‹ Défense du projet de loi sur les prisons contre les attaques de ses adversairesChapitre 17 sur 45 · Faits américains · texte numérisé non relu

Faits américains

Tout le inonde a cru jusqu'ici et croit encore fermement, je m'imagine, qu'il existe, aux États-Unis, un système pénitentiaire qui fait, depuis longtemps, l'objet de la préoccupation et des études de tous les hommes d'État, comme de tous les philanthropes. Cependant, M. Lucas, qui a écrit un livre ex professa (1), il y a douze ans, pour prouver l'existence de ce système, et pour en exalter les avantages au point d'en faire l'objet de tous ses vœux pour la France (2), écrit aujourd'hui « qu'il n'y a pas de système pénitentiaire aux États-Unis, et qu'il a constamment nié qu'il y en eut un (3). »

Entre cette affirmation et cette négation contradictoires, nous ne suivrons d'autre opinion que celle de tout le monde, et nous partirons tout simplement de ce point, qu'il existe bien réellement un système pénitentiaire aux États-Unis.

Nous nous hasarderons même jusqu'à dire qu'il en existe deux, à moins que la querelle célèbre, dont nous parlions tout à l'heure, d'Auburn et de Gherry-Hill, ne soit qu'un combat de chimères.

La réforme pénitentiaire a subi, aux États-Unis d'Amérique, les trois phases ou transformations par lesquelles nous la voyons invariablement passer en Europe depuis qu'elle cherche à s'y établir : — promiscuité^ d'abord; — * séparation des moralités , ensuite; — puis, en troisième et dernier lieu, séparation des individualités.

(1) V. Du Système pénitentiaire en Europe et aux Étatt-Unis; 3 yoU in-%^.

(2) V. ibid., et ci-dessus p. 2.

(3) Théorie de V emprisonnement , t. III, p. 510.

F* Phase. — Promiscuité. — Emprisonnement commun.

Gomme en Europe, la promiscuité est, aux États-Unis, le droit commun, ou plutôt le fait commun, de toutes les prisons non réformées.

Lors du voyage de MM. de Beaumont et de Tocqueville en Amérique, neuf Ëtats seulement avaient adopté un nouveau système de prisons : les autres n'avaient fait aux leurs aucun changement (1).

« Dans ces derniers, l'ancien système règne dans toute sa force : encombrement des détenus, confusion des crimes, des âges et quelquefois des sexes ; mélange des prévenus et des condamnés, des criminels et des détenus pour dettes, des coupables et des témoins (2) ; mortalité considérable ; évasions fréquentes; absence de toute discipline ; point de silence qui conduise les criminels à la réflexion; point de travail qui les accoutume à gagner honnêtement leur vie; Tinsalubrité du lieu, qui détruit la santé ; le cynisme des conversations qui corrompt; Toisiveté qui déprave; Tassemblage, en un mot, de tous les vices et de toutes les immoralités; tel est le spectacle offert par les prisons qui ne sont point encore entrées dans les voies de la réforme (3). »

Mais ces voies s'étendent chaque jour davantage^ et le nombre des États qui ont des prisons réformées est aujourd'hui

(1) L'Union améllcaine se compose de trente Etats, dont six , appelés Nouvelle- Angleterre , qui sont : Maine , Massachusselts , New*Hampshire , Vermont , Rhode- Island et Gonnecticut. Les vingt-quatre autres sont : Pennsylvanie , Nevr-York , Marjrland, New-Jersey, Delaware, Colombia, Virginia, Obio, Machigan, Indîana , minois, Kentucky, district de Wistousin, district de Java, Missouri, Artansas, Tennessee, Nord-Carolina , Sud-Garolina, Georgia, Florida, Alabama , Mississipi , Louisiana.— La population de ces trente États se composait, en 1840 » de prés de 18,000,000 d'habitants, y compris 2,500,000 esclates.

(2) On emprisonne préventivement les témoins, en Amérique, pour s'assurer de la fidélité de leurs dépositions. On use de singuliers expédients contre la liberté » dans ces pays de liberté !

(5) Du Système pénitentiaire aux Ètats-Unii^ etc., p. 26.

bun plus élevé que celui des États dont les prisons ne le sont pas encore; ce qui n'empêche pas que, même dans les premiers, le plus grand nombre des prisons ne soient encore livrées aux dangers de la promiscuité, et cela bien que leurs maisons centraies^ leurs prisons d'État (state prisons) soient réformées; attendu que la réforme a commencé chez eux par où elle eut dû finir, c'est-à-dire par les maisons centrales, et qu'elle a presque partout laissé de côté les prisons de comté, c'est-à-dire les maisons d'arrêt et de correction destinées aux prévenus et aux petits délinquants.

II® Phasb. — Système d'Auburn,

Cest en 1786 que quelques quakers de la Pennsylvanie conçurent, les premiers, la pensée d'apporter un remède à la corruption morale des prisons communes. De là, la prison de Walnut ' Street , établie à Philadelphie quelques années après, et où les condamnés furent, pour la première fois, classés par moralités légales^ c'est-à-dire selon la nature de leurs crimes, en vertu de l'acte mémorable du 2â avril 1794, qui abolit la peine de mort en Pennsylvanie, excepté en cas de meurtre au premier degré (1). Quelques cellules particulières furent, en outre , construites pour y renfermer, sans travail, et à titre de punition spéciale, les condamnés récalcitrants ou condamnés à l'isolement par les juges.

C'est cette prison que visita, en 1794, M. le duc de Larochefoucault-Liancourt, l'illustre père de l'un des trois adversaires que nous combattons, et de laquelle il dit que « la ville de Philadelphie possédait un excellent système de prisons (2) ; » —

(1) «Le terme Penitentiary house, Maison pénitenliaire , est employé, pour la première fois , dans notre législation. Il est emprunté aux lois anglaises, qui s'en servent invariablement pour désigner exclusivement les prisons dont la discipline est fondée sur le confinement solitaire avec travail et instruction. > Georges W. Smitby A défense of solitary confinement, etc., p. 15.

(S) V. det prisons de Philadelphie , par un Européen; Paris, l'an lY de la Rép.

excellent, en efFet, relativement à Tancien état de choses.

L'État de New- York fut le premier qui se montra jaloux d'imiter la Pennsylvanie. D'abord, en i797, puis, en 1816, cet État fonda le pénitencier d'Auburn, achevé en 1819-1831, pour six cent cinquante cellules, sur la base des classifications par moralités légales, avec la règle de la séparation cellulaire des détenns entre eux pendant la nuit, et de la séparation morale du silence, aidée du fouet comme punition, dans des ateliers communs pendant le jour. Gomme à Walnut-Street, on annexa au pénitencier un certain nombre de cellules solitaires (quatre-vingts environ), pour y détenir exceptionnellement seuls et sans travail, une certaine catégorie de condamnés. Mais ce système mixte produisit, à Auburn comme à Walnut-Street, les effets qu'il devait forcément produire sur le moral et la santé des reclus exceptionnels, et, à partir de 1825, Auburn n'eut plus que des cellules de nuitc

En 1825, le même État de Nev^-York créa le pénitencier de Sing-Sing pour mille condamnés, d'après le système d' Auburn ; sommeil solitaire en cellule ; travail en commun dans des ateliers; silence absolu ; coups de fouet pour punition.

I>epuis cette époque , et grâce aux rapports de la Société des prisons de Boston, dont l'actif secrétaire, M. Dwight, se dévoua avec un zèle qui tient de la passion, et, nous le verrons bientôt , avec une évidente partialité , au triomphe du système d' Auburn, ce système se répandit avec tant de rapidité dans les divers Etats de l'Union , qu'au d re du dernier Rapport de cette Société (1), on ne compte pas moins de vingt Etats sur trente, aujourd'hui, qui ont adopté le système d' Auburn , savoir :

Avant 1838: — New-Yorck {Auburn et Sing-Sing); — Nev^-Hampshire (Concord); — Vermont (Windsor); — Massachussetts (Charlestown ^ près Boston) ; — Connecticut [Wetkersfield) ; — Maryland (Baltimore) ; — Golumbia (Washington); — Virginia (Riehmond) ; — Georgia (MilledgeviUe) ; — Teu-

(1) Ergkieenth annual rep* of tke prison dise» Soe» BoMOfif p. 75.

nessee (Hashville) ; — Illinois ; — Ohio (Columbus) , — et le Haut-Canada.

Depuis 1858 : — Louisiana (Bâtori'^Rougé) ; — Mississipi; — Alabama; — Kentuchy (Francfort); — Indiana; — Michigan ; — et Maine.

Toutefois y sur ces vinc/t-un pénitenciers auburniens , onze seulement nous apparaissent construits et fonctionnant dans le tableau même qu'en donne le rapport précité , ainsi qu'on peut s'en convaincre par l'extrait suivant de ce tableau, et de celui de leur population, au 1^' janvier 1842.

Auburn 707 détenus.

Sing-Sing SH —

Charles town 331 —

Columbus 480 —

Wethersfield 211 —

Maine 42 —

Newhampshire 92 —

Baltimore 284 —

Richmond 186 —

Georgia 159 —

Franckfort 162 —

Il paraîtrait , d'après cela, que ces onze pénitenciers sont les seuls qui soient actuellement et réellement organisés aux Etats- Unis , suivant le système d' Auburn (1) , et que les autres sont encore à Tétat de projet , sauf, seulement , à y ajouter quelques prisons de comté et maisons de correction , construites d'après le môme système pour les prévenus et les petits délinquants.

Ce grand nombre de prisons réformées, construites ou projetées aux États-Unis , d'après le système d' Auburn , prouve-t-il Texcellence de ce système? Nullement. Il prouve mie supériorité numérique , voilà tout. Si la supériorité de régime devait s'induire de la supériorité du nombre, il fendrait dire que les prisons communes, qui sont les plus nombreuses en Europe,

(1) V. Eighteenth annual rep, of the prison dUe» Soc* Botton, p, i03.

sont aussi les meilleures. A ce compte , nous ne serions pas les plus mal partagés, et la France n'aurait pas besoin de réforme. Hais n'est-ce pas, du moins, comme le dit M. Lucas, une manifestation éclatante contre le système de Pennsylvanie, que ce spectacle de vingt États qui le repoussent? (1) D'abord > il faut rabattre un peu de ces vingt États, d'après ce que nous avons établi ci-dessus, fin second lieu, les deux tiers des pénitenciers auburniens ayant été construits avant le pénitencier de €herry-Hill, il est clair qu'ils n'ont pu repousser son système depuis^ ce système n'existant pas alors. Quant aux autres, ils ont tout simplement préféré le système plus économique et plus productif d'Auburn ; ce qui se conçoit parfaitement, quand on ne se place pas au point de vue élevé, au point de vue exclusif de la réforme morale des prisons.

Ce que l'on peut dire avec vérité du système d'Auburn , c'est que ce système est une réforme immense apportée dans le système primitif de la promiscuité des prisons.

Mais cette réforme laisse immensément encore à désirer ; — tout le monde le comprend aux États-Unis (2) ; et si ce n'était l'argent que rapportent aux divers États les travaux industriels des condamnés dans les ateliers communs de leurs prisons (3) , il y a longtemps qu'ils auraient avoué , comme le célèbre Auburnien Elam Lynds (i), le mensonge de leur

(1) Exposé des différents systèmes d^ emprisonnement , lu à V Académie , février 1843.

(2) Même , et surtout dans les Étals où le système d'Auburn est pratiqué. Témoin la Revue de New-York qui défend le système de Philadelphie. V. notamment le numéro de janvier 1840.

(3) V. New-York i^evieu; for january 1840, p. 15.

(4) Le dernier cahier qui vient de paraître des Annales des prisons, publiées en allemand par le docteur Julius, etc., contient un article intitulé : Communications sur les prisons d^ Amérique , dans lequel M. le professeur Lieber dit : « M. Lynds me disait à Sing-Siiig, en me parlant de Timpossibilité d*obtenir le silence des femmes,» ( Souvenez-vous que je parle de Théroïque Lynds ) : « Des architectes ont été en*voyés récemment de New- York à Philadelphie pour y étudier le meilleur système de construction de cellules individuelles , attendu qu'on se propose de l'appliquer aux femmes. Il faut , peu à peu , et partout , en venir , en définitive , au système

silence et rinutiie barbarie de leurs coups de fouet (1). Cependant quelques États ont commencé à entrer plus avant dans les voies finales de la réforme. G*est cette dernière phase que nous allons faire connaître.

III® Phase. — Système de Philadelphie.

La Pennsylvanie, qui avait fait la première, ainsi que nous Tavons vu, l'essai du système des classifications dans la prison de Walnut-Street^ fut aussi la première à en connaître l'inefficacité. Malheureusement, au système des classifications de cette prison, elle substitua, en 1827, par une réaction violente, le soliiary confinement de la prison de Pittsturg^. c'est-à-dire la solitude absolue de chaque prisonnier, confiné seul, sans visite et sans travail, dans une cellule-cachot, pendant toute la durée de sa détention. Ce système, disent MM. de Keaumont et de Tocqueville, ne moralisait pas, il rendait fou^ il tuait. Aussi, plusieurs États (tels que Maine, Virginie et New-York), qui avaient construit leurs prisons d'après ce système, l'abandonnèrent-ils pour le système d'Auburn (2).

Mais la Pennsylvanie fit mieux. Au lieu de rétrograder vers le travail en commun d'Auburn, déjà tenté sans succès moral, elle avança vers le travail individuel en cellule, non encore expérimenté, et fonda, en 1829, le pénitentier de l*Est, ou de Gherry-

de la séparation individuelle , si Ton veut, d'une manière sincère et logique, avoir le meilleur système pénitentiaire. »

(1) « Le Directeur d*Àuburn croit que le cb&timent du fouet est aussi indispensable que le pouvoir discrétionnaire qu'ont les employés subalternes de TinQiger nécessaire pour le maintien de Tordre. >• Ramon de la Sagra , Cinq mois aux Èiais^ Unis, p. 301. — V. ce que nous avons dit à ce sujet ci-dessus, p. 51 et 53.

Wethersfield avait voulu essayer de se passer du fouet; mais il a été forcé d'y revenir, Tordre s'étant en allé avec lui. Rapport de M. Demetz.

Dans quelques autres prisons soumises au système d*Auburn, on a aussi relégué le fouet parmi les instruments de supplice inutiles ; mais on Ta remplacé par les douches à Feau froide sur la tète du patient. Je ne sais lequel vaut le mieux.

(2) Maine, en 1827; Virginia, en 1825; New- York, en 1822.

Hili, à Philadelphie, en remplacement de Watnut^Street, et re— coostruisit, d'après le nouveau système, le pénitentier d^ l'Ouest, ou de Pittsburg.

New-Jersey suivit l'exemple de la Pennsylvanie , et| aulieim d'abandonner, comme Maine, Virginie et New- York, le système du solitary confinement sans travail , reconnu défectueux eC^ dangereux, et dont il avait aussi fait l'essai funeste, cet État fie impas de plus dans le progrès, et adopta dans son pénitencier de Trenton (octobre 1856), le »eparate septem avbg travail^ etc., qui fait la base du système de Philadelphie.

A l'exemple de New-Jersey , le petit État de Rhode-'Island construisit deux ans après, à Providence, un pénitencier central, d'après le système de Cherry-Hill. Ce pénitencier a été ouvert le V^ août 1858.

Voici, d'après le rapport précité de la société de Boston (1), quelle était, au 1*^ janvier 1842, la population des quatre pénitenciers américains construits et régis d'après le système de Pennsylvanie ; pénitenciers que le même rapport met en regard des onze pénitenciers anburniens dont il donne et dont nous avons rapporté l'état :

Cherry-Hill 552

Pittsburg 161

Trenton 151

Rhode-lsland 21

Il feut noter ici que la province anglaise du Bas-Canada a adopté aussi de préférence le système de Cherry-Hill pour son pénitencier de Montréal.

Nous avons dit que les États-Unis avaient commencé la réforme pénitentiaire par la queue de leurs prisons et non par la tète. La Pennsylvanie, qui marche toujours la première dans les voies du progrès et de la civilisation, comprit la première cette faute et la répara.

«Nos efforts pour moraliser nos convicts seront superflus, dit

(1) 18- Rappor/, 1843, p. 405.

le Gouverneur du pénitencier de Cherry*Hill , aussi longtemps qu'ils nous arriveront infectés de la contagion contractée dans Ici promiscuité de nos maisons d*arrét. Réformons donc nos maisons de comté par Tintroduction du système cellulaire de jour ^t de nuit, et le même système suivi dans le pénitencier produira enfin les fruits qu'on est en droit d'en attendre (1). »

En conséquence, la Législature ordonna l'érection de trois JPrnons de Comté : l'une à Moyamensing, dans le comté de Philadelphie, en 183i ; l'autre, dans le comté de Ghester, quelques années après; la troisième, dans le comté Dauphin, à Harrisburg, en 1844 (2).

«J'espère, dit M. Wood, que cet exemple sera suivi par d'autres comtés, et que bientôt toutes les maisons d'arrêt et de correction des comtés de la Pennsylvanie adopteront le système de Va séparation. C'est alors que nous expérimenterons en plein et que nous prouverons l'excellence de ce système et son incontestable supériorité sur tous les autres (3). »

Les idées logiques ayant une tendance invincible à prédominer, même là où elles rencontrent le plus d'obstacles à vaincre , ridée de commencer la réforme par les maisons d'arrêt et de correction de comté, et d'appliquer à ces prisons le seul système normal^ le seul système vrai^ le système de l'emprisonnement individuel , substitué aux systèmes également vicieux de la solitude absolue et de la promiscuité silencieuse, germa et poussa, même dans la terre classique du travail en commun et du «ommeil en cellule , — ► k New- York.

Donc, l'État de New-York, le père, le berceau du système d'Auburn» érigea en 1836, dans sa principale cité, une maison d'arrêt et de correction cetMaïre^ en rehaussant la préférence qu'il donna dans cette circonstance à la règle de Gherry-Hill sur celle d'Auburn, de l'éclat solennel d^nn concours public (4).

(\) V. 4» et 12» Rapports de M. Wood, trad. off. , p. 23 et 96.

(2) T. /Hd., p. 96. Le IS*" Rapport de Boston ne nomme pas ces prisone; il se conlente de dire : a few , quelques unes.

(3) V. /Wd.,p. 96.

(4) Lettre du docteur JaUus à M. Crawford, ft'ad. do V. Foucher, 1837, p. 14.

Ce feit, que ne peut nier, malgré quil en ait, le secrétaire de Boston (I), est le plus considérable qui se soit encore produit dans Thistoire des développements du système pénitentiaire aux États-Unis d'Amérique. Il prouve qu'Auburn a lui-même senti son insuffisance , et qu*il a enfin compris qu'en fait de moralisation Philadelphie seule avait autre chose à offrir qu'un silence impossible. Il prouve, d'ailleurs, que, dès qu'on veut rentrer logiquement et systématiquement dans le syllogisme de la réforme, c'est par l'emprisonnement individuel qu'il faut nécessairement commencer, parce que c'est par l'emprisonnement individuel que l'emprisonnement commun doit nécessairement finir.

Un autre foit vient corroborer celuÎH^i , c'est que le Kentucky qui suit la règle d'Auburn dans son pénitencier d'état^ vient d'adopter celle deCherry-Hill dans la maison d'arrêt et de correction de comté qu'il construit en ce moment à Louis-Ville (2).

'] andis que New-Jersey, qui suit la règle de Cherry-Hill dans son pénitencier d'état, persiste, comme la Pennsylvanie, dans la voie droite et sûre de l'emprisonnement cellulaire, en plaçant ses prisons de comté sous l'empire de la même discipline (5).

Nous devons dire pourtant que Rhode-Island vient de renoncer au système de Cherry-Hill, cédant en cela à l'influence trop voisine de Massacbussets , où se fabriquent les rapports de la société de Boston , bien plus qu'aux causes non justifiées (4) qui' motivent cette résolution.

Mais, que cette résolution soit motivée ou non, qu'est-ce que Rhode-Island et son petit pénitencier^ — lequel, dans r espace de quatre ans, n'a renfermé que trente-sept détenus ^ — en présence de ce fait immense de l'existence, depuis quatorze ans, du grand pénitencier de Cherry-Hill et de celui de Pittsburg, en Pennsylvanie, où nombre de convicts ont déjà subi des emprisonnements

(1) V. 18' Rapport, 1843, p. 75.

(2) Ibid. Le rapport ne donne pas le nombre des prisons, il dit afew, quelques unes.

(3) Ibid.

(4) V. ce que nous dirons de ces causes ci-après, ( IX.

de six, huit, dix et douze ans^ sans que leur santé et leur raison aient le moindrement souffert d'une aussi longue détention? ^u* est-ce que Rhode-Island en présence du pénitencier de Trenton dans le New-Jersey, où le même système est appliqué depuis 1836 avec le même succès? — en présence du pénitencier de Montréal, dans le Bas-Canada, depuis la même époque? — en présence de ces deux maisons d'arrêt et de correction de comté érigées dans le domaine même d'Auburn,sur le plan de Gherry- Hill? — en présence de ces trois antres prisons de comté, érigées, d'après le même plan, dans l'État de Pennsylvanie ?~»en présence enfin de ces deux ou trois autres prisons de comté, érigées d'après le même plan dans l'État de New-Jersey?....

Si, depuis 1816, date de sa fondation, le système d'Auburn a conquis, en vingt^huit ans^ onze pénitenciers effectifs et quelques prisons de comté , n'est-ce pas un grand progrès pour le système de Gherry-Hill d*avoir conquis, en quatorze ans, quatre pénitenciers non compris Rhode'lsland> et sept prisons de comté cellulaires, dont deux sur le terrain même d'Auburn? — sur^ tout lorsque Auburn a pour lui l'autorité de l'existence^ le droit de possession , le double de durée de vie , et des avantages pécuniaires qu'on ne prise que trop souvent au-dessus des avantages moraux !

Pour Auburn , il s'agit de se maintenir , de se conserver , de s'étendre. Pour Cherry-Hill, il faut lutter, déposséder, se substituer, et vaincre des préjugés, des intérêts, et les résistances de rivalités locales, sans cesse excitées et empirées parles /ateo; rapports de la Société de Boston.

Avant l'érection du pénitencier de Cherry-Hill, les rapports publiés par la Société de Boston jouissaient d'un crédit mérité. « Ces Rapports, disaient MM. de Tocqueville et de Beaumont lors de leur voyage aux États-Unis, c'est-à-dire moins d'un an après l'ouverture de ce pénitencier, ces Rapports sont comme un livre authentique dans lequel sont enregistrés tous les abus et toutes les erreurs du système pénitentiaire, en même temps qu'on y constate toutes les heureuses innovations. «Mais, depuis

le retour des deux honorables amis en France, c'est-à-dire depuis les progrès et la popularité croissante du pénitencier deCberry-Hili.Ies Rapports annuels de la société de Boston devinrent autant de pamphlets dirigés, chaque année, contre le pénitencier rival. Les choses en étaient déjà au point, en 1834, que, dans son Rapport de cette année, lu au Sénat et à la Chambre des représentants de Pennsylvanie , le Conseil des Inspecteurs du pénitencier de Cherry-Hill fit entendre, devant la Législature, ces paroles sévères : « Une agence de quelques fenatiquies en fait de discipline de prison^ dont les motifs ne sont pas douteux^ a répandu avec profusion dans le public de volumineux etfanx Rapports sur notre système; Rapports qui, dans beaucoup de circonstances , n'ont été que d*illicites et préméditées perversions de la vérité : Wilful and unwarran" table perversions of truth... (1) »

De son côté, le Directeur du pénitencier, le respectable M. Wood, s'exprime ainsi dans son Rapport au Conseil : « Il existe contre notre système, de la part de certaines personnes, des préventions qui s'expliquent généralement par leurs intérets. Ces personnes font profession de désapprouver notre système et usent de toutes sortes d'efforts, tant par écrits que par paroles^ pour donner au public une impression défavorable à son caractère. Si ces individus se faisaient personnellement connaître, leurs motifs, dérivés de leurs propres personnes, seraient bien vite compris, et bien peu de mal alors en pourrait naître contre nous; mais, aussi longtemps que les vues à* agents intéressés continueront à être présentées, chaque année, au public, dans les Rapports d'une Société éminemment respectable, et aussi longtemps que cette société continuera à puiser ses informations à des sources aussi suspectes^ il est à crajndre que l'adoption de notre système perfectionné de discipline pénitentiaire ne soit arrêtée ou au moins sérieusement retardée dans sa marche. Ce qu'il y a de certain, c'est que les Rapports de la société dont nous parlons ont, pour des années, propagé

(1) V. 6« Rapport deà Inspecteurs, trad. off. , 1843, p. 52.

^ans le monde, à ce sujet, des impatations injustes ( unfair^ injuste, infidèle, malhonnête) et des indications faussef, calculées pour donner sur les deux systèmes rivaux l'opinion la plus erronée (1). »

Lors donc que j'ai traité de faux les Rapports de la société de Boston, c'est moins parce que mes impressions personnelles ont forcé cette épithète à sortir de ma plume, que parce qu'elle a été jetée, en plein Parlement, à la face de l'agent ou de l'agence qui Ta provoquée.

Que si je voulais^ de mon chef, fouiller dans cet amas de Wilfuland Unwarrantable perversions of truth, qu'on appelle les Rapports de la société de Boston (2), que de perversions de la vérité n'y trouverais-je pas, rien qu'à en juger par celles qui se trouvent amoncelées dans le dernier? Je ne puis les signaler toutes ; j'en citerai seulement quelques .unes pour échantillon.

Par exemple, l'auteur du Rapport ayant entrepris de prouver que le système de Gherry-Hill est abandonné par les divers États qui l'ont adopté , voici le moyen qu'il prend pour soutenir cette thèse insoutenable. D'abord il cite New- York comme ayant adopté le système cellulaire pour sa prison dé comté ; puis, quelques pages après^ il dit que New- York a renoncé à ce système, et cite en preuve plusieurs fragments de rapports qui réprouvent le solitary confinement^ etc. Or, ces rapports se réfèrent, non à la prison de comté, construite en 1856, mais aux quatre-vingts cellules dont nous avons parlé ci-dessus, et qui avaient été construites en 18â2^ c'est à-dire sept ans avant Gherry-Hill, d'après le système du confinement absolu sans travail^ rejeté par la Pennsylvanie aussi bien que par

(1) V. A* Rapport du Warden pour 1834, trad. oiï. , p 35.

(2) tJn écrit fort bieo pensé , imprimé eo 1839 , à Philadelphie , sous le titre de À Vendication of teparate System, contient sur la partialité , Tesprit de parti, les fiaussetés , les moyens déloyaux , etc. , etc. , dont fait usage la Société de Boston à rencontre et en haioe du système de Cherry-Hill, qu'elle a juré de persécuter jusqu'à l" extermination, des détails et des preuves qui me font rougir d*avoir, comme tant d'autres , accordé quelque foi à ses rapports sur ce point > p. 43 et suivantes. *

New'-York, et que Cherry *HU1 est venu précisément rem** placer.

Là même manœavre a lien pour New- Jersey, ainsi que pour la Virginie et le Haine, lesquels, suivant le Rapport, ont abandonné le système de Gherry-HHI ; tandis que Tabandon dont on parle remonte à une époque antérieure de plusieur» années à l'existence du système de Cherry-Hill , et porte sur eette solitude absolue sans travail ^ que la Pennsylvanie a été la première à condamner.

Est-ce donc là de la bonne foi?

Biais il y a quelque chose de plus fort» Sans doute en vue de nous impres^ionqer spécîalemeot, nous autres Français, le Rapport dopt je parle cite textuellement une lettre du général Lafayette à M. Roscoe, dans laquelle il est dit que le système de Pennsylvanie est tout bonneipent le systèn^e affreux de la Bastille, etc* Mais il manque à cette lettre [ine chose essentielle, c'est la date. La date, on Ta supprimée. Heureusement qu'à force de recherches je suis parvenu à la trouver dans Yappen^ diç^ d'un flapport précédent {Twelfth Report^ 1857, p. 87), Or, cette date est de Tannée 182Ç , c'e^t'-à-Kiire antériçure de trqis ans à l'ouverture du pénitencier de Cherry-'HiU,

C'est précisément pour éviter les effets désastreux du sy^ téme de la Bastille, effets qui n'ont pas tardé à se décla^ rer dans l'ancien pénitencier de Pittsburg , ainsi que nons Ta-r vons vu» que l'État de Pennsylvanie a créé rétablissement de Gberry-Hill, à Philadelphie ; établissement qui résout le pro^ hlème de la sévérité pénale unie à l'humanité chrétienne, en même temps qu'il préserve la société et le détenu des dangers de la contagion morale des prisons communes, C'est ce qu'eût reconnu le général Lafayette^ s'il eut assez vécu pour api»rendre les heureux résultats du système de V emprisonnement individuel avec travail que ses amis dç Pennsylvanie ont substitué, dans le pénitencier de Gherry-Hill, à la solitude absolue, saH$ travail^ dont le pénitencier de Pittsburg avait constaté Tinhu-

mnmti et les ddogers (1). C'e»t, w surplus, ce gu a reconnu et proclamé, Tun des premiers, le petit-fils par alliance du géaé^ rai, mop compatriote et ami Gustave de Beaumoat , dans l'enquête officielle qu'il a été chargé de faire, eu I83i, aux Étala- Unis» de concert avec M. Alexis de Tocqueville, dont le témoignage est aujourd'hui, comme celui de son compagnon de voyage. Tua des plus considérables que Ton puisse invoquer en faveuc du système pénitentiaire tel qu'il est pratiqué à Philadelphie.

Chose vraim*ent digne de remarque !

Tandis que la société de Boston foit tous ses efforts et emploie tous ses moyens (on sait maintenant lesquels) pour prouver (on sait comment) que le système de Cherry-^Hill est en décadence, et ne résiste pas à l'examen, dès qu'un Européen met les pieds en Amérique, et voit les choses par lui-même, il donne toft h la société de Boston, et ce sont alors les Bapports de la société qui ne résistent pas à l'eKamen.

Il y a une autre chose non moins digne de remarque, o*est que tous les commissaires français , anglais ou prussiens , envoyés par leurs gouvernements pour étudier sur les lieux tes deux systèmes , et qui étaient partis partisans du sys^ tème d'Aubum, sont revenus partisans du système de Pbiladelphie.

Nous venons de voir l'impression qu'en ont reçue MM, de Beaumont et de Tocquevillp en 1831.

En 1855, MM. Demetz, conseiller à la cour royale, et Blouet, architecte, ayant reçu la même mission qu'eux, reviennent en France plus partisans qu'eux du système de Philadelphie.

Un an auparavant, en 1834, la même chose était arrivée à M, Crawford, inspecteur général des prisons d'Angleterre, ancien secrétaire de la société des prisons de Londres, versé dans la science des prisons depuis plus de viqgt ans, et envoyé

(1) Jd Us dans une broehure publiée ^ P)|Uadelphi« ei^ 163? , sou9 le titre de : À defitiBô of the solitary con/humeni, Pp 30 : < Mf9J^tt9 et Roscpe ont réc^mtpept reconnu que leur opiniop n'était plui «outepai^le jM^jpurd'bui. **

— locaux États-Unis^ dans le même but, par le gouvernement de la Grande-Bretagne.

Un an après, en 1836, la même chose arrive au docteur Julius, qui reçoit une même mission du gouvernement prussien, et qui, d'auburnien qu'il était parti, revient tout dévoué au système de Temprisonnement individuel (1).

La même chose est arrivée à une femme célèbre, missHarriet Martineàu, laquelle^ partie pour les États-Unis pleine de préventions contre le système de Philadelphie, en est revenue pleine d'admiration pour sa discipline. ^

La même chose aussi est arrivée à MM. Mondelet et Neilson, commissionnés par le gouvernement du Bas-Canada, pour aller étudier sur les lieux la discipline et les constructions des pénitenciers américams. Tous deux, dans leurs Rapports, accordent la préférence au pénitencier de Philadelphie.

La même préférence est accordée au même pénitencier par M. le professeur Lieber, criminaliste distingué, à la Caroline- Sud, et qui a fait du pénitencier de Cherry-Hill une étude prs^tiqué toute spéciale (2).

La même préférence eât accordée au même pénitencier par M. Hersant, consul à Philadelphie, qui a vu^ pour ainsi dire, naître et se développer le pénitencier sous ses yeux, et qui, à

(i) Avant eC pendant la mission du docteur Julius, M. Lucas écrivait, dans le I" vol. de sa Théorie de l'emprisonnement : # Nous concevons de grande» espérances de la mission du docteur Julius aux États-Unis. M. Julius, qui a étudié, depuis si longtemps et avec tant de persévérance et de sagacité, les diverses prisons d'Europe, doit avoir recueilli, dans l'observation des pénitenciers américains, ces notions d'application positive qui rendront un service réel à la pratique européenne C'est à M.- Julius qu'il appartient d'étendre à l'Europe le point de vue comparée que M. Crawford a borné à l'Angleterre ; c'c^st à lui à être juste , impartial , etc.

Après la mission du docteur Julius, M. Lucas écrit dans le tome HI de la Théorie de l'emprisonnement, p. 512, note â : « M. Julius, dans sa lettre à M. Crawford, suit les errements, ou plutôt les erreurs de ses devanciers, etc., etc. » V. aussi la note 1 de la p. 470.

(12) V. A popular essay on subject of pénal law , and on uninterrupted soliiary confinement at labor; Philadelphie, 1S38; et l'article Communications sur les prisons dis États-Unis t inséré dans le 1" cahier du tome IS deîi AnncUes de la science des prisons f publiées en allemand, par le docteur Julius, etc. Janvier 1844.

son retour eu France, en 1840, a commencé la démolition, consommée depuis, de cet échafaudage fantasmagorique d'aliénations mentales -, attribuées faussement au système par M. Lucas (1). .

La môme préférence est accordée au même pénitencier, par le capitaine Pringle, lequel, envoyé par ordre de la reine d'Angleterre pour s'enquérir de l'état des prisons dans les Indes occidentales, visita sur son passage les pénitenciers américains, et écrivit à son retour, sous la date du 6 juin 1836, une lettre que MM. Grawford et Russell ont insérée* dans leur troisième Rapport au Parlement, et dans laquelle Thabile ingénieur rend compte des raisons qui le portent à demander pour son pays, à l'exclusion de tous autres systèmes, l'application du système de la séparation individuelle.

Un seul étranger. M.* Ramon de La Sagra, avait visité le pénitencier de Philadelphie, sans paraître frappé d'abord de l'incontestable supériorité de son système de discipline, ou plutôt de son applicabilité à la France; mais, dans uoe .lettre qu'il m'a écrite, et qui a été rendue publique (S), cet honorable député aux cortès d'Espagne n'a pas hésité à déclarer que son opinion avait été ou mal exprimée ou mai comprise.

A tous, ces témoignages de 2;i«u et de auditu^ si précis, si unanimes, si concordants ; — témoignages émanés d'hommes aussi éminents par leur mérite que par leur incontestable bonne foi ; — témoignages dégagés de tout esprit de parti , de tout esprit tle secte, de tout esprit de système ; — témoignages rehaussés par celui d'illustrations telles que Roberts Vaux et Ed. Livingston; — ^ témoignages enfin confirmés par les Rapports officiels des Directeurs, Médecins, Inspecteurs des divers pépitenciers soumis au régime de l'emprisonnement individuel, et notamment du pénitencier de Cherry-Hill,

(1) V. Lettre de M Hersant au Journal des Débats, en janvier ou février 1840.

(2) Lettre de don Ramon de La Sagra h M. Moreau-Cbristophe , i5 dcc. 1858* Correspondance pénitentiaire; Paris, 1859, chez madame Bouchard-Husard , rue de rÉpcron, 7. Cette lettre a reçu une grande publicité en Espagne,

depuis quatorze ans ; — quels témoignages contraires et pré" pondérants opposent donc MM. Faucher et Lucas? Les toid :

Eux» d*abord; eux qui n*ont rien vu; eux qui disent^ avec raison , que , « pour connaître» il faut voir. »

Puis H. Dvright, l'agent des Wilful and unwarrantable perversions of truth de la Société de Boston.

Puis , enfin , un romancier anglais , Tauteur de Pickwick

Club et de la Boutique de bric-à-brac (old curiosity shop). — ^ Gliarles Dickens, enfin^ puisqu'il faut que je l'appelle par son nom«

Comment des boinmes sérieux peuvent*ils s'étayer d'une autorité si peu sérieuse ! C'est ,bon pour le Magaêin pittoresque (1).

Si Je voulais jouter, à armes égales, avec MMé Faucher et Lu^ cas, — à Charles Dickens, ennemi de Cherry-Hill, j'opposerais Eugène Sue qui en est partisan. Hais , quelque haut placé que soit dans les lettres, et dans l'estime de tous ceux qui savent apprécier ses travaux , le célèbre auteur des Mystères de Paris^ et quelque incontestable que soit le service qu'il a rendu à la cause de l'emprisonnement cellulaire en lâ popularisant, ce sont d'autres noms que ceux d'Eugène Sue et de Dickens qu^on invoque quand il s'agit de matières aussi graves. — C'est ce que je fais pour ma part, et c'est ce que je ferai encore, même contre Charles Dickens, quand je traiterai de la folie péni* tentiaire.

En attendant , disons avep M. de Tocqueville : « Tous ceux qui, en Europe^, s'élèvent contre le système de PLiladelphié, ne Tont jamais vu fonctionner sous leurs yeux. Tous ceux qui ont été successivement en Ainérique le préconisent. Ainsi, à mesure que l'institution subsiste et se développe, ses approbateurs deviennent plus vifs et plus nombreux. // n'y a que ceux qui ne la connaissent point qui l'attaquent (S). »

(1) Le Voyage sentimental de Charles Dickens au pénileAcier ^e Philadelphie n*a encore paru en français que dans le Magasin Pittoresque, n» 3, p. 17 de cette année. Il est là à sa véritable place. C*est du pittoresque pur.

(2) Lettre à un membre du Conseil général de la Manche, du 17 août 1828.

S. Faits Européeus.

Le progvès du système de remprisonnement individuel est tel en Europe que, dès 1858, M. Lucas faisait entendre ce cri d'alarme : « L'école pennsylvanienne se popularise en Europe Uvec une telle rapidité qu'on croirait reconnaître , à la célérité de sa marche^ les progrès d'une épidémie morale. Dans les rangs même des hommes spéciaux, cette école étend son influence épidémique^ rallie les neutres , décide les douteux, convertit plus d* un opposant. J'écris en ce moment au milieu de la désertion des opinions amies^ et^ ce qui est plus grave à mes* yeuX} devant les hésitations de plusieurs gouvernements (1). »

Il est vrai qu'un an plus tard, M. Lucas disait, devant la Société de la Morale chrétienne, le 32 avril i839 : « H semble qu'il y ait en Europe un blocus continental contre le système pennsylvanien , car nulle part il n'a pu s'y faire encore admet-» tre , même à titre de simple essai : tant il a inspiré aux hommes d'Etat et aux hommes pratiquée peu de confiance dans les résuU |tats probables de l'épreuve. » (p. 26.)

Mais c'est là, de la part de M.* Lucas, un de ces retours sur lui-même, qui ne constituent d'argument que contre lui-même ; ce qui fait que le blocus continental, dont sa brillante imagination cerne, encore aujourd'hui, le système de Philadelphie» tombe de lui-même , comme on va le voir ^ devant la seule autorité«des faits.

A. Grande-Bretagne.

On distingue, en An(][leterre comme en Francet deux sortes d'emprisonnement : — lemprisonnement préventif et reroprisonment pinoL ^

(1) Théorie de V emprisonnement ^ t. III, p. 455 et 456.

Le tableau suivant, que j'ai dressé moi-même sur pièces ofli&i les pendant mon voyage en Angleterre, donnera une idée e\m^ de la nature ei de la disiributign des peines criminelles dans pays.

ce

Accusés . . » •

Condamnés — k mort (1).

— à la déportation pour la vie ••••••.*.••

— à la déportation pour 14 ans ........

— à la dëportatien pour 7 ans.

— k la déportation pour autres périodes

Condamnés k l'emprisonnement, avec ou sans addition du fouet, du travail forcé, de l'amende, etc. . . . . *.

Pour plus de 3 ans ....

De 2 ans k 3

De 1 an k 2

De 6 mois k 1 an. ... .

. De 6 mois et au-dessous .

Condamnés au fouet (2)

— k l'amende

Libérés sous caution

Sentences rapportées ........

Total des condamnés . . .

ANNÉES

L'empi'isonnemënl préventif est subi dans des maisons de dépôt ou d'arrêt appelées Lockups, Police Stations y Common Gaols; —

(1) Les exécutions à morl sont loin d'être en TRfporl avec les condamnatioru. Le nombre des exécutés a été seulement de 34 , de 35 et de 17 pendant chacune des trois années ci-dessus.

(2) Les chiffres 59, 58 et 33 n'expriment que le nombre des individus fouettés par suite de sentences criminelles. Le chif&e en est bien plus élevé quand on y ajoute celui résultant des condamnations correctionnelles. 11 a été de 779 en 1837. Il n'y en a eu que deux fouettés publiquement; les autres l'ont été dans l'intérieui de la prison.

I emprisonnement pénal est subi dans des maisons de correction appelées Bridewetts ou Hanses of carrectian.

Ces deux sortes de prisons correspondent à nos prisons départementales» et sont à la charge et sous l'administration des Comtés (i).

La peine d'emprisonnement est prononcée , avec ou sans travail forcé {hard labour)^ avec ou sans coups de fouet {tohipping) (2).

Cette peine^dans l'un ou l'autre cas, est toujours très-;Courte. Sa durée ordinaire est de six mois ei au-dessous ; son maximum est de deux à trois ans.

Entre la maison de correction et la transportation, il n'y a d'autre intermédiaire pénal qu'un seul et unique pénitencier central pour toute l'Angleterre; pénitencier situé à Londres» et connu sous le nom de Milbank.

Le pénitencier de Milbank, qui peut contenir de mille à douze cents condamnés, est destiné à recevoir les individus des deux sexes condamnés à la déportation dont la peinea été commuée, à cet eflet, en un emprisonnement pénitentiaire de trois à cinq ans.

Du moins, telle était, naguère encore, fa* destination légale du pénitencier de Milbank, dont la discipline était celle d'Auburn mélangée de celle de Philadelphie ; mais il parait que des altérations survenues, sous l'empire de cette discipline, dans la santé d'un certain nombre de condamnés,— altérations moins graves pourtant que celles qui avaient dépeuplé la prison, en 1823, sous Tempire d'une discipline tout autre, — firent reconnaître que* cette prison , dont rinsalubriié et les vicieusci» dispositions sont notoires , ne pouvait convenir à de longues déientious, surtout à de longues détentions cellulaires, et déterminèrent le gouvernement à la supprimer comme pénitencier, et à la convertir en dépôt de passage pour les condara-

(1) Indépendammeot des maisons d'àrrét communes el des maisons de correction de comté dont le nombre s'élève àl56>ilyal71 prisons de corporation qui appartiennent aux juridictions locales et qu'on appelle prisons de bourgs ou de cités.

(3) Le fouet est un instrument de discipline nationale en Anglctei^re. On n'en fait pas seulement usage dans les prisons , on rapplique encore dans les collèges et dans l'armée. Un écolier anglais aime mieux vingt coups de fouet qu'un pensum, (V. ci-dessus note 2. )

nés à ia iransportaiion qui aiiendont l'époque de leur transfère — meoi pour Botaoy-Bey. Qeite mesure est toute récente (1).

Lejpénitencier de Miibank, dont Porigine remonte à 1776» bien qu ses constructions définitives n'aient été achevées que de 1816 à iséâ^ est le premier pas que l'Angleterre ait fait dans les voies péuiten^ liaires ; on pourrait même dire que c'est le seul» si le Reformatons de Parhurst n'était le second (2).

On croit peu à l'amendement des convicts en Angleterre, et ua grand nombre de criminalistes pensent, avec U Western , que ci c^ n'est point pour les mettre à l'école ou en apprentissage qu'on condamne les criminels à la prison , mais uniquement pour les punir. »

J'ai causé de cela spuvent avec des Anglais de la position la plus élevée et de l'esprit le plus distingué. Tous» ou presque tous, ont plus de foi dans le système de la déportation ou de la peine de mort que dans le système pénitentiaire. C'est à peine s'ils croient à l'amendement possible des jeunes délinquants*

La seule chose qui préoccupe tout le monde en ce moment en Angleterre, c'est l'accroissement, beaucoup plus progressif encore que chez nous, du nombre des crimes et des récidives (3), et la part que doit nécessairement avoir dans cette progression l'influence de la corruption mutuelle des détenus entre eux. De là cette uéce^sité, sentie aujourd'hui par tout le monde , de rendre le régime des prisons plus répressif et plus intimidant, en suppléant, par l'intensité de la peine d'emprisonnement^ à l'insuffisance de sa durée, et en réduisant les condamnés à l'impossibilité de s'associer et de se dépraver davantage dans les prisons.

Le seul remède qu'on ait trouvé d'abord contre les maux effroyables de la vie commune des prisons, c'a été le système des classifications; s/stème dont on s'était prbmis merveilles, et qui a compté, parmi ses partisans, les philanthropes les plus éminents de notre époque. Mais on n'a pas tardé à s'apercevoir que modifier le mal, ce n'est pas lé guérir. Or, qu'est-ce autre chose que la classification, sinon une association modifiée? Le système des classifications n'en a pas moins été tenté dans le royaume, et cela sur une très-grande

(i) V. An actfor regulating the prison ai Milbank, 27 juin 1843.

(2) C'est une espèce de colonie agricole et iodustrieUe établie dans nie de 'Wight pour 300 jeunes détenus. Le but principal du pénitencier est d*en faire des émigranls.Y.i^n actfor establUhing a prison for yûunç offeniers, 10 août 1838.

(3) V les tables annuelles de la criminalité.

^lielie. Il y a, en Angleterre » beaucoup de prisons qui ont jusqu'à Quinze dîvisîOQS et subdivisions» et beaucoup un plus grand «nombre.

On a aussi essayé, en Angleterre^ de la règle du silence ; mais le ncknbre prodigieux des infractions consiatées dans les deux pfi«- 9-^ons où cette règle repose sur les moyens tes plus sors et les mieux ^^nibinésy prouve que ce moyen est tout à fait insuffisant et ineiB- ^Siice (1). •

AI#B on a songé à substituer le separate êyêtem an êilmnt syêtem, CNi plutôt à revenir au premier; car le système de la séparation individuelle est de vieille date en Angleterre (3), et les Anglaisi qui sont si positifs de leur nature; les Anglais, que louchent si peu les théories qui ne se résolvent pas en faits; les Anglais, qui ont introduit dans leur Législation pénale le système de la séparation la plus absolue qu*on ait encore inventée, celui de la déportation à vie à deux mille lieues de leur métropole» eelui^ui tend le plus à isoler» et à isoler pour toujours, la population criminelle de la population honnête; les Anglais n'hésiteraient pas , autant qu'ils le font encore dans nn grand nombre de comtés, à adopter, dans leurs prisons, le système de la séparation indiduelle, si d'énormes dépenses n'avaient été faites par eux pour formuler, en fer et en pierre , le système contraire des classifications et du silence. Il en coûte tonjours de renoncer à une pensée que longtemps on a cru bonne et qu'on a embrassée avec conviction : mais il en coûte bien plus de renoncer "aux millions qu'elle a dévorés. C'est à la fois une question d'argent et une question d'am(»ur propre ; double obStacle qu'il est difficile de lever, surtout le dernier.

Cependant, les convictions du Gouvernement étant, depuis long-

(1) Le nombre des puDÎdons infligées pour iofractions à la r^le du silence, a été, en 1838, à Coldbath-Fields, de 13,81â pour une population de 9,750 détenus; à WakefieJd, de lâ,445 pour une population de 3,4A8; et, dans toutes les autres prisons de TAngleterre, de 54,825 pour une population totale de 109,4ie5*

(3) Dès 1776 le Parlement Tarait adopté compoe base première du pénitencier de mibank, sur la pro|y>sition de John Howard , de sir Georges Paul , et de Williams Blackstone. V. sur ce sujet mon Rapport sur les prisons d'Angleterre, p. 35.

Ce fut le comté de Gloucester qui en fit le premier l'application en 1790. Le pénitencier qu*il fonda, d*après le principe de la séparation individuelle, dépassa*, pendant dix-sept ans, toutes les espérances : durant ceUe période peu ou point de fibérés tombèrent en récidive ? mais» depuis, la population s'accrut; les cellules furent insuffisantes; la discipline fut suspendue, et le pénitencier devint .ce qu'il

temps» acquises au système de remprisonnemenl iiidivid jel (1), ^C la loi actuelle imposant à tous les comtés J'obligation de soumettra au Hiaistre secrétaire d*étal de Fintérieur tous leurs plans de con — structionde prisons (2), il est résulté de celte tnesuvequ* aucune pri^ son ne s'est construite depuis , quatre ans, en Angleiere, que d'après le système de ï emprisonnement indieidueL

Et les prisons nouvelles, construites d'après ce système, sont déjà nombreuses (3), et celles à construire tendent de jour en jour à le devenir encore plus (4). Gomment donc M. Faucher a^l^l pu écrire que « le Gouvernement britannique, qui s'était d'abord passionné pour l'emprisonnement solitaire, et qui avait l'intention de l'appliquer à toutes les prisons » est complètement revenu de cet engouement irréfléchi (5) ? .» ♦

M. Lucas est plus dans le vrai quand, forcé qu'il est d'accepter les faits d'emprisonnement individuel accomplis, il se borne à dire, en ce qui touche la prisQp cellulaire de Pentonville, que cette pri^ son, « est un essai spéciql à l'Angleterre, et pris à son point de vue de la transportai on. »

Pentonville, en effet, n'est point destiné, comme l'était primitivement le pénitencier de Milbank, à dos convictsqui doivent y subir leur peine. Pentonville n'est autre chose qu'une halte d'épreuve qu'on fait faire, pendant dix- huit mois, aux condamnés à la trans-

est encore aujourd'hui , une simple maison d'arrêt et de correction. (V. îb., p. 7^)

(1) Ces convictions sont dues^ en grande partie , au zcle et au talent qu*ont déployés, pour le triomphe de la cause du Separate System, MM. Crawford , W. Russe'], et major Jobb, inspecteurs généraux des prisons. (Home districi.)

(2) V. An actfor the better ordering of prisons, 17 août 1859, art. 12.

(3) Il faut placer, en première ligne, la prison modèle de Pentonville, à Londres. Cette prison contient 520 cellules. Elle est occupée depuis le mois de novembre 1842. — Les prisons construites d'après celle-ci sont : celles de Peterborough, pour 50 détenus ; Scarborough , pour' 20; Hereford, pour 100; Bath, pour 200; Usk, pour 250; Reading, Stafford et Norlharapton, pour chacune 300; Perth, pour 420; enfin Wakefield, pour 700.

(4) Ce sont celles de Bridgewi^ter , Ely, Wisbeab» Bambury et Lincoln, pour chacune 50 détenus; Leicester, pour 200; Leeds, pour ^00; Aylesbury, pour 300; et Liverpool, pour 1,100.

En outre, douze anciennes prisons sont, en ce moment, reconstruites ou répa« « rfies suivant le Separate System. (Lettre (du major Jebb, du 22 février 1844. )

(5) V . contrairement à l'opinion do M* Faucher, indépendamment des lois déjà citées, celle du 10 août 1842, Co amend the laws concerning prisons, et celle du 30 juin i842| to encourage the establishment of district courts and prisons.

portation, dans le but d'assigner à chacun , suivant sa conduite à la prison, la place qu'il devra occuper à son arrivée en Australie (1).

Assurément cette nature d'emprisonnement n'a rien de commun avec nos prisons pour peines ; mais son mode d^ai^plîcation n'en est pas moins identique à celui dont le projet de loi Indique la formule. Sous ce rapport, la prison de Penton ville; de même que toutes les prisons cellulaires, construites ou à construire , en Angleterre, d'après le même modèle , n'en est pas moins pour nous un sujet d'études^utiles, en même temps qu*un précédent plus utile encore au triomphe de la causé que nous défendons.

Quant à l'Ecosse, c'est elle qui , la première , en Europe et aux États-Unis d'Amérique, a appliqué le système de Femprisonnement individuel, dans son firidewell de Glasgow. Celte maison de correction n'a cessé, depuis plus de vingt cinq ans, d*élre régie par les principes de ce système. Elle renfermait, lors de ma visite, en 1837, un total de trois cent quatre cellules. Depuis, on a construit une aile nouvelle contenant cent six cellules, et huit promenoirs individuels à l'air libre; le tout sur le plan rayonnant. On a ajouté, de plus, deux salles communes pour tes femmes , pouvant contenir chacune de quarante à cinquante détenues dans les cas accidentels d'excédant de population. De pareilles salles ont été prévues dans le programme de construction de nos prisons départementales cellulaires.

Depuis l'acte du Parleïnent du l"^' juillet 1840, aucune prison n'a pu être ni construite ni réédifiée en Ecosse que d'après le separate System (2).

Une prison cellulaire centrale a été construite, à Perth, en conséquence de cet acte, sous le nom de General Prison of Scottland. Elle contient quatre cent vingt cellules, et est occupée depuis deux ans. Aucun condamné n'y est admis qui n'ait à subir une condamnation de un an et aù'^sssus*

A Glasgow , les déieutions sont plus courtes. La moyenne de leur durée a été, en 1845, de soixante-cinq jours. Le nombre des détenus qui y ont séjourné, dans cette même année, a éié de 2,906.-

« De toutes parts, m'écriiM* Frederick Hill, Inspecteur général des prisons de l'Ecosse, le separate System est en opération dans nosdivers

(1) V. An actfor establithing a prison at PentonvilUf 18 juin 1842.

(2) V. aujsi An act to improve prison discipline in Seotland, 17 août 1839.

oomiés, Gependani » oous avons encore peu (Je nos prisons tA ce système^oil coniplétement appliqué , à cause de l'insuffisance du nombre des cellules. A Ëdifnbo«irg, deux oent cinquante prisonniers environ $ont soumis au separate sy^tem, et deux cent cinquante sont réun\^ dans des salles communes» sous To^iL d'une surveillance rigoureuse. A Aberdeen, tous les prisonniers » au nombre de cent, sont en cellules , excepté les prisonniers pour dettes. Pareillement, les prisbnniers sont en cellules, au nombre de dix ou vingt i soixante^ dix ou quatre yingts» dans les prisons de -^ Ayr, Greenku¥,.Dapi'^ berien, Dumfries, Demdie,Ëlgin,Kirkendbrigbt, Hamilton, Lanark» Airdrie, Penh (prison de comté), Afontrose, Paisley^ etc., sans compter plusieurs autres prisons de petites localités^ Ajoutes que l'on construit ou que Ion accommode en ce moment^d'apr^ le même système, popr une population de quinse à cinquante déienas, les prisons de Inveraray, Bauff^ Cupar, Dumfarlius, Lindisibgom et Dingerald (t). »

Comment donc M. Faucber a-i-il pu écrire que ce qui se passe à Glasgow suffit pour condamner le $eparate sy$tem^ lorsque c'est précisément l'exemple de Glasgow qui propage ses bons effets par toute TEcosse? « An assertion sfy xmw^hUflfi^ indicaies, a v^k caun, » comme dit M. Brehner»

A. Allemagne^ "Pruêsey Autriche ^ etc.

On a prétendu, mais à ton, que, dans toute rAllemagne, l'opinion générale s'élevait contre Timportalion américaine du système de Pennsylvanie. L'Allemagne, au contraire, a une tendance marquée vers ce système ; seulement, en ceci comme en toute autre réforme, elle temporise, elle étudie, elle Interroge l'expérience des autres peuples.

Cependant la PnM«e, quoique n'ayant encore adopté aucun système exclusif (2), est entrée fort avant déjà dans les voies du système de l'emprisonnement individuel. Après avoir, en 1855, donné au docteur Juliusla mission de se rendre aux États-Unis d*^Amérique pour y étudier le régime du pénitencier de Philadelphie, S. M.

(1) Lettre ^ M. Fr, Hiil. du i^ mvf^ ^«44.

(«) V, Se ft9P|^^ 4» M,..HaU«» çj^^parèdo mr les prmnt de /a Pr^sss,

le roi de^ru€se envoya, aa commencement de 1842, trois commit^ gaires en Angleterre pour y étudier le système de la prison eellu-* iaire<»inodèie de Pentonville à Londres , que S. H. avait eile^^méme visitée. Ces commissaires furent : le docteur Julius, M. Grabowsky, directeur de maison centrale» et M. Basse, architecte : tous trois furent unanimes en feveiir du ieparaie syêiem. En conséquence dd leur Rapport» le roi, par un ordre de cabinet du mois de msM 1843, a ordonné que quatre prisons centrales fussent construites dans ses états, dont deux d*après le syêtème complet de la prison cellulaire de Londres (1).

Cette décision est appelée à exercer une grande influence dans les conseils des autres Etats de TAIlemagne, surtout avec lapropa*» gande des Annalet de la Science des Prisons, qui se publientli Berlin en faveur du système de Temprisonnement individuel (S).

Ce système est exactement appliqué dans la pfison d'Ëberbach,

(1) Ydici en quels termes le docteur Julius a* bien voulu tne rendre compte de cette décision importante, dans une lettre datée de Berlin du 25 mai 1842 : « Sous la date du 36 mars, Sa Majesté a ordonné que quatre grands pénitenciers soient bâtis. Deux d'entre eux seront exactement comme la > prison modèle de Londres, avec chacun cinq cents cellules pour l'emprisonnement individuel pendant le Jour et pendant la nuit. Les deux autres pénitenciers seront» pour les trois quarts de leur population, Construits d'après le même système; et, pour l'autre quart, d'afNrès h système d'Au^urn.Ce quart «e composera des esprits faibles et des malfaiteurs le» moins pervers ou* insoumis. Les maisons d'arrêt et de justice seront construites d'après le système de la séparation individuelle. Nous commencerons bientôt à bâtir notre première prison cellulaire modèle, ici, à Berlin, et Je vous invile h venir lavoir en 1844, ete... » Ceci détruit complètement, comme on voit, les renseignements incomplets que M. Lucas a donnés, à ce sujet, devant l'Académie des sciences morales et politiques {^oniteur du 13 qaars 1844).

Il résulte d*une autre lettre datée du % janvier. 1844» et adressée par le docteur Julius à M> Lucas» qui^) » même avec l'emprisonnement individuel arrangé eomme il l'est à Pentonville, il n'oserait jamais, dans l'état actuel de nos connaissances, çitfermejr un homme pendant plus longtemps que sept aps de suite dans un pépi-i tencier de cette espèce* C'est aussi, ajoute le savant médecin, la propositioq qu9 fai faite à notre gouvernement, qui ne statuera là-dessus qu'après l'achèvement des nouvelles constructions coipmencées à Berlin et à Cologne. »

{e ferai ai; docteur Julius, pour sa période 46 sept ans, la même objection que j'ai faite au projet de loi français pour sa période de dpu^e aps. Pourquoi douze ans? Pourquoi sept ans? V. ci-dessus p. 75.

{%) Ce recueil a pour fondatei^r» et pour principaux rédacteurs , MM* Julius» Noellner et Varrentrapp< Le premier numéro a paru en août 1842. Il Qst publia de trois mois ep trojs ipois » çomnoe la M^vvm pénitentiuire qui se piibliç à Paris.

duché de Nassau , « où il produit, depuis plusieurs années, les résultats les plus heureux sous le rapport moral aussi bieu que sous le rapport de la dépense , du produit du travail et de la mortalité (t). «>

Une expérience semblable sera prochainement tentée à Hambourg ; les éléments en sont déjà recueillis par M. Hudtwalker, que le séna^dont il est membre a pareillement envoyé visiter la prisonmodèle de*Londres , et par une commission spéciale qui s*est pro« noncée à Tunanimiié en faveur du système de lemprisonnement iadividuel(2).

La même unanimité ne s'est pas rencontrée dans la commission chargée de Texamen de la question pénitentiaire en Danemarch Cependant, c'est à une grande majorité que la question a été vidée en faveur du système de l'emprisonnement individuel, ainsi que me l'a rapporté M. le' docteur David, de Copenhague, chargé par son gouvernement de visiter, l'hiver dernier, conjointement avec M. Friis , archiieeie, les principales prisons de la France , de l'Angleterre et de lu Belgique. Inutile d'ajouter que MM. David et Friis sont partisans déclarés du système pennsyWanien (3).

Le même système s'est fait jour dans le pays de Bade^ et le directeur de la prison de Bruchsal en réclame hautement l'application (4). Cette prison, du reste, cessera prochainement d'être occupée, ou du moins ne servira que de succursale pour les moindres délits , une prison pour quajre cents détenus étant en construction dans une autre localité du grand-duché , d'après le système de la séparation individuelle (5).

(1) V. le Rapport de M Hallez Claparède, p. 14. — Dans une première communication h. l'Académie des scien'ces morales et politiques, M. Lucas avait nié le précédent d'Eberbach, en désavouant le Rapport de M. Remacle sur les prisons de TAIlemagne (V. Des moyens ^ etc., p. 5). Mais, dans une seconde communication, M. Lucas ^voue ce précédent en citant comme autorité le Rapport de M. Hallez Claparède, qui le constate (Moniteur du 13 mars 1844',. C'est donc maintenant un précédent acquis.

(2) Note à moi remise par M. Lehmann, membre des États de Danemark.

(3) V. Des systèmes pénitentiaires, par C. N. David, membre de la commission des prisons à Copenhague, traduit du danois en allemand par le professeur Falk;Kiel,1841.

(4) V. le Rapport précité de M. Hallez, p. 14, cité par M. Lucas, Moniteur du 13 mars 1844.

(5) Rapport de M. Lohmeyer, p. 65, cité par M. Lucas, /*id. — Comment donc

Il en est de même dans la ville de Francfort'tur'le'Mein , où le docteur Georges Varreotrapp a fait partager à la commission nommée par le sénat (1) et au sénat» lui-même, l'opinion qu'il professe (2) en foveur de Tapplication du systèaie de Philadelphie à la nouvelle prison qu'il S'àgii de construire (5).

M.Lucasa-l-il pu écrire, eo 1839: «Un État de i'AUemagne, quiene^^t presque lou- « jours la satellite aTancée dans la Yoie du progrès, le duché de Bade, a rejeté « récemment (16 août 1837), par un vote presque unanime de la Législature, « le cellulage de jour et de nuit pour admettre le syàtème que nous professons « (Compte-rendu de la Société de la morale chrétienne, 22 avril 1839, p. 2S). • C'€st que M. Lucas avait mal compris le sens du vote que M. Aylies, membre de la Chambre des députés, a bien voulu me faire connaître dans la lettre suivante qu'il ra*a fait l'honneur de m' écrire : — «A mon passage à Heydelberg, en sep- « tembre dernier, j'eus l'honneur d'y voir M. Mittermayer. Comme vous le pensez « bien, il fut question entre nous de réforme pénitentiaire. Je venais de visiter « après vous les prisons de Genève, de Lausanne et de Berne, et j'avoue que mes « observations avaient singulièrement forlîfié ma conviction sur l'utilité absolue « de la séparation de jour et de nuit à tous les degrés de l'emprisonnement. Cette « conviction, je dois le dire, n'^était point celle de l'illustre professeur : il me parut « surtout préoccupé de la crainte que la santé des détenus ne fût gravement coni'' « promise par les efTets de l'isolement absolu ; c'était là sa principale objection « contre le système (votre Mémoire, et l'opinion de l'Académie royale de mède- « cine, sur la mortalité et la folie dans le régime pénitentiaire, ne lui étaient pas j« encore connus). Toutefois, la bonté relative* du système de la séparation avait, » sous d'autres rapports, tellement frappé son esprit, qu'il me déclara que les fl États de fiade, sous sa présidence et conformément à son avis, venaient de voter « 700,000 fr. pour la construction de bâtiments où devait, il est vrai, être d'. bord t appliqué le système de la réunion silencieuse, mais sous la réserve eipressa I que ces bâtiments se;*aient disposés de telle sorte que Ton pût, au besoin, et t après essai, y appliquer et y pratiquer le système de la séparation individuelle de « jour et de nuit. » Paris, ce 4 juillet 1839. Veuillez, Monsieur , agréer, etc. Signé Aylies.

La science a marché depuis 1839; et aujourd'hui la satellite ayancée est pour l'emprisonnement individuel.

(1) Cette commission se compose de MM. Gunderrode, Useoer, Harnier et Mack.

(2) V. Des systèmes pénitentiaires et notamment de \ Introduction proposée du système pennsylvanien à Francfort ; 1 vol. in-8<', en allemand, 1840.

Au Sénat. Rapport de la commission sur la construction d'une prison cellulaire à Francfort ; 1 vol. in-8**, en allemand, avec plans, 1840.

(3) M. Varrentrapp m'écrit sous la date du 27 décembre 1843, que ce projet n'a pas eu la sanction du corps législatif (28 octobre 1843), et que le mode d'emprisonnement ne sera déterminé que lors de la discussion sur le code pénal. « En attendant, dit-il, deux prisons doivent être bâties : l'une pour les prévenus

— lU —

Qtiant à XAvAtit^, IL Lucas dk « qu'elle vient dadresser au jeune lauréat du concours de Turin, M. l'archiiecle Henri Labrouste; la demande d'une copie de son plan cellulaire de nuit seulement > et de travail en commun lejouï», ai?«c V intention de i' exécuter à Vienne (1). » Mais je crois que celte intentiun, si elle a* jamais existé, est loin de se réaliser en fait, et que c'est au contraire le système de Temprisonnement individuel de jour et de nuit qui doii, à l'heure qu il est, prévaloir dans la pensée et les résoluûons du gouvernement autrichien (2).

En attendant, la Hongrte, dont l'empereur d'Autriche est le roi, ayant résolu (diète de 1839 et 1841) d'adopter pour toutes ses prisons un système uniforme de discipline , la commission chargée de Texaroen de cette question vient de se prononcer en faveur du système de remprisonnemeni individuel» et de soumettre à la dièie un

et accusés et poar les condamDés correctionnels à trois mois, au plus, d'emprisonnement ; Tautre pour les condamnés h plus longue peine. Les cellules seront construites de manière à pouvoir être appliquées au système de Temprisonnement individuel de jour et de nuit, en y ajoutant trois ou quatre ateliers pour le travail en commun de la moitié, à peu près, des condamnés, dans le cas où ce mode d'emprisonnement viendrait à être adopté par la Législature. Â ce sujet, de nouveaux plans sont à Tétude, etc., etc. »

(1) V, Des moyens et des conditions d'une réforme pénitentiaire, p. 6>

(2) Celte opinion, je la fonde sur une lettre du 30 janvier 1844, écrite par un jeune et savant magistrat allemand, M. Joseph deWûrtb, lettrç dans laquelle on lit: u Aussitôt après mon arrivée à Vienne, au commencement du mois d'octobre, je me mis « à fiaire un Rapport sur les expériences que j'avais recueillies, durant mes voyages, <' sur Télat actuel de la réforme des prisons en France, en Angleterre, en Belgique « et en Suisse. J'ai soumis ce Rapport k notre conseil d'État, le suprême collège « délibératif de notre monarchie, qui est justement saisi de la question d'applica^ « tion du meilleur système pénitentiaire aux nouvelles prisons qu'on veut bâtir. <' J'ai toute raison d'espérer que l'opinion que j'ai émise dans ce Rapport pour le <' système d'emprisonnement individuel tel qu'il est pratiaué à La Hoquette h Paris, « et surtout dans la magnifique prison modèle de Pentonville à Londres, ne sera « pas tout à fait sans influence sur la décision du conseil d'État. J'ai eu l'houneur « de mettre les plans de la prison de Londres sous les yeux 4c quelques ur^ de « nos ministres, et môme de l'archiduc François, frère «i successeur probable de « notre Empereur , et tous ont applaudi aux ingCQJeux procédés par lesquels on « est parvenu, en Angleterre, à mettre eu pratique le système de Philadelphie, «« avec les plus grandes garanties pour la conservation de la santé phy^que el « morale des prisonniers. J'ose donc espérer que ce système l'emportera sur celui «~du silence, et même sur celui des classifications, qui ne présente, en effet, « qu'une modification du système d'Auburn. »

projet pour rérection de diw péniteoeiers eeUulaire$ répartis eo au* tant de districts dans tout le royaume (1).

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