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succès. A ]a voix des disciples (]e Jésus, le monde romain ouvre les yeux à ia lumière, il reconiioît ses prodi^^ieux cgaremens et quitte Fidolàtrie pour l'Evani^ile; les conquêtes pacifiques du Clirist s'étendent audelà de ses limites, et se perpétuent de nation en nation, de siècle en siècle jusqu'à nor.s.
Ce nVst ici, Messieurs, qu'un simple aperçu snr Jésus -Cliiist, considéré comme le fondateur du (hristianisme, et déjà peutêtre j en ai dit assez pour faire sentir combien il est élevé avi-dessus de tout ce que l'antiquité peut présenter à notre admiration ; et voilà ce qui, dans le second siècle, faisoit dire au savant Clément d'Alexandiie : (c Les plulosoiilics grecs ne se sont accrédi- )) tés que chez leurs compatriotes, encore . )) même n'ont -ds pas été goûtés de tous: )) Platon s'est fait discif)le de Socrate,Xé- )) nocrate de Platon, Tliéoplira^te d'Aris-^ )) tote, Cléanlhe de Zenon; ces pbilosoplies )) n'ont persuadé que quelques-uns de leurs )) sectateurs; mais la jiarole de notre Maître y> n'est pas restée dans l'enceinte de la Ju- )) dée, comme la jtlûlosopliie dans les limites
)) de ]a Grèce; elle s'est répandue dans toute )) la terre au milieu des Larbares comme » des Grecs; elle a porte la persuasion dans )) les nations, dans les bourgs, dans les villes )) entières; elle a amené à la vérilé un grand )) nombre de ceux qui Font entendue et 3) même plusievu^s j)]iilosopbes. ))
Les incrédules n'o])tricn oïdjlié pour obscurcir la gloire qui revient au cbristianisme, et par là même à son auteiu-, du fait de son établissement; ils croient avoir tout expliqué avec les mots si/pei^stitiony crédulité, fanatisme, mots qu'on a rendus insignifians à force de les appliquer à tout, ressource commode de ceux qui n'en ont point d'autre et qui prennent le parti si peu généreux de condamner les chrétiens sans les entendre.
Parmi ceux qui, dans ces derniers temps, ont essayé d'alToiblir ce que la propagation de l'Evangile au milieu des nations païennes a de merveilleux, je distingue un écrivain anglais que je ne prétends pas juger comme écrivain politique, mais qu'on p-eut accuser liautement d'être aussi mince lo^icien cju'historien infidèle dans ce qui regarde la religion; qui, d'abord anglican,
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ensuite catholique , enfin déiste ou sceptique, s'est montre dans ses jugemens sur l'antiquité chrétienne aussi léi^er, aussi inconsidéré que dans sa conduite; je veux parler de l'auteur de VHisloire de la décadence et de la chute de V 'Empire romain , ennemi d'autant plus perfide, que plus d'une fois il cache sa haine sous le voile du res- })ect, et qu'il se couvre des dehors d'une érudition imposante. Exagérer les moyens naturels qu'avoit le christianisme poiu' se propager, affoihlir les ol)staclcs (]ui s'oj)posoient à ses progrès, élever les doutes les plus mal fondés sur la grandeur et fétcndue de ses succès, ne voir partout que superstition, ambition, intrigue, mêler avec artiiice le faux avec le vrai, telle est la marche de l'écrivain dont je viens de parler. "Chez lui le christianisme des trois premiers siècles n'est plus qu'un tableau ^u dans un faux joiu qui en fait ressortir les défa\its et les taches, tandis qu'il dépare les nobles et grandes figures qui en font la beauté. Nous allons, dans deux discours consécutifs, essayer de présenter sous son véritable point de vue la propagation de l'Evangile au mi-
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lieu des nations idolâtres. Voyons d'abord combien elle a été rapide, et commençons par faire sentir combien elle est étonnante. Tel est le sujet cle notre première conférence sur cette matière.
Que la religion chrétienne se soit propagée avec la plus grande ra[)idité au milieu des nations idolâtres et surtout des provinces de l'empire roiiiain , c'est un fait fpii nous est garanti par les monuuiens les plus irrécusables de l'a^iticputé païenne comme de l'antiquité sacrée. Remontons ici à l'origine même de la société cbrétienne. Dans les dernières années de sa vie mortelle, Jésus se choisit un petit nombre de disciples qui, d'abord témoins de ses actions et formés à son école, seront les propagateurs de sa doctrine; il ne craint pas de leur dire: ce Comme Dieu m'a enxoyé, je >ous en- )) \oie; toute puissance m'a été donnée, allez )) donc, enseignez toutes les nations. )) Fidèles à ses ordres, les apôtres commencent dans la Judée même leur étonnant ministère. Dès le premier jour oîi ils ouvrent la boaclie au milieu de Jérusalem, trois mille hommes
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em])rassent la religion de Jésus-Clirist; nii second discours de saint Pierre fait cinq mille prosélytes. Bientôt la haine des prêtres et des docteurs de la loi fait citer les apôtres dc\ant le triJnmal de la nation; on leur défend de prêcher au nom de Jésus, et ils répondent : (( INous ne pouvons nous em- » pécher de dire ce que nous avons vu et )) enten(hi; j^igez vous-mêmes s il ne vaut )) pas mieux obéir à Dieu qu'aux hommes, d Parole simple et forte qui retentira dans tous les âi^es, et partout ira susciter à la vérité de magnanimes défenseiu^s prêts a tout sacrifier pour elle, même la "sie.
Cependant la rési'^tance du Juif \n devenir la riciici-se du gentil : l'orage de la persécution disperse les apôtres au milieu des nations infidèles et y porte avec eux la lumière de rEvangile. A leur voix, le monde païen se réveille, les nations s'ébranlent, les ténèbres de la superstition commencent à se dissiper. Bientôt l'Orient et l'Occident, l'Asie, l'Egypte, la Grèce, l'Italie, reçoivent TEvangile: Antioche, Ephèse, Athènes, Corinthe , Thessalonique , Alexandrie , Piomc , voient se former dans lem^ i^cin dos adora.-
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tenrs en esprit et en vérité. Environ dix ans après la mort de son Maître, saint Pierre adresse sa première Epître aux fidèles dispersés du Pont, de la Galatie, de la Cappadoce, de FAsie et de la Bytliinie. Saint Jean fonde et gouverne les églises de FAsie mineure. Saint Paul écrit des lettres à celles qu'il a établies dans les villes les plus fameuses de FEmpire; Rome aussi entendra sa voix; il y sera mis dans les fers, mais la parole de Dieu ne sera pas pour cela encliaînée. Pierre y viendra à son tour; c'est là que ce prince du collège apostolif[ue fixera son siège , et il y aura des siiccessears dans tous les Ages; de là comme du centre de l'univers chrétien partira la lumière évangélique, et par une suite de conquêtes bien dliférentes de celles de Scipion et de Paul Emile, devenue la capitale d'un empire spirituel sans limites et sans fni, Rome sera véritablement la ville éternelle.
Les apôtres , les disciples immédiats de Jésus - Christ , meurent; mais leur zèle ne meurt pas avec eux : il sortira de leurs cendres, non pas des vengeurs armés pour exterminer leurs ennemis j mais des héritiers
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l^fiicreux (le leurs lra\aiix et de leur dé\oûment sublime; et que de témoins j'ai à vous citer ici de leurs succès prodigieux! Ce sont Justin, Irénce, Clément d'Alexandrie, Tertullien, Arnobe, Eubèbe, et bien d'aulres encore qui furent des personnages célèbres par leur sa\oir et leurs lumières, dont plusieurs élevés dans le paganisme, après avoir cultivé la pliilosopliie humaine, finirent par embrasser cette religion qu'ds a\ oient d abord dédaignée, et qu'ils vovoient&e rép.andre avec un éclat si ra];ide dans Funivers.
En\iron cinquante ans seulement après la mort de Févangéliste saint Jean, que disoit saint Justin dans son dialogue avec le juif Trvplion, que chacun peut lire? voici ses paroles : (c J'en atteste les différens j)eu- )) j)les de la terre , Grecs ou barbares , ou de )) toute autre race d'hommes, quelles que )) soient leurs dénominations et leurs mœurs, )) quelle cpie puisse être leur ignorance des )) arts et de l'agriculture, soit qu'ils habi- )) tent sous des tentes, soit qu'errans au )) milieu des déserls ils transportent leurs )) demeures dans des chariots couverts, il y) n'existe ])oint de nations chez lesquelles
)) oii n'ait olTeit au nom de Jésus -Christ des » |)i'ièics au Père et au Créatevu^ de toutes )) choses. » Et qu'on ne dise pas avec quelques incrédules que c'est là lUie exagération pouipeuse, la saillie d'un écrivain pieux, mais peu exact, qui régloit sa croyance sur ses désirs; il y auroit dans cette réflexion plus de malignité que de solidité. Les chrétiens n ignorent pas que dans ce passage de saint Juslin il faut \oir une façon de parler semhlable à celles-ci bien connues, que la terre entière s'est tue devant Alexandre, que Rome étoit devenue la maîtresse du monde; on sait ce que signifient ces discours reçus parmi les hommes, ils voudront toujours dire qu'Alexandre et Pvome ont régné sur de vastes contrées du nionde. Eh Lien ! le discours de saint Jiistin Lignifie aussi que déjà, un siècle après la mort de Jésus-Christ, l'Evangile avoife pénétré dans un grand nombre de contrées soit policées soit barbares; et c'est la ce que nous prétendons.
11 sied bien d'ailleurs à l'incrédulité de vouloir obscurcu' un fait avoué d'une maliièro si positive par un auteur çorî^ompo-
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rain, et dont le Icmoignai^c est appuyé de tant (l'aiitres non moins ii-rëcusaLles; déjà j'ai cité celui de Clément d'Alexandrie, écrivain du même siècle.
Plus tard nous apprenons d'Arnobe et d'Ensèbe que FENani^ile, dans les trois prenûers siècles , s'étoit étendu bien au-delà de la domination romaine, cbez les Perses, les Partbes, les Se\tbes, et beaucoup d'autres encore rpi'ils ne citent pas.
Que s'il saisit de l'empire romain en particulier, je me contente du témoignage de Tertidlien : (( ISous ne sommes que d'iier, )) disoit-il, et l'ous remplissons tout voire )) empii'e, 1('S Ailhs, les îh^s, les cljàteaux, les )) Jioni'gades, ks compagnies, les camps, les )) triJ)us, les décuries, les palais, le sénat, )) le l>arreau; nous ne vous laissons c^ue vos )) temples; nous [)Ourrions même sans armes )) et sans réNoltrs, mais par notre séparation )) seule, \ot!S con'battre. hi, étant une mul- )) litud>e si i^onibreuge, nous allions nous )) retirer dans quelcpie ] artic de l'uni^ers, )) votre doniination seroit confondue de la )) perle d'un si grand j.onibre de citoyens, )) leur seul eloignement >ous puniioit ; vous
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)) fi'ëmii iez de la solitude où vous laisseroit )) ce silence universel, et de la stupeur où )) resteroit votre univeis comme mort. » Je veux, Messieurs, que Tertullicn ait été un esprit bouillant, porté à la déclamation; je consens même, si vous ^oulez, qu'il v ait ici un peu d'exagération oratoire : Tertullien n'étoit pourtant pas un insensé, et quelle folie de sa part , dans un écrit apologétique présenté à tout ce que l'Empire a\oit de plus puissant et de plus éclairé, d énoncer sur l'étendue du christianisme, sur le nombre de ses sectateurs, une chose dont la fausseté eût été sensible à tous les yeux!
Toyez encore. Messieurs, comment le même écrivain s'exprime sur cette matière dans une autre circonstance. Scapula, gouverneur d'Afrique, plus d'un siècle avant Constantin, étoit porté à la persécution; Tertidlien lui adresse un éciit pour l'en détourner; il lui demande de combien de haches et de glaives il n'aura pas besoin pour tant de milhers de victimes de torit rang et de toute dignité qu'il faudra immoler: il fait valoir l'inviolable fidélité des ciiré-
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lions, qui n'a\ oient jamais abusé pour trahir l'Empire de leurs forces et de leur nombre; car, dit-il, nous sommes presque la majeure partie de cliaque yWh^pars penè major civïtatls cujusque.
Je ferai une réflexion décisive, c'est que les anciens aj^oloi^istes de la religion se sont pré^ alu en S3 faveur de son étonnante propagation, et sont partis de là comme d'un fait très-écJLUant , très- notoire, que personne ne cont(>stoit ^ jîour faire sentir qu'elle avoit une force toute (li\ine, toute propre à subjuguer les esprits et à réformer les cœurs.
Malgré cet accord de tous ks monumens ecclésiastiques sur la rapidité avec laquelle le christianisme s'est piopagé dès les premiers siècles, l'incrédidc, sans trop savoir pourquoi, liésitc-t-il encore? eh bien! nous avons de quoi l'éclairer, s'il veut ouvrir les yeux à la lumière, par les témoignages les plus positifs de l'antiquité païenne. Je puis citer Tacite, qui nous a[)prend que dès l'origine i\n ciiristianisme, sous iNéron , on fut étonnéde découvrir dans Rome vme si grande multitude de chrétiens, niuUitudo in^ens. Je puis citer Pline le Jeune, gouverneur
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de ByUjiine : environ soixante ans après les premières prédications des apôtres, il ëcrivoit à l'empereur Tiajan que le clnistianisme étoit professé par u^n grand nombre de personnes de (ont âge et de toute condition , omnls ordifiLS ; cpj'il a voit gagné , comme une contagion , non-sevdement les vdles 5 mais les Lourgs et les campagnes, en sorte qu'il avoit trouvé les temples des dieux abandonnés. Je puis citer Lampridius, auteur païen de la \ io d'Alexandre - Sévère : ce prince, favorable aux ehréliens, avoit conçu le dessein de faire bâtir un temple à Jésus -Christ; mais il en fut détourné par les prêtres des faux dieux , qui l'assurèrent que , s'il effectuoit ce projet, tout le monde se feroit chrétien , et que les autres temples seroient déserts : tant les païens entrahîés couroient en foule à l'Eglise chrétienne; tant la grande multiplication des clîrétiens inspiroit aux prêtres des idoles la crainte de voir le christianisme devenir universel! Je puis citer les éclits mêmes des empereurs. Eusèbe, écrivain contemporain , nous a conservé deux édits de Maximinll; le premier est un édit de persécu-
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tion qu'Eiisèbe avoit lu de ses yeux à Tvr , gravé sur une colonne. Le tyran y déploroit 1^'S maux de FEmpirc, survenus, selon lui, à cause de r«.>n'eur pernlciLnise des chrétiens, laquelle, disoit-il, pénétrant clans les esprits, avoit répandu ses ténèbres dans l'univers presque entier, uiiiversuni propè dixeiini orhem terrarum confusione qiUtdani nppressit. Le second édit est une lettre de tolérance inspirée par la politique dans laqiudle Maxlniin rappelle, en coninK^irant, que les empereurs Dioclétien etMaximif'n s'étoient déterminés à sévir contre le Christianisme, vovant que prosqvie tous les hommes al^andonnoient le culte des dieux pour se faire chrétiens, omnes ferè homines relicto dcoruin cultu. Je vous le demande , Messiem^s, tous ces monumens de l'anti- (juité, soit païenne, soit chrétienne, relatifs aux temps qui ont précédé la conversion de Constantin à la foi chrétienne, ne pirouvent-ils pas que , même avant le règne de ce |>!ince, les chrétiens étoient en très-grand nombre dans les pro^inces diverses de l'empire romain? Comment se fait-il que l'écrivain anglais que j'ai particulièrement en vue
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de réfuter n'a pas cité, discuté les témoignages que je %i8ns de rappeler? S'il ne les a pas connus, c'est un juge sans lumières* si, les connoissant, il neii a pas fait usage, c'est vm historien sans fidélité. Avec plus de réflexion, auroit-il osé dire qu'avant la conversion de Constantin li'^nqire ne comptoit de clnétiens que la vingtième partie de ses liabitans? Sur cela , il se livre aux plus vagues, aux |>las fau&ses conjectures : je \ais en donner des exemples.
INotre liistorien est porté à croire qu'au milieu du troisième siècle la population de la ville de Rome étoit d'un million au moins d'habîtans ; et d'après la description du clergé romain de celte époque, que nous trouvons dans une lettre du pape saint Corneille, il présume qu'il ne devoit se trouver dans Rome qu'environ cinquante mille chrétiens, ce qui fait le vingtième de la population : mais, s'il avoit lu cette lettre tout entière, il y auroit vu que la multitude des chrétiens y étoit immense et comme innombrable, imjnenso et penè innumerabiU populo; ce sont les propres paroles de ce pontife. Si, comme on le prétend j RomC; vers le milieu du troi-
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*>icnic siôclc, n'eût compté dans sa popiilatioij (piViii vinglièiDO de chrétiens, il l'alioit que cinquante ans plus tard, et toujours avant la conversion de Constantin , l'Evangile V eut fait des progrès véritablement prodigieux; car, suivant le témoignage formel d'Eusèlje, auteur contemporain, le tyran Maxence affecta dans les comiacncemens de paroi tre chrétien , pour plaire au peuple de Rome.
Mais voici le principal argimient de l'écrivain anglais. Sidvant lui, vers la lin du quatrième siècle, la célèbre ville d'Antiochc renfermoit environ cinq cent mille habitans, et il prétend, d'après un passage de saint Chrvsostome , qu'elle ne comptoit que cent mille chrétiens, ce qui fait le cinquième de la population. Tovitefois, dit-il, au sein des grandes cités qui avoient reçu l'Evangile dans l'origine, la religion avoit dû s'étendre avec plus de facilité et d'une manière plus rapide que dans le reste des villes moins considérables, dans les boums et les campagnes; aussi, poursuit l'auteur, le calcul le plus favorable que l'on puisse tirer de cet exemple ne nous permet pas de sup-
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poser que, de lous l-s sujets de TEmpirc, il s'en soit enrôlé plus de la vingtième partie sous la bannière de la croix, avant la conversion importante de Constantin.
Voyons ce qu'il faut penser de tous ces calculs. Je ne contesterai pas sur la population d Antioche; je crois devoir aussi vous épargner la discussion du passage de saint Chrysostome, dont s'appuie notre incrédule; passage que probablement il n'avoit pas examiné, et dont il n'a pas saisi le véritable sens. Je \iens à un point décisif: Julien , que sa conduite a fliit surnommer l'Apostat, avoit vécu avant saint Chrysostome,il est démontré qi\e, déjà au temps même de cet empereur, la ville d'Anlioclie, loin de ne compter de chrétiens que le cinquième de ses habitans, étoit presque toute chrétienne. En effet l'histoire atteste que Julien , se trouvant à Antioche, fut également confondu et indigné de la trouver opposée au culte des dieux dont il voidoit être le restaurateur : surtout il ne lui pardonnoit pas les railleries sanglantes qu'elle se permettoit de faire sur son goût bizarre pour lidolàtrie ; aloi^ que fait-il? cachant son dépit sous le
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maîiloaii de sa philosopliie , il se ven^e d'Antioche par ime satire que nous avons encore, connue sous le nom de Misopogoii. C'est là rp l'adressant la parole au^s: habitans il ]('ur dit : (( Tous révérez le Christ à la place d'A-
):> pollon et de Jupiter je sais que j'ai dé-
» plu à la plupart d'entre vous, ou même à y) presque tous, au sénat et aux nclies; car )) la plus grande partie du peuple ou plutôt )") tout le peuple de la ville, ayant aJjjvu'é le )) cidte des dieux, estcliai^rin de voir que j'y )) suis attaché.)) Je vous le demande , Messieurs , qui faut-il croire sur l'état du christianisme à Antioclie, ou d'un écrivain de nos jours qui fait des conjectures et des calculs hasardés, ou de Julien, témoin oculaire et parfaitement instruit de ce qu'il avance? Aussi le savant et judicieux 1 leiirv dans son histoire a-t-il dit: (( Julien, vovant Antioche )) toute chrétienne, la prit en aversion.))
Je ne terminerai pas cette discussion sans faire observer que nos incrédules ne sont pas ici d'accord. 11 en est plusieurs [)arini eux qui n'ont pas cru à la sincérité de la conversion de Constantin; ils ont prétendu qu'elle étoit l'ouvrage de la politique, qu'il n'avoit ehei--
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elle, en se déclarant pour le cliristianisme, qu'à mettre les chrétiens dans son parti; et toutefois quelle eut été sa politique , si , comme le veut l'écrivain anglais, les dixneuf vingtièmes de l'Empire étoient encore païens? Apprenons donc , .Messieurs , à nous délier de ces écrivains téméraires qui nous vantent leurs lumières , et ne répandent que les ténèbres, n'aPiectent une grande indépendance d'opinions que pour tomber dans de pitoyables erreurs, et ne se parent des dehors d'une critique éclairée que pour avoir la ridicule audace de contester les faits les mieux a^érés de l'histoire. Dans le savant discours qu'il a mis à la tète de son Dictionnaire des Hérésies, Pluquet a dit en propres termes : « Les chrétiens fkisoient la )) plus grande partie de l'Empire. )) Nous ne j)rétendons rien articuler de précis sur cette matière: nous nous bornons à dire que, même sous k^ empereurs païens, la religion chrétienne avoit fait des progrès immenses dans les différentes contrées de l'Empire, sans parler des peuples placés hors de la domination romaine, au milieu desquels elle s'étoit étalDlie.
Voyons
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Voyons iiîainteuant ce que sa propagation a d'étonnant aux yeux de tout bommc sans passion et sans préjugé.
En consultant Fliistoirc, l'expérience et le cœur humain, on découvre aisément par quels, mo\ens les personnages célèbres qui ont |)aru sur la terre ont pu réussir dans leurs desseins. 11 est des ressorts qvii, mis en jeu par des mains habiles, ont luic action puissante sur l'espèce humaine : on la suIdj ligue par la force, on la dirige par la politique, on l'entraîne au cri de la hljcrté, on l'attire par l'appât des plaisirs et des biens de la terre , on Féblouit par l'éclat du talent et du savoir; tels sont les moyens humains de succès. C'est par eux que les philosophes anciens ont formé des écoles, que les législateurs ont maîtrisé Icsprit des peuples, que les conquérans les ont vaincus, que Mahomet en particuher a fondé sa religion et son emj^ire; mais, si aucune de ces ressources humaines n'avoit contribué à l'établissement du christianisme, ne scroit-il pas raisonnable de penser qu'il y a eu ici quelque chose de surnatuixl et de divin?