‹ Défense du projet de loi sur les prisons contre les attaques de ses adversairesChapitre 29 sur 45 · PROPORTION POUR CENT · texte numérisé non relu

PROPORTION POUR CENT

Blancs.

Noirs.

Il résulte de ce tableau que la mortalité dans la vie libre est, en moyenne, à Philadelphie, de 2/422 sur 100 pour les blancs, et de 4/752 sur 100 pour les noirs, ce qui fait que, pour un nombre égal d'habitants, il meurt 100 blancs pour 196 noirs.

Ce Rapport : : 100 : 196 est, comme on Ta vu plus haut, dans le pénitencier, : : 190 : 3S4; et 196 : 334 : : 100 : 170.

En résumé :

La mortalité des blancs dans le pénitencier^ en prenant la moyenne de douze années, est de 2/028 p. 100

La mortalité des blancs dans la ville et les faubourgs, en prenant la moyenne de dix années, est de , 2/422 p. 100

La fnoftalifé des nmrs dans le pénitencier est de 6/780 p. 100

La mortalité des notr^dans la ville est de. 4/752 p 100

Nous le demandons, avec le docteur Coates qui nous fournit ces résultats relevés par lui à Philadelphie même (1), peuton dire, eii vérité, que le système de Philadelphie donne la mort?

Veut<^on absolument coiQparer les pénitenciers Aubumiens et celui de Philadelphie, sous le rapport de la mortalité? Voici le tableau que la Société de Boston en a dressé elle-même, dans Tun de ses Rapports les plus hostiles, celui de 1837» p. 52 :

Pénitencier de Concord 1 sur M

Wethersfield 1 sur 61

Windsor 1 sur 60

Auburn , 1 sur 56

Gharlestown 1 sur 56

Columbus 1 sur 38

Baltimore 1 sur 55

Sing-Sing 1 sur î26

Moyenne de la mortalité dans les huit pénitenciers Auburiiiens , . . . 1 sur 51

Moyenne de la mortalité dans le pénitencier

de Philadelphie 1 sur 55

Cette moyenne de 1 sur 55 ou de 5 sur 100 est la plus élevée des 14 années de Texistence du pénitencier de Philadelphie. Cependant, en nous en tenant à ce chiffre, — lequel, ne Toublions pas, renferme les noirs comme les blancs, c'est-à-dire 1 noir sur 5 détenus (2), — nous ne voyons pas trop quel argument les partisans du système d' Auburn peuvent en tirer contre lui, lorsqu'on a à leur opposer les moyennes approximatives de 1 sur 58 du pénitencier de Colombus^ qui ri a pas de noirs^ et de 1 sur 55 du pénitencier de Baltimore, qui n'en compte que 18 pour 100, et surtout les moyennes bien plus défavorables au système d' Auburn, de 1 sur 50 du pénitencier de Genève , qui n'a pas

(1) Lellre au docteur Julius, 6 mai 1845, uif sup., p. 10.

(2) V. 10« Rapport du médecin, traduction officielle, p. 75.

de noirs (I), et de 1 sur 26 du pénitencier de Sing-Sing, qui nen a presque pas.

Je sais bien que le Times, et M. Faucher et M. Lucas, tortu. rent à l'envi ces moyennes, et prennent le chiffre d'une ou deux années séparément pour les opposer à la moyenne générale de douze ans. Mais ceci ne prouve que leur impuissance à la détruire. Suivons-les sur ce terrain, et admettons la proportion d'un mort sur 27 à Philadelphie^ noirs compris. Il faut, de toute justice, retrancher les noirs de ce nombre. Dans ce cas, nous aurons 1 mort sur 50 comme à Auburn.

LeTimes dit: cqu'un excès de mortalité a été remarqué à Milbank pendant que ce pénitencier était soumis au système pennsylvanien » Je répondrai au Times que, cet excès de mortalité fut-il prouvé, il ne prouverait rien contre le système de Philadelphie qui n'a jamais été appliqué àMilbank, et ne ferait que justifier la vieille réputation d'insalubrité que Milbank s'est malheureusement acquise sous tous les systèmes et à toutes les époques. Au surplus le Times ne cite aucun chiffre, aucune date. Depuis que Pentonville est ouvert, sur 505 convicts qui en étaient sortis au 1®^ janvier dernier, 2 seulement étaient décédés, et cela huit jours seulement après leur arrivée. Voilà qui est plus positif.

A Glasgow, où le système de Philadelphie est pratiqué depuis si longtemps, la mortalité y est moindre que dans les prisons communes, et la santé meilleure que dans la vie libre. Mais

(1) Celle moyenne de \ sur 30, citée par M. de Tocqueville , est contestée par M. Faucher (Du projet de loi y p. 26), lequel ditqu*elie doit être , d*après M. Coindet^ qu*il cile sans indiquer la page, de 1 sur 57. Cela fut -il, Targument de Philadelphie n'en resterMl pas moins le même, en raison du chiffre disproporliooné de ses noirs. Mais cela n*esl pas, et M. de Tocqueville a dit vrai. Voici le passage de M. Coindet , dont nous citons , nous , la page el les paroles : « Il existe un troisième système, intermédiaire entre ceux d' Auburn et de Pbilaidelpbie , c'est celui

de Genève en Suisse U présente aux philanthropes un intérêt tout particulier.

Il diffère de celui d' Auburn en ce qu'il exclut tout châtiment corporel , et cela sans exception. A Genève, depuis Tadoption de ce système, la mortalité a été de 1 sur 30. » (V. Mémoire sur l'hygiène des condamnés, p. 35.)

je répéterai pour cette prison (1) ce que j'ai dit ailleurs des autres prisons d'Angleterre (Pentonville et Perth exceptées), que les détenus y restent si peu de temps qu'ils n'ont pas le temps d'y mourir.

En Allemagne, dans la prison d'Ëberbacb, où se pratique l'isolement continu, il n'est mort en 1841 qu'un détenu sur 50, tandis que la proportion a été pour la prison de Lintz en Autriche, 1 sur 10; celle de Briins, 1 sur 6; celle de Munich, 1 sur 5. Dans la prison de Cologne, qui renferme 80 cellules^ la mortalité n'a été que 1 sur 48^ et à Sonnenbourg^ où il n'existe pas moins de 150 cellules , la mortalité, depuis 1835» n'a été en moyenne que de 1 pour 100 (2).

Nous avons dit qu'à Genève la moyenne des décès du pénitencier est de 1 sur 30. Cette moyenne est plus élevée dans le pénitencier de Lausanne, elle y est de 1 sur 25; et, chose à noter, elle n'a nullement augmenté sous le régime appelé faussement, pennsylvanien. On peut même dire qu'elle a un peu baissé. Ceci résulte des tables comparatives que M. Verdeil a dressées luimême du nombre et de la moyenne des décès sous les trois périodes disciplinaires du pénitencier (3).

1" Période, de 1803 à 1826. Dortoirs, travail en atelier : 59 morts sur 1,264 détenus. Moyenne, 4 66/100 pour cent.

2« Période, de 1826 à 1834. Cellules de nuit, travail en atelier: 24 morts sur 516 détenus. Moyenne, 4 65/100 pour cent.

3* Période, de 1834 à 1841. Système serai-auburnien, semi-pennr sjlvanien : 28 morts sur 613 détenus. Moyenne, 4 57/100 pour cent.

Voilà donc à quoi aboutit tout le bruit qu'on a fait de la prétendue invasion de maladies, de folies et de mortalité dans le pénitencier de Lausanne, sous la discipline pennsylvanienne, — à un chiffre de mortalité au-dessous de celui des périodes antérieures!...

(1) V. mon Rapport sur les prisons de l'Angleterre et de l'Ecosse, p. 66. — M. Brebner m'écrit le S mars 1844 : « Depuis que le système est en opération». 5 détenus sont entrés aliénés et ils sont sortis guéris. »

(2) Halles Claparede. {Rapp. sur les prisons delà Prussse, p. 14). (5) De la réclusion dans le canton de Vaud, p. 21 à 25, 45» 95 et 96^

Parlons maÎQtenant de la France.

, La Commission, dans son Rapport, constate, d'après les calculs de M. le docteur Chassinat, 1^ qu'il meurt, dans la société libre, 2 personnes, et, dans les bagnes, 5 forçais ; — 2° que, dans les mêmes circonstances, il meurt 2 personnes dans la société libre, et de 6 à 7 détenus dans les maisons centrales. -- D'où cette conséquence qu'il est faux de dire que le système d'emprisonnement suivi à Philadelphie compromette^ outre mesure^ la vie des détenus, puisque, dans nos maisons centrales, à l'époque même où le régime y était le plus doux, les décès y ont été beaucoup plus nombreux qu'en Amérique.

M. Faucher appelle cette conclusion «un abus flagrant du raisonnement. »

« Nos maisons centrales, ces casernes du vice, ne suivenij dit-il, ni k règle d'Auburn, m aucune autre; elles n'ont pas été disposées pour admettre une discipline efficace ; elles sont dans les plus mauvaises conditions de salubrité. Pour qu'une comparaison de ce genre ait quelque valeur, c'est entre des prisons réformées qu'il faut l'établir, etc. (1). »

A cet argument de M. Léon Faucher, M. Lucas répond péremptoirement :

(cll n'y a, en France, sur la situation de nos maisons centrales, qu'ignorance et préjugés. Combien peu d'hommes dans le pays ont pris une connaissance sérieuse de ces établissements ! Les plus zélés y ont fait, un beau jour, une de ces apparitions, où l'on s'imagine souvent, et de la meilleure foi du monde, en une heure ou deux, avoir vu le fond des choses, quand on n'a pu même en effleurer la surface (2). »

C'est ainsi que M. Faucher donne encore aujourd'hui à nos maisons centrales le nom de casernes du vice qu'il leur avait donné en 1858 (5) , ignorant que ces prisons sont réformées depuis cinq ans, par l'arrêté du 10 mai 1859, et si bien réformées que M. Lucas a écrit :

« On est allé à l'étranger avec cette funeste et ir^uste préoccupation que, chez nous, tout était vicieux dans le régime de nos maisons centra-

(t) Du projet de loi sur les prisons ^ p. 18. Lettre au journal le Siècle , du 2 décembre 1845.

(2) Des moyens (tune réforme pénitentiaire , p. 52 et 55. (5) De la réforme des prisons.

]es> tandis que le système de ces établissements est éminemmeniperfeo tible (1). Beaucoup d'étrangers, voire même beaucoup d'jitnéricains qui ont visité et admiré nos maisons centrales, et spécialement celle de Beaulieu, s'étonnent que la France ait la pensée d'emprunter un système k l'étranger (2). Et, en effet, le principe fondamental du régime des maisons centrales, le principe de la réunion auquel on doit le travail en commun, est un principe éminemment fécond, et qui n'attend qu'une meilleure organisation pour satisfaire à toutes les exigences du système pénitentiaire; seul, même, il peut réaliser le but de tout système pénitentiaire qui est de rendre à la société des hommes sociables (3). Quels griefs avons-nous contre le système de nos maisons centrales? Pouvons-nous en citer un seul qui ne soit imputable k Vabus que nous en avons fait? (4) Songeons donc k perfectionner ce système au lieu de le détruire (5). L'arrêté du 10 mai a fait un miracle : il a montré clairement la voie où la réforme pénitentiaire doit entrer (6). »

Nos maisons centrales ne sont donc plus des casernes du vice. L'arrêté du 10 mai les a réformées. Ce sont donc des prisons ré/brmé€s, et, à ce titre, elles peuvent entrer en comparaison avec quelque établissement pénitentiaire que ce soit.

Il est vrai que M. Lucas a dit, depuis, qu aucune de ces prisons n'avait été construite en vue d'un système pénitentiaire quelconque (7). Mais c'est la plus grosse erreur que les besoins de la polémique, comme il dit, aient jamais pii lui suggérer. Car , presque toutes nos maisons centrales sont d'anciens couvents, c'est-à-dire d'anciennes maisons pénitentiaires d'un ordre plus saint et plus élevé, construites à grands frais, dans des positions choifiies, et plus vastes, et plus aérées, et plus saines que ne le seront jamais aucuns de nos pénitenciers modernes. Qu'importe , du point de vue de l'état sanitaire, que telles de ces maisons renferment quinze ou dix-huit cents pri-

(1) Des moyens d'une réforme pénitentiaire, p. 35.

(2) Communication sur quelques détenus cellules y 1839, p. 27.

(3) Des moyens d^une réforme y p. 56.

(4) Ibid., p. 97.

(5) Ibid.y p. 33.

(6) /6ïd.,p. 98.

(7) V. Communication à l'Académie, février, 1844 . Compte rendu, p. 159.

sonniers, si elles sont assez grandes pour en contenir deux mille, et si» dans les dortoirs, aux réfectoires, aux ateliers, chaque détenu a le cube d'air qu il lui faut?

C'est ce qui a lieu à Fontevrault, à Glairveaux, à Loos, ces magnifiques abbayes devenues prisons; magnifiques maisonscentralesoù la réformeaétéle plus parfaitement organisée et établie.

Eh bien! à Fontevrault, la mieux disciplinée de toutes nos maisons, sans contredit, — avant la réforme, le chiffre des morts n* atteignait pas cent ; depuis la réforme^ il a constamment été, d'année en année, et sur une population égale, de cent quatre-vingt-dix et de deux cents. 11 paraît même qu'à cette heure il dépasse deux cents !..

Voici en quels termes s'exprimait dernièrement M. de Tocqueville, devant l'Académie des sciences morales et politiques, en réponse à M. Lucas, sur cette grave question :

« En examinant la moyenne de la mortalité dans toutes les maisons centrales avant 1839, époque où on a cherché a y introduire le sjs* tème d'Auburn, c'est-à-dire Je travail en commun et en silence, i*ai trouvé que le chiffre moyen était de 1 décès sur 15 détenus.

« Depuis cette époque> ce chiffre moyen pour toutes les maisons centrales est tombé à 1 sur 12.

« Si je passe du général au particulier^ je trouve que, parmi les maisons centrales, il y en a une qui a souvent été citée par mon contradicteur comme un modèle, c'est Fontevrault. Au nombre près des détenus, Fontevrault est, suivant M. Lucas^ une image parfaite de son système ; c'est, en tout cas^ de Taveu de tout le monde^ celle qui a le mieux réalisé, en France, la théorie du travail commun, en silence. Or, à Fontevrault, voici quel a été, depuis quatre ans, la moyenne annuelle de la mortalité :

« En 1839 (avant la réforme), 1 sur 18. — En 1840 (depuis la réforme), 1 sur 8.— En 1841, 1 sur 7.— En 1842, 1 sur 8.— En 1843, 1 sur8.

« Un mort sur 8 détenus ! Telle est donc la moyenne de ces dernières années ! Tel est le résultat énorme auquel on est arrivé ! 1 sur 8 à Fontevrault; ou bien 1 sur 12 en France ! 1 sur 27 à Philadelphie, noirs compris ! Que l'on compare maintenant et que l'on juge de quel côté est la philanthropie dont on nous a tant parlé ! (1) »

(1) Séances des 17 el 24 février 18 i4. Compte-rendu , p. 419 et 152.

Acette pressante argumentation, M. Lucas a répliqué: «Nous demanderons à M. de Tocqueville, qui est si fort ému de la mortalité de 1 sur 8 à Fontevrault, comment il se fait qu'il ne laisse paraître aucune émotion devant le chiffre de 10.64 pour 100, ou de près de 1 sur 9, qui est celui de la iftortalité au pénitencier de La Roquette?»

M. de Tocqueville a laisse à M. Bérenger le soin de répondre pour lui. Voici les paroles tex.tuelles de Thonorable président de la Société de patronage des jeunes libérés de Paris :

(c M. Lucas a dit qu'il y avait eu des maladies et des décès en grand nombre dans la prison de La Roquette,' durant ces dernières années. A l'égard des décès, le rapport que j'ai publié en 1836 contient une réfutation péremptoire de cette assertion. Ainsi, en 1835, le nombre des décès était de 20 sur 382 détenus^ et de 12 pour les cinq premiers mois de 1836 j ce qui aurait élevé le chiffre à près de 30 pour Tannée entière^ tandis qu'en 1843 il n'était que de 36 sur plus de 500 détenus.

« L'état sanitaire ne s'était pas moins amélioré ; la preuve en est dans ce qui s'est passé depuis que, faute de place à La Roquette, l'administration s'est vue forcée de séparer les prévenus et de les transférer de nouveau aux Madelonnettes. Le tableau suivant constate la recrudescence qui s'est déclarée, h ce moment, dans le nombre des

journées à l'infirmerie.

A La Roquetle Aux Madelonnettes

{vie cellulée). {vie commune).

« Fin Août 1842 .... 25 malades sur 440 23 sur 109

— Janvier 1843 ... 20 — 404 21 — 130

— Février 1843 ... 21 — 391 21 — 163

— Mai 1843 .... 39 — 402 17 — 125

— Juin 1843 .... 32 — 416 13 — 112

« Il existe un autre établissement placé dans des conditions identiques et qui offre un curieux rapprochement ; je veux parler du quartier de la prison de Saint* Lazare^ destiné aux jeunes filles âgées de moins de 16 ans, et reconnues coupables de délits commis sans discernement. Dans cette maison, en 1841, il y eut, sur 40 filles, 6 maladies et 4 décès (10 pour 100) ; et, en 1842, sur 37, 5 maladies, 5 décès (14 pour 100). Si l'on veut comparer ces chiffres avec ceux que nous avons donnés pour l'établissement de La Roquette, on voit que le système de l'isolement continu ne peut encourir le reproche d'être moins favorable, sous le point de vue sanitaire, que celui de la vi»i en conamun.

« Au surplus, il serait injuste de comparer l'établissement de La

Roquette aux prisons du même ordre dans les autres villes du royaume. La Roquette se recrute dans la population de Paris ; presque tous les enfants y entrent dans un état de santé . vraiment déplorable ; ils ont souffert, non-seulement^ de l'abandon où. ils ont été laissés, des privations de tous genres, mais encore des vices de leurs parents. J'ai constaté, dans mon rapport de 1842, que, sur 410 détenus, 139 étaient entrés débiles, épuisés , pbthysiques, scrpfuleux ; leur sang était appauvri ; ils étaient couverts de plaies , dont quelques unes avaient exigé l'amputation dans le pénitencier. Sur les 410, il fut reconnu que les parents de 253, dont les 139 malades formaient la plus grande partie, avaient perdu depuis 1 jusqu'à 16 enfants, et que la perte, pour les 253 familles, avait été de 887 enfants, ce qui donne près de 4 décès par famille. Certes, on ne peut comparer un établissement dans de semblables conditions avec ceux de villes, où les causes de dépérissement et de corruption sont moins nombreuses. A La Roquette (avant le régime actuel) ; la plupart de ces malheureux, ou même tous, entraient pour mourir.

« Depuis l'adoption de l'isolement continu , la santé des prisonniers est généralement meilleure ; Le régime a un autre avantage , celui d'éteindre un vice honteux commun aux détenus de tous les âges... (1) ^

Ce dernier fait est à noter; il est attesté également par TauRiônier et le médecin.

« Il n'en tombe pas moins sous le sens, dit M. Faucher, qu'un pareil systénoe d'emprisonnement doit affaiblir la constitution de ceux qu'il ne tue pas, et les prédisposer à un grand nombre de maladies. Sans compter soixante-treize cas de maladies dont les condamnés avaient apporté le germe dans la prison , le médecin du pénitencier de Philadelphie constate lui-même cent quatre- vingt - seize atteintes sérieuses à la santé des prisonniers, en 1839, ce qui donne un malade sur deux détenus (2).

D'abord, je ferai observer à M. Faucher que, quand sur douze années qu'on a à sa disposition, on n'en choisit qu'une seule à l'appui de son dire, c'est avouer que les onze autres y sont contraires ; autrement , on les invoquerait toutes. En second lieu, je me permettrai de dire à M. Faucher qu'il n'y a

(1) Compte-rendu y p. 155, cl ci-dessus p. 132.

(2) Du projet de loi sur les prisons , p. f 0.

de rigoureusement vrai dans ses chiffres, que celui dessoixante^ tretise cas de maladies importées du dehors dans le pénitencier ; et que ^ quant aux cent quatre-vingt-seize atteintes et à la proportion de un malade sur deux détenus, ie onzième rapport du médecin» dont j'ai seulement constaté les résultats dans ma traduction, énonce formellement, dans son texte (p. 26 et suivantes), 1^ que ces atteintes sont de toutes sortes, graves ou non ; 2^ qu'en déduisant les maladies constatées à l* admission^ les cent quatre-^vingt-seize atteintes dont on parle se réduisent à cent vingt-huit items; 5^ que ces cent vingt^huit items se répartissent sur trois ans et demi, ce qui fait trente-six item$ par an seulement^ 4° que ces cent vingt-huit items ont atteint quaire- vingt-dix -huit prisonniers, ce qui fait que les deux tiers de ces quatre-vingt-dix-huit prisonniers ont été sans maladie durant Temprisonnement, et qu'un tiers ont eu chacun un item seulement de maladie par an. Tout ceci est textuel. Ce qui ne Test pas moins, c'est celte conclusion du même Rapport : « Le pénitencier de l'Est a été, plus encore cette année que l'année dernière, le récipient de la maladie et le dispensateur de la santé. » Tke Eastern penitentiary has been much more than the last year, tht récipient of disease and the dispensor of heaith (p. 22).

Pour ce qui est de la phthysie et des maladies pulmonaires dont sont atteints, dit-on, les détenus cellules de Philadelphie, comme le sont « les vaches laitières des environs de Paris, qui ne sortent jamais pour pâturer (1), » je répondrai péremptoirement que, d'après les Rapports du médecin d'Auburn, sur soixante-quatre morts, dans ce pénitencier, trente-neuf succombent à des maladies de poitrine (2) ; qu'également à Genève et à Lausanne les maladies aiguës du thorax sont dominantes (5) ; qu'également dans les prisons de la Hollande où

(1) Léon Faucher, lettre au Courrier Français, du 16 oclobnî 1838.

(2) V. ïe rapport àe M. Demete , p. 53 , et mon Mémoire sur ta mortalité et la folie, p. 37.

(5) Y. Examen médical et philosophique du système pénitentiaire , par le doc*teur Gosse, et Mémoire sur V hygiène des condamnés, du docteur Coindet.

Ton suit le régime de la vie en commun, le plus grand nombre des maladies sont occasionnées par des affections de poitrine (1) ; — qu'il en est de même dans nos maisons centrales; — qu'il en est de même à Berne, où les détenus sont presque tous occupés aux travaux des champs, et où le chiffre de la mortalité est de 3 p. 100 comme dans les années les plus chargées du pénitencier de Philadelphie (2); — qu'ainsi le même genre de maladies prédomine dans la système d'Auburn, comme dans celui de Philadelphie; — que l'exemple des vaches laitières n'ajoute rien à l'argument; attendu que> si M. Faucher avait vu, comme moi, les cent cinquante vaches deM.Fellemberg, hautes, grasses, fraîches, bien portantes, chacune dans sa cellule, et ne sortant jamais y il serait aujourd'hui convaincu que les vaches peuvent mieux se porter, cloîtrées, mais bien nourries, dans les vastes éiabies cellulaires d'Hoffv^il, que libres, mais mal nourries, sur les coteaux brûlés du Montanvers.

Enfin, et pour répondre à ce dernier argument de M. Faucher, que tt toutes choses égales, la vie moyenne devrait être plus longue dans la prison que dans la société, la prison ne renfermant ni enfants ni vieillards, etc. » (5) ; je répondrai, avec M. Benoiston de Châteauneuf, que « la mortalité des prisons sera toujours, et quoi qu'on fasse, plus forte que celle de la vie libre» (4), et j'ajouterai que, s'il peut y avoir chance d'en voir diminuer le chiffre dans nos prisons, ce ne peut être que par l'introduction du système de l'emprisonnement indi-

(1) V. mon Rapport sur les prisons de la Hollande, p. 26G.

(2) V. mon Rapport sur les prisons de la Suisse. (5) Du projet de loi star les prisons, p» 18.

(4) Du système pénitentiaire. Mémoire lu à rAcadémie des sciences morales et politiques, le 2 septembre 1843. — «Chez les détenus, les maladies ont un caractère plus grave et des suites plus funestes que chez les hommes libres, la phthysie pulmonaire surtout est plus fréquente. C'est une chose reconnue, que, malgré la grande amélioration de nos prisons , on ne peut mettre en rapport les maladies des détenus avec celles des hommes libres. Dans les maladies chroniques mêmes, on ne trouverait leurs analogues que dans la classe la plus indigente et chez les vieillards qui appartiennent à cette classe, et encore le rapprochement serait à la faveur de ces derniers.» ( Gazette médicale du 17 avril 1841.)

viduel, doat les premiers essais, en France, ont déjà porté les plus heureux fruits (1).

V" Olijeetloii.

RECIDIVES.

La Récidive est, aux mains des adversaires du projet, la seconde corde de Tare dont Taliénation mentale est la première. Nous venons de briser celle-ci; il nous sera plus facile encore de briser l'autre.

(1) V. ce que nous avoas dit ci-dessus, p.îs519 du pénitencier des jeunes détenus. On lit dans le rapport du préfet d'Indre-et-Loire sur la prison cellulaire de Tour» :

« Il n*y a pas eu la moindre apparence de ces maladies mentales que l'on a signalées comme la conséquence du système d'isolement. Je puis dire qu'aucun point de la ville de Tours n'a été plus favorisé que le pénitencier, sous le rapport de la santé. La grippe et la rougeole, qui ont envahi tous les quartiers et presque toutes les maisons de la ville, n'ont point pénétré dans la prison. »(t4fév. 1844).

Le médecin de la même prison, M. le professeur Heime, ajoute dans son rapport:

« Un effet particulier, dit-on, au régime cellulaire et redouté et prédit par certains médecins, è mon sens trop prompts à trancher la question, c'est le facile développement et la fréquence de la phthysie pulmonaire. Nous venons de passer les trois plus mauvais mois de l'année sans que rien, jusqu'à présent, soit venu justifier ces craintes en aucune manière.

« Il y a mieux ! pendant ces trois premiers mois, les plus froids de l'année, aucun détenu n'a véritablement été enrhumé , et , sans contredit , il y en avait beaucoup plus dans l'ancienne prison , pendant la même saison. Les deux ou trois qui ont fait exception à cette règle avaient une toux chronique, contractée antérieurement, qu'ils conservaient depuis plusieurs années, et qui s'est améliorée plutôt qu'aggravée pendant leur séjour au pénitencier.

« Quant aux affections contagieuses telles que la gale , la vermine, etc. , on comprend également que le régime cellulaire soit éminemment propre à en empêcher la propagation. Aussi, le hasard ayant, dès les premiers jours qui ont suivi Touverture du nouvel établissement, amené plusieurs détenus atteints de la gale, on les a promptement guéris de cette maladie, sans qu'elle se soit communiquée à personne. Pour ce qui est de la seconde affection, si commune et pour ainsi dire habituelle dans les prisons ordinaires, aucun cas n'en a été observé dans le pénitencier.» (5 février 1844).

On lit dans le rapport de la Commission de Bordeaux : « Malgré la fraîcheur des bâtiments nouveaux, malgré l'humidité constante de la saison et l'absence de calorifères, le chiffre [des malades n*a pas atteint 5 pour 0;0, chiffre ordinaire des malades dans les casernes. Jamais il n'y a eu moins de malades dans l'ancienne prison qu'il n'y en a eu dans le pénitencier, à l'époque correspondante de l'année dernière, »

Comme pour les aliénations meniale^, MM. Faucher et Lucas citent pour les récidives des chiffres bruts, et nous disent : sor les 1,480 détenus entrés au pénitencier de Philadelphie depuis son ouverture jusqu'au l®"" janvier 1842, il en est entré 460 en état de récidive, lesquels avaient été emprisonnés à Philadelphie ou ai/Zeurs (remarquez bien le mot ailleurs); — ce qui fait 51 sur 100, dit Tun (1); près d'un récidif sur trois, dit l'autre (2). Donc le système de Philadelphie ne moralise pas; donc il n'intimide pas; donc il ne tend pas à diminuer le chiffre de la criminalité, etc.

Pour rendre sa démonstration plus sensible, M. Lucas a composé le tableau suivant.

Tableau du nombre el de la proportion des Récidivistes

du pénitencier de Philadelphie,

D'après M. Lucas.

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