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Maintenant, calculez , commentez , ajoutez , supprimez , tirez vos moyennes ;--*voilà la vérité^ la vérité toute entière. Je vous mets au défi de contester un seul de mes chiffres , ou plutôt des chiffres des rapports de Philadelphie , car je n'ai fait que les traduire» les copier^ les ranger en colonnes ; rien de plus.
Cependant, il faut répondre à quatre arguments que voici :
1® C'est pour la première fois en 1837 qu'il est question d'aliénation mentale dans les rapports du médecin , des inspecteurs, etc. Quant au chiffre des sept années antérieures à 1837, tout ce qu'on sait par l'aveu si tardif du neuvième Rapport des inspecteurs, cest qu'il y a eu chaque année des cas d'aliénation. Tout le reste, on l'ignore (1). Or, les inspecteurs signalent, en 1830 et 1831, la présence dans le pénitencier de deux idiots entrés tels (p. 13). De plus , le médecin constate en 1832 deux cas d'aliénation antérieurs à l'entrée , dont un suicide , ce qui feit dire auK inspecteurs que l'on se sert du pénitencier comme de la succursale d'un Bediam (p. 18); mais ce qui n'empêche pas le médecin de donner sur ces deux aliénés et sur un autre individu mort de consomption, les plus minutieux détails (p. 19). De pl«is, en 1833, le médecin donne la table détaillée de l'état comparé de la santé des détenus libérés à l'entrée et à la sortie ; et comme un d'eux était atteint d'aliénation mentale , le médecin le note sous le numéro 117 de son tableau , puis ajoute : « Il n'y a aucunes circonstances dans le cas du numéro 117 qui portent le médecin à croire que la maladie mentale dont ce prisonnier s'est trouvé atteint ait été produite par des causes particu^ lières au mode de confinement suivi dans ce péniitencier (p. 31).» Ce qui n'en autorise pas moins les inspecteurs à dire : On a trouvé, dans beaucoup de cas, que des personnes sont jugées et condamnées à des peines pénitentiaires qui , dès avant l'époque de leur comparution en justice, étaient des sujets propres à un asile d'aliénés. Comme aucune mesure n'a encore été prise par
(1) Gh. Lucas, Communication à F Académie des sciences morales, février 1844} Gompte^ea^ , p. 81 .
l'État de Pennsylvanie pour ouvrir nn asile aux indigents aliénés, le pénitencier est exposé à recevoir une classe de malheureux qui ne devraient jamais être condamnés à y venir (p. 24). » De plus, en 1854, le médecin constate que « il résulte des registres tenus par lui que trois prisonniers sortis aliénés étaient aliénés à leur entrée. L'un , dit-il , est resté depuis deux mois et vingtun jours dans le pénitencier ; Tautre deux ans et demi ; le troisième, un an et onze mois (p. 58). » — De plus, en 1855 et en 1856, le médecin donne le tableau récapitulatif et comparatif du nombre moyen des prisonniers , et de la moyenne des morts depuis l'ouverture du pénitencier (p. 54) ; et si à ce tableau ne se trouve jointe aucune mention des cas d'aliénation mentale constatés dans les années 1855 et 1856 , c'est que , apparemment, il n'y en avait aucun à constater ; autrement , il n'eût pas manqué de le faire , comme les années précédentes. Mais un autre document vient remplir cette lacune. Cette fois, ce ne sont plus les gens intéressés à déguiser la vérité, comme dit M. Lucas, qui vont parler; c'est le Sénat lui-même qui, par un Comité choisi dans son sein, se transporte au pénitencier pour y faire une enquête sur l'état sanitaire des détenus, et qui, l'enquête faite, écrit cette sentence décisive contre les assertions de M. Lucas.
« L'objection qui est faite encore quelquefois contre la discipline suivie dans le pénitencier de l'Est, objection qui, dans l'opinion de votre Comité, n'a pas plus de fondement que celle qui vient d'être réfutée, est celle qui consiste à dire qu'une séclusion solitaire non interrompue tend nécessairement à déranger l'énergie mentale, « à détrôner la raison et à faire un débris de l'esprit immortel. » Dans ce cas encore, le Comité aura recours à l'irrécusable témoignage des faits et de la vérité constatée. En comparant les registres des différents pénitenciers des États-Uhis , on arrive a cette démonstration que le pénitencier de Philadelpie fournit aussi peu (sinon moins) de cas d'aliénation mentale qu'aucune autre institution pénitentiaire. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'est pas encore survenu dans le pénitencier un seul cas de dérangement d'esprit qui n'ait eu sa cause dans des circonstances totalement étrangères à sa discipline, ou ne soit antérieur ou postérieur au confinement. Quels que puissent être les effets délétères ou stulti^
fUmis de la séclusion absolue^ sans travail, sans livres, sans instruction morale, sans communication journalière avec les gardiens, il est certain qu'avec toutes ces circonstances réunies et employées pour distraire l'esprit des détenus des ennuis et des dangers d*une solitude complète, les hôtes de notre pénitencier ne courent nullement le risque de devenir fous pour la cause qu'on suppose. »
Il est donc matériellement faax de dire que ce n'est qu'à partir de 1837 que, forcés de rompre le silencey et cédant aux réclamations de l'opinion publique , les inspecteurs se décident enfin à publier les cas d'aliénation mentale dont ni eux ni le médecin n'avaient antérieurement parlé ; et quant on ignore le contraire, c'est qu'à l'inconvénient de n'avoir pas vu, on ajoute le tort de n'avoir pas lu, « Jamais, dit le respectable Gouverneur de Cherry-Hill, M. S. Wood, nous n'avons hésité un instant à faire connaître à la Législature et au public chacun des cas d'aliénation mentale qui ont pu chaque année se produire dans le pénitencier » (p. 81). Si antérieurement à 1837 il y a eu moins de cas constatés, c'est qu'ily en a eu moins à constater. Si, depuis 1857, on en a constaté un plus grand nombre qu'auparavant, c'est que M. Darrach a succédé à M. Bâche à cette époque, et que ce dernier médecin a pu noter comme dérangements d'esprit des car que le premier ne considérait pas comme tels. Ce qui le prouve» c'est que l'accroissement prétendu des cas d'aliénation mentale depuis 1857 ne porte presque exclusivement que sur des hallucinations passagères, atteignant surtout les noirs, provenant surtout de la masturbation, et se guérissant tous après un court séjour dans la prison et après un court traitement médical.
2^ M. Lucas prétend que ce qui prouve que les rapports du médecin et des inspecteurs sont fautifs^ c'est que» en 1855, le docteur Julius a constaté onze cas de démence (1). Il serait, ce me semble, plus logique de dire que , s'il y a erreur, c'est le docteur Julius qui se trompe. Mais y a-t-il erreur? Je ne le pense pas, car ces onze cas ou accès se rapportent à sept détenus sen-
(1) Ch. Lucas, Communication à l'Académie des eeiences morales, février 1S34 ; Compte-rendu, p. 78.
— isolement (i). Or, mms venons de voir que les rapports comptent huit aliénés de 1829 à 1835. Cesl donc on de pins qne le docleur Julios. Qu'imporieni, au surplus, les chiffres de huit ou de sept , ou de onze, puisque tous sont antérieurs à Fentrée des détenus dans le pénitencier, et que le docteur Julius n'en parle comme appartenant à la prison que parce qu'il n'y a pas à Philadelphie d'asile spécial pour les aliénés (2) !
11 est vrai que M. Lucas nie précisément cette autorité, • Gomme H. Julius, dit-il, avait accueilli trop focilementla déclaration qu'on lui avait foite que ces onze cas provenaient de Tadmission de détenus aliénés , M. Ramon de La Sagra releva» l'année suivante , sur les lieux mêmes , l'inexactitude de cette déclaration en ces termes : « En 1835, on a constaté à Gherry-Hill, onze cas de démence provenant sans aucun doute de l'influence funeste du régime, et non ^ ainsi que le suppose M. le docteur Julius, de l'admission des détenus aliénés dans cette prison (5).»
D'abord, je demanderai à M. Lucas sur quoi il se fonde pour accorder plutôt crédit^ dans cette circonstance, à M. de La Sagra, qui n'est point médecin et qui s'est occupé aux États-Unis de mille autres choses que de système pénitentiaire, qu'à H. Julius, qui est médecin, que M. Lucas a salué de mille éloges et de mille espérances lors de son départ (4)^ et qui s'est occupé exclusivement de la question des prisons pendant son sqour en Amérique? N'est-il pas plus logique^de croire que M. Julius a été et dû être mieux renseigné, et a été et du être, comme médecin» plus à même d'apprécier les causes des onze aliénations dont il s'agit, que M. de La Sagra qui, lui , n'a pu juger des choses par lui-même , et n'a pu, dès lors, que s* en rapporter trop facilement aux déclarations erronées qu'on a pu lui faire sur ce point.
(1) Du '9^téM€ ^^émientièire américain ^ jptuc Mi us, iraduil par V. Foucber p. 46.
(2) t>u système pénitentiaire américainl, par Julius, traduit par V. Foucher, kp. 78.
(5) Lettre au Directeur de la Revue britannique, mars 1837. (i) V. ci-dessus, p. 101.
11 y Q plus , c'est que M. de La Sagra , qu'on dit avoir relevé sur les lieux mêmes^ en 1855, Tinexactitude de M. Julius, n'était pas en Amérique en 1835. C'est un an avant, en 1834, qu'il a fait son voyage. En 1835, il était à Paris, publiant son livre Cinq mois aux États-Unis^ et datant sa préface du 15 mars. Savez-vous ce que M. de La Sagra écrivait sur les lieux mêmes? le voici : « Les détenus cellules du pénitencier de Cherry-Hill ont l'air calme et paraisseru bien portants (1). » Si donc M. de La Sagra a écrit le contraire en 1835, c'est qu'il n'était plus mr les lieux mêmes à cette époque , et que sa lettre à la Revue Bri* tannique ne peut être que le résultat d'une erreur. Ce qui le prouve, du reste, c'est la lettre imprimée queM.de La Sagra m'a écrite à moi-même en 1838 , et dans laquelle il reconnaît s'étre^ trompé ou mal exprimé au sujet de l'influence du système de l'emprisonnement individuel sur la raison des condamnés (2).
Que conclure de tout ceci ? c'est que si Terreur qu'on commet involontairement en l'absence des documents qui l'auraient épargnée, porte avec elle son excuse, il n'en est pas de même de celle qu'on commet volontairement en présence même des actes qui la condamnent. Cette erreur*ci n'est plus une erreur.
5^ M. Lucas prétend qu'au lieu de treize cas portés à l'année 1840, c'est vingt-un qu'il faut mettre. Le fait est que le Rapport des Inspecteurs et celui du médecin, pour 1840^ évaluent le nombre des cas d'aliénation, c'est-à-dire des cas d'ballucinalion , de cette année , à la moitié à peu près de ceux de l'année précédente (lesquels étaient de vingt-six^ moitié treize) ; tandis que le Rapport du médecin, pour 1841, porte ce nombre à SI. Mais je maintiens le chiffre treize comme le seul vrai» ou tout au moins le seul vraisemblable, par la raison que c'est incidemment» et dans un Rapport qui n'est pas spécial à l'année, que le nombre 21 est simplement énoncé une seule fois, et par chiffres (ce qui reod l'erreur probable) ; tandis que c'e$( prîn»
(i) Cinq mois aux Étals-Unia, p. 71.
(S) V^. ci-dessus ; p. 101.
cipalement, et dans Tannée même, que l'évaluation moitié environ a été donnée, non en chiffres, mais en toutes lettres ^ par deux fois, dans deux Rapports émanés de deux autorités distinctes, et avec des explications détaillées sur trois cas re — connus antérieurs ( p. 92 et 98 ). Qu'importerait, du reste, 1^^ chiffre 21 puisqu'en dehors des trois cas antérieurs tous le^^ autres ont été guéris, ce qui suppose peu de gravité dans l£u maladie.
4P En 1842, dit M. Lucas, le médecin a supprimé les tables^ et s'est tu complètement sur les aliénés. Donc il en cache un. grand nombre; autrement, il eût proclamé bien haut un pareil résultat, etc., etc. J'ai déjà répondu à cette imputation d^ célement de la vérité ; j'ajouterai que si le médecin de Cherry- Hill faisait ses Rapports en vue de la France ou de U. Lucas^ peut-être s'appliquerait-il davantage à mettre des points sur tous* ses i ; mais il les fait tout simplement pour le Sénat et pour la Chambre des représentants de sa République, et comme ils. sont lus annuellement à la Législature, s'il y a des lacunes ou des réticences, les Comités législatifs sont là pour contrôler et s'enquérir. Si donc le médecin ne parle pas d'aliénations mentales en 1842, c'est qu'aucun cas ne s'est déclaré, et s'il a posé zéro, sans tables ni commentaires, c'est qu'un n'en a pas besoin.
Au surplus, je tiens à la disposition de M. Lucas deux lettres à moi adressées par M. Samuel Wood, ancien Directeur du pénitencier de Cherry-Hill, et par M. Thomas Bradford, Président du Conseil des Inspecteurs; l'une datée du 12 septembre 1845, l'autre du 6 janvier 1844; lesquelles s'expriment toutes deux de manière à ne laisser aucun doute sur le parfait état sanitaire du pénitencier. Il est dit dans celle 'de M. Thomas Bradford : « A ceux qui prétendent que notre système engendre « la folie ou détruit la santé , je n'ai qu'une réponse à faire, « c'est que j'affirme que je n'ai jamais connu un seul cas de folie « dans notre institution qui ait été produit par le fait du confi-
« nement solitaire ou séparé. Beaucoup de personnes appellent
« folie ce que le médecin appelé erotic enerwition. Elles sont « dans Terreur. V erotic enervation provient d'une cause qu'on « peut empêcher, et elle-même cède promptement aux remè- « des de la médecine. Du reste, le vice solitaire est considéra- « blement diminué dans la prison, etc., etc.]»
Ces deux lettres, jointes à celle du maire de Philadelphie (M. Scott), adressées à M. de Tocque ville, viennent ajouter un nouveau poids à l'autorité des documents que nous invoquons.
Ajoutons que ces Rapports s'accordent à démontrer, i^ que les craintes qu'on avait conçues de la réclusion solitaire appliquée aux longues condamnations sont absolument sans fondement (p. 59); 2® que les cas d'aliénation se produisent généralement dans les premiers mois de la réclusion cellulaire , et qu'ik. cèdent à un court traitement (p. 85, 87) ; 3^ enfin que ce sont les prisonniers qui sont depuis plus longtemps en cellule qui jouissent de la santé et de la raison la meilleure (29^ 59, 60), beaucoup de prisonniers étant demeurés cellules pendant trois, quatre^ cinq, six, sept, huit, neuf^ dix, onze et douze ans, sans que leur santé ou leur raison fût aucunement altérée (40, 59, 60, 80, 82, 97, 98). — Il y a plus, c'est que la raison de plusieurs de ces prisonniers s'est améliorée dans la détention cellulaire (44, 59, 82, 98).
Cette dernière observation concorde parfaitement, comme on voit, avec l'opinion de M. Esquirol.
J'oubliais de noter ici, car c'est ici sa place, le fait> selon moi, le plus concluant de la question, c'est que, sur les seize cent vingt-deux détenus entrés dans le pénitencier, on n'a compté que deux suicides!
Rkode Island, — Une loi de cet État, du mois de janvier 1843, a supprimé le régime de la détention isolée, pratiquée dans le petit pénitencier de Providence depuis cinq ans. Le motif de cette loi est que, sur la population totale (trente-sept détenus) reçue dans ce pénitencier depuis le i*^'' août 1838,
date de son ouverture, six détenus ont été frappés d'aliénâttio mentale (i).
Les adversaires dn système de Pennsylvanie se font un gran argument de ce feiit. Nous n*avons rien à leur répondre, attend que nous avons pour habitude de ne jamais contester des fait incontestables. Toutefois, nous leur ferons observer de nouvea que ce foit, fût-il encore plus constant qu'il ne Test, ne peuH prouver que ce qu'il prouve, c'est-à-Klire absolument rien contre les faits de Philadelphie, et, au fond, fort peu de chose en lui — même, soit en raison de la minimité de son chiffre, soit ecK raison des circonstances locales et particulières qui s'y rattachent. Voici, pour que rien ne soit omis de ce qui concerna cette grande question de la folie pénitentiaire, ce que MM. Lieber et Julius nous apprennent des circonstances dont nous parlons. C'est un extrait traduit du dernier numéro des Jàhr-^ bûcher der Gefangniftunde^ etc.
Le professeur Lieber au docteur Julius. — Colombie, ce 8 novembre 1843. « Vous savez qu'à Rhode Tsiand on a abandonné le sepa-^ rate System de Philadelphie pour le silent System d'Aubum. Je visitai Providence, eu août, dans le but de m'enquérir par moi-même des causes de ce changement. Je ne pus savoir si les détenus devenus aliénés étaient des ivrognes d'habitude. M. Cleveland, le Directeur, me dit seulement que c'étaient assurément les plus faibles d'esprit. L'état de quelques uns s'est amélioré \ un seul est définitivement fou. Comme le petit État de l\hode Island n'a pas de maison de fous^ ce détenu a été gracié. M. Cleveland à remarqué qu'aucun n'avait eu l'esprit dérangé avant le sixième mois de son entrée, et aucun après le quinzième mois. U compare, du reste, leur folie au délire des ivrognes delirium tremens ; mêmes symptômes physiques, la transpiration, le tremblement, le regard immobile sur un même point ; mêmes symptômes intellectuels, la crainte, la pensée d'armes dirigées sur eux, des bruits résonnant à leurs oreilles, etc. U y avait beaucoup de cas d'onanisme. Que si maintenait vous me demander ce que je conclus dis tout ceci, je vous dirai qu'il me semble que, dans quelques uns des cas, la
(1) V. AnnaUi de la science des prisons (Jahrbùker , etc.), t. IV, p. 191 ei suivantes.
folie a été simuiëc^ avec succès, et que, dans d'autres, les sujets étaient dé)k un peu aliénés avant d'entrer dans la prison. Quoi qu'il en soit, en admettant l'ensemble de ces £iits, il ne prouve rien ; car si cela prouve quelque chose, cela prouve trop. On n'admettra jamais, en effet, que des prisonniers cellules, qui reçoivent trois visites par jour, puissent devenir fous par le seul effet de la solitude. H y a donc d'autres causes qui nous échappent. »
Observations du docteur Julius. — « U faut ajouter aux observations qui précèdent que, dans l'État de Rhode Islande sur une population d'environ cent dix mille habitants , le nombre plutdt moindre que trop élevé des cas de folie, dans la vie libre, a été, en 1840, de deux cents ou de un sur cinq cents, c'est-à-dire que la proportion dn nombre des aliénés a été beaucoup plus élevée dans Rhode Island qu'en aucun autre État de l'Amérique. H faut, de plus, remarquer que les cellules du pénitencier sont mal construites, trop petites, mal ventilées (1), et particulièrement qu'il n'y a ni préaux ni cours où les détenus puissent se promener. Ces causes, bien plus qae le système, me paraissent être celles deâ cas de dérangement d'esprit qui ont motivé , de la part de la Législature, l'abandon du système de la séparation de jour et de nuit. »
N'oublions pas le voisinage de la Société de Boston (2).
New- Jersey. — Gomme le pénitencier de Providence , celui de Trenton offre, dans la construction de ses cellules, des défauts que le médecin a plus d'une fois signalés, et qui ont été souvent préjudiciables à la santé des détenus (3). Ce qui ne leur a pas moins été contraire, dans les premières années die Tinstitution, c'a été le solitary confinement qui leur était appliqué au lieu du SEPARATE confinement (4). Il est vrai que la solitude du
(1) D'après les rapports des médecins, il y a eu beaucoup de fièvres nerveuses provenant de la corruption de Tair dans les différentes cellules dont la ventilation n'est pas suffisante.
(2) Rhode- Island est en vue de Massachussels. V. la carte.
(3) «• Plusieurs palhologistes ont «ssayé de faire sur des animaux l'expérience du manque d'air ou de Tair vicié. Les résultats de leurs expériences ont été des obstructions glandulaires^ et 1o développement de tubercules aux poumons. Le confinement dans une cellule trop petite et mal ventilée doit nécessairement produire les mêmes effets ; et c'est ce qu'a prouvé l'autopsie de plusieurs détenus décédés dans celte prison. » (1" et 4* Rapports du médecfn.)
(4) « Le confinement solitaire absolu ne peut que détruire les organes et ramollir
détenu était tempérée par le travail; mais ce travail, par la manière dont il était organisé, était plus une aggravation qu'un soulagement (i), et Tabsence de cours ou préaux dans le pénitencier n'était pas de nature à neutraliser ces abus du système. Aujourd'hui le règne de l'abus est passé, celui de l'usage commence. Les cas d'aliénation ont disparu (2), et les Inspecteurs disent dans leur dernier Rapport :
« Non-seulement nous n'avons aucune raison de proposer de changer le système actuel du pénitencier^ mais nous en avons pour croire que ce système est le plus efficace qui existe , tant comme moyen de punir que comme moyen de moraliser les criminels (3). »
De son côté le médecin dit :
« Sous l'empire de la discipline actuelle^ et dans le cours de l'année qui vient d'expirer, nous n'avons eu aucun décès sur cent quarante-un prisonniers ; peu de malades ont été traités ; et pas un cas de dérangement d'esprit ne s'est produit dans le même laps de temps. Si la même discipline continue , c'est-k-dire si au système solitaire on substitue le système de la séparation, et si l'on fait en sorte que le détenu, dont Tesprit est faible et donne des inquiétudes fondées, ne soit pas privé de toute société et puisse se promener à l'air libre , notre institution sera excellente et supérieure au premier degré (4). »
le cerveau. ProIoDgez ce système pendant plusieurs années , et le plus détermiiié bandit perdra la capacité de se livrer plus tard à aucune déprédation contre la société. » (3* Rapport du médecin, 1839.)
(1) On lie se propose qu une chose , c'est de faire produire le plus possible aux détenus. Les tâches qu'on leur impose sont excessives ; la nourriture qu'on leur donne n'est pas en rapport avec leur travail. Si cela continue» dans un an , Trentoo deviendra Bedlam. (tbid.)
(2) M. Faucher dit : « En 1840, le pénitencier de New-Jersey a compté 12 cas de démence sur 150 détenus, i^ (Du projet de loi, p. 22.) Pourquoi ne cite-t-il pas textuellement le rapport du médecin qui porte : < Il y a maintenant sur 152 prisonniers, 12 détenus aliénés ( deranged); mais plus de la moitié étaient bons pour un asile d'aliénés quand on les a reçus. » ( 4*> Rapport. ) L'année précédente le même médecin disait : « Dans le nombre des prisonniers on compte plusieurs cas de démence. Quelques uns, au moment de leur admission, avaient l'esprit dérangé. » (3' Rapport.) Dans son rapport pour 1840 , le médecin dit aussi que les grâces qu'on accorde à certains malades font que beaucoup de détenus feignent de l'être, et tourmentent le médecin pour avoir des certificats. (V. 18* Rapport de la Société de Boston , p. 83.)
(3) Rapport pour 1842.
(4) Rapport pour 1842.
Gomme on le voit, le système français de l'emprisonnement individuel a traversé l'Atlantique. Seulement, ici, au lieu de donner pour société un détenu au détenu malade, c'est une i^œur^ c'est un Frère que nous lui enverrons.