AVEC I. ANGLETERRE
a un parti protectionniste en .\ngleterre comme en Erance, il s’appuie surtout sur la propriété foncière et sur les fermiers. Or ni les propriétaires ni les fermiers anglais ne voient avec plaisir importer sur les marchés britanniques des quantités considérables de bestiaux, de volailles, de fromages, de beurre, d’œufs, de fruits de tout genre, pour une valeur de plus de 200 millions. Les brasseurs se consoleraient facilement des surtaxes sur nos vins. Les fabricants d’alcool de grains n’ont aucun goût pour les eaux-de-vie de Cognac. Les industries de luxe, de mode et de fantaisie, à Ijondres, se passeraient volontiers do laœoncurrence de l’industrie parisienne. Dans lies fabriques de soie de Coventry, on applaudirait aux surtaxes sur les soieries de Lyon et de Saint-Etienne.
Il y a beaucoup de personnes en Angleterre qui n’aiment pas le traité de commerce parce qu’il froisse leurs intérêts. M. Gladstone lui-même en est beaucoup moins partisan qu’on ne le suppose. J’ai recueilli ses impressions pendant un voyage qu’il fit à Paris, à l’époque de l’exposition universelle.
Le génie de la France brillait alors de tout son éclat. Aous occupions le premier rang dans le monde, non par des victoires, où la ruse et le nombre ont plus fait que le courage, mais par notre supériorité dans les industries et les arts qui honorent la civilisation moderne. Les mauvaises passions qui la menacent étaient contenues. Maître encore de la situation il l’intérieur, l’Empereur jouissait en Europe d’une autorité considérable. Tous les souverains accouraient à Paris, qui semblait alors la capitale du monde. Ce fut un moment unique dans notre histoire, une de ces heures fugitives de grandeur que Dieu accorde aux nations. Dans ma retraite.
ItÉFENSli UV ÏKAHK DK CO-MMEHCK
j’on i>arde pirusauienl 1(‘ soiivt'nii' coinmo nno consolation dans nos nialheurs.
l n banquet fut ollcct a M. tiladstono. J y assistai et j entendis le discours qu’il prononça en anglais a la fin dn repas. M. (jladstoue, en taisant appel aux sentiments et aux interets C[ui rapprochaient la France et 1 Angleterre, insista beaucoup sur l’elc'vation des tarils établis par le traité de commerce. 11 voyait dans ce traité un progrès sur le passé, mais un progrès tort insiitfisant. 11 considérait qu il a\ait produit peu de résultats matériels pour 1 Angleterie et qu i avait, au conlrairt', "beaucoup profité a l importation de no produits agricoles et manufacturés.
M. Gladstone n’aurait pas pris l’initiative de la dénonciation du traité de commerce, mais je doute que la menace de la dénonciation l'ait beaucoup ému. Le Message me confirme dans cette pensée. 11 nous apprend que les négociateurs anglais n'ont pas accepté la discussion sur les détails des tarifs dont nous demandions la modification. Ils se sont bornes à o[)poser une raison de princip(‘. Ils ont répondu, suivant les termes mêmes du Message, « que l’Angleterre, en accé" « dant à notre désir, semblerait abandonner ses principes et (I se prêter à un rctt)ur en arrière de la part de la principale « nation industrielle du continent » .
11 ne faut pas se faire d’illusion, l’nc [)areille réponse montre assez que le Gouvernement anglais est bien loin d attacher l’importance qu’on suppose au Ir lité de commerce. 11 n’entre pas dans les discussions de chiffres; il ne veut pas nous suivre dans les calculs de tarifs. 11 ne prend pas en considération nos plaintes pour les discuter avec nous.
Il nous oppose une raison de principe. Cette raison, ajoute M. Tbiers, ne nous a pas convaincu, .le le crois facilement ;
AVl'X i.’axgleterre.
mais M. Tliiers ne saurait se dissimuler non plus que ses demandes n’ont pas exercé beaucoup d’impression sur M. Gladstone.
Il ne pouvait, hélas! en être autrement. M. Tbiers et M. Gladstone sont deux esprits éminents, mais ils ne se convaincront jamais. Ils n’ont pas les mêmes idées en économie politique et sont séparés par leurs principes.
\ une autre époque, il y avait bien entre les négociateurs anglais et français des points de vue divergents, commandés par la situation diflérente des deux pays ; mais il y avait une pensée commune et une confiance réciproque. On poursuivait le même but : celui de faciliter les échanges internationaux. On discutait, on entrait dans l’examen détaillé des tarifs. J’ai vu M. (^.obden et M. Houher discuter quinze jours sur un chiffre ; aujourd’hui on ne discute pas avec le Gouvernement français. On se borne à lui répondre : 11 y a entre nous une question de principe. Ce qui peut se traduire ainsi en ternies plus familiers : 11 est inutile de discuter, nous ne pouvons nous entendre. Aons marchons en sens contraire; comment pourrions -nous nous i-encontrer? Suivez votre route, je reste dans la mienne.
Aussi, dans l’état actuel des choses, entre le Gouvernement français et le Gouvernement anglais, la ruplure est bien définitive en ce qui concerne le traité de commerce. L’Assemblée nationale seule peut l’empêcher, il’abord en s’opposant à la dénonciation du traité, et ensuite en modifiant les conditions dans lesquelles les négociations ont été engagées et suivies. Si l’on juge dos modifications de tarif absolument indispensables, il ne faut les demander qu’en offrant à l’Angleterre des combinaisons nouvelles qui tiennent compte de scs intérêts.