EN GÉNÉRAL
lixAMiNER les fon démens de la révélation qui coiiî[>rend la loi de Moïse comme la loi de Jésiis-Clirist, et les veiii^^er des allaques d'une incrédulité plus d'une fois armée de Laine et de calomnies, toujours de préjugés et de sophismes, tel est le Lut principal ^é nos instructions. TSous sommes tous nés tîans le sein de l'Lgiise cliréliennc, héritière des promesses faites à la synagogue j nous avons tous reçu le caractère de ses enfans. Mais enfm que faut-il penser de cette religion que 1 on voit tour à tour ré^érée par les uns et blasphémée parles autres? faut-il la chérir comme le plus précieux héritage que nous ayons reçu de nos pères, et nous montrer jaloux de la transmettre à nos descendans, ou faut-il n'y vou^qu une crovance surannée, boiine tout au plus au temps de la simplicité de nos aïeux? Notre sièce estil trop éclairé pour y croire, ou lincrédu-
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llté moderne n'a-t-elle pas une autre sovirce que les Yeritables lumières? \oiià ce qu'il s'agit de discuter et d'approfondir : non que je vienne mettre la relii^ion en problème , et la classer parmi les opinions incertaines, abandonnées aux vaines dispi!tes des liommes; mais à une époque où mille préjui^és funestes se sont répandus sur son ori'^ine, son histoire et sa doctrine, il importe plus que jamais de se rendre compte à soi-même de sa crovance pour la ranimcj . Celui qui ne croit pas a besoin d'être convaincu* celui qui chancelle doit être affermi , et celui qui croit verra toujours avec une douce et secrète satisfaction se dissiper d<vant lui tous les nuages que le mensonge cherclie à élever autour de sa croyance.
Mais sur cjuoi porte-t-elle principalement, cette religion que nous avons le ])OLdieu?: de professer? elle porte siu' un petit nombre de faits éclatans cjui sortent des lois oi*dinaires de la iîature, et qui ont été opérés en sa faveur par la main pui:«sante du Maître de l'univers; en un mot, elle jjorte principalement sur des miracles. Je le sais^ Messieurs, au seul nom de miracles nos
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jjcaux esprits incrédules souriciiit de pitié 5 ils s'étonnent qu'il existe encore, au milieu d'une nation aussi éclairée que la nôtre, des hommes assez, simples pour s'occuper sérieusement de miracles. Us ne cessent de rappeler que l'ignorance a souvent mis au rang des prodiges des é\ènemens pincement naturels, qu'il fut un temps de crédidité oii la foiuberic dans les uns, la simplicité dans les autres, pouvoient aisément accréditer comme merveilleux ce qui ne l'étoit pas; que dans tous les temps des hommes habiles ont su [)rofitei' du goût des peuples pour le merveilleux; que Maliomet prétendoifc converser avec un anoe, ÎNuma avec la nvmplie Egérie, et que Socrate avoit son démon familier; qu'ainsi, pour ne pas être dupe de l'imposture, le sage s'enveloppe du manteau de sa philosophie, laisse les miracles au vulgaire, et ne croit à d'autres merveilles qu'à celles de la nature. Vous voyez que nous ne prétendons pas dissimuler les argumens de l'incrédulité. Pour les résoudre, nous allons établir les quatre propositions suivantes : la première , que les miracles sont possiljlcs; la seconde, qu'on peut très-bien
hr.s mihacli.s en géni^ral. 107 (ILsccrner lés miracles d'avec les faits naturels; la troisième, que les miracles sont uu excellent moyen a étaJjiir la \érité ci'vme religion; la quatrième, que les miracles que nous n'avons pas vus peuvent être constates par le témoi-^nage comme les faits ordinaires. Tel est le sujet de cette conférence; je vous prie de ne prononcer siu' le fond des choses qu après Favoir entendue tout entière, parce que ce n'est qu'à mesure que nous avancerons, que vous verrez successivement se dissiper les préventions et les difficultés.
J'appelle miracle un é\ cnement contraire auxlois constantes de la nature: ainsi qu'un mort de quatre jours et déjà tombé en dissolution sorte Aivant de son tombeau; qu'à la voix, au simple commandement d'un liomnie, luie tempête violente s'aj^aiso subitement, ou qu'un fleuve remonte ^ers sa source, voilà des faits, des évènemens, qui sont une suspension manifeste des lois universelles et bien connues de ce monde pliysique; voilà des niiracles. Or qui osera dire que de pareils prodiges sont impossil3lés à Dieu, qu'il ne peut les opérer par sa toute-
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]M!issance, ou, s'il lui plaît, par des ageiis Cj'iii parlent en son nom? Le bon sens dit à cljaciin rpie Dicii a établi librement les lois qni gouvernent ce monde visible, que ces lois sont 1 effet de sa volonté toute -puissante; et comment scroit-il le maître suprême de la nature entière, comment en scroil-il le législateur indépendant, s'il ne pouvoit modifier, suspendre ses lois suivant les desseins de son adorable sagesse? Pour donner plus de développement à ces pensées, remontons un moment à ces notions premières sur Dieu, auteur et conservateur de cet univers, notions si simples, si lumineuses pour tous ceux dont l'entendement n'est pas obscurci par les ténèbres de l'athéisme. La matière ne trouve dans son propre fond ni la raison de son existence, ni la raison de la manière merveilleuse dont sont liées, ordonnées toutes ses parties. Le hasard n'est rien , la nécessité est un mot et non pas une cause. C'est Dieu cpd a fait les causes secondes, et qui leur a donné leurs propriétés, leur degré de force et d'activité; c'est lui ([uï dans les cieux a réglé la position et le cours des astres, comme il a dé-
LES MIRACLES EN GÉNÉRAL. IO9 terminé sur la terre les diiTércnlcs espèces de nîOiivemens, et la manière dont ik seroient communiqués. L'expérience nous a fait apercevoir certaines règles toujoiu^s observées, d'après lesquelles on voit les êtres se conserver et se perpétuer, l'ordre et la marche de l'univers rester les mêmes. Or ces règles, c'est ce que nous appelons les lois de la nature. Je n'iguorc pas que dans le discours ordinaire on présente la nature comme la législatrice des êtres qui composent ce monde; mais ou l'on ne s'entend pas, ou bien il faut entendre par nature, arRsi que le dit Bossuet qvielque part (1), une sagesse profonde qui développe avec ordre, et selon certaines règles, tous les mouvem'us que nous voyons. Oui, quiconque n'est f)as athée souscrira volontiers à la belle définition que donne Buffon de la nature, en l'appelant (( le système des lois établies )) par le Créateur pour la conservation et la )) reproduction des êtres. » Mais, si ces lois sont l'ouvrage de Dieu , connnent contester à Dieu le droit et le pouvoir de les suspendre? Rendons la chose sensible par un cxem-
(i; C'Wmci^ ancc île Dicn et do soi-ir.cnu.'.
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pie particulier. De la senieiicc confiée à la terre on Voit une j>laiite naître, croître et mûrir, et cela par 1 action lente, successive, de certains agens naturels, tels, je suppose, fpie la terre, l'eau et le feu; voilà le cours ordinaire des choses : or c'est Dieu qvd a donné à ces agens naturels la force de produire de tels effets dans une certaine succession (le temps; mais ce rpril produit p;ar Faction successive des causes nature e s, ne peut-il pas le produire sans elles et clans vui instant? et, si cela arrivoit, ce seroit pour^ tant un vrai miracle. Dira-t-on qu'en donnant un tv\ pou\oir à ses créatures, Dieu s'en est dépouillé lui-même, ou jjien qu'il s'est imposé la loi inviolable de ne jamais produire sans elles les eiTets qu'il produit par elles? tout cela est absurde. Il est visible que celui qui a été assez puissant pour créer ces agens est à plus forte raison assez piulssant pour s'en passer, quand il lui plaît.
Sans doute les lois de la natvue sont sages, puisqu'elles sont l'ouvrage de la sagesse même; elles sont très-bien adaptées aux fins que Dieu se propose. INÎais Dieu ne peut-il pas avoir des raisons de la plus haute sat^ .
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gesse d'y déroger quelquefois , et de iiianilV'i.l'"r par ce moven ses volontés suprêmes? La nature matérielle u'existe cp^ie povu^ la nature Intellii^ente. Les créatures raii^onnaLes, capaljles de connoître et d'adorer la Providence, sont 1 objet principal de ses soins et de ses [censées; elles sont la plus noble, la plus essentielle partie de l'uni'vers; et soit [)Our les instruire quand elles s égarent, soii p>our les récompenser quand elles sont fidèles, soit pour les cliâtier quand elles sont rebelles, pourquoi Dieu ne pourroit-il pas suspendre quelquefois l'ordre accoutumé des clioses physiques? Malheureusement h s. merveilles de la nature, par l'ha])itude niéme où nous sommes d'en jouir, ne font sur nous qu'une impression légère ; familiarisés avec elles, nous les voyons avec indifférence; elles sont tombées dans une sorte d'avilissement : en ^ain l univers étale à nos yeux ses ra^issantes beautés, en vain toutes les créatures nous in\itent de concert à rendre gloire à leur auteur, notre cœur appesanti est à jieine touclié de ce spectacle. Il étoit digne de la sagesse et de la l^onté de Dieu de faire éclater de temps en temps sa présence , par
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des traits capables de tirer lliomme de son iiidiffcrcDCe et de salétliargie.Qiie des grains de blé semés dans la terre se convertissent en moissons abondantes qui nourrissent des peuples entiers! Voilà certes une étonnante merveille de cette bonté souveraine attentive à nos besoins. Toutefois, comme elle est ordinaire, à peine en prenons-nous occasion de tourner nos regards vers le Père céleste et de le remercier d'un si grand don. ÎNIais si, au milieu d'une famine cruelle qui désole une grande cité, une poignée de grains se inultiplioit tout à coup au point de rassasier tout un peuple affamé, quels sentimens d'adoration, d'admiration, de reconnoissance, pénétreroicnt tous les cœurs! Les miracles sont comme des coups d autorité divine qui rendent ])lus sensible la main puissante et le gouvernement suprême du Maître des hommes et de la nature.
Sans doute encore Its lois de la nature doivent avoir un caractère de stabilité j en Dieu il n'est ni caprice ni imprévoyance. Rien ne donne une plus haute idée de sa puissance et de sa sagesse, que cette perpétuité de lois toujours les mémesj et toujours