DU PENTATEUQUE
7) en iiicrne temps tons les prophètes ancieus » et nouvcauXj e'cst-à-dire, ceux qui a\ oient » écrit avant et durant la captivité, ceux )) rpie le peuple avoit vn écrire aussi hien » rp.ie ceux dont il conservoit la ménioire, )) et non-seulement les prophètes^ mais en- )) core les livres de Salomon , et les Psaumes y) de David et tous les li^res dliistoire; puis- D qu'à jieine se trouvera-t-il dans toute cette )) histoire un seul fait considérable, et dans )) tous les autres livres lui seul chapitre qui^ )) détaché de Moïse, tel que nous l'avons, » puisse subsister un seul moment. Tout y )) parle de Moïse , tout y est fondé sur Moïse , » et la chose devoit être ainsi, puisque Moïse » et sa loi, et l'histoire qu 11 a éciite, ctoient )) en eiTet dans le peuple juif tout le fondc- >) ment de la conduite publique et particu- )) lière. C'étoit en vérité à Esdras une mer- ^) veilleuse entreprise et bien nouvelle dans >) le monde de faire parler en même temps » avec Moïse tant d'hommes de caractère )) et de style diliérens, et chacun d une ma- » nière uni'brme et toujours send)lable à y) elle-même, et. faire accroire tout à coup à » un peuple que ce sont là Ls li'a-es anciens
ibk MOLsfi CONSIDÉRÉ COMME AUTEUR » qu'il a toujours rcvérés, et les nouveaux :» qu'il a vu faire, comme sïl n'avoil jamais )> entendu parler de rien, et que la connois- :» sancc du tcnij^s présent^ aussi bien que )) celle du temps passé, fût tout à coup )) abolie. Tels sont les prodiges qu'il faut )) croii^e, quand on fait Esdras auteur du )) Pentateuquc. ))
\oulez-YOus un fait éclatant qui seid mette dans le plus grand jour l'absurdité d'une telle opinion? le voici: Environ cinq cents ans avant Esdras, immédiatement après Salomon, un schisme fatal divisa la nation ; de là vinrent le royaume de Juda, resté fidèle aux descendans de David, et celui d'Israël, dont Samarie fut la capitale. La rivalité , la haine , les guerres continuelles dont cette division fut suivie, ne permettent pas de croire que les deux peuples, celui de Juda et d'Israël, se soient réunis pour fabriquer un même ouvrage , ou que l'un ait adopté louvrage de l'autre; et si pourtant l'un et l'autre ont révéré les mêmes livres de Moïse, que conclure? c'est que ces Hvres existoient au temps de Salomon, avant l'époqux de la funeste division 3 or les critiques
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savent que c'est par les tiibiis du royaume crisraël que nous est venu le Pentateuquc qu'on appelle Samaritain , et les mêmes critiques savent aussi qu'entre ce Pentateuquo et le nôtre se trouve une exacte conformité. 11 n'en faudroit pas davantai^e pour faire remonter son antiquité bien au-delà du temps où Esdras a paru. Ainsi ce qu'on a imaginé pour rendre vraisemblable la supposition du Pentateuquc par un imposteur ne fait qu'en mieux démontrer 1 impossibilité.
Enfm le Pentateuquc est marqué à des traits particidiers qui décèlent sa haute antiquité. Plus d'une fois on a découvert la supposition d'un livre à des traits qui ne s'accordoient pas avec les circonstances des temps, des lieux et des personnages dont il s'agissoit; mais si vous parcourez le Pentateuque dans toutes ses parties, si vous en observez le stvle; si vous étudiez le caractère des personnages, les m(jeurs, les usages c[îi'on y décrit, vous n'y trouverez rien q\ii ne se rapporte aux temps anciens où Moïse a paru. Les patriarches dont Moïse a fait Hiibloue, aussi riches, aussi indépendans que let rcH, mènent une vie frugale et la-
ÎDi) MOÏSE CONSIDÉRÉ COMME AUTEUR boriciise* ils voyagent avec leur nombreuse famille, ils conduisent eux-mêmes leurs troupeaux (i), servent les étrangers, apprêtent le repas Je leurs propres mains; leurs filles partagent avec eux les travaux innocens de la vie pastorale; Rebecca venoit d'assez loin puiser l'eau qu'elle portoit sur ses épaules; Rachel et les filles de Jethro ajjreuvoient les troupeaux de leurs pères; Sara pétrit le pain qu'Abraham donne à ses^ Ilotes. Tel est le récit de Moïse, et qui n'y reconnoîtroit le sceau de la plus haute antiquité? Cette simplicité primitive se conserva long-temps chez les Grecs ; on la retrouve dans les princes et les héros célébrés par leurs poètes ; Homère en fournit partout des exemples; et les poésies pastorales, dit Fleury (2), n'ont point d'autre fondement. On sent bien que dans les premiers temps l'ambition, les conquêtes, les alliances, n'avoient pas reculé au loin les bornes des empires; chaque bourgade, pour ainsi dire, avoit son roi; on se battoit pour une citerne, comme depuis on s'est battu pour
(i) DuvoJsin, pagcGi.
(i) FIcury, jMœurs clos I?raclilcs^ i^^. partis-, n». 3.