‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religion (volume 5)Chapitre 32 sur 38 · DES MIRACLES ÉV ANGÉLIQUES · texte numérisé non relu

DES MIRACLES ÉV ANGÉLIQUES

)) tés fût aussi la plus certaine , et qvi'il ne » fût pas plus possible de douter de la vé- )) rite de la relii^ion chrétienne, qu'il l'est y) de douter s'il y a eu un César ou un :» Alexandre. »

DE JÉSLS-CHRIST

\/le Jcsus-Clirisl soil réelleniciit nioitsiir la croix, ainsi que le rapportent nos écrivains sacrés, c'est là un fait liistorique qui, dès la naissance même du christianisme, n'a jamais été contesté par les ennemis les plus acharnes, les Juifs et les païens. Le prodige de la résurrection de Jésus -Christ est si étonnant, si décisif, qu'on n'a rien Oiihlié poiu- en combattre la réalité et en obscurcir l'éclat j mais il est inoui que le sanhédrin, cpie les rabbins, que les sophistes grecs ou romains, aient jamais imaginé de dire que Jésus n'étoit pas mort, et qu'ainsi il avoit été facile de le faire passer pourressuscité. D'après tout ce f|ui nous reste des anciennes disputes des apologistes de la religion et de sts adversaires, on voit que jamais la controverse n'a roulé sur la réalité de la mort de Jésus, et que dt ^

^i'8 KisuRnEcnoN • •

Jenx côtés elle étoit regardée comme iiicluLilahlc. Or, après la croyance la j)lus antique et la plus invariable des chrétiens, des Juifs et des païens, on ne sauroit être reçu aujourd'hui à éle\er sur ce point le doute le plus léger; et certes, si l'on se rappelle que Jésus, après une flagellation cruelle, reste attaché à la croix pendant trois heures, baigné dans son sang au milieu des plus horriJjles tourmens; que son côté fut percé d'une lance, qu'avant de le descendre de la croix on s'assvua s'il étoit mort, qu'il fut déposé dans le sépulcre, enveloppé de linges sous une grande quantité d'aromates qui seuls aiuoient pu l'étoidfer, quand il eût été encore vivant, on se persuadera sans peine q\ie sa mort 'fut très-réelle. Aussi on n'a jamais dit rpe deux choses, ou qu'il étoit ressuscité, ou bien que, si son corps ne se trouva plus dans le sépulcre, c'est que ses disciples l'avoient enlevé. Ecoutez l'incrédule , il vous dira : « Les disciples de Jésus » forment le complot d'enlever le corps de y) leur iMaître ; soit par corruption , soit par j) fraude, soit par ^iolence, ils triomphent de )) la vigilance des gardes placés autour du

)) tombeau, et rëpaucleut eiisuîLc le Lruit )) qu'il est rcssviscitë. Cette fable tiamée par )) 1 imposture se propa«^c au milieu d'un )) peuple uaturoUeinent crédule, et bientôt )) elle se tourne en réali'ié; toutefois le récit )) des é\angé]istes, si vous le considérez at- )) tentivenient, vous présente des détails et )> des circonstances contradictoires qui ne )) peuvent que le rendre suspect; et d ail- )) leurs, si Jésus étoit ressuscité, au lieu d'ap- )) paroître vmicpienient à ses disciples, n'au- » roit-il pas du se montrer à la svna^ogue, à )) toute la vdle de Jérusalem, à tous ses en- )) nemis, pour les confondre et pour eflacer )) à leurs yeux parla gloire de sa résurrection )) 1 obscurité de sa vie et les opprobres de sa )) mort? )) Tel est le lan^a^e de l'incrédulité: je le rappelle avec franchise, la religion est trop forte pour craindre ks attaques de ses ennemis et pour les dlï>simuler.

Maintenant, si vous écoutez le chrétien, il vous dira que le fait de la résurrection est appuvé svu' des témoignages irrécusa]3les, que la supposition de l'enlèvement du corps est entièrement chimérique, que les oppositions ap[)arentes des évangélistes sur quel-

55o RÉSURRECTION

qiies détails, loin d'airoiblir leur récit, ne font que le fortifier; que Jésus a donne des preuves suffisantes de sa résurrection, trèsconvaincantes povu^ un homme sensé, qui conservent par rapport à nous toute leur force, et qu'ainsi ce miracle est le triomphe de la religion comme de Jésus-Christ, son divin fondateur. C'est à établir, à venger cette croyance des chrétiens, que ce discours \a être consacré. D'abord nous établirons la réalité de la résurrection, comme l'on établit les faits, par des témoignages; ensuite BOUS développerons les conséquences qui en . résultent pour la religion. Ainsi preuves et conséquences du fait de la résurrection de r Jésus -Christ, tel est le but et le plan de cette conférence.

Toujours raisonnables dans leur foi, les chrétiens ne croient à la résurrection de Jésus -Christ c]ue par des motifs capables de porter dans tout esprit judicieux la lumière la plus vive et la conviction la plus profonde. Oui, j'y crois d'après la déposition de témoins irrécusables, parce qu'ils sont et bien instruits du fait et très-sincères dans

leur récit; j'y crois d'après l'autorité de ceux qui, dans l'origine, y ont ajouté la foi la plus réfléchie comme la plus inébranlable; j'y crois à cause de l'absurdité même de la supposition qu'on est obli^i^é de faire poui n'y croire pas; j'y crois entin à cause de la futilité desargumens rpi'on y oppose. Si tous CCS motifs de crédiljilité , dont chacun a sa force particulière , se trouvent réunis, quelle autorité ne doivent -ils pas avoir dans leur ensemble?

J'ai dit que je croyois à la résurrection d'après la déposition de témoins irrécusa-, blés, aussi bien instruits que sincères : et d'abord n'est-il pas évident que les discipks^ de Jésus n'ont pu se tromper siu' la réalité ou la fausseté du fait de la résurrection; qui'îs ont du savoir parfaitement ce qui en étoit? J'observe que dans le commencement ils furent très - difficiles à y croire, défiance qui les mettoit en garde contre toute surprise. Quand les saintes femmes qui étoient allées au sépulcre annoncent qu'elles ont vu le Seigneui' vivant, on les traite de visionnaires; quand il apparoît aux apôtres assemblés, on croit voir un fantôme; celui qui

étoit absent refuse de croire les autres , et proteste qu'il ne croira que lorscju'il aura porté ses mains dans les plaies du corps de Jésus. Heureuse incrédulité, propre à vaincre la nôtre, parce qu'elle nous garantit la sévérité de l'examen des disciples, et nous apprend qu'ils n'ont pas été le jouet d'une crédulité précipitée ! J'observe encore qu'ils ont eu tout le temps et tous les moyens de làen se convaincre du fait ; Jésus apparoît, non à une seule personne dont le suiTrage, s'il étoit unique, pourroit paroître suspect d illusion, mais à plusieurs, à un très-grand nombre k la fois, à Madeleine, à d'autres femmes encore, à saint Pierre, à saint Jacques, à deux disciples, aux onze apôtres, enfin à cinq cents personnes réunies; Jésus apparoît, non dans les ornjjres de la nuit, oii Fimagination égaréa réalise quelquefois des fantômes, mais en plein jour, dans les endroits les plus découverts, en des lieux difterens, dans le jardin où étoit placé le tombeau, sur le chemin d'Emmaùs, dans le cénacle, sur les bords du lac de Génézareth, sur une montagne de Galilée; Jésus apparoît, non d'une ma-

nièrc rapide et fugitive qui ne laisse pas de traces après elle, mais pendant rpiarante jours, parlant avec ses disciples, se laissant loviciicr par eux, mangeant avec eux. Quoi! les a])6lrcs a voient vécu trois ans entiers dans la pkis grande familiarité avec Jésus j sa voix, ses discours, son visage, son air, ses manières, tout ce qui a trait à sa personne leur est paifaitement connu, et ils auroient été tous assez stapides pour confondre constamment avec Jésus, quils navoient perdu de vue cp.ie quelques jours, un je ne sais quoi qui n'étoit pas lui! lis auroient donc cru ^oir ce qu'ils ne voy oient pas, entendre ce qu'ils n'entendoient pas, toucLer ce qu'ils ne touchoient pas; c'est-à-dire ffue, sans avoir jamais donné des signes de fodc, ils auroient tous , et tout à coup , été agiles du même délire, et d'un délire si exactement semblable, si durable que, pendant quarante jours, leur cerveaux troublés eussent éprouvé les mêmes sensations et lejnoduit le même fantôme! A ovez à (pioi s'exposent ceux qui prétondroient que les apôtres ont été joués parleur imagination échaufiee, et ont pris un fantôme pour Jésus-Christ.

354 RÉSURRÊCTÎOl?!

Eh bien! dira- 1- on, je conviens qu'ils n'ont pas pu se méprendre siu' le fait de la résurrection; mais ce sont eux rpii Font inventé avec toutes ses circonstances, et c'est une imposture par laquelle ils ont séduit le monde. J'ose avancer cpie tout repousse cette supposition, et que, pour fairo des apôtres autant d'imposteurs qui ont fabriqué, débité, soutenu jusqu'à la mort là fable de la résurrection, il faut se résoudre à dévorer les choses les plus choquantes, les plus révoltantes, les plus contradictoires. En effet, Messieurs, les apôtres n'étoient pas des philosophes formés dans les écoles de Rome ou d'Athènes, ni des hommes d'une ame naturellement élevée et capable de grands desseins; c'étoient au contraire des hommes ignorans, grossiers, timides; et pourtant l'incrédule en fait ici les personnages les plus extraordinaires et les plus audacieux: car il leur prête le projet le plus vaste et le plus profond que jamais ait conçu l'esprit humain, le projet de faire adorer comme un Dieu par toute la terre un imposteur crucifié dans la Judée , et, chose incroyable! ils y auroient réussi. Les apôtres

DE JÉSL'S-CHRIST. 355

n'étolcnt pas des scélérats ni des impies; même en supposant qu'ils aient été assez simples pour se laisser abuser, toutefois la sagesse de leur morale, leurs vertus, leur conduite irréprochable, ne permettent pas d'en faire des monstres d'impiété et de scélératesse* et pourtant voilà ce qu'ds sont véritablement dans le système de Fin crédule. Fut -il jamais rien de plus horrible que de former le complot d'en imposer à tout le genre humain , de donner comme ressuscité par la puissance divine un homme qu'on sait être mort, et de tout oser pour faire décerner les honneurs divins à qui n'auroit mérité que le mépris et la haine? Enfin les apôtres n'étoient pas des frénétiques, des insensés, qui, sans intéiét et contre tous leurs intérêts , aient voulu former un complot d'ailleurs exécrable : l'homme n'est pas méchant, fourbe, sans savoir pourquoi; et pourtant, à écouter l'incrédule, voilà ce qu'il faudroit dire. Car enfin quel intérêt pouvoient avoir les apôtres à faire passer faussement Jésvis -Christ pour ressuscité? quel bien pouvoient-ils retirer de leur imposture? qu'avoicnt-ils à attcn-

356 KKSURRECTION

dre dans la vie présente? pas autre chose que la fureiu^ des Juifs, des chaînes, des opprobres, des supplices et la mort. Que pouvoient- ils espérer dans la vie futiu^e? s'il existe un Dieu vengeur du crime, quels châtimens ne doit -il pas réserver aux séducteurs impics? Ce n'est pas tovitj si Jésus n'est pas ressuscité, comme il i'avoit annoncé lui-même, des -lors il est convaincu d'imposture; les apôtres ne doivent voir dans lui qu'un fourbe c[ui les a trompés; et vous voulez que, tout en le reconnoissant pour tel, ils n en soient que plus zélés pour sa gloire, qu'ils donnent leur vie pour celui q\Q les auroit si étrangement abusés! tout cela n'est pas dans la nature de l'homme.

Si l'on suppose que les apôtres ont tramé ensemble un tel complot, je me figure qu'ds se seront réunis pour se concerter, et que le plus hardi, prenant la parole, aura dit: (( Mes amis , nous savons bien maintenant )) que Jésus nous a trompés; il avoit promis y> de ressusciter, et le voila toujours parmi les » morts. Notre intérêt seroit de démasquer )) son imposture; mais non, sacrifions tout » pour sa gloire, conscience, honneur, repos,

» et même la vie. INous savons bien que c'est

)) nous qui avons tiré eon corps du sépuicre,

)) n'importe; contre la vérité nous publierons

)) qu'il en ebt soi ti ^ ivant, et nous l'adorerons

)) ctunme un Dieu. JNons savons que nous

)) allons soulever contre nous la syna^ot^ue

)) et toute la nation juive; eh bien ! nous bra-

)) verons tout pour tjoutenir ce vil mensonge.

y) S'il est un Dieu qui soit la justice et la vé-

)) rite, il ne nous réserve que des cliâtimens

)) pour prix de notre horrible imposture; eh

)) bien ! affrontons le courroux du ciel comme

)) celui de la terre. Sans aucun intérêt pour

)) la vie présente, sans aucun intérêt pour la

ï) \ie future, contre tous nos intérêts, cou-

)) rons pidjlier partout la fausse résurrection

)) de Jésus; et, s'il le faut, laissons-nous égor-

)) i^er pour cette fable de notre invention.»

Tel est le projet plus qu'infernal qu'il faudroit prêter aux disciples de Jésus. Ce n'est pas tout encore; il faudroit supposer (pi'aprcs l'avoir concerté entre eux il ne s'en trouve pas un seul qui, déchiré de remords, abjure dans la suite son détestable enirauement, pas lui qui, par l'attrait des récompensais, trahisse le secret , pas un qui le laisse

écliapper par imprudence ou par légèreté, pas un à qui il soit arraché par la crainte du supplice : ils emporteront dans le tombeau l'horrible gloire de mourir pour un fait qu'ils savent être faux, perdant tout, si tout finit à la mort, et ne trouvant au-delà que des supplices, s'il existe un Dieu vengeur. Voilà des prodiges plus incroyables que celui de la résurrection: donc il est manifeste que les disciples de Jésus, qui se sont donnés pour témoins oculaires de sa résurrection, ne peuvent être soupçonnés d'illusion et d'imposture; donc leur témoignage est irrécusable. J'ai dit en second lieu que je croyois à la résurrection d'après l'autorité de ceux qui n'ont pu s'empêcher d'y ajouter foi dès l'origine. Les apôtres conyiiencent de prêcher Jésus ressuscité au milieu de Jérusalem et parmi les peuples de la Judée ; la résvirrection, voilà le miracle quils donnent pour base à la religion , qu'ils présentent comme le titre le plvis éclatant de la mission divine de Jésus-Christ. Saint Pierre l'annonce dans le temple au peuple juif: ce \ous avez mis » à mort, dit-il, i'autevir de la vie, mais » Dieu l'a ressuscité j et nous en sommes lc§

» témoins.)) Bientôt après, Paul ira le prcclier au milieu d'Atliènes et jusque devant Faréopage. Quand ce grand apôtre écrit aux Corinthiens, que leur marque -t-il?

c'est que, si Jésus -Clirist n'est pas ressuscité, leur foi est entièrement vaine, qu'elle ne porte sur rien, c( et nous ne sommes, )) ajoute-t-il, que de faux témoins.» C'est le miracle par excellence dont l'éclat rejaillit sur tous les autres^ c'est le centre ou viennent aboutir toutes les parties du christianisme. Le fidèle pourroit impunément ignorer bien des prodiges consignés dans nos livres saints, sans que sa foi en fût altérée- mais il ne peut ignorer le prodige de Jésus libre jusque dans les bras delà mort, et sortant en triomphateur de la nuit du tombeau. Qui croit à ce miracle doit être chrétien; qui ne le croit pas ne sauroit létre. Oui, si déjà, dès le commencement, Jérusalem, Corinthe, Athènes, Eplièsc, Antioche, Alexandrie, Rome, voient dans leur sein des adorateurs du Christ, c'est que les apôtres y ont prêché sa résurrection glorieuse; et qui suis -je moi, après dix- huit siècles, pour contester an fait que les païens et les JuLGi de ces ville?»

S6o RJZSUriRECTIOI^

fameuses ont cru d'une maiilère si intime, t:i profonde, qu'ils en ont fait la rè^le de leur foi et de leur conduite, et qu'ils étoient prêts à moiuir plutôt que de le renier même en apparence?

,Que beaucoup l'aient rejeté, cela s'explique aisément par l'empire des passions toujom^ en révolte contre le joug d'une religion qui les importune; mais que beaucoup l'aient reconnu et professé, même au péril do leur vie, voilà ce qu'on n explique que par la persuasion la plus intime, fruit de l'examen le plus réfléchi. Leva- croyance me frapperoit moins, si je pouvois la suspecter d'être intéressée ; mais quel intérêt pouvoient y trouver les Juifs et les païens? Tout devoit plutôt les éloigner de cette croyance ; ce n'étoit pas là une de ces nouveautés qui font des sectateurs en remuant dans le cœur de l'homme , en flattant ces penchans qui lui sont si chers , je veux dire l'ambition , l'orgueil, la volupté. Ce n'étoit que par le sacrifice des passions qu'on devenoit chrétien. Pour le Juif charnel et grossier, qui attendoit un messie puissant et magnifique, il s'agîssoit d'adorer celui que les prêtres et

les

L»E JLSUà-CHi:iST. 5f)l

les docteurs de la loi avolent fait mourir comme un impie, comme un ennemi de Dieu et du culte de Moïse. Pour les païens voluptueux et plongés dans les sens, il s'ai;issoit de professer une religion de croix et de souffrances. Oli ! qu'il falloit pour les uns et pour les autres des motifs puissans de s'élever avi-dessus de l'empire des sens et des préjugés! et si tous leurs motifs aboutissoient au miracle de la résurrection , avec rouelle sévère, quelle scrupuleuse attention, n'a- \ oient-ils pas dû l'examiner? et dès-lors leur croyance intime et profonde sur ce fait, portée même jusqu'à mourir pour l'attester, n'est-elle pas d'un poids immense?

J'ai dit en troisième lieu que je croyois à la résvirrecLion de Jésus-Christ , à cause de l'absurdité même de la supposition qu'on est obligé de faille pour n'y croire pas. Ici ])0int de milieu; ou Jésus est ressuscité, ou bien il faut» supposer que son corps fut cnle\é ])ar ses disciples. J'aurois le droit de faire observer qu'il est contre tovites les règles du bon sens et de la critique de com- ])attre des faits Ijien prouvés par de vagues rumeurs, par des conjectures et des supposili. 16

562 llÉ^URRECTION

lions gratuites. Les apôtres connoissoiciit très-bicii le lirait rcpantlu de rcnlèvement (lu corps; ils le iaj)poiteijt cux-métiies connue une fable in\c"ntce par les Juifs», et ne persistent pas moins à rendre à Jésus- Christ ressuscité un téaioii^nage qu'ils vont jusqu'à sceller de leur sang. Peut-on les acciiser d illusion ou d'imposture? ont -ils été trompés ou trompeiu-s? voilà le point précis de la question ; tant qu'on n'attaque pas les preuves que Ion donne de la sincérité de leur témoignage, il conserve sa force tout entière. Eh quoi! je vous produis des témoins d un fait, je vous ])rouve que leur témoiiina^e est irrécusable, et vous vous contentez d'une simple dénégation sans preuve! Ce n'est pas assez de dire que renlèvement du corps étoit possible , il faudroit établir que réellement il a eu lieu. Ou reconnoibsez le fait si bien prouvé de la résuirection, ou prouvez vous-mêmes, par des argumens positifs le fait de l'enlèvement. Les monumcns de l'histoire à la main , vous m'avez prouvé que César expira en plein sénat d'une mort tragique; et je me croirois dispensé d'y ajouter foi , en alléguant

DE JKSLSCIILlibT. 363

lUiG simple possibilité du contraire! Certes, par cette manière de raisonner, tonte 1 histoire scroit bientôt mise en pièces. Mais discutons un moment cette supposition de Tenlèvement. Nous dirons aux incrédules : V ons savez, et vous convenez que des soldats romains furent [)réposés à la ^arde du sépulcre; eh bien! voulez-vous que les gardes i^agnés par argent aient été complices de renlèvcmcnt? voulez -vous que les disciples aient usé de \iolencc et triomphé par Ix Ibrce ouverte de la résistance des gardes? voulez-vous que, les gardes étant endormis, les disciples aient enle\é le corj)S furlivement? choisissez. 11 est triste d être ol>ligé d'opter entre ces trois suppositions; car elles sont également insoutenables.

Et d'abord , si les gardes ont été corrompus par l'appât de l'or et de l'argent, il faut donc supposer que les apôtres se seroient présentés à eux, comme des impudenset des hommes sans concience, qui viennent marchander un crime ; et ils n'auront pas tremblé de faire des oPires dont le refus peut les plonger dans une abîme de mallieurs! et parmi les soldats il ne s'en trouve pas un

5G4 ni;suRRi:cTioN

sciîl qui soit inacccssiljle à la corruptioii ! pas un seul qui, par l'espoir des récompenses, dénonce les apôtres plutôt que de s'associer à une entreprise criminelle dont l'issue peut devenir si funeste à ses auteurs! et le conseil des Juifs aura gardé le silence , au lieu d'informer contre les gardes et les apôtres, pour découvnr toute cette trame et prévenir les effets qu'il vouloit arrêter ! Les Juifs avoient pris tant de précautions contre la fraude j ils avoient eux-mêmes demandé une garde au gouverneur, ils avoient apposé au séj)ulcre le sceau, de l'autorité publique, ils étoient si intéressés à empêcher la croyance du fait de la résurrection, et ils ne font aucune information contre les gardes et les disciples, pour mettre au jour leur complicité ! Cette première supposition est si cliociuante par tant d endroits, que les Juifs ne l'ont jamais hasardée.

Dira -t- on avec plus de succès que les disciples ont usé de violence, écarté les gardes par la force , et ensuite enlevé le corps? Mais quoi! ils étoient si timides, si lâches* la frayeur les avoit dispersés, Pierre étoit allé jusqu'à renier son Maître, à la voix d'une

v>ï: jjLsrs-ciiP.îST. 565

scrN aille ; ils sont déconcertes de la mort de Jésns-Ciirist, ils ne savent ([\ic penser de lui et de ses promesses; eux-mêmes ont la l)Onne toi de no pas déi^uiser à ce snjet leurs craintes et leurs incertitudes ; et tout à coup les voilà transformés en des liommes intrépides qui vont alïronter les dangers dans les ténèbres de la nuit , fondent sur les soldats romains et les dispersent : où est ici la vraisemblance? Mais ce n'est pas tout : si les soldats avoient souffert une telle violence, ils n'auroient pas manque , pour leur propre justification, de dénoncer cet altentat des apôtres; et, sur leur dénonciation, les apôtres auix)ient été pou^sui^is juridiquement comme des profanateurs des tombca\ix , et des violateurs audacieux du sceau de Tautorité publique, apposé au sépulcre. Cependant il n'existe pas la plus léj^ère trace de cetle accusation.

11 ne reste qu'nne troisième siqiposition , c'est de dire, comme l'ont prétendu les Juifs, que, les gardes étant endormis, le corps fut enlevé furlivement pendant leur sommeil.

Cette fable juive est bien digne d'être réjiétée par des liommes qui croient tout, ex-

566 BKSUIIRECTION

copte ce cju'iis doivent croire. Eiî cfTet, pour ]'ai(mcttre, il faut dire que tous les gardes J.'éloieut comme concertés pour dormir à la fois, fpic pas un seul n'aura été éveillé au Ijruit de plusieurs personnes qui arrivent au sépidcre, roulent la pierre énorme qui en ferme l'entrée, y entrent, en retirent le corps et remportent. Yoici encore une autre circonstance remarquable : au lieu d'emporter le corps tout enveloppé, ce qui étoit plus facile et plus court, ces étranges voleurs font tout le contraire ; ils détachent le linceul qui couvroil le corps et le laissent dans le sépulcre; ils plient même et j^lacent à j>arl le suaire qui couvroil la tête : car ces particularités sont expressément rapportées dans nos évangélistes. Que si l'on disoit que ks apôtres se sont avancés secrètement jusqu'au sépulcre par une >oie souterraine, jious ferions à ce sujet une observation i:;ans réplique , c'est qu'une telle fraude auiolt laissé après elle des traces manifestes. Le sépulcre étoit taillé dans le roc, il auroit donc fallu y pratiquer une omerture, et cette ouverture auroit trahi le complot et le vol sacrilé;,e. Vous le voyez, Me::Licurs,

Di: JÏisus-cïirvisT. 3()7

cetLe feupposition Je l'eiilcvement du corps, outre qu'elle ett entièrement j^raluitc, qu'elle n'est appuyée sur aucune preuve positive, n'a pas même le mérite d'une «-impie probabilité : ce n'est cpi'iui échafaudage de pierres mal assorties c{ui tombe de toutes paris. C'est le cas de dire avec le poète romain : (( Qu'un » Juif le croie 5 moi, je ne le croirai pas. » J'ai dit enfin cpie je croyois à la résurrection , à cause de la futilité même de ce qu'on prétend y opposer. Rien ne donne plus de force et d'éclat à la vérité, que la faiblesse des efforts que l'on fait pour la combattre^ c'est alors qu'on sent mieux ses avantages et son triomphe. Or qu'ont imaginé les incrédules contre les preuves historiques du fait de la résurrection? c'est de dire d'abord que les évangélistes, incertains, vacillans dans leurs récits, rapr>ortent des choses contradictoires, et ne s'acordent pas entre eux, ni sur les apparitions des anges, ni sur celles de J('sus-Christ, ni sur les voyages qui ont été faits au sépulcre, ni sur les heures où ces vovages ont eu lieu. L'un sup[)Ose qifun s<'ul ange a paru , l'autre en suppose plusieurs j ce que celiii-ci [)lace après le lever

•368 ilÉSURIlÊCTlON

<lu sohdl, celui-là le met avant Faiiroro; dans ce choc de narrations qui se combattent, comment démêler la vérité? Messieurs, je le demande à loul homme de bonne foi : Parmi les faits de rantiquité, même les plus authentirpies, en est- il un seul qui, dans ses détails et ses circonstances accessoires , u oiTre des obscurités qui font le tourment des critiques? Est -il permis de combattre le témoignage des quatre évangélistes par quelques particularités de leurs récits, qid pouvoient être très -claires pour les contemporains, encore quelles soient embarrassantes pour nous, qui sommes séparés du fait par un intervalle de dix-huit siècles? U est si aisé de concevoir comment les récits des évangélistes présentent des contrariétés apparentes. En effet, qu'arriva -t- il? différentes femmes, différens disciples, partent à différentes heures pour aller au sépulcre, font différens voyages et par des chemins différens; tantôt c est un ange cp^ii apparoît 3 tantôt ce sont deux anges qui ajiparoissent. De toutes ces partictdarités également indubitables, celle qui est rapportée par lui évangéliste est passée sous silence par un autre ;

DE JÉSUS-CHKIST. 069

<lc là des diversités et nullement des conliadictions réelles : et l'on ne s'aperroit pas que les oppositions apparentes font ressortir davantage la sincérité des apôtres! S'ils a voient machine une imposture, il leur étoit si aisé de concerter ensemble une narration qui ne présentât rien de choquant dans aucune de ses circonstances; mais non: la vérité seule guide la plume des écrivains sacrés; chacun raconte avec simplicité ce qu'il croit devoir raconter, persuadé que ce qu'il dit se concilie avec ce qu'un autre pourra dire. Les récits sont assez semJjJables pour les mettre hors de tout soupçon d'imposture, et assez diiïerens pour les sauver du reproche de fraude concertée.

\ oici enfm la dernière ressonrcc de l'incrédule : Si Jésus -Christ étoit véritablement ressuscité, se seroit-il contenté d'apparoitre à ses disciples qui déjà croy oient en lui? ne devoit-il pas plutôt apparoître à. ses ennemis pour les guérir de leur incrédidité? Messieurs, il est vrai, si Jésns-Christ a voulu que sa mission divine éclatât surtout dans le miracle de sa résurrection, il a du nous en fournir des preuves sufTisantcs

OJO KISURRECITON

pour convaincre tout esprit raisonnable; mais, si celles rpi'il a données suffisent, si elles portent avec elles une impression de vérité dont on ne peut se dérendre, t\ l'on ne peut les cond^attre que par dei fiivolités, qui sommes-nous pour en exiger de plus frappantes et de plus lumineuses encore? Est-ce donc sur nos foibles ])eij6ées que le ciel doit mesurer ses desseins? et quand nous devons raisonnablement être contens des lumières qu'il nous donne, comment osons-nous murmurer pour celles qu'il croit devoir nous refuser? Jésus-Christ a-t-il manifesté sa résurrecùon à des témoins irrécusables? leur témoignai^e nous est -il connu, et S3 présente-t-il encore à nous tel qu'il doit être pour entraîner notr^ assentiment? c'est tout ce qu'il faut pour que nous soyons saines dans notre croyance, inexcusables dans notre infidélité. « Et à qui )) prétend -on que Jésus -Christ étoit obligé y> de se manifester avec évidence? à qui? )) à ce lâche gouverneur qui l'avoit cony) damné contre sa conscience? à ce léger )) et Yohiptueux Hérode qui l'avoit raillé? )) à ces prêtres, à ces docteurs, h ces pliari-

DE Ji:SUS- CHRIST. 671

)) siens qui n'avoienl cessé de le poursuivre )) de leurs calomnies et de leurs intrigues . )) jusqu'à ce qu'ils l'eussent conduit sur le )) Calvaire? à ces Juifs furieux qui , tout corn- )) blés de ses bienfaits, aA oient demandé sa y) mort à i^rands cris, et souhaitoient que )) son san^ retombât sur eux et sur leurs en- )> fans? Par où tous ces liommes si criminels )) avoient-ils mérité le bienfait de son ap- )) parition? Il est déraisonnable de préten- )) dre que Dieu doit répandre ses i^râc^s plus )) abondanmient, à mesure qu'on s'en rend )) plus indigne, et multiplier les preuves de )) sa foi, à proportion qu'on y résiste davan- )) tage (1). )) Jésus se manifeste à ses disciples; il en fait ensuite les hérauts de sa résurrection 5 c'est par eux qvi d s est manifesté à la terre, c'est par leur témoignage continué à travers les sièeles qu'il se manifeste encore à nous. A ous voudriez cpi'il eût en quelque sorte forcé ses ennemis au silence par l'éclat irrésistible de sa présence glolieuse; c est précisément ce qu'il ne vouloit pas. S'il veut que la foi soit motivée {)our

(}y La Liizcinc.

072 ra:suRREc Tiox

(lire raisoîiuaLlc , il veut aussi qu'elle soit Jiin^e pour être méntoire- il doit à tous des j)reuves suîïisantes, mais celui qui en ce içenre reçoit moins n'a pas le droit de se ]^laindre et de crier à Tin justice, parce qu'un autre avu^a reçu davantage. A eus demandez pourquoi Jésus n'a pas apparu à toute la ville de Jérusalem y à la synagogue, à tous ses ennemis; et moi je vous demanderai pour- (pioi il n'a pas apparu à Rome, à Corinthe, à Ephèse, partout où sa résurrection fut prêcliée, et donnée pour fondement de sa religion? et en ce genre les demandes n'auront pas de terme.

Mais ne pourroit-on pas dire avec Jean- Jacques : (( Je ne connois ce miracle comme » les autres que par des hommes. Qui a vu y) ce miracle? des hommes. Qui me le rapy) porte? des hommes. Toujours des hommes )) entre Dieu et moi! îs'étoit-il pas plus » simple qu'il me parlât lui-même? )) U sied bien à un sophiste orgueilleux de prendre ce ton d'insulte envers le Dieu qui lui a «lonné l'être et ce talent dont il abuse pour blasphémer contre lui! Comment Jean-Jacques connoissoit-il l'existence de César , ses

conquêtes, sa fin traj^ique, sinon parle témoignage des i^énéralions intermédiaires, depuis dix- huit siècLîS? Entre ces évènemens et lui, ^oilà Lien des hommes* se croy oit-il pour cela dispensé d'y croiie? ou plutôt ne se seroil-il pas regardé comme un insensé de n'y croire pas? il auroit voulu que Dieu lui parlât; et pourquoi à lui plutôt qu'a tout aulre? pcnsoit-il que le feu de son imagination fût un titre de préférence aux yeux de celui qui estime avant tout f innocence et la vertu? 11 faudroit donc que Dieu se manifestât par des révélations spéciales à tous les individus de l'espèce humaine, qu'il boideversat ainsi sans cesse tout l'ordre naturel des choses, qu'il multipliât sans fin les miracles, les rendît journaliers et si communs que, n'ayant plus l'éclat et la force de miracles, ils fussent inutiles; car c'est là qu'aboutissent les j>rétentions d'une fausse et orgueilleuse sagesse. Ainsi, Messieurs, si je discute la dé- ])Osition des témoins oculaires du fait de Jésus ressuscité, je la trouve très -digne de foi; si je discute Fautorité des Juifs et des ]>aïensqui, dans Forigine , ont cru au mi-

5 7 1 R KS U R Tl LCTION

racle de la résiuTcclion, et l'ont confessé jusque dans les lourmcns, je trouve que leur suiii*age est d'rui poids immense ; si je discute la supposition de Fenlèvement du corps, je trouve qu'elle n'a pas une ombre de proLa- Lilité; enfin si je discute les diflicultés des incrédules, je les trouve sans fondement et bien foibles à coté de nos preuves historiques : donc je dois croire, pour être raisonnable, que Jésus -Christ est ressuscité. Oui, Messieurs, si l'on mettoit en parallèle les preuves de la résurrection de Jésus- Christ et celles du meurtre de César, on reconnoîtroit que la première est encore mieux prouvée que le second, dont néanmoins per- KOnne ne doute. Je viens aux conséquences de la résurrection de Jésus-Christ.

Ce n'est pas assez de croire à la résurrection de Jésus-Christ, d'admirer ce trait éclatant de la piûssance divine. Tout ce qui est écrit, dit le grand Apôtre, est écnt pour notre instruction. Dans la religion du Dieu véritable et trois fois saint, tout doit tendre à éclairer nos esprits, pour opérer la réforme de nos cœurs. 11 ne s'agit pas

de l'un de ces faits historiques consi*^nés dans des monumens dignes de foi, que l'on croit, il est vrai, parce qu'il est raison nalde d'y croire, mais qui, étrangers à nos principes religieux, à notre conduite, peuvent après tout n'inspirer (pi'un médiocre intérêt. On croit à la mort de Socrate, au consulat de Cicéron , au règne d'xVuguste; mais enfin ce sont là de ces faits, ou qu'on peut ignorer inipunément, ou qu'on peut croire sans en tirer aucune conséquence utUc. Il n'en est pas de même du fait de la résurrection* il entraîne après lui des conséquences inévitables qui doi\ent fixer pour jani;iis notre crovance, nous avertir de ce qu il faut j)ra tiquer en nous montrant ce qu il faut croire, régler ainsi notre conduite, notre culte, nos hommages envers Jésus -Christ, et lier pour nous la vie présente à nos futures destinées.

Une première conséquence de la résurrection de Jésus -Christ, c'est qu'il est ^éritablement l'cnNoyé de Dieu. Jésus paroîl au milieu de la Juaécj il se dit l'emoyé du ciel [)Our former à Dieu des adorateurs en espiit et en mérité: il ne dispute pas, il décide 3 il

5 76 RÉSURTÎECTION

ne parle pas en f)]iiîosoplie qui disserte, mais en maître; la sai^esse est sur ses lèvres, comme l'innocence est dans ses actions; sublime dans sa simplicité, , sans faste, sans effort, il enseigne comme ayant autorité : le peuple est ravi de l'entendre, et il dit f[ue jamais homme n'a parlé comme lui. Sans doute la sainteté de sa vie, la beauté de sa doctrine, annoncent dans lui un je ne sais quoi de céleste que la terre n'a pas encore vu, et décèlent un personnage extraordinaire qui, plus que tout autre, a le droit d'instruire et d'éclairer les hommes sur la religion. Mais ilfalloit, surtout pour les esprits vulgaires, des preuves sensibles de sa mission : luimême il renvoie souvent à ses miracles. S il passe sur la terre en faisant du bien , c'est qu'il y passe en opérant des prodiges qui, presque toujours, tournent au soulagement des malheiu^eux, à la consolation des affligés, à la conversion des pécheurs. 11 annonce sclennellement qu'il ressuscitera le troisième jour, et il indique ce miracle comme la marque la plus éclatante de sa divine autorité : dès-lors, s'il est vraiaient ressuscité, il est ce qu'il se disoit être pendant sa vie. Ce n'est

pas seulement un pliilosoplic plus sai^e et |)lus éclairé que les autres; c'est le dépositaire des secrets de Dieu qui vient les révéler aux hommes, et les instruire de toute vérilé nécessaire à leur bonheur.

Une seconde cons<V{uencc qui sort de la première, c'est que Jésus -Christ doit être

écouté dans tous ses enseiiinemens comme

la vérité même. Le philosophe le plus savant se trompe qxielquefois ; borné dans ses pensées, égaré par le préjugé, entraîné par la passion , il se laisse séduire au mensonge, et séduit à son tour. La vertu même la plus pure ne met pas à l'abri de toute illusion; avec l'âme la j)lus droite, on peut bien être innocent, on n'est pas pour cela infailliljle. Mais dans Jésus-Christ il faut voir constamment l'interprète des volontés de Dieu; ce n'est pas en son nom , c'est avi nom de Dieu qu'il parle, et Dieu l'autorise par des miracles, et princi{)alcment par celui de sa résurrection; voilà le sceau de son ambassade céleste auprès des hommes, et, s'il nous trompoit, ce seroit Dieu qui nous tromperoit lui-même. Ce n'est donc pas assez de r< specter la doctrine de Jésus -Chrir^t, de

ciîcr son autorité comme élanl d\in grand poids, à en apj)elcr à son Evani^âle comme à l'ouvrage d'un sage de Rome ou d'Athènes; il faut croire, soumettre son esprit et ajouter à ses leçons la foi qui est due à la parole de Dieu.

Une troisième conséquence qui découle de la seconde, c'est qu'il faut recevoir la doctrine de Jésus -Christ sans l'alFoiLlir ni l'exagérer, sans en rien retrancher comme sans y rien ajouter. Le ciel et la terre passeront, mais sa parole ne passera pas.

Autrefois le philosophe avoit beau se faire des disciples zélés; son autorité pouvoit les sidijuguer pour un temps, mais bientôt ils s'érigeoient en juges de leur maître; ils discutoient, examinoient sa doctrine, la changeoient, la modilioient à leur gré; ils devenoient maîtres à leur tour : d'une première école en naissoicnt plusieurs autres, et les réformateurs avoient bien en effet 1<3 même droit que leurs fondateurs. 11 ne doit pas en être ainsi de Fécole de Jésus-Christ; sa doctrine demeure éternellement : malheur au téméraire qui voudroit l'altérer! c'est un attentat sacriléiic contre la vérité

DE Ji.SUS CHRIST. O79

fie Dieu. Aju'ès lui il n'est pas quesiion ^1 inventer, mais de conserver: sa parole rjerpétiiëe (le siècle en siècle doit retentir jusqu'à la fin dans son in\io1able pvireté.

Une rpiatrième conséquence, qui est le résultat de toutes les autres , c'est qu'il faut recevoir ét^alenient, et les mystères que nous ne saurions comprendre, et les préceptes qui nous sont intelligdjles. En \ain l'esprit se déconcerte de la hauteur de nos mystères; la raison me dit que Dieu a parlé [)ar Jésus-Oiri&t, et que Dieu, inteî]ii;ence infinie, peut voir ce que ne voit pas l'homme, intelligence hornée. Quand on étudie la religion , il ne s'agit j^as de vouloir se rendre les myî-tères intelligijjh^s , mais de se les rendre croyahlesiil ne s'agit pas d'en pénétrer la nature, mais de s'assurer de leur réalité : or nous la connoissons par le témoignage de Jésus - C^hrist, la révélant au nom de Dieu, qui est la vérité même. Ainei, par le témoignage de la nature, je connois Dieu, sans le comprendre; ainsi, sans rien coni- ])ren(U'e aux merveilles de la vision , Tavengle y croit sur la ici de ses semLlahles. En >ain le cœur se ré\oUe coiitre la pvircté de

06O rxESURRECTION

la morale évangéliqiic , la raison me dit que Diovi a parlé par Jësus-Clirist, et que Dieu, la bonté et la sagesse même , ne peut charger les hommes d'un joug accablant pour leur foiblesse. Un jour au reste nous consacrerons quelques discours à venger la religion dans sa morale comme dans ses mystères, en ce moment, nous nous contenterons de nous élever contre les demichrétiens qui divisent la religion , en admettant ou retranchant ce qu'il leur plaît, comme si Jésus-Christ ressuscité devoit être cru sur un point, et ne pas l'être sur un autre. Messieurs, admettre quelques poinls <le la révélation et rejeter les autres, c'est faire une alliance bizarre de christianisme €t d'incrédidité, c'est être tout à la fois chrétien et ne l'être pas. Est-ce donc nous qui avons fait l'Evangile, pour qu'il nous soit permis de le mutiler suivant nos goûts et nos caprices? ou bien la religion est -elle l'ouvrage de deux auteurs différens dont l'un doit être révéré comme l'organe divin de la vérité, et l'autre rejeté comme un apôtre de mensonge?

Encore une fois il n'en est pas de la re-

DE JLISUS- CHRIST. 38 l

11*^1011 comme des ouvrai^es d».s lioiiimes ; ceux-ci sont loin d être parfaits dans leur naissance : le temps et l'expérience amènent des décou\ertes nouvelles, et Fhistoire des connoissances humaines ne présente souvent qu'une succession de systèmes opposes les vins aux autres. Mais pour la doctrine chrétienne, elle a reçu d al>ord toute la perfection que Dieu a ^oulu lui donner ici-Las. Dans la création, Dieu dit et tout fut fait, et l'univers demeure, sans qu'il soit au pouvoir de riiomme de créer ou d'anéantir un soid atome de matière. Dans la révélation chrétienne, Dieu a parlé, et sa parole doit demeurer jusqu'à la fm, sans que les hommes aient le privilège d'en retrancher un seul point ou d'y ajouter quelque chose de leur invention. Point d(; milieu , il faut ou tout adnîettre, ou tout rejeter. I^orsque tout est également enseigné par Dieu, tout doit être également révéré. Si vous croyez en Dieu sans croire à la providence; à la pro- V idence en général , sans croire qu'elle s'occupe en particulier des actions des hommes; à cette providence spéciale, sans croire à nue autre vie; à luje autre vie, mais sans

oZ2 RÉSUllRECriON

croira aux chàtimens du vice; à ces vérités premières et fondamentales, sans croire à celles qui ont été révélées par Jésus-Christ; à la beauté de sa morale, sans vous croire oblit^é de la pratiquer; en un mot, si votre foi, par un éi^arement volontaire, n'embrasse pas tous les points révélés, si vous vous composez un symbole qui soit votre ouvrai^e, dès -lors vous n'êtes pas chrétien. Lu religion, dans ses dogmes comme dans ses préceptes , port^i tout entière sur l'immobile vérité de Dieu , manifestée par Jés\!s- Christ : or je demande où sont vos preuves pour ne rien admettre? ou bien où sont vos privilèges pour n'en admettre qu'une partie ?

Enfin, la dernière consé(]uence qui est fondamentale dans le christianisme , c'est que Jésus -Christ n'est pas seulement un juste, un ami de Dieu, un envoyé uu ciel, mais qu'il est véritablement Dieu, revêtu de notre humanité. Oui, Messieurs, s'il n'étoit pas réellement Dieu, il ne seroit pas même l'cnvové de Dieu; oïd, s'il né toit pas digne de nos adorations, comme Dieu, ii no seroil digne que de notre exécration.

comiiie le plus grand de tous les imposteurs : et ne pensez pas que ce soit ici une exagération oratoire ; c'est une assertion rigoureusement vrai 3, et bientôt vous allez en être convaincus. En elTet, si Jésus étoit l'en- M)\é de Dieu pour instruire les hommes, il disoit donc la vérité; il étoit donc plein de zèle j-our Ijs intéréls et la gloire du Dieu véritable 5 et jaloux de lui faire rendre les honneurs qui ne sont dus qu'à lui seul; donc il avoit en horreur l'idolâtrie; donc, s il n'étoit pas Dieu, il devoit éviter avec le plus grand soin tout ce qui tendoit à le faire croire, écarter de ses discoui'S tout ce qui auroit pu lui faire attribuer les perfections divines, et lui faire rendre à lui-même les honneurs di'.ins. IN'ctre simpdement que: l'envoyé de Dieu, et cependant parler, agir de manière à faire et à laisser croire qu on Cbt Dieu , quelle horrible impiété î ^ oyez avec quel zèle Moïse et les prophètes disoient ouvertement qu'ils n'étoient que 1 3S instrumens de la Divinité , et comme ils s'ajjstenoient de tout;; exj)ression qui auroit pu les faire passer |:our des dieux rendus visibles. Yovcz comme les apotrcs Paul et Barnabe , quand

384 rvKSURIlECTlON

on les prend pour des dieux, decliirent leurs vétemens et s'ëcricnt : ((Adorez le Seigneur, X) nous ne sommes que ses ministres. ))Pour Jésus-Christ, il fait tout le contraire, et ses discours ne tendent qu'à persuader qu'il est véritablement Dieu, il ne cesse de se dire égal à son Père, il avance qu'il est sorti du sein de Dieu, qu'il étoit avant Abraham, qu'il étoit avant toutes choses, que le Père et lid ne font qu'un, que ce que le Père fait, le Fils le fait aussi, que la vie éternelle consiste à connoître le Fils comme le Père; même il souffre cpi'on lui rende des honneurs divins , il applaudit à ses disciples qui l'appellent mon Seigneur et mon Dieu. Pour cpielques paroles moins claires et qui présentent quelque difficulté, son langage le plus ordinaire tend à lui faire attribuer ce qui ne convient qu'à Dieu seul. 11 faut bien le remarquer, Messieurs; ce ne seroit pas assez, pour le justifier de toute usurpation sacrilège , de dire que ses expressions étoient équivoques, incertaines, et ne signifîoient pas nettement sa divinité; car non-seulement un homme doit s'abstenir de dire claixcmcnt qu il est Dieu; mais par cela seul

qu'il

DE JÉaUS-CHRIST. 585

qu'il ii'é\itcroit [)as tout ce qui pourvoit rinsinuer, qu'il useroit à ce sujet de paroles à douljle sens, qu'il ne repousseroit pas avec une sainle horreur tout ce qui scroit capable (l'induire en erreur ses semblables; par cela seul, dis -je, il outrageroit celui qui, dans nos livres saints, s'a})pelle le Dieu jaloux, et demeureroit convaincu de n'être (pi'un impie exécrable. ^

Ce n'est pas encore tout; quelle est la première loi que Jésus - Christ impose à ses disciples? c'est de l'aimer, de l'aire tout pour son amour et pour sa t;loirc, de placer dans lui le centre de Icius pensées et de leurs aiïections ; même il exige les marques de lamour le plus généreux et le plus héroïque; il veut qu'on 1 aime plus que ses proches, que ses amis, que sa vie, qu'on répande pour lui tout son sang, et il déclare que celui qui ne lui rend pas tous ces hommages n'est pas digne de lui. Messieurs, que Jésus meure ])Our rendre gloire à Dieu, et qu il nous invite à marcher sur ses traces, je le conçois; mais, si dans la réalilé il n'est pas Dieu, et que néanmoins il nous commande de lui donner ces marques d'à-

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