DES DÉTENUS
Lorsqu*îI s'^agit de juger de la supériorité Relative d'un système ce n*est point par les effets isoles, accidentels, doateUK, remarqués sur quelques uns, mais, par ses effets ^énératU^^ permanents, certains, agissant sur la masse. Or, les rapports officiels du pénitencier de Philadelphie sontunanimes à constater,
(1) Séance du 3 septenàbre 1843. Ce mémoire, riche de faits et «d'obser valions judicieuses, a été inséré dans les Atmales d^ hygiène, t. XXX (, 1'* partie.
1^ Que la suDlé des prii^onniers est constamineii^ et généra' lement bonne sous Terapire du régime actuel, — travail, nourriture saine, cellule bien ventilée, etc. (i).
2^ Que les maladies qui y sont contractées sont le» maladies ordinaires, inliérentes à la condition de l'humanité (2).
5** Que les otttfrier< détenus se portent mieux que les ouvriers libres, et que la moyenne des maladies est. moindre dans le^H?' nitencier que dans la ville sur une population égale; la santé générale de rétablissement présentant, comparativement à celle de la vie libre^ une balance de 38 pour 100 en faveur du sys* tème (S).
4^ Que le choléra^ qui a cruellement sévi dpns la ville^ a passé inaperçu dans le pénitencier, et qu'il en a été de même de la peste (4).
5^ Que les maladies importées sont plus nombreuses et plu» graves que les maladies exportées; en ce que, — tandis qu'il entre 64 pour 100 de santé imparfaite dans le pénitencier, il en sort 79 pour 100 de santé parfaite; — on compte un en plus de 20 à 28 pour 100 de bonne santé dû au régime de l'établissement; — enfin, lorsque près de la moitié des entrés sont en mauvaise santé, plus des deux tiers des libérés sont bien portants (5).
6^ Qu'ainsi « le pénitencier de Gherry-Hill est le récipient de la maladie et le dispensateur de la santé (6). >
La sanitarité comparative de l'emprisonnement cellulaire est donc évidente, et le système de Philadelphie n'a rien à envier, sous ce rapport, ni au système d'Àuburn (7), ni à aucun autre système.
Hais il est un autre critérium encore plus siir à consulter; ce sont les tables de la mortalité annuelle du pénitencier de Phi'
(1) V. Documents officiels. Traduction , p. i, 14, 94, 30, 58> 45, 53, 63, 66, 94. (^) Ibid,
(3) Ibid, p. 85, 92, 104.
(4) Ibid.,p 19 et 30.
(r>) tbid., p. 65, 70, 84, 107 cl 1 15.
(6) V. /Wrf., p. 66, 70, Si.
(7) Ibid.yp. 19 et 56.
ladeiphie. « Oo peut discuter sur les cas de folie, dit M. de Tocqueville, on peut contester ce qu'il faut entendre par plus ou moins de santé ; mais le chiffre de la mortalité est un élément fixe qui ne se prête pas à la controverse.^
Le rapport du docteur Darrach pour Tannée 1857 contient le tableau de la mortalité annuelle et proportionnelle des blancs et des noirs dans le pénitencier 'depuis 1830; mais, comme il s'arrête à 1837, un autre médecin de Philadelphie, M. le^docteur Coates, a inséré, sous la date du 6 mai 1843, dans les Annales de la science des prisons^ publiés à Berlin par le docteur Julius (cahier de Janvier 1844), un article du plus haut intérêt qui le complète jusqu'à 1842 et d'oii nous avbns extrait le tableau suivant :
Tableau de la mortalité dans le pénitencier de Philadelphie.
POPOLATION UANCBE.
POPUI.ÀTIOK uoibje:.
ANNEES
Populalion
Décès.
Mortalité
Population
Décès.
Mortalité
par jour.
sur cent.
par jour.
sur cent.
zVz
En retranchant de ce tableau, dit le docteur Goates, Tannée 1841, dont la moyenne des blancs et des noirs n'est pas donnée dans le Rapport du médecin de Philadelphie (1), et les 6 mois de l'année 1829 où il n'y a pas eu de décès sur les 9 condamnés reçus, nous avons 12 années qui suffisent grandement à nos appréciations. Il en résulte que, dans le pénitencier de Philadelphie, la mortalité des blancs est de 2,28 sur 100, et celle des noirs de 6,78 sur 100, ce qui veut dire que sur 100 décès parmi les blancs, il y a 554 décès parmi les noirs.
Cette distinction entre les noirs et les blancs est indispensable à établir. Je l'ai, je puis le dire, recommandée le premier à l'attention publique (2), et les Rapports annuels publiés^ depuis, par le médecin et les Inspecteurs du pénitencier de Philadelphie, ont fini par démontrer qu'il fallait, de toute nécessité, en tenir compte dans les statistiques comparatives de mortalité des divers pénitenciers américains (3).
(1) Cependant il est dit, dans le Rapport du docteur Darrach, qu'on a reçu, dans celle année, 85 blancç et 41 noirs, et qu'il est mort, aussi dans celle aunée, 4 blancs et 13 noirs. (V. Traduction, p. 106 et 108.)
(2) Mémoire sur la mortalité et la folie y elc. , janvier , 1839, p. 69.
(3) Voici le résumé des rapports officiels sur ce point. Les chiffres entre parenthèses indiquent les pages de la traduction. — Le nombre des prisonniers de couleur est hors de proportion avec celui des prisonniers blancs, comparativement au nombre des individus noirs et blancs dans la population libre (50, 58, 83). Les prisonniers noirs sont dans la proportion de 15/ 100' pour 100 de la population noire de l'État , tandis que les prisonniers blancs y sont dans la proportion de 3/500" pour 100 de la population blanche (63). Cette proportion a été de 37 à 40 pour 100 de 1837 à 1841 (106). H y a dans le pénitencier dé Philadelphie un bien plus grand nombre de prisonniers noirs que dans aucune autre prison des États- Unis , sans en excepter les Élals à esclaves (66). La population noire du pénitencier de Philadelphie est de 31 à 40 sur 100 de la population totale (69, 75, 95}, tandis qu'elle n'est que de 1/95* pour 100 dans le pénitencier de Sing-Sing, et de 4/41 pour 100 dans le pénitencier d'Auburn (75). Cette exubérance de population noire dans le pénitencier de Philadelphie provient de ce que la Pennsylvanie est un État frontière contigu à trois États à esclaves, et devient ainsi le réceptacle des noirs libres mécontents , des esclaves sans valeur mis en liberté par leurs maîtres, et de toute la tourbe des esclaves fugitifs et vagabonds (69, 83). On estime qu'il y a dans l'État de Pennsylvanie de 20 à 25,000 noirs, dont les vagabonds deviennent les hôtes du pénitencier (86). Suivant le dernier recensement, la population de couleur, comparée à la f oj^ulation blanche, dans tout l'État de Pennsylvanie, est comme
Haintenant, comparerons-nous, comme on le fait habituellement, le pour cent de mortalité des divers pénitenciers Américains pour en faire ressortir cette conclusion, à notre avantage, qu'on meurt moins dans le pénitencier de Philadelphie que dans celui de Sing-Sing ou d'Auburn (1) ?
Bien qu'en effet cette comparaison ne pût qu'être avanta* geuse à nos idées , cependant nous ne l'admettons pas y. attendu que , selon nous , pour résoudre complètement la question, il ne s'agit pas d'opposer le chiffre des décès de tel pénitencier au chiffre des décès de tel autre, mais bien de comparer le chiffre des décès de chaque pénitencier avec celui de la population libre du même pays.
Supposons qu'à Saint-Pétersbourg la mortalité dans les prisons soit de un sur trente-cinq, et à Londres de un sur quarante seulement. En ne comparant que ces chiffres entre eux la supériorité du régime appartiendra de toute évidence aux prisons de Londres. Cependant la réalité est en faveur des prisons de Saint-Pétersbourg. Pourquoi? Parce qu'en Russie on compte un décès sur vingt- sept habitants dans la population libre, tandis qu'en Angleterre on en compte un sur cinquante-un.
Les recherches du docteur Emerson (2) nous permettent d'évaluer , d'une manière à peu près certaine , le chiffre moyen de la mortalité dans la population libre de Philadelphie, de 1821 à 1850.
quarante-cinq mille à un million quatre cent cinquante- cinq mille, tandis qu'elle est dans le pénitencier comme cent soixante-treize à deux cent quarante-cinq (84). Celte disproportion des prisonniers de couleur dans te pénitencier doit compter pour beaucoup dans l'appréciation et la supputation des cas de maladie et de mortalité , et dans les causes non productives du travail des détenus (50, 65, 84, 86): si cette disproportion n'existait pas , ou mieux , si le pénitencier ne contenait que des prisonniers blancs, nui doute qu'il ne satisfit h tous les besoins de la justice, de la morale, de la santé et de l'intérêt pécuniaire (79, 87). Nous appelons sur ce point la plus sérieuse attention de ta Législature (79).
(1) Une autre comparaison peut être faite entre la mortalité du pénitencier de Cherry-Hill à Philadelphie, et la mortalité de la prison de Walnut Street, aussi à Philadelphie^ que Cherry-Hill a remplacée. Or, la mortalité était beaucoup plus élevée dans la vie commune de Walnut Street qu'elle ne l'est aujourd'hui dans la vie cellulée de Cherry-Hill. V. r Appendice n«>4, p. 41.
(2) V. Médical siatics , novembre 1831 , p. 28.
Taèleau de la morialilé de» blancs et des nuits dans la ville
de Phiîadelphie*
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