pas l'être Je la vérité de sa mission et de sa doctrine? Quel sii^ne plus éclatant, jdus entTaînant, plus divin, pouvoit-il en donner, que le pouvoir de commander à toute la nature et de s'en faire obéir? Qu'a-t-on ima<^iné poiu* affoiblir l'impression de ces merveilles? c'est de dire qu'on ne sait pas ]jien si Ton ne pourroit pas les expliquer par des causes purement naturelles; si elles n'ont pas été opérées par quelque agent supérieur à l'homme, mais ennemi de la vérité; si Jésus les a opérées en signe de sa mission , ou seulement par un sentiment de compassion envers les malheureux : or rien de plus vaio que ces suLterfuges.
D'abord , si vous lisez l'histoire évangélique, vous ne trouverez rien dans les circonstances des faits miraculeux et la manière dont ils arrivent qi d décèle , qui fasse même soupçonner l'action des causes physiques ou des subtiles ressources de l'industrie humaine. Ges miracles, Jésus les opère sans préparation, sans agent naturel , sans aucun appareil de machines, à chaque instant, en tout lieu, en plein jour, sid^itement, d'une seule parole, et selon que les objets lui
55 i DES :jiiiAci.rs
sont oiTerts. Je le veux , soyez guéri, voilà tout son art et tous ses remèdes : et à ces mots, paralytiques, sourds, muets, aveu^los, lépreux, sont à l'instant même entièrement giiéris et délivrés de leurs maux. Lazare , sortez du tombeau, et à cette parole un cadavre tombé en dissolution est rendu à la \ie. Certes, si c'est là de l'industrie, c'est au moins une industrie toute divine.
En vain on voudroit avilir ces merveilles par des |)arallèlos faux et ridicules. Ainsi, que le (Ils de Crésus, muet de naissance, à la vue de l'ennemi qui va donner à son père le coup de la mort, se soit, dit-on, écrié, plein d'eiTroi : Homme , ne tue pas Crésus, j'y consens, si l'on veut; je ne verrai là que l'action violente d une passion qui imprime «lux organes une commotion extraordinaire, et y cause un heureux dérangement. Ainsi,, qu'avec des soins infinis on vienne à bout de redresser des membres mal conformés, de faire articuler des mots à des hommes privés de l'organe de la parole, j'y consens encore; je ne verrai là que le résultat d'une pénible et longue industrie. Ainsi, que, par l'action d'un fluide condensé, on excite un
ity ANGÉLIQUES. ODD
fi^missement passa*^er dans les mviscks d'un animal mort, ce n'est là qu'un effet mécanique semblable à celui des \ibiations d'une corde sous les doigts qui la pincent* effet qui d'ailleurs n'a lien de commun avec les phénomènes de la \ie. Mais qid ne voit pas que ces résultats et bien d'autres semblables, fruit de l'art et du temps, sont sépares des prodii^es évangéliques par une distance inliiiie? Dans les mii^acles de Jésus-Christ, il n'est permis de se rejeter ni sur le mou\ement impétueux d'une passion , ni sur la longueur du temps, ni sur dtis efforts souvent réitérés, ni sur un accident imprévu, mais heureux, ni sur le jeu de ressorts cachés; tout y est produit subitement, parfaitement, suivant les occurrences, sans aucun appareil, par des moyens qui n'ont aucune proportion avec les effets , par une seule parole, par un acte de Nolonté auquel rien ne résiste. Ce sont des résurrections complètes de morts qui exhaloient la corruption du tombeau; ce sont des niuUij)lications instantanées de quelques pains qui, au moment même, nourrissent plusieurs milliers d'hoiiimes. Or je demande si tout cela ncst
pas une violation manifeste des lois de la nature, et ne porte pas l'empreinte visDjle de la puissance divine.
De nos jours, on a fait, on fait encore grand brviit de certains phénomènes extraordinaires dont la cause n'est pas bien connue, et cpii ont partai^é le monde savant , au point qu'ils ont été célébrés par les uns avec enthousiasme, et qu'ils ont été pour les autres un oljjet de dérision. L'incrédidité, toujours avide de ce qui flatte ses désirs, s'en est emparée et n'a pas craint de les assimiler aux miracles évangéliques. 11 n'entre pas dans mon dessein de discuter la réalité des faits, je laisse à d'autres cet examen critique. Je suppose qu'après avoir bien démêlé le vrai d'avec le faux, écarté ce que limagination, l'irréflexion, la vanité et quelquefois le charlatanisme, ont pu y mêler de fabuleux; je suppose qu'après ce judicieux discernement il reste encore des guérisons remarquables, et qui semblent sortir des voies ordinaires : quelle honte toutefois pour la raison , qu'on ose les rapprocher des guérisons miraculeuses rapportées dans nos Evangiles !
• É V A N G i LIQU i:S . DJJ
\ Je ferai une observation générale et décisive. C'est le même Jésus-Clirist qui a opéré toutes les mer\eilles racontées par nos évangélistes, soit celles qu'on peut apj^eler de premier ordre, soit celles qui semblent être moins étonnantes. Oui , celui qui ressuscita Lazare, qui rendit la vue à l'aveugle né, qui multiplia les pains dans le désert, guérissoit aussi les maladies et les infirmités de tous genres. La résurreclion de Lazare, voilà un miracle qui décèle la toute - puissance divine, qid est bien audessus des folides imitations de lliomme; et je ne sache pas qu'en Europe aucun expert dans l'art de guérir se pique de rendre à la vie des cada\res tombés en dissolution sous la pierre du sépulcre. INÎxiis, si Jésus- Ciirist a opéré ce grand miracle par sa toutepuissante volonté, pourquoi ne [)as attribuer au même principe les autres miracles , quoique moins éclatans? et de quel droit leroit-on une distinction ridicule, attribuant les uns à l'action immédiate de la puissance divine et les autres à Faction médiate d'un agent natiucl, mais inconnu? n'estce pas toujours dans tous le même Jésus n. i5
commandant en maître à la nature entière? Mais venons un moment à l'examen du parallèle qu'on a voulu établir; il ne sera pas difficile d'en faire sentir toute la futilité. Les guérisons qu'on oppose aux miracles évangéliques demandent du temps, delà patience, de la suite; les résultats de l'art sont incertains, souvent ils sont incomplets, ils no sont pas toujonr.s heureux, et plus d'une fois ils ont été fune?les : tout annonce une cause inconnue, singidièrc, si l'on veut, mais dont l'action, comme celle de toutes les causes physiques, a ses commencemens, ,^^s progrès et sa fm. Quant aux guérisons opérées par le Sauveur des hommes, elles ne présentent rien qui décèle Fini puissance, l'incertitude , la foiblesse ; elles sont soulilaines, instantanées, certaines, parfaites. Ainsi, d'un cùlé, je vois la marclie , le développement d'une cure médicale, surprenante, tant qu'on voudra, mais qui a sa cause secrète dans la nature; de 1 autre, je vois l'action instantanée, immédiate de la puissance divine : entre les deux, l'intei-valle est immense.
Quel siècle que celui oii on ne semble avoir
IfiVAîfGKLIQUES. 55^
de science et d'esprit que pour faire contre la religion des argumens et des rapprocliemens dépourvus de sens et de logique ! quel temps que celvii où les apologistes du cluistianismc sont obliges de réfuter sérieusement ces indignes parallèles ! Que si quelqu'un trouvoit étrange que j'abaisse jusque là mon ministère, je répondrois que j'ai appris du grand apôtre à être foible avec les foiblcs^ et que l'expérience a justifié plus d'une fois à mes yeux cette condescendance; je pourrois aussi rappeler que le même apôtre , obligé de sortir des convenances ordinaires, de parler de lui-même , de faire son élog(^ pour dissiper les faux Jjruits répandus contre lui, disoit aux cbrétiens de son temps: « Si j'ai parlé comme un insensé, ce n'est )) pas à moi qu'il faut en faire le reproche , )) j'y ai été forcé : )) Stultus factus sum ^
vos ïPJi coegistis.
Maintenant faut-il voir dans les oeuvres miraculeuses de Jésus l'ouvrage de Dieu même? Nous n'aurons pas besoin de longs raisonnemens pour le prouver. Remarquez, Messiem s, qu'il ne s'agit pas de ne considérer qu'un tniracle en particulier, mais qu'il faut exa-
34o Di:s MiaACLKS
miuer l'enscraLle des miracles évangéllques, leur nombre, leur éclat, leur ^ariélé, leur but, la promptitude avec laquelle ils sont opérés, et les effets durables qu'ils produisent. Dès-lors ils présentent des traits si frappans de grandeur, de sainteté, de bonté, qu'il est impossible de ne pas y reconnoître la main du Dieu très-bon et très-puissant. Dans leurs circonstances et leurs détails, rien d'indécent, rien d'impur, rien de cruel, rien de ce qui décèle un agent odieux et malfaisant; point de scènes scandaleuses qui outragent les bonnes mœurs; tout est pour la vertu et le- bien de l'iiumanité. Et quelle idée doit-on se faire de ces esprits subalternes appelés démons? on doit les regarder comme des esprits ennemis des hommes, comme les pères du mensonge, comme les instigateurs de toutes les erreurs et de tous les crimes. Ainsi leur règne véritable étoit celui de l'idolâtrie, avec les vices et les infamies qu'elle entraîne après elle. Mais Jésus se disoit envoyé de Dieu pour détruire les erreurs et, les vices du paganisme , pour rappeler les hommes à la çonnoissance du Dieu unique créateur de l'univers, et rame-
LVANGi-LIQUrS. 041
lier sur la terre toutes les vertus. Que s'il avoit opéré ses miracles par la vertu du démon, le démon auroit donc travaillé à détruire son empire, et il auroit employé sa puissance contre lui-même. Certes un démon rpii cliercheroit à détruire le règne du vice, pour élablir celui de la vertu, seroit un étrange démon; voilà pourcpioi Jésus, pour repousser l'absurde accusation des Juifs, leur disoit : (( Si j'opère des prodiges au nom du » démon, le démon est donc divisé avec luiyy même, il cherche donc à se détruire p) réponse qui ne souflVe pas de réplique. Donc ses miracles étoient divins. ^^ ' '
11 ne reste plus qu'une ressource à l'incrédide, c'est de dire que Jésus les opéroit plutôt par un sentiment de compassion et de bonté, que pour établir la divinité de sa mission et de sa doctrine. Croiroit-on que les incrédules eussent été capables de cet étrange aveuglement, si la preuve n'en étoit consignée dans leurs éciits? Jean- Jacques a donné dans ce pitovable excès. Jésus-Christ va démentir hîi-mème cette folle assertion; rappelons quelques traits de sa vie. Quand il guérit le paralvlique , il déclara
expressément que c'est pour faire voir qu'il a véritablement le pouvoir qu'on lui conteste , celui de remettre les péchés des hommes. Quand les disciples de Jean-Baptiste viennent lui demander s'il est le Messie, pour toute réponse , il opère des miracles en leur présence, et il ajoute : (( Allez, racontez à Jean )) ce que vous avez vu et entendu, que les j) aveugles voient , que les lépreux sont gué- )) ris, que les morts ressuscitent. )) Après la guérison de l'aveugle né, les principaux d'entre les Juifs l'environnent et lui demandent de dire ouvertement s'il egt le Christ 5 Jésusrépond : « Les oeuvres que je fais au nom de )) mon Père rendent témoignage de moi.» Au moment de ressusciter Lazare, il annonce formellement qu'il va lui rendi^e la vie , afin que le peuple, témoin de cette grande merveille , reconnoisse en lui l'envoyé de Dieu. Aussi ses apôtres, qui sans doute connoissoient et ses œuvres et le but qu'il se proposoit en les faisant, ne cessoient de les donner comme le titre éclatant de sa mission. 11 est vrai que Jésus passa sur la teiTC en faisant du bien, que la plus grande partie de ses miracles étoient le fruit de sa bonté 3 mais
EVAXGÉLIQUES. 54o
il est manifeste qu'il prétendoit aussi faire éclater par eux la divinité de sa mission et de sa doctrine. Se prévaloir des effusions de sa compassion touchante pour attarpier sa mission divine, c'est affecter la reconnoissance, pour cacher la plus odieuse impiété. IN'insistons pas davantage sur le plus ridicule de tous les ari^umens.
11 est temps de tirer la consécpaence naturelle qui découle de la réalité des miracles cvan^^éliques; nous nous bornerons à l'indiquer aujourdhui, parce que nous nous proposons dans un autre discours de la développer avec plus d'étendue. vSi les miracles opérés autrefois par Jésus annoncoient à toute la Judée qu'il étoit Fenvové de Dieu , celui dont il falloit écouter la ^oix et suivre îa doctrine avec ses mystères comme avec ses préceptes, ils continuent à nous l'annoncer encore après dix-huit siècles. Oui , ce que ces merveilles furent autrefois pour les Juifs et les païens, elles le sont encore pour nous. C'est ici le ]ieu de détruire un préjugé dont on a quelquefois l'esprit préoccupé, et dont on ne se rend pas compte à soi-même. A travers les nuages des temps
et des sciècles, les fails anciens disparoisscnt en quelque sorte à nos yeux; on diroit qu'ils sont par rapport à nous, comme s'ils n'avoient jamais été: toutefois ce n'est là qu'une illusion. Quelle que soit la distance qui les sépare de la génération présente, ils n'ont pas moins e"sisté. La vérité ne \ieillit jamais; l'impression des faits anciens peut bien être moins sensible que celle dos faits présens; mais sur les uns comme sur les autres la conviction est souvent la même. liien ne seroife plus ridicule que de prétendre que la certitude des faits va en décroissant dans la suite des générations. TSon, je ne suis pas plus certain de Texistence de Louis Xï\ que de celle de Henri iV, ni de l'existence de Henri IV que de celle de Charlcmagne, ni de l'existence de Charlemagne que de celle de Constantin, ni de l'existence de Constantin que de celle d'Auguste. Bien plus, lorsque des évènemens anciens ont passé à travers un grand nombre de générations, qu'ils sont de nature à a\oir été constamment discutés par elles, et qu ils ont néanmoins entraîné la croyance universelle <, je ne puis que voir un nouveau
ÉVANG^LIQUES. ' 5i5
motif fracfjuicscement dans celui des nations et des siècles. "• * '. ' -
Maintenant, Messieurs, qu'il me soit permis de m'adresser en finissant à ceux fjiii pourroient balancer encore entre l'incrédulité et le christianisme , et de leur dire: Quel parti voulez-vous prendre ?]Nier la possibilité des miracles , c'est vous précipiter dans l'atliéismc. Contester la réalité de ceux de l'Evangile, c'est vous jeter dans le pyrrbonisme historique le plus uni^ crsel et le plus insensé. Croire à ces miracles sans être chrétiens, c est vous montrer inconséquens. Les faits évangéliques sont mieux prouves que tant d'autres dont vous ne doutez pas 5 la preuve qu'on en tire en favevu" du christianisme est hors de toute atteuite, et nous pouvons vous rappeler à ce sujet ce que disoit à son fds , dans les instructions qu'il lui a laissées, un des plus grands magistrats dont la France s'honore : « Quiconque , disoit d'Aguesseau , )) a bien médité toutes ces preuves trouve )) qu'il est non-seulement plus sur, mais plus » facile de croire que de ne croire pas, et )) je rends grâces à Dieu d'a^oir bien voulu T^ que la plus importante de toutes les véri-