TOMI IL
66 DÉFONT BRICBBT.
••^ Oui, eompae je vous le dis, garde da eorpfi. Je ne sais de quoi le vieux Brichet a peur, mais, dàs le jour de mon arrivée, il m^ dit en eaohetto : c Surtout ne me laissez pas seul avec Fouquier el Ck)lard. »
^ Sans doute qu'il vaut s'éviter les trâeassenas de ces deux hommes, qui sont hostiles à votre mafia^et, ré« pliqua II** de Brageron après avoir réfléchi.
— Oui, marquise, je le croyais ainsi que vous; mais, hier, comme j'étais caché derrière un buisson du jardin, j'ai entendii Brichet dire aussi au capitaine : « Surtout, Annibal, ne me laissez pas seul avec Golard et de Loze* ril. • Alors, je me suis expliqué pourquoi, accompagnant sans cesse le procureur, j'avais toujours Annibal à mes trousses. La même consigne nous faisait nous surveiller réciproquement. Je me demande quel danger Brichet re doute de l'un ou de l'autre de nous deux.
— Vous êtes dans l'erreur, fit 1^ marquise, qui avait attentivement écouté,
«-- En q^oi ? .
— En ce que c'est d^ Golard seul que le bonhomme a peur. Pourquoi? je l'ignore et c'est ce qu'il faudrait savoir. Le vieux vous a, l'un et l'autre, adroitement trompés et si, comme yqv^s le diriez tout à Theurei i) vQ^s a
l'jdéb de u. db vivonnb. ^'f
changés en gardes du corps , c'est une précaution prise contre Golard, dont le nom est répété dans chacune de9 consigneff que vous avez séparément reçues.
— Que faire' demanda de Lozeril.
— Amadouer le Golard, le mettre de votre bord et tâcher de lui arracher le secret de la peur qu'il inspire à Brichet pour en profiter vous-même, répondit la marquise.
Et elle le congédia sur ce dernier conseil.
De Lozeril revint lentement à Tile Saint-Louis, tout préoccupé de l'idée de la marquise qu'il fallait se faire un allié de Golard, et se demandant :
•— De quel poids le vieux laquais peut-11 peser dans cette balance dont un plateau porte ^les millions de la dot?
Car, soit qu'il fût éveillé, soit en rêve, oes millions occupaient la pensée du vaurien. Alors que de Lozeril enrageait de tous les retards et se croyait mystifié, le procureur l'avait toujours fait revenir plus âpre à la eu-* rée avec ces mots qu'il lui répétait sans cesse :
— Apprivoisez donc Pauline ; la dot est là qui vous attend.
Ces millions, au dire de la marquise, Golard pouvait les lui foire conquérir, s'il savait l'amadouer.
68 OÂFUMT BRZGHET.
— Oui, 86 disalt-ili elle a raison. Cet Intendant doit avoir sur son maître une influence à laquelle celui-ci cherche à se soustraire en nous, faisant à notre insu, Ânnibal et moi, les deux gardes du corps qui défendent son approche à Golard. Donc, il me faut captiver celuici... ipais comment m'y prendre?
Il parait que de Lozeril , en arrivant à Thôtel, avait dressé son plan, car il monta tout droit à l'appartement de Pauline. Il était sûr que, à son premier coup frappé à la porte, il verrait apparaître Golard pour lui barrer l'entrée.
Ce fut, en effet, le vieillard qui ouvrit, et, comme d'habitude, il prononça sa phrase *
— Mademoiselle ne reçoit pas.
— J'espérais que, pour cette fois, la bonne nouvelle que j'apporte me ferait admettre chez elle, dit de Lozeril.
Il avait compté que l'intendant s'informerait de cette nouvelle, mais celui-ci resta muet et salua nour se retirer.
— Tu n'es pas curieux, mon brave ! ajouta vite le jeune homme en le retenant par le bras.
— Mon devoir n*est pas d'interroger I dit respectueusement le majordome.
h'iDÈM DR M. DE VlTONlffl. M
-* Eh bien, puisque je ne la puis voir, je te eharge de transmettre mes adieox à ta maîtresse, attendu que je renonce à toutes mes prétentions.
— Mademoiselle en sera heureuse, dit naïvement Go« lard.
— Tudieul fit de Lozeril en souriant, ce n'est pas flatteur pour moi ce que tu dis là, mon garçon! On ne peut plus clairement m'apprendre que IP^* Brichet me déteste.
L'intendant secoua la tôte.
— Vous vous trompez, dit-il; si mademoteellea tou« jours refusé de vous voir, c'est par intérêt pour vous.
— Vraiment! s'écria de Lozeril stupéfiiit par cette réponse.
— 81 mademoiselle s'est obstinément soustraite à vos hommages, c'est qu'elle tremblait de vous voir tomber victime d'un attentat semblable à celui auquel vous avez heureusement échappé une |fois. Ma jeune maîtresse éprouve une invincible terreur du capitaine.
•« Oh ! oh 1 Annibal n'est pourtant pas si terrible, fi*" dédaigneusement le chevalier.
— Mademoiselle aime mieux se voir entièrement dépouillée que d*exposer quelqu'un aax coups de celui qui
70 DiFUNT BRIGHET.
a résolu d'accJBiparer la fortune da mon pauvre maftre et de sa fille.
— C'est yraîy Annibal est yenu, la menace à la boaefae, me foire part de son intention de défendre cette fortune contre tous venants.
-r- Tous voyez bien que mademoiselle avait raison de trembler pour vous.
Et Golard ajouta avec un énorme soupir de satisfoc* tion :
— Heureusement qu'elle va être délivrée de sa peur, puisque yous avez la prudente idée de vous retirer.
Ces mots « prudente idée • froissèrent de Lozerii. £n annonçant son départ, il avait voulu simplement tftter Golard et le faire parler. Jamais il n'avait songé à partir; aussi ces deux mots lui furent un prétexte de revenir sur son dire.
— fiais-tu, Golard, dit-il, que, sans autre motif que d'être utile à M»« Brichet, il me prend une furieuse idée de rester ici^
L'intendant avait^il eu un but en parlant ainsi f n faut le croire, car un bien mines sourire vint plisser ses lèvres.
po léQmii, sans avoir vim vu, cootiqua ;
L*IDÈB DB M. BB VIYONNB. 71
— Ainsi, mon brave, ta es intimement coETûnca que Fonquier doit ariiTor à ses fins?
— Dame t fit le vieillard d*im ton navré , ee bon M. Bricbet, depuis son attaque, n'a plus la tôte à lui; il perd la mémoire et confond tout. Le capitaine s'est alors emparé de lui. Il lui inspire la méfiance de tout le monde..., de vous.., de moi, moi, son dévoué GolardI... il lui &it fSGÛre ses volontés et, un beau jour, il n'aura plus qu'à étendre la main sur tout ce qu'il y a ici.
— A commencer par les trois millions de la dot qu^ Brichet garde actuellement en portefeuille, interrompit vivement de Lozeril.
— Oh 1 vous vous trompez sur le nombrel
"- Trois millions, te dis-je, j'en suis certain, appuya le jeune homme, qui crut que l'intendant cherchait à lui dissimuler l'importance de la somme.
— Erreur I il y a sept millions, fit tranquillement Go« lard.
— Sept millions ill s'écria le chevalier, dont les yeux s'allumèrent de convoitise. ,
L'intendant eut un second sourire en voyant briller ce regard.
— Oui, cont'mua-t*ily sept millions; car le notaire a
72 DÉFUNT BtllCREr
restitué à mon maître la fortune entière qu*il lui avait confiée.
~- Et Annibalsait cela? interrogea anxieusement de Lozeril.
— Il a dû l'apprendre de maître Baudouin avec lequel je l'ai vu l'autre jour causer sur le quai. Oui, il le sait... de même aussi qu'il ne doit pas ignorer que toutes ces valeurs sont au porteur... Vous les auriez en main, par exemple, qu'elles seraient bien à vous, soyez-en certain.
* A cette supposition de l'intendant, de Lozeril sentit un petit frisson lui courir dans le dos. L'avidité s'éveillait puissante en lui.
— Oui, continua Golard, toutes ces valeurs sont au porteur. Le capitaine n'osera pas, je crois, y toucher ici. . . mais il connaît la manie des voyages de mon maître, et il saura l'exciter en son esprit maladif; il l'entraînera bien loin, et alors il dépouillera le malheureux fou.
Et, tout sanglotant, Golard cacha son visage entre ses deux mains.
— Oh! que nennil on peut arrêter Annibal en si belle route, pensa de Lozeril, auquel Ténormité de la proie retirait toute crainte du capitaine.
L*IDÉB DE M. DE VIV(M«NE. 73
Il posa affectueusement la main sur l'épaule du vieillard en lui disant :
^- Allons, net*effraye pas, vieux fidèle; on surveillera ton homme.
— Quoi? vous aurez le courage de braver cette bétû. féroce? fit Golard avec une reconnaissante admiration.
— Je reste. Et dis bien à M"« Brichet que je n'obéis à d'autre mobile que celui d'empêcher sa ruine.
— Oh! chevalier, croyez qu'elle finira par aimer l'homme qui lui aura prouvé un tel dévouement.
— Puisses-tu dire vrai ! Mais j'attendrai sans jamais rien demander, soupira de Lozeril avee une émotion supérieurement jouée.
— Ainsi, dès aujourd'hui , vous veillerez à ce quo mon maître ne puisse être entraîné loin d'ici?
*— Oui, jour et nuit, répondit le jeune homme.
Mais à ce mot de c nuit » un souvenir lui traversa l'esprit»
-— Âh! à propos! fit-il. Réponds-moi donc, Golard : entre l'appartement de Brichet et la chambre de Fou« ^aier, n'existe-t-il pas une-communication... une porto masquée... un escalier secret?
ToMi II. 6
74 Jiàmnct beichst.
«— Je l'ignore, dil l'intendaiity qui ^venait de réprimer un tressaillement.
*^ Il me semble qae le eapitaine m'avait parlé de qnelqne chose de ce genre. Gomme il n'en a plais oatert la bouche^ je voudrais savoir à quoi m'en tenir 4 ce sujet. Tu comprends quel avantage aurait Annibal sur moi. Il pourrait, la nuit, se rendre chez Brichet, tandis que je me casserais le nés, «a dehiNrs, m la porte bien fermée intérieurement*
— Je ne connais pas de communicatioa secrète, affirma Cîolard, qui soutint le regard intercegateor q«e le chevalier attachait sur lui.
«» Btp comme je le disais, la porte extérieure de Bfkbel est munie de verrous, n'est-ce pas? contiima de homnH*
— Oui, maîSé.» fit le vieillard hésitani*
— Maisy quoif
— n n'y en a pas à la chambre du eiqilkaiae**. EUe ferme seulement à cleL
— En quoi cela peut-il me servir, mon brave?
•— En ce que, si une communication secrète existe entre les deux étages, ne pouvant pénétrer ches mon maître par la porte, vous y deaoendries en passant par la chambre du capitaine.
L'tDia DE H. DB TrromiB. 1S
B- TleimX c'eat une idée, penn de Lowril.
— ]En ma qaaiité d'intendant, j'ai les double» clefs de tontes les portes, continua CoUrd.
•— Bt ta u celle de la dumbra d'Annibslr '— Du» unq minatei, je puis toiu l'apporter.
— Bien, J'y<soinpte. Uaîntenant dis-moi oâ se trouve Brichet en ce moment.
— n doit Mn an paTiUoa, cbei madame, qui est un pn mieux portante.
^ Là Moftaina n'est pas arec eu T
se déSe pat de aa fiUe.
^etter la sortie dn procniear. Ooit ;arçon, que, sL le capitaine compte ït le dominer, Je ne le laisserai pas
oomblen H^ Patiline tobs sera raia tosi ému le vieux serviteur en r»- CondniHnt le jeane homme Jusqu'à l'extrémité du vestibule où avait en lieu la scène.
De Lweril descendit an jsidin.
— 8aPauline...ba8l!àquoibonT... Les sept millions tont aenls sont one «sses Jolie paît, p««sait-il en arpentant l'alUe qui conduisait as pavillon d'Aurore.
76 DÉFUNT BRICHBT.
Golard l'avait suivi des yeux jusqu'à ce qu'il fût entifi au jardin.
— A l'autre f munnum-t-U*
Et, montant à Tétage supérieur, il entra chei le capitaine, qui, se reposant de sa perpétuelle faction auprès de Brichet, s'amusait à jouer tout seul au lansquenet.
— Que veux-tu, bélître? cria Fouquier.
— Le capitaine a oublié sans doute que c'est aujourd'hui la fin du mois, jour de sa pension, répondit doucement Golard, en posant deux piles de louis sur la table.
— Alors, sois le bienvenu, maraud I bien que tu n'aies pas pu encore comprendre que la fin du mois devrait arriver tous les quinze jours, dit Annibal radouci*
— Il faudra dorénavant persuader cela à M. Brichet» car, maintenant qu'il a repris en malDS l'administration de sa fortune, il est probable que votre pension vous sera payée par lui... ou par son gendre.
— Son gendre 1 où prends-tu ce gendre? iaobédlél demanda Annibal surpris.
— Mais ne songez-vous plus que M. de Lozeril doit bientôt...
Le capitaine se renversa dans son fauteuil en l'interrompant par un de ses plus formidables éclats de rire.
l'iDÉE DE M. DE VIVONNB. 77
î^ Ah ! çà, sextuple cruche ! tu crois donc à cette i»laisanterie? cria-t-il.
— Mais, M. de Lozeril y croit aussi, répondit sérieusement Golard.
-* Ah! vraiment?
— Oui, il m'a interrogé tantôtsur la fortune de M. Brichet. Je lui ai parlé des sept millions qui se trouvent ici en portefeuille.
Annihal hondit de son siège en hurlant :
— Tu lui as parlé de cela? âne maudit! A quel propos? stupide vieillard! Voyons, répondras-tu?
-— Mais à propos de placements qu'il veut faire... & l'étranger, fit doucement Golard.
— A l'étranger, dis-tu?
— Oui, il m'a semblé qu'il voulait partir bientôt... Il ne me l'a pas positivement affirmé... mais j'ai cru deviner qu'il pensait qu'un voyage serait bon pour le cerveau un peu malade de son beau-père.
V — - Encore ! veux-tu te faire casser les reins avec ton c beau-père? > File au plus vite, vieux grotesque! gronda le capitaine. ^
Golard ne se le fit pas répéter. Humblement, il gagna la porte, laissant le capitaine tortiller sa moustache, son
78 oiFUMT BRlGHh.
j;este haoïtuei quand, chez lai, la colère froide snccidart à l'emportement.
En descendant rescalier, l'intendant, par une lénôtre,
fit Brichet qui sortait du pavillon d'Aurore.
Il s'arrêta pour attacher sur son maître un sombre regard el murmura :
— Maintenant, tu peux tenter de m'échapper, je Tiens le détacher à tes trousses deux dogues enragés qui S4iji-" :ont bien t'empéoher de courir.
Après la double confidence de Colard au capitaine et àdeLozeril, la vie s'était continuée monotone et régulière à l'hôtel Brichet.
Suivant son programme de s'entendre t comme deux bons larrons en foire » » tant qu'il ne serait pas question sérieusement du mariage^ Annibal faisait charmante mi no à de Lûzeril, qui, de son côté, n'était pas en arrière d'aménités envers le colosse. Mais sous cette double patte de velours se cachaient des griffes prêtes à déchirer i la première occasion.
Comme avant sa mciladie. le orouuiôur avait reoris «ou
l'idéb pe h. db yivonnb. 79
existence toute matérielle. Il se levait tard et «'était re« mis à ses trois repas quotidiens, qu'il arrosait d'une abondante eau rougie, malgré les tentations di) eapi* taine, qui , devant son ne%, lampait à plein verTQ lea meilleurs crus et faisait bruyamment claquer sa langue en buveur satisfait. Par moment les t ouf » de plaisiir d*Annibal semblaient torturer Tivrogne repentant, qui, pour éteindre un coupable désir, avalait courageuseinent une gorgée de son innocente abondancei
— Est-ce que Brichet ya décidément tenir son serment de ne plus boire? se demandait Fouquier, qui enrageait d'une pareille sobriété.
De Lozeril observait le manège du capitaine et xm^rmurait de son côté :
— Oui, tu voudrais griser le bonhomme pour lé rendre communicatif, mais tu peux être certain que , si 1*1vresse le fait bavarder, je serai là pour l'écouter aussi.
Car l'un et l'autre des rivaux étaient curieux de connaître l'endroit ot Brichet avait placé et à quel usage il voulait employer l'énorme capital qu'ils savaient à sa disposition. '
Tous deux, séparément, avaient bien adroitement tikté le procureur, qui, sans s'oiïaroucher trop de cette
singulière curiosité, s'était mis à rire en répondant :
— Hein? croyez-vous que maître Baudouin s'est montré susceptible pour deux ou trois mots dits sans méchante intention? Aussi ai-je eu toutes les peines du monde à lui faire reprendre en dépôt ces millions qui m'embarrassaient... môme ceux de la dot de Pauline, puisqu'on tarde tant à vouloir être heureux.
Or, il y avait un léger mensonge dans cette réponse, attendu que le notaire froissé n'avait plus remis le pied à l'hôtel , et que l'un et l'autre des surveillants, qui gardaient Brichet à vue, savaient qu'il n'avait pas été chez le tabellion pour y reporter la somme. Donc les millions se trouvaient toujours sous la main du procureur.
Des deux fidèles amis du vieillard, M. de Badières était seul revenu ; mais , mécontent de la présence du chevalier, contre laquelle il protestait, ses visites avaient été froides, guindées, et la majeure partie de leur durée avait été consacrée à Aurore, que le juge avait prise en amitié.
De sorte que le procureur appartenait, pour ainsi dire, sans partage à de Lozeril et au capitaine, qui, après 8*être acharnés tout le jour aux pas du vieillard, le recon-
L*IBÉB DS M. DB VIVORNB. 81
daisaient le soir jusqa'au seuil de son apparUanent, et attendaient pour se retirer que le bruit de la clef et des verrous leur prouvât que Brichet venait de s'enfermer.
Alors, nez à nez, devant cette porte close, les deux coquins se pressaient la main avec toutes les démonstrations de la plus sincère amitié et échangeaient invariablement ces phrases :
— Bonsoir, cher capitaine; je vais dormir comme on loir.
— Et moi comme une vraie marmotte, mon trèsexcellent ami, répondait Annibal, qui montait à Tétage supérieur s'enfermer pareillement en sa chambre.
Seulement, si le capitaine était brusquement sorti, un quart d*heure plus tard, il aurait été fort étonné de trouver de Lozeril, qui, au lieu de dormir comme un loir, se tenait inmiobile et roreille appliquée à sa porte. C'est que le chevalier attendait l'énorme ronflement qui
lui annonçait que Fouquier était plongé dans le som-
meil du juste. Aussitôt que ce bruit d'orgue l'avait ras suréy de Lozeril gagnait son lit en se disant :
— Est-ce que, vraiment, il n'y a pas de communication pour descendre chez Brichet? Ou bien, si elle existe
St DÉFONT BRIGHIT.
•I que Fottqaier la cdnntitie, quand fa décidera^t^il donoàrutiliser?
Bt, à son tour» il 8*6ndormail,
Alors, dans l'hôtel silencieux, un bien léger pas se laissait entendre : c était oelni de Golard, qui faisait une dernière ronde.
Celui-là ne 8*est pas trompé qui, le premier, a dit que l'excès de zèle est un défaut ; car, huit jours après la double oonfidenœ de Golard qui avait rendu plus alerte la surveillance du chevalier et d'Annibal, Brichet pa^ut accueillir avec un peu d'impatience Tempressement que ses deux gardes du corps mettaient à exécuter sa oonsi* gne de. ne pas le laisser seul. Il ne pouvait se fâcher du tort d*ôtre trop bien obéi. Aussi oe fut d*une voix pleine d'intérêt qu'il dit, un matin, au capitaine, au premier d^euner, repas auquel n'assistaient plus les dames ;
«^ 8avez-vous, mon bon Annibal, que j'ai des reproches à me faire à votre sujet?
— Lesquels, mon bien«aimé gendre
•^ La maladie m'a rendu égoïste. Depuis mon attaque, je vous ai retiré de ces joyeux amis aveo lesquels vous allies passer d'heureuses heures k Jouer, rire et boire.
l'iDÉB »■ M. DB VIVONTÏB. IS
*^ C'est vrai I fit Annlbal en étoafliint Ia soopir qiui fit naître le souvenir de ses rudes orgies d^antrefoif.
•-^ De ce qwi le médeein m'a prescrit la yU d'un anaeborète, il ne s'ensuit {tas que je doiv» imposa ma p6* nitence aux autres, Hetooraez à vos amis, mou braY# capitaine. Donnez-vous un peu de bon tempVf pmsqiie, beureosement pour vousi votr» «^nté vous le permet,
— Toi, tu veux filer, pensa aussitôt Aimitwii qm m
se laissa pas prendre à l'intérêt témoifué par MU §99» dfc,
— Allez, allez, poursuivit Briohet, Yp|;re pl«^ n'eat pas près d'un vieillard majade.
Le capitaine fit une petite moue dianoanle & P^^ dou-* ces paroles.
-* Briohet, dttv'il, voulea-voua que je m§ avfc vous de la demièi» francUse... une t^aùl feMK^liiM iê mk rin?
-<-* ParlefE.
f^ Vk bieni suir mon I^onneur, je jure que, depuie que vous m'avez fait apprécier tout le bonbeur de la paisible vie de famille, je ne me soucie plus de loutee eea foUes joies que voue me vantez,
£t )e bon Annibal se renversa doucement eur WU ^^'
84 DiFUHT BRtCHlT*
teuil, atec one béate «atisfaction, en disant d*nne voix pleine d'onction :
-— Heureux le sage sachant apprécier le bonheur qu*il a sous la main et dédaignant les creux et trompeurs plaisirs après lesquels il faut courir!
dette subite conversion de son beau-père parut étonner Briehet, qui, après un court instant de silence, peudant lequel il avait examiné l'air convaincu d'Ânnibal, revint gaiement à la charge.
— Oui, fit-il, oui, bien sot est celui qui court après les plaisirs... quand il peut les appeler à lui.
— Ob. veut-il en arriver? pensa le capitaine, surpris de la réflexion du procureur.
Tout indulgent, Briehet continua :
7-7 Puisque c'est l'affection que vous me portez, â moi pauvre malade, qui défend à votr9 cœur de vous éloigner et d'aller battre la ville en quête de plaisirs, pourquoi n'invitez-vous pas quelques-uns de vos aimables amis à venir ici vous aider à passer de joyeuses heures?
Profond, cette fois, fut Tétonnement d*Annibal, qui s'écria naïvement :
— Mais vous les avez-vous-mème flanqués à la porte, mes aimables amis!
L'IDAB DB m. DB 71V0MMB. 85
^^ Je n'avais pas encore appris à vous chérir, fit Briehet repentant
— Et vous YGos êtes plaint du vacarme qu'on vous avait fait sur la tète. • . Vous étiez alors en pleine santé ! Qae serait-ce aujourd'hui que vous êtes malade? appuya le capitaine.
— Aujourd'hui la pensée que vous prenez un plaisir qui vous délasse me rendra sourd à ce léger hruit, répliqua Brichet.
Tant d'aménité subite ne pouvait avoir d'autre résultat que de doubler la méfiance d'Ânnibal, qui se disait, tout dérouté :
— Ouais! le chicotin se bit sucre t que signifie cette métamorphose ?
Et, comme il cherchait à s'expliquer pareil changement, sa vue tomba sur de Lozeril, qui avait écouté silencieusement sans bouger.
— Parbleu! j*y suis, pensa Fouquier, pendant que je serai à festoyer, de Lozeril emmènera au diable, au vert le bonhomme et son magot.
De son côté, de Lozeril n'avait pas moins ëtë surpris de la proposition de Brichet et s'en était demandé le motif.
16 PÉrUMT BRICHIV,
*— J*ai deviné, se dit il, c'est chose convenue entre eux pour masquer leur fuite. On laissera les amis faire ua infernal tapage et, pendant que je croirai Brichet au lit et le capitaine à table, Annibal entraînera le procareor et son sac à traws champ.
Au moment où chacun des deux se figurait avoir découvert la raison de cette conduite du vieillard, Brichet les mit Tun et l'autre à mille lieues de leurs suppositions en ajoutant cette phrase :
— - J'espère, Annibal, que vous inviteree de Lozeril f Ce sera/pour ainsi dire, soin dîner d'adieux à la vie de garçon.
Annibal et le chevalier demeurèrent ébahis à ces paroles inattendues.
— Si de Lozeril vient s'asseoir à ma table, c'est qu'il ne pense pas jt me confisquer Brichet^ réfléchit aussitôt le capitaine.
— ^ Si Fouquier me reçoit parmi »^ oonvives, «'est qu'il ne veut pas échapper à ma surveillance pour m*escamoter le vieux, se dit de Lozeril.
Le nez dans son assiette, le procureur ne vit rien de l'hésitation de ses deux auditeurs. U s'acbamait svr vne carcasse de canard qui absorbait toute son attention, ttou opération terminée, il releva la tète.
l'idée OB m. D£ viyonnb. 87
-— Est-ce convenu? dit-il. Le chevalier doit-il être de cette petite débauche?
— Un aussi aimable convive est toujours reçu à bras ouverts, répliqua vivement le capitaine, heureux d'avoir son ennemi sous la main pendant la soirée
— Et vous, de Ix)zeril ? demanda le procureur au jeune homme, qui hésitait à répondre.
A ce moment le regard du chevalier rencontra Toeil de Golard, qui, muet et impassible, se tenait, pour le servir, derrière son maitrOi sa place habituelle à chaque repas.
Il sembla à de Lozeril que l'intendant venait de secouer la tète.
— On dirait que Golard me fait signe de consentur,
se dit-il.
Le domestique répéta son signe.
— Un aussi agréable amphitryon que le capitaine est toujours accepté avec empressement, prononça le jeune homme qui ne voulait pas être en reste de politesse avec Annîbal.
A ce moment Brichet buvait.
Si les deux ennemis n'avaient pas alors échangé un legard de défi, ils auraient pu constater que le verre avait
88 DÉFUNT BRIGHET.
tremblé dans la main du procureur en entendant son 8e«^ cond *arde du corps promettre de se joindre à la fête.
En conséquence, le soir même, la table dressée chez Ânnibal s'entourait des invités d'Ânnibal, tous accourus à rheure et la dent aiguisée.
Avant de s'attabler, de Lozeril et Ânnibal avaient accompagné Brichet, suivant leur habitude, jusqu'au seuil de son appartement.
— Bonsoir, amusez-vous t puisque votre santé ne s'y oppose pas. Le plaisir de vous savoir heureux fera, j'en suis sûr, que je vais m'endormir au bruit des verres, leur dit gaiement le procureur en rentrant chez lui.
Puis le grincement de la serrure et des verrous aii'* uonça qu'il venait de s'enfermer.
lUdèe os m. bb tiyonrb. 89
Revenons an docteur Gardle.
Après avoir p^ssé la nuit auprès de Brlchet terrassa par la congestion, Maurice, on s*en souvient, était ren* tré chez lui sombre et pensif. Quand , deux heures plus tard, l'intendant s'était présenté à sa porte, il lui avait été répondu par la servante que le médecin venait de se mettre subitement en route pour une destination incon^
nue.
Fort courte avait été l'absence du jeune homme. Aprci? être parti en disant à sa servante qu'il ne rentrerait pas le soir au logis, la domestiquo avait retrouvé son maître, qui, revenu au point du jour^^çhantonnait joyeusement iansson cabinet.
Sa gaieté du moment contrastait si fort avec sa tris*
90 SÊFUNT BRIGHBT.
tesse de la veille» qu'elle surprit la servante, heureuse de revoir Maurice qu'elle chérissait.
— Il parait, notre maître, que vous avez fait un bon voyage? demanda-t-elle.
-<-» Un excellent voyage, Germaine, dit le jeune homme en se frottant les mains.
— Est-ce que par hasard vous couriez après votre gaieté?
— Pourquoi cette demande?
— Vous étiez parti plus triste qu'un bonnet de nuit et vous voici revenu gai comme un pinson. J*ai beau être un peu sourde, vous m'avez réveillée par vos ohants et vos allées et venues.
— Ah! oui , parlons«en... de mes allées et venues , grosse désobéissante!... car c'est toi qui les cause. Ah ! ci, ma bonne Germaine, tu ne pourras donc jamais, malgré mes prières, te décider à ne plus bouleverser tout sur ma table de travail, sous prétexte d'y mettre de Tordre?
-— Damel faut bien ranger.
— Mais puisque je t'abandonne toute la maison pour ranger à ta fantaisie, laisse-moi au moins ma table. Quand tu as passé par là, je peids au moins une lieuro
L'IDÉB DB M. DB VIVORMB. 91
à courir après mes papiers que ta me boosottles ou oiet instruments qae tu fotirres dans les armoires.
— • Est-ce qu'il vous manque, ce matin, quelque chose de vos griffonnages ou de vos ferrailles!
— Oui, entêtée rangeuse. Veux-ta me dire dans quel endroit inconnu ta as eachA une petite fiole, qai se trouvait là, au coin de mon bureau... Elle y était avant* hier... je la vois encore
— G*e8t*à-dire qull y avait deux fioles, une bleue et une blanche, dit Germaine.
— Précisément.
— Est-ce que monsieur ne se sonvletit pas, quand U a été appelé, avant-hier soir, pour M"** Brichet qui S0 trouvait mal, que Ck>lard est venu cinq minutes après chercher une de ces deux fioles dont vous avisa besoin! Il a pris la blanche et l'a emportée.
— Très-juste , Germaine. Mais comme Golard 8*était trompé, que je lui avais demandé la fiole bleue et non la blanche, il a dû revenir la chercher en rapportant yautre,
— C'est vrai.
— Eh bien ! c*est justement cette fiole rapportée par Golard que je cherche. . . il est inutile de la laisser traîner, et je tiens h la mettre sous clef peur éviter une impru-
9t DÉFUIVT BRICHSr. , "^
dence... Voyons^ où Tas^tu mise... rangée» si tu veux? J*alme à croire que ce n'est pas dans ta cuisine, car cette petite bouteille contient de quoi tuer d'un seul coup tout un troupeau de bœufe.
La servante se mit à rire,
-— Oh ! fit-elle, je n'ai pas eu iapeine de serrer votre fiole. *-
— Pourquoi?
— - Parce que Colard, dans sa précipitation à revenir chercher l'autre bouteille, s'est étalé les quatre fers en l'air en pleine rue et qu'en sa chute il a lâché la fiole qui s'est brisée. Il m'a conté l'accident en me disant qu'il vous l'avouerait plus tard. H parait que vous l'avie? déjà secoué pour sa première imprudence d'avoir confondu les bouteilles, et il n'a pas voulu s'exposer à une autre semonce pour sa seconde maladresse.
— C'est la vérité, j'avais un peu bousculé le pauvre homme, qui, pour faire revenir M»* Brichet évanouie, m'apportait juste de quoi la foudroyer instantanément.
— C'est sans doute pour confesser son accident qu« Colard s'est présenté hier.
— Quand ça ?
•— Deux heures après que vous étiez parti à cheval
L*IDiB DB M. DE ViVOKNfi. 98
n Tie devait pas. venir uniquement pour la bouteille, car il avait l'air tout troublé.
— Pourquoi ne Tas-tu pas questionné? il fallait le re^ tenir, le faire entrer» dit le docteur amoureux en pensant que le vieux domestique avait pu être envoyé par Pauline.
— Je l'aurais bien fait, mais, à ce moment, il y avait ici la belle dame, répondit Germaine.
^ Quelle dame? fit Maurice.
— Vous savez bien, cette dame, une marquise, qui était déjà venue une fois quand M. de Lozeril était au plus bas... Vous avez même dit que c'était sa présence qui avait ressuscité le malade.
— > Ab I elle s'est représentée hier.
— Oui, et il parait que décidément elle porte bonheur au jeune homme, car, après l'avoir introduite chez M. de Lozeril, comme je refermais la porte, je l'ai entendue qui lui disait : « Triomphe complet ! mon cher, je viens vous annoncer que vous êtes accepté, i Je n'en ai pas écouté davantage; mais, après le départ de la marquise, votre pensionnaire s'est mis à faire une existence de polichinelle... Il chantait et riait tout seul dans sa chambre.
t4 ftftrmrv titiamv.
-^ Gomme mot, œ matin» n'est-ce pas ? dit Maorioe, souriant au bavardage de sa servante*
*- Ma foi ! oui, les deux font la paire... arec cette diflërsnco pourtant que» tous, la g»eté vous est venue an retour, tandis que lui, la bonne humeur accompagne son départ; car il|m'a annoncé hier qu'il allait s'en aller d'id.
— Ah! il nous quitte! s'écria vivement Maurice, comme si cette nouvelle lui inspirait tout à coup une se* crête idée.
<— Et j'avoue que je n'eu suis pas fâchée. J'e n*aimc pas beaucoup à avoir ainsi des étrangers dans la maison. Il semble qu'on n'est plus ehes soi, appuya la servante, qui, considérant un peu la maison comme son empire, voulait y régner sans partagé*
«^ Yraimont! ma bonne €tormaine, tu ne tiens donc pas à posséder un locatairet demanda le docteur avec un mystérieux sourire.
«* Non, surtout quand ils sont comme ce chevalier... un effronté qui vous appelle plus vite « vieille folle • qu'il ne vous dit mMtii..* Il s'en va; bon voyage !.. /e no courrai pas après pour le retenir, répliqua la grogneuse domestique, à laquelle les exigences insolentes du clie-
L*IDÉS OB M. SI VltONNB. 95
viller a'vaient foit passer de mauvaie quarts d'heure. A ce moment on frappa à la porte.
— Botrezl cria Maurice.
Et celui dont il était question p6ntoa dans la chambre. Sur on signe de son mettre, Germaine se retira.
— Mon cher docteur, je Tiens tous ûdre mes adieux, débuta de Loseril.
-^ Ma servante était précisément en train de m*annoncer votre départ» chevalier*
— Et, je n'ai pas voulu vous quitter sans vous exprimer toute ma reconnaissanœ de vrai ressuscité, car vous m'avez ramené de loin, docteur, et c'est à vous que Je devrai de pouvoir jouir de l'heureux avenir qui m'est réservé en sortant d'ici... Je vais me marier»
En étendant la main vers l'hôtel Brichet, qui formait l'horizon de la fenêtre dn cabinet de Maurice, le chevalier ajouta :
— • J'épouse M"* Pauline Brichet, que son père a bien voulu m'accorder.
On se le rappelle, quand Maurice» la veille^ s'était si subitement éloigné de Paris, U^ de Brageron n'avait pas encore paru chez le procureur. Gardie ignorait done
96 DÉFONT BRICHBT.
tout ce qui s'était passé, la demande en mariage de la marijaise et le consentement de Brichet.
D apprenait ainsi tout à coup que celle qu'il aimait était promise à un homme qu'il n'avait pas eu besoin d'étudier longtemps pour deviner qu'un misérable se cachait sous cette élégante enveloppe.
Alors que cette nouvelle était pour lui l'écroulement de tous ses rôves d'amour, il semblait que l'annonce de cet inouï mariage, si brusquement consenti, devait frapper douloureusement Maurice éperdu.
Et, pourtant, il n'en fut rien.
Le sourire aux lèvres, la voix joyeuse, le visage calme, Gardie s'écria
— Mes sincères compliments, chevalier 1 La future est jolie et, ce qui ne gâte rien, sa dot est considérable.
— Ohl la dot! fit de Lozeril avec un geste de dédaigneuse indifférence.
^ Vous vous contentez alors d'être aimé de M^^ Pauline Brichet?
— Vous allez trop vite, docteur. J'adore M^'* Pauline ^t je ne désespère pas de m'en faire aimer plus tard..* ^ais , jusqu'à ce jour elle ne m'a vu qu'une seule fois.
l*id£b de m. de vitonnb. 97
Pour m*autori86r à croire à Tinespéré bonheur qai m'attend, il a falla le oonaentement formel que M. Brichet a bien voulu accorder à ma demande que lui ti^nsmettait M*« de Brageron.
Gardie écoutait impassible tous ces détails, comme si Pauline, que ce mariage lui enlevait, eût été une étrangère pour lui.
— Si j'abandonne votre toit, continua de Lozeril, c'est que M* Brichet a témoigné Taimable désir de m*ol!lrir l'hospitalité jusqu'au mariage.
Maurice l'interrompit par un éclat de rire.
— Pardon pour ma gaieté, fit-il, mais je pensais combien la vie est drôle I Qui vous eût dit que vous deviendriez, le gendre de Thomme , fort bien portant , que, égaré par une vague ressemblance, vous prétendiez avoir vu mourant d'une horrible blessure... là, je crois?
Et le docteur porta la main à sa gorge.
— Non, là... au même endroit où j'ai été frappé, dit de Lozeril en posant le doigt sur sa nuque.
Gomme il précisait ainsi la place, le chevalier, qui s'était courbé pour montrer p^n cou, ne put voir l'éclair qui passa dans l'œil de Gardie.
TOHI 11.
tftgWft BUlCBEf
— Btt-ee que feu eonserreni tonjonn fai cîeatrioer âemanàÊL dé Loieril «n se ledreestnt.
Noos ignorons si Msnnee attendail cette question; mais, quand il se rwitendit adresser, il taffcrmit sa voix ponr répondre sans hésitation :
— Non, elle disparaîtra complètement.
— Ah! tantmienz, tt le chevalier, qoi, atant d'interro^r, 8*6tait rappelé raflirmatton donnée par le c^itaine qae Brîchet ne portait ancone cicatrice an con.
Voyant de Lozeril s'apprter an d^[»art, le docteur Ini tendit la main en disant :
— Yons le savez, chevalier, chacnn plaide pour son saint. 81 vous me devez qaelqae reconnaissance, témoignez-la mol en me conservant la clientèle de la famille dans laqaeHe vons allez entrer; car vons n'ignorez pas que je sois le médecin de l'hôtel.
— C'est vrai, ht marquise de Brageron m'a même appris qoe vous venez de tirer M. Brichet d'nn très-maa- Tais pas.
— Oni, et si tous prenez nn pen d'empire sur votre fator beaa-père, empéchez-le de boire. (Sans quoi, il est nn homme perda.
De Lozeril était sans doute déjà eatrJ dans son person«
l'idée db m. de "VIVONNB. 90
nage de gendre, car ce renseignement sur la longévité de son fator bean-père émut doucement son cœur.
G'est ainsi que le chevalier avait quitté la maison du docteur. Si, en s'éloignant, il s'était retourné, Il eût aperçu Maurice qui, du seuil de sa porte, le suivait des yeux.
-— Coquin I avait murmuré le docteur en le voyant disparaître.
Puis, il était remonté dans la chambre que de Lozeril avait habitée pendant près de trois mois. La servante, balai en main, s'escrimait gaiement.
— Plus de locataire! Nous allons donc enfin être chez nous! s'écria- t-elle en voyant apparaître son maitre.
— Ah ! çà, Germaine, tu as donc vraiment l'horreur dea locataires? demanda Gardie en souriant
•«- Oui, une sainte horreur.
— Même si c'était un parent à moi?
«-* Oh I c'est autre chose... mais comme vous m'avez toujours dit que vous n'aviez plus du tout de famille...
•-«* Alors tu ne crains pas que Je mette ta complaisance à l'épreuve?
La vieille femme le regarda triste.
»^ Ahl monsieur Maurice, oe n'est pas gentil, ce que
100 OÊPUNT BRIGBET* ^
VOUS me dites, fit-elle avec des larmes dans la voix. Yons savez bien qne je bougonne toujours comme ça par babitude, maïs que, si je pensais vous faire plaisir en me met- »mt la tête dans le feu, je le ferais tout de suite. — - Oh I ob ! j'ai bien envie de te prendre au mot.
— Allumez le feu, vous verrez.
— Non, car il y a d'autres manières de me prouver ton dévouement sans faire rôtir ta bonne tête dévouée, ma pauvre Germaine, dit affectueusement le jeune homme.
— Demandez-moi une chose iinpossible, je rezécuterai.
^- Impossible, dis-tu? Ge que je veux de toi n'en approche pas mal.
— Qu'est-ce donc? fit la servante.
— C'est d'être discrète pendant quinze grands jours, quoi que tu voies ou entendes dans cette maison, dit gravement Maurice.
Nous ne tarderons pas à expliquer sur quel point de son existence intime Maurice avait si formellement réclamé la discrétion de sa fidèle Germaine. Mais, pour le moment, nous nous bornerons à constater que le docteur parut n'avoir rien changé à sa vie habituelle.
Pourtant il n'en était pas de même de son état mo-
IDÉ8 DE H, DB ^nVONME. iOi
ral^ qiii s*était étrangement modifié, car la plus complète indifférence remplaçait Tardent amour qu*il avait porté à Pauline. JiuBnd celle qui lui avait été si chère était sur le point de lui être enlevée par un mariage, Maurice, an lieu de s'en désespérer, était plus joyeux que jamais.
C'était dans ces dispositions que l'avait trouvé Golard, qui, en apprenant que le docteur était revenu de son voyage, s'était empressé d'accourir pour lui faire part de ce qui était arrivé pendant sa courte absence.
— Oui, mon ami, je sais tout cela. En quittant mon logis pour aller habiter chez ton maître, M. de Lozeril m'a fait l'honneur de m'annoncer son mariage et je l'en ai félicité.
Gela fut dit par Maurice d'une voix si parfaitement calme que le vieux serviteur le regarda tout ébahi et fut quelques secondes sans pouvoir parler.
— Ahl fit-il enfin d'une voix triste, vous avez complimenté M. de Lozeril?
— Mais la chose en vaut certes la peine ! la future est jolie et la dot magnifique. Il n'y a donc que des félicitations à adresser à celui oui a devant lui une aussi agréable perspective.
102 dAfunt brighbt.
— ' Et pensez-vooB que cet avenir soit aussi attrayant pour M"' Pauline? continua Tinteadant, que le ton du docteur déroutait.
Maurice ne s'apercevait sans doate pas de la pénible émotion du vieillard, car, tout aussi légèrement^ il répliqua :
— En quoi M"* Brichet peut-elle avoir peur de cet avenir? Ce mariage est accepté par un père qui Tadore et qui n'accorderait pas sa fille à un homme qui lui paraitrait indigne d'une telle faveur.
— Tout le monde dit que M, de Lozeril est un misérable I MM. Baudouin et de Badières ont tout fait pour détourner mon maître de ce mariage... U lèvent quand même.
— C'est son droit de père, mon ami. Car tu ne peux nier qu'il ne soit son père, n'est-ce pas, Golard? appuya Maurice en fixant les yeux sur le vieux serviteur.
L'intendant ne répondit pas à cette question. Il crut sans doute deviner dans le ton du do^^eur le dépit d'un amoureux froissé qui se voit oablié d^ celle qu'il aimou
— Un père ne peut commander au cœur do sa fille. •• surtout quand ce cœur a parlé pouv un autre, dit«il Itu* tement^
L*IDÉB OB M. DB VIYONNB. I08
Malgré lai, un éclair de joie brilla dans les yeux de Gardie à ces paroles du vieillard... Mais cette expression du regard jurait avec son acoent| car il demanda d'une voix tranquille :
^ Ah\ M"« Brichet aime quelqu'un?... Qael est donc cet heureux mortel?
Golard, nous l'avons dit, avait toujours veillé sur Pau* line avec une dévouée et infatigable vigilance. Cette sur» veiUance ne s'était jamais endormie qu'en foveur de Maurice, dans lequel il avait reconnu une loyale et bon* néte nature. £n ce jeune homme, il avait vu celui qui était digne de sa maitresse chérie. Il avait donc fermé les yeux et laissé Famour entrer dans le cœur de Pauline. Quand il avait cru sa mattresse payée de retour, le ton froidement indifférent de Maurice lui prouvait que M"* Brichet n'était pas aimée. Ne pouvant encore admettre qu'il se fût si gravement trompé, Golard, tout souf«frant d'une pénible anxiété, revint à la charge :
-«- Qui elle aime, demandes^vous? Un homme qui, j'en suis sûr, saura se montrer digne d'elle en venant la défendre, dit-il gravement.
Maurice sembla ne pas comprendre cet appel du vieux carvitenr et s'écria tout surpris :
104 DÉFUNT BRIGHBT.
— La défendre.,, et contre qui ou contre quoi?.» £8t*ce contre la volonté de son père? Je ne sache pas, Cîolard, que tu aies appris à M^'* Pauline à résister à celai qui est son père?
Pour la seconde fois , le docteur parlait des droite du père au lieu de promettre son appui qu'on invoquait. A cette deuxième réponse, l'intendant avait un peu pâli et plongé son regard dans les yeux du jeane homme comme pour deviner sa pensée. Il resta muet^ puis, après quelques secondes pendant lesquelles il sembla inutilement chercher à deviner la cause de la conduite de Maurice, il se dirigea /entement vers la porto.
— Tu me quittes, Golard? demanda Gardie en réprimant un geste qu'il avait involontairement ébauché pour retenir le vieillard.
•— Oui, dit tristement le majordome, je vais apprendre à M"* Pauline que, dans le malheur, elle n'a plus pour la protéger que son vieux domestique.
Une à une, bien doucement, Golard descendit les marches de l'étage, espérant toujours que Maurice repentant allait le rappeler.
Quand il fut arrivé au rez-de-chaussée, il attendit encore un instant que son nom retentit au haut de l'esca-