SOLUTION
Ha PraMènie Financier par le seul pradait du
travail des dëtenas*
À Monsieur Horeau-Ghristophe.
Monsieur ,
J'ai lu avec le plus vif intérêt, el avec toute l'attention qu'il mérite, Fariicle Voies et Moyens de votre Revue pénitentiaire ; article dans lequel vous démontrez vicioiieusement , selon moi, et d'une façon aussi neuve que concluante, la possibilité de convertir en prisons cellulaires toutes les prisons et maisons centrales de France, en dix ans , et sans quil en coûte rien de plus au budget.
Assurément , tous les esprits sérieux et familiarisés avec le jeu des rouages de nos prisons en commun tireront les mêmes conséquences que vous des principes que vous posez, et des chifires que vous grouppez avec un ait, il faqt le dire, qu'on pourrait ne croire qu'ingénieux, si l'irréfragable autorité des faits n'en était la base. £t ce qui me pone, pour ma part, à vous approuver dans vos aperçus* c'est (jue, le premier, si je ne me trompe, j'ai proclamé, il y a quatre à cinq ans , que le système de l'eniprisonnement commun était le plus coûteux des systèmes, et qu'avec le régime cellulaire, le trésor serait défrayé des dépenses de nourriture et dt entretien du prisonnier. Mon opinion d'alors , Monsieur , n'est autre que mon opinion d'aujourd'hui.
Mais^ aujourd'hui, il ne s'agit plus d'opinion ; aujourd'hui, les théories et les idées ont fait leur temps ; c'est maintenant le tour des réalisations et des faits. Vous venez. Monsieur, après avoir brillamment parcouru la première de ces voies,d ouvrir savamment la seconde ; permettez-moi de vous suivre dans celle-ci , avec ma vieille expérience, et d'aider à la solution du problème financier que vous avez hardiment posé, par une chose qu'où n'a point encore faite, c'est à-dire par une soumission, par une proposition formelle.
Selon toute apparence» c'est par la suppression des bagnes que la réforme pénitentiaire doit commencer : conséquemment, c'est aux condamnés aux travaux forcés qu'on devra appliquer d'abord le système de l'emprisonnnement individuel.
LETTRE DE M. GUILLOT. i5
On commencera donc Texéculion de la loi nouvelle par la construction de maisons de travaux forcés cellulaires en remplacement des bagnes supprimés.
Eh bien ! pour prouver au Gouvernement qu'il a tout à çagner»^ loin d'avoir rien à rlâquerV dans la voie que vous avez cherché à lui ouvrir, j'offre de prendre l'engagement de me charger de la nourriture, des vêtements, du couchage et de toutes les autres fournitures d'entretien des deux mille premiers détenus condamnés aux 1ers ou à la réclusion, qui seront emprisonnés individuellement dans les premières prisons cellulaires qui seront construites en France , et cela sans rien demander autre chose au Gouvernement que le produit du travail des condamnés, pendant une période de vingt-sept ans.
Kt non-seulement je prendrai l'engagement de rendre le Gouvernement indemne de tous frais pour la nourriture et l'entretien de ses prisonniers pendant tout ce temps-là, mais encore je prendrai celui de lui payer une prime de 10 centimes par journée de travail de chaque prisonnier; ce qui, à raison de 10 centimes par chacun des trois cents jours ouvrables de Tannée , ferait 30 francs de prime par an par individu.
En admettant que la dépense de construction de chaque cellule fut de 5,000 francs (c'est le chiffre le plus élevé des divers devis fournis jusqu'à ce jour), trente-sept ans de prime à 10 centimes par journée de travail, suffiront , avec l'intérêt composé, pour produire 5,046 francs 65 centimes; d*où il suit, qu'en moins de quarante ans le prisonnier cellule aura payé la dépense de son gîte, en plus de toutes les autres dépenses qu'il pourra avoir coûté à l'Etat, et ce remboursement opéré, il paiera à l'Etat un loyer de 30 francs par an.
Certes ! un pareil résultat vaut bien la peine qu'on y pense.
Il ne resterait à la charge du budget que les «grosses réparations des bâtiments et le traitement des employés de l'Administration, dépenses qu'il devra toujours supporter^ quelque combinaison qu'on adopte.
J'estime qu'il y a , en France, dix mille condamnés aux fers ou à la réclusion, dont on peut tirer le parti que j'indique. Que l'Administration commence d'abord par ces dix mille ; puis elle verra, par l'expérience, quel parti comparativement elle peut tirer des quatorze mille restant , condamnés à de moins longues peines.
Ma foi dans les résultats du cellulage est grande; c'est pour moi une conviction de conscience, (]ui me porte à croire fermement que si l'Administration sait organiser convenablement, et surtout complètement, le système cellulaire, elle peut aisément arriver à trouver des conditions encore plus avantageuses; aussi, ne iraiteraispje pas, avant qu'il y eût eu adiudication publique du marché , sur la mise ^ prix de la prime de 10 centimes par journée de travail ; l'amélio-
ration des conditions se traduirait par une enchère en plus des 10 c. Je ne fiiis ma (proposition que pour donner courage au Gouverne* ment, — car il faut bien que quelqu'un attache le grelot • comme on dit.
* Si t à l'adjudication publique , il y a des offres plus avantageuses que celles que je fais, ]*en serai heureux; mon but aura été atteint, celui d'aniener T Administration dans un ordre de choses infiniment utile; mon âge et noon éiat maladif me laisseront peu de regrets de ne pas faire une spéculation nouvelle, de si longue durée. — Je mourrai satisfait d'avoir vu triompher mes idées.
Je crois. Monsieur, que jusqu'à présent on ne s'est pas bien rendu compte, en s'occupant du travail des prisonniers, de fa fin que Dieu s'est proposé en créant l'homme. La conformation du corps humain a évidemment le travail pour but. L'homme en santé, dans toutes les conditions de la vie, doit gagner, par son travail, tout ce qu'il doit lui en coûter, non-seulement pour vivre, mais encore pour se loger et subvenir à ses besoins pendant la maladie et la vieillesse; c'est la rèfjle commune tracée parle Créateur; l'homme qui n'atteint pas ce but est l'exception. La seule condition est que l'homme ail du travail ; or, pour le prisonnier qui ne peut s'en procurer par luimême, c'est à l'Administration, sa tutrice , qu'est dévolue l'obligation d'y pourvoir ; mais si celte Administration est tant soit peu habile, si elle est bien pénétrée de son œuvre, le ti*avail ne doit pas lui manquer pour occuper le prisonnier, et le prisonnier ne peut manquer, à son tour, de produire , en travaillant , l'équivalent de toutes les dépenses auxquelles il donne lieu.
Il est temps qu'enfin l'Administration , mettant à profit tous les progrès dans toutes les autres bi*anches de la prospérité publique, tasse du nouveau, du rationnel, et arrive à ce résultat que le malfaiteur emprisonné ne soit plus à la charge des gens honnêtes ; je le répète de conviction, l'Administration n'a qu'à vouloir.
Ainsi, pour moi, c'est chose étrange de voir que Ton trouve des capitaux pour l'exploitation d'un péage de pont, de canaux, de chemins de fer, de carrière, de houillère, etc., etc., et qu'il ne soit encore venu à l'idée de personne de former une société pour l'exploitation des bras des prisonniers. Y a-t-il moins d'éventualité dans les produits des péages, des chemins de fer, des ressources à retirer des entrailles de la terre^ que dans la possession paisible et assurée de nombreux ateliers , avec des ouvriers qui ne peuvent quitter l'ouvrage pendant plusieurs années, dont une bonne discipline régie tous les mouvements? Faut-il moins de temps pour construire les ponts, les canaux» les chemins de fer, pour percer les puits d'exploitation pour les produits souterrains , enfin pour organiser tout le service avant d'arriver au produit, que pour l'installation d'ateliers? Les capitaux avancés dès le commencement de ces travaux sont-ils moins longtemps improductifsque ceux qu'on affecterait à préparer le travail destiné au prisonnier? Non, évidemment non; tous les
LETTftfi DE M. GUILLOT. 47
avAntages useraient en faveur de lexploifalioii des bras desuondanilliés» ei pourlanl pei sonne iia envisagé la question d*une manière aussi larf^e; rinitiative «luraîi dû être prise pijr rAdminisiralioii comme elle la prend pour les autres travaux publics. Loin de là« rAdministraiion a été forcée de consacrer son temps, pendant vingl-i iuq ans , à des détails sans résultats utiles^ soit pour le in :)or, suit pour là mûrulisalion de la gent malfaisante Espérons quVnfin, mise à Tnise par une» loi qiii devrait être rondtie depuis bien des années, elle entrera ft*anchement dans le système des grandes uinéiiorationii, si Itécondes en résultats sati^faisiinis sous tous les rapports*
Sur ce point* j'ai la conviction qu^me société qui se cliargerait de la construction des dix mille c^^llules destinées aux condamués aux fers et à la réclusion, moyennant Tabundoo du produit du travail des prisoimiers pendant une duiée de cinquante ans^ ferait la plus brillante opération financière.
Le Gôuvernemenl devrait seulement supporter l'intérêt des capitaux à 5 ()our 100, lequel intérêt diir inuerait en raison du produit de ÏO centimes par journée de travail de (haque prisonnier; et, au bout des Cinquante ans, rétablissement appartiendrait à TElat.
Je m demande à vivre que jusque deux ans après h mise en exercice d'une prison œliulaire, pour mât mtan plaa noo^eulemest apprécié, mais suivi.
Pardon, Monsieur, de vous écrire» et de vous prier d'insérer une si lonj^ue lettre dans votre Bévue; mais je crois sa publication utile et pour le complément de vos idées, et pour ia réaiisaiion des miennes, et enfin dans Tintéréi au trésor et de la moralisation des prisonniers.
Recevez, je vous prie. Monsieur, l'assurance de ma parfaite considération.
P. GtriLLOT père,
Ancien entreprenear général des maisons centrale» de Fonlevrault , Melun • Pêissy Gaillon , etc.
Nous avons accueilli comme une bonne fortune cette lettre de M. Guillot, laquelle dot, de la manière la plus nette et la plus convainquante, la discussion relative à la difficulté de procurer du travail aux détenus cellules, discussion que M. Guillot avait déjà parfaitement éclairée par plusieurs petites brochures grosses d'excellentes observations. Nousavons longuement conféré avec l'auteur, de l'objet de cette lettre; nous nous en sommes pareillement entretenu avec plusieurs personnes très-versées dans ces sortes de matières, et nous sommes demeurés convaincu que le projet de M. Guillot est le pas le plus décisif qui ait encore été fait dans les voies pratiques de la réforme pénitentiaire.
Puisse le GoaveroeineDt y donner bientôt son attention et son suffrage ! Puisque c'est par la suppression des bagnes que la réforme doit commencer, il nous semble que les premières maisons de travaux forcés cellulaires , destinées à les remplacer, devront être construites dans les départements les plus éloignés de ceux du Finistère , de la Charente-Inférieure et des Bouchesdu-Rhône, où sont situés les bagnes de Brest, de Rochefort et de Toulon. Par là on économiserait les frais énormes que coûte le transport, par les voitures cellulaires, des condamnés du nord ou de Test de la France dans l'un ou l'autre de ces bagnes, surtout dansledernîer. Lerayonde Paris nous semblerait donc devoir être choisi de préférence pour commencer. Deux maisons de travaux forcés cellulaires pourraient y être établies pour début. Par là, et au moyen des cinq ou six millions disponibles, et provenant des masses de réserve des condamnés décédés (v. ci-dess, p. 12), pourrait se trouver réalisée , en moins de deux ans , l'offre de M. Guillot , au grand avantage de nos bourses et de la morale publique. Bien que les plans connus jusqu'à ce jour ne soient que pour cinq bu six cents condamnés^ il nous semble qu'il serait d'une haute économie, et par conséquent d'une haute sagesse, d'en avoir pour mille cellules. Plus il y aura de détenus réunis séparément dans une même enceinte, plus les travaux industriels y seront fructueux et faciles à organiser. La célébration du culte, l'instruction , la prédication, etc., ne nous ont jamais paru des objections sérieuses, attendu qu'on peut y pourvoir, avec une population de mille détenus comme avec une population de cinq cents , par deux autels, deux aumôniers, deux instituteurs, voire même deux directeurs, si un ne suffit pas. Ceci n'est qu'une affaire de distribution et de classification. Placez côte à côte deux pénitenciers jumaux , de chacun cinq cents condamnés, ayant leur directeur à part, leur aumônier a part, etc., et le problème sera résolu. Nous reviendrons plus tard sur cette question.