LES MIRACLES EN GENERAL
ac]î«iraLles dans leurs eil'cts- ks lois p])^siqiHs ccsseroiviit de l'être, si elles étoierit coiûiniieilemcii; , universellement violées : njcn«e lordro et Fliaruionie du monde en seroiv.nl uoid.'lés; mais des suspensions })assa^èi es et rares des lois ordinaires sont loin d'a\oir ces inconvéniens; elles ne font que faire celatt^r davantage Tindëpendance du Créateur, et faire scnlir plus \ivement It rn[)irc qu'il conserve sur son ouxrage. Que i\v, temps en temps un mort ressuscite, le monde ne roulera pas moins suivant sa marclie accoutumée j le soleil ne cessera pas pour cela d'éclairer l'univers, ni la terre de se couvrir de fruits et de moissons, ni le reste du genre humain de naître, vivre et mourir suivant les lois ordinaires.
■ Sans doute enfin Dieu est iHnmuable; due change pas, ses j^ensées soiit éternel- Ivs; mais comhicn ner^t-il pas étrange de ^oir dans un miracle qi'elque cliose de contraire à 1 immutabilité de Dieu? Avant tous les temps. Dieu seid étoit, traçant le plan de cet univers, et piépaiant dans sa sagesse les lois qu il devoit lui donner; sa science infinie embrassoit d une seule pensée tous
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les ëvèneinons ([u'û fcroit éclore dans 1.1 suite des temps ; lorsqu'il régla les lois de la nature , il rè-^la aussi les exceptions qu'il YOuloit Y apporter. La suspension de la loi entroit dans ses desseins éternels , comme la loi elle-même; l'une et l'autre ont été décrétées à la fois; c'étoit lorsque Dieu condamnoit les hommes coupables à mourir pour ne pas revivre, quil anctoit que Lazare scroit excepté, et qu'd sorliroit Aivant de son tombeau. Qu'un prince, en dictant une loi à ses sujets, prévoie un cas particidier dans lequel il déclare que sa loi n aurgi pas son exécution, dira- 1- on, le cas arrivant, que le prince est inconstant dans ses desseins? non sans doute. L application est sensible. Le même Dieu qui a ré^lé le cours de la naftu'e en a ordonné la suspension dans des circonstances prévues et déterminées par lui. Le nnracle n'est que l'exécution de ses décrets, et si, après avoir été décrété, il n arri.oit pas, c'est précisément alors (\uo Dieu ne seroit pas immuable. Ainsi, de queLjiiO coté qu'on envisage le nnracle, il ne présLiite iic;n qisi ne s'accorde parfaitement a\ec les attributs de la divinité, sa
lt:s miracles e^s Gc^l:^^AT.. iio imlssance, sa sagesse, son immiilaljilitc. Il n\ aura jamais que des athées qui aient la pensée d'en contester la possibilité , et des athées ne sont pas en ce genre une autorité dont on puisse se prévaloir. Savez -vous ce que dit à ce sujet un écrivain qui ne doit pas paroilre suspect, J.-J. Rousseau? 1 oici ses paroles, je n'y changerai rien, ce Dieu » peut -il faire des miracles? c'est-à-dire, )) peut-il déroger aux lois qu'il a établies? )) Cette question, sérieusement traitée, se- )) roit impie, si elle n'étoit absurde; ce seroit )) faire trop d honneur à celui qui la résou- » droit négativement, que de le punir, il fau- )) droit l'enfermer (i)». Ce langage, comme "NOUS vovez, n'est pas d'un écrivain très-tolérant; si un théologien avoit écrit ces pa- ]"o!cs, on eût crié au fanatisme. Heureasement c'est le- citoyen de Genèv'e.
Lrs miracles sont donc possiJjles; j'ajoute qu'on peut très-bien les discerner d'avec les faits naturels. Lorsqu'il s'agit de miracles, on doit se tenir également éloigné de deuîi
(i) Troisième Lttîrc de la IMciU-agnc,
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extrémités opposées. 11 est viue crédulité qui adopte tout sans examen, et qui conduit à des jugcmens toujours téméraires, lors même qu'ils seroient vrais; mais aussi il est une incrédulité qui rejette tout sans réilexion , se roidit contre l'évidence même, et qui, loin d'être une force d'esprit, n'ett qu'une obstination pleine de foiLlesse et de puérilité : évitons ces excès.
Je fais observer d'abord que tout ce qui est extraoriiinaire n'est p'as pour cela miraculevix. Ainsi que la foudre soit attirée des nuages et en même temps détournée de nos édifices, que des hommes s'élèvent dans les , réi^ions de l'air, et naviguent dans une sorte de nacelle sur ce nouvel océan, ce sont là des choses fort étranges, et ce ne sont pas des miracles.
Je fais observer encore qu'un fait n'est pas miraculeux parce que la cause en est inconnue. Non , ce n'est pas assez d'être témoin d'un événement dont on cherche en vain la cause pour crier au miracle, il faut voir une violation manifeste des lois connues. Du moment que j'aperçois un appareil d'instrumens, que je puis soupçonner les ressorts secrets de
î.r.S ISURACLES EN GL NERAL. II7 Fliirlii^liic liumaiiie, les jeiLX dinic n:alii ha- Liie, 1 action de (^leJniie lluidc rwl, qr.oicnic iij\isiJjlo, je ne ^ois plus de loiracle. ^, oilà pourquoi tous ces tours d'a^ircsse, sou^eiit très-binguliors, dont on amuse leptiij^lr-. ou même des lionmics instruits, tous ces elVcts ctonnans rpie Fou j^roduil parie moyen de la mécanique, de l'aiicant, du fluide électrique , de la lumière, des couiLinaisons cliimiques, n'ont rien de miraculeux. Je puis bien ignorer la liaison de ce que je vois avec la cause qui le prodiut* mais, quand je sais qu'une main cachée a tout dirigé pour le spectacle, je me contente d'aduiirer les eir<^ts de l'art des hommes et de leurs subtiles inventions.
Enfin je conviens que souvent il est difficile de distinguer le miraculeux du naturel; mais alors que fait-on? ce que l'on doit faire dans les choses incertaines: on suspend son jugement, on ne prononce pas, on attend de nouvelles lumières; et c'est pour avoir jugé avec trop de précipitation, qu'on s'est trompé plus d'une fois. Ici l'ignorance et la simplicité peuvent être une source d'illusions. Qu'un homme ignorant et l)orné
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se laisse abuser par un iniposteur; qu'il soit tenté, sur la foi d'un miracle prétendu, de se livrer à des pratiques superstitieuses, cela est possildc; on peut être dupe d'un faux tliaumaturi^e comme d'un faux raisonneur, être ébloui de la fausse apparence d'un prodi*'^e comme de la fausse lueur d un sophisme. Dans la discussion des miracles comme dans les discussions de tous les genres, l'homme peut se tromper, parce qu'il est homme; et sans doute, dans la matière jircsente, on doit ])his que jamais se rappeler 1 avertissement des livres saints : Ne crojez pas d tout esprit y éprouvez tout et retenez ce qui esthon. Mais faut-iJ que je fasse gloire de résister à la vérité? Si je vovois le cours de la nature manifestement interrompu, si j'étois témoin d'un événement qui dérogeât évidemment à uiie loi bien constante du monde phvsique, il ne seroit pas en mon pouvoir de n'y pas reconnoître un événement miraculeux.
Ainsi, sous nos yeux, un mort, que nous vovons dans le tomljeau n'être jîÎus qu\in cadavre tombé en dissolution, se ranime et se montre en un instant plein de vie et de santé. Dans une grande plaine, entoréé d'une
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fovdc immense, un homme se dit Tenvoyé de Dieu, et, pour le prouver, il prend rpidcpies nains qui se multiplient dans ses mams de manière à nourrir Indt mille personnes. J etois, je suppose, aveui^lc de naissance: jamais je n*a>ois vu la lumière, et tout à coup, sans aucun remède, sans auciui a^^ent naturel, à la seide parole d'un homme, mes yeux s ouvrent à la clarté du jour, et mon organe se trouve aussi net, aussi piir, cpie si j'en avois eu le libre usage toute ma vie. Messieurs, si ces faits arrivoient, je 1 avoue sans honte, et sans craindre le reproche de crédulité, je croirois au miracle: vainement j'affecterois le contraire, je mentirois à ma conscience, et mon cœur réclameroit contre mes paroles. Je suppose encore que le fleuve qid baigne cette capitale , frappé d'une simple Ijaguette, ouvre son sein et s'élève des deux cotés en deux murailles d'eau, pour laisser le passage libre à une armée de cent mille hommes; q\ù de nous seroit assez stupide. ou assez insensé pour ne voir là qu'un fait naturel? Je voudrois bien sa\oir si tous les hommes à baguettes, à miroirs magiques, à conducteurs électriques, à piles galvaiii-
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ques^ u fourneaux chimiques , alîaut opérer sur les ïjords de la Seine, j'ounoient suspendre et diviser ses eaux . Il est vrai, je ne eounois pas la totalité des lois de la nature , mais j'en conuois bien certainement plusieurs, et quand je les vois évidemment suspendues, je vois un miracle. Une loi Lien certaine, c'( st qu'im cadavre ne ressuscite pas par les forces de la nature, et si cet événement se passoit sous mes yeux, je n'aurois pas besoin pour croire au miracle de savoir auparavant quelles lois réi^issent le cours du soleil et des astres. INe puis -je pas être sûr qu'une loi civile bien connue a été violée, encore que je ne connoisse pas le Code entier dans tous ses détails? Un fils, avant de prononcer qu'il doit honorer ses parens, a-t-il besoin de connoître toutes les lois morales qui régissent l'espèce humaine?
Je ne connois pas toujours jusqu'où peut aller 1 énergie de la nature, comme je no connois pas non plus jusqu'où peuvent s'élever les forces dun homme; cependant je puis l)ien affirmer qu'un homme n'emportera pas une montagne sur ses épaides. Disons, Messieurs, pour nous renfermer dans
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de justes bornes et pour ne pas donner dans le ridicule, rpi'on doit être en garde contre la surprise, qu'on ne doit pas croire facilement aux miracles; mais que, de même qu'on j)eut s'assiuer de la solidité d'un raisonnement, on peut s'assiuxT de la réalité d'un miracle, le discerner de ce qui n'en a que les apparences, et c^ne souvent le discernement ne demande que des yeux et les simples Ivmiières du bon sens.
Je dis, en troisième lieu, que les miracles sont un excellent moyen de prouver la vérité d'ime relii>ion. Que Dieu puisse parler à riiomme par la révélation, comme il lui parle par la raison et la conscience, lui découviir par une hunière supérieure des \érités auxcjueîles il n'aïuolt ])u atteindre par ses lumières naturelles, ou bien développer à ses yeux avec plus d'éclat et d'étendue des ] vérités déjà connues, lui prescrire des rèj^lcs ^ de conduite plus parfaites et plus pures, un i culte plus saint et plus dii^ne de Fin Unie { Majesté, cju'ainsi Dieu puisse donner à sa créature une religion positive, voilà ce que dicte le bon sens, ht qui sonmics-nous pour II. 6