USURE. — RÉPONSE DE L'ASSEMBLEE
Le Deutéronome, ch. xxm, v. 19, porte : « Vous ne prêterez point à intérêt à votre frère, ni de l'argent, ni du grain, ni quelque autre chose que ce soit. »
Le mot hébreu neschech que l'on a traduit parcelui d'usure, a été mal interprêté; il n'exprime en langue hébraïque qu'un intérêt quelconque et non un intérêt usuraire , il n'a donc point la signification que nous donnons aujourd'hui au mot usure.
Il est même impossible qu'il ait cette signification, car cette expression est relative, et il n'y a rien dans le texte qui serve de terme à sa relation. Qu'entendons-nous par le mot français usure? N'est-ce pas un intérêt au-dessus de l'intérêt légal, là où la loi a fixé le taux de ce dernier? Si la loi de Moïse n'a point fixé ce taux, peut-on dire que le mot hébreu signifie un intérêt illégitime? Le mot neschech est dans la langue hébraïque ce qu'il est dans la langue latine le mot fœnus : ainsi, pour qu'il y ait lieu de croire que ce mot pût signifier usure, il faudrait qu'il en existât un autre qui signifiât intérêt; de cela seul que ce mot n'existe pas, tout intérêt est usure, ou toute usure est intérêt.
Quel était le but du législateur en défendant à un Hébreu de prendre intérêt d'un autre? C'était de reserrer entre eux
les liens de la fraternité, de leur prescrire une bienveillance réciproque, et de les engager à s'aider les uns les autres avec désintéressement.
La première pensée avait été d'établir entre eux l'égalité des biens, et la médiocrité des fortunes particulières; de là l'institution de l'année sabbatique et de l'annéejubilaire,dont Tune revenait tous les sept ans, et l'autre après cinquante ans. Par l'année sabbatique toutes les dettes se prescrivaient; l'année jubilaire amenait la restitution de tous les biens vendus ou aliénés.
Il était facile de prévoir que la différente nature des terrains, le plus ou le moins d'industrie, les fléaux du ciel qui pourraient frapper l'un et épargner l'autre, devaient nécessairement apporter de l'inégalité dans les produits ; que l'Israélite malheureux aurait recours à celui que la fortune aurait favorisé. Moïse n'a pas voulu que celui-ci profitât de l'avantage de sa situation, et fît payer au premier le service qu'il venait réclamer de lui; qu'il aggravât ainsi le malheur de son frère, etc....
Le grand Sanhédrin ordonne à tous, comme précepte religieux, et en particulier à ceux de France et du royaume d'Italie, de ne faire aucune distinction à l'avenir, en matière de prêt, entre concitoyens et coreligionnaires.
sur l'accusation de meurtres commis par les juifs pour se servir pendant la tête de paque du sang des victimes (1). ,
Extrait de la Gazette de Varsovie.
En Tannée 1774, au mois de septembre, un prêtre, pro-
(1) Nous avions l'intention de publier ici les documents relatifs a l'affaire de Saratoff, mais comme les bulletins de Y Alliance Israélite. où se trouvent ces documents sont assez répandus, nous nous contentons d'y renvoyer le lecteur. Nous mettons seulement sous leurs yeux un extrait de la Gazette de Varsovie , auquel nous avons fait allusion.
tégé par un nombre de dévots de tous les rangs, accuse les Juifs de Varsovie d'avoir massacré, pour les cérémonies du culte, une petite fille dont le cadavre avait été trouvé dans un bois voisin. On transporta en grande pompe le cadavre dans une église de la ville, on le vénéra et on l'adora comme martyr. Quatorze Juifs furent emprisonnés, d'autres furent chassés, roués de coups. Les enfants des prisonniers furent baptisés, leurs biens saisis et eux laissés dans les fers sans jugement jusqu'à ce que la diète se fût résolue, après maintes plaintes, à nommer une commission d'enquête. Les médecins et chirurgiens constatèrent que cette enfant ne portait aucune trace de mort violente, mais qu'une congestion cérébrale causa seule la mort. A la suite de ce rapport un décret intervint, à la date du 12 juin 1775, inséré dans la Gazette de Varsovie et signé par le grand chancelier prince de Radzivil et par le maréchal prince Solkonski. Les Juifs furent déclarés innocents et élargis ; mais leurs enfants restèrent baptisés, leurs biens ne furent pas restitués et les accusateurs ne furent pas poursuivis, parce qu'ils avaient agi poussés seulement par un trop grand zèle pour la religion. (Ab. Cahen, Ephémérides des Israélites).
Dans le même ouvrage on trouve le tableau suivant, qui, dit l'auteur, tout incomplet qu'il est, montrera combien de fois se renouvelait l'accusation que les Juifs égorgaient un enfant pour se servir de son sang.
1160. Un enfant, nommé Paul, en Angleterre;
1164. Un autre, à Glocester:
1171. Un autre, à Blois ;
1181. Robert, en Angleterre ;
1185. Richard, à Paris, à l'église Saint-Innocent;
1220. Un nommé Henri, en Alsace;
1125. Un enfant crucifié, à Norwich, en Angleterre ;
1236. Plusieurs tués près de Fulda dont les corps furent transportés à Haguenau (1) ;
(1) Un chroniqueur latin en rapportant ce fait, ajoute que l'empereur Frédéric établit une commission d'enquête qui devait examiner
1255. Hugues, enfant de neuf ans, crucifié à Lincoln ; 1260. Une fille de sept ans, à Forscheim, dans le marquisat de Bade.