‹ Défense du christianisme, ou, Conférences sur la religion (volume 5)Chapitre 6 sur 38 · LES MIRACLES EN GÉNÉRAI · texte numérisé non relu

LES MIRACLES EN GÉNÉRAI

vouloir mettre des bornes à la puissance et à la sagesse divine? Mais s'il lui plaît de parler à l'homme par le ministère des hommes, à cpiels traits pourra- t-on reconnoître ses envoyés, les discerner d'avec les imposteurs qui en usurpcroient le titre? Qviel sera le sceau divin de leur miesion? Messieurs, il ne nous appartient pas de tracer à la Providence les voies qu'elle doit suivre; mais, si elle daigne communiquera ses ambassadeurs le don des miracles, la raison m'apprend que ce sera un excellent moven de les accréditer auj^rcs des peuples. Oui, en même temps qu'il est très-digne de la suprême Majesté , je trouve que c'est un moven très-court et très-abrégé de prouver une doctrine, un moyen très-populaire , un moyen très-puissant sur l'esprit des hommes.

Moven dii^ne de Dieu. Que les hommes dissertent pour appuyer leurs opinions, qu'ils établissent leru"s assertions et leurs systèmes par une suite de raisonnemens , de principes et de conséquences, cela doit être ; ils n'ont pas le droit de commander à l'intelligence d'autrui. Un philosophe, pour si «kiairé qvi'ou le suppose , n'a pas le don de

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rinfaillibLlité; ses kimières peuvent être lui préjugé en faveur de sa doctrine, elles n'en sont pas la démonstration; et, malgré sa réputation de science et de génie, s'il veut convaincre ses semblables, il est réduit à raisonner avec eux. Mais, comme l'a très-bien remarqué un ancien apologiste, Lactance (i ), il ne seroit pas convenal^le que Dieu parlât aux hommes en pîiiloso[)lie qui disserte, il doit plutôt parler en maître qui décide, et appuyer sa religion, non par des argumens, mais par des oeuvres de sa toutepuissance. Sa parole est vérité, y obéir est le partage de l'iiomme. Et quoi de plus digne de Dieu que de lui commander l'obéissance par des actes visibles qui attestent l'obéissance que lui rend toute la nature?

Moyen très-court et très-abrégé. Il ne s'agit pas ici de longs raisonnemens, de discussions pénibles et savantes; il ne faut que des yeux et du bon sens; je conçois très-bien <pie, s'il s'agit de persuader une doctiine, un thaumaturge avanceroit plus avec la résurrection d'un mort Ijien constatée , qu'un

(i) Inst. la, I.

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prédicateur avec ses discours, ou qu'un savant avec ses livres.

Moyen très- populaire. La mulliLude ne fréquente pas les écoles des philosophes; ignorante et grossière, elle est incapable de savantes recherches; distraite par les travaux corporels et les besoins de la vie, elle n'a pas le temps de se li^rer'à de longues études; on doit bien plus la conduire par autorité que par le raisonnement. Mais tous les hommes sont dans l'habitude de voir des faits, de les apprendre, de les raconter; or un miracle est un événement, un fait sensible, ou que l'on peut voir, ou qu'on peut apprendre de ceux qui l'ont vu; et c'est ce qui faisoit dire à Origène, parlant de Jésus- Christ (i) : (( Je conviens que, si la multiy> tude étoit capable d'étude, le raisonne- ^) ment pourroit être la route de la vérité; )) mais, si les besoins de la vie et la foiblesse ^) humaine rendent ce moyen impraticable, y) en pourroit-on imaginer un plus sûr que }) celui que Jésus a choisi? ))

Enfin moyen très-ellicace et très-puis-

(f] Contre CoL-c, lare h': ...

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sant s Lir l'esprit des peuples. Oui poiiiroil se défendre de liinprcssion des miracles cl de leur empire sur les esprits? On dit que tous les liommes ont du goût pour le mer- ' veilleux , que trOj) souvent les peuples se sont laissé aJjuser par des hommes à prodiges; mais si c'est une rai::on pour nous d'être diiïiciles et sévères dans l'examen, c'est aussi une preuve du penchant que la natiu'e donne à croire à ceux qui opèrent des nnracles. ÎNous sentons qne celui qui se dit envoyé de Dieu, qui parle en son nom, et qui, pour le prouver, commanderoit à la nature, a reçu sa mission de Dieu même. Ici les principes qui nous dirigent sont puisés dans les idées les plus jnuxs que la raison nous donne de la Divinité. Dieu, nous dit-elle, '. e^t la bonté, la vérité, la sainteté, la saj^ gesse même. Mais seroit-il le Dieu bon, l su laisoit servir sa puissance a précipiter J dans l'erreiu" sa créature qu'il aime? seroit- .^ il saint et vrai , s il faisoit servir sa puissance

à accréditer le mensoni>e ou le vice? scroit-

il le Dieu sage, s'il faisoit servir sa puissance à démentir ses autres perfections, sa véracité et sa sainteté? Je veux qu'd existe des

126 LES MIRACLES EN GÉNÉRAL, esprits malfaisans, supérieurs à rhonime, ennemis de son bonheur, occupes à le tromper et à le séduire- jamais ce ne seront que des créatures subordonnées au Créateur qui sait encliaîner ou borner leur malice , comme il lui plaît, qui ne permettroit pas que nous fussions tentés au-delà de nos forces, et qui nous fourniroit le moyen de reconnoître leurs pièges et d'y échapper. Ln homme , je suppose, s'élève au milieu de nous, qui se dit l'envoyé de Dieu pour nous faire un commandement en son nom: je suis, je le suppose encore, frappé de la sagesse de ses discours, de la beauté de sa doctrine, de la pureté de sa conduite; mais enfm il se peut que ce soit un entliousiastc ]ia])ile , un homme abusé par ses propres pensées , nous lui refusons notre foi. Alors que fait-il? pour vaincre notre résistance, il appelle Dieu luimême en témoignage de sa mission , et voilà qu'au nom du Dieu qu'il invoque , un mort ressuscite : pourrions -novis nous empêcher de voir dans ce miracle la preuve éclatante de la mission de celui qui l'opère, ses lettres authentiques de créance au.près des peuples 3 et pourrions-nous nous défendre de ré-

LES MIRACT.ES EN-GÉNÉRAL. I27 vcror dans lui Fambassadeur du Très-Haut? Mais, si nous n'avons pas été témoins des miracles, comment pourrons-nous en être certains? par les mêmes voies qui constatent pour nous les faits naturels, par le témoigna^^^e: c'est la quatrième et dernière proposiiion.

Quand nous opposons aux ennemis de la révélation les évènemens miraculeux consignés dans nos livres saints, qu'ont-ils à répondre? En contester la possibilité, c'est, nous l'avons établi, ne pas reconnoître Dieu povQ^ auteur et conservateur de la nature, c'est se précipiter dans l'athéisme. 11 ne reste aux déistes qu'une ressource, c'est de contester la réalité des prodiges que nous leur présentons comme le titre éclatant de la mission di\ine de Moïse et de Jésus-Christ. Di\isés d'opinions, les mis ont avancé (pion ne pouvoit jamais être pleinement certain des faits qu'on n'avoit pas vus de ses yeux; les autres que, si le témoignante pouvoit nous donner une entière certitude des faits naturels, il ne pouvoit nous la donner sur des faits surnaturels , sur deci

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