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REPASSEUSE. — BLANCHISSEUSES

Photo Durand-Rue I.

une netteté, une sagacité sans pareilles, les gestes, les allures, les mouvements, les attitudes de ces femmes occupées du matin au soir à leur dur labeur. Il a montré l'ouvrière appuyant, avec une lenteur voulue, le plat de son fer sur les chemises et les jupons, le mouvement si particulier de la main serrant avec force le manche de son outil. Dans ces mterprétations, il n'a pas plus souligné qu'atténué ; il n'a pas plus ricané qu'il ne s'est apitoyé. Son émotion, ici, comme dans le reste de son œuvre n'a été que purement picturale. Point de littérature.

C'est ce qu'a observé Huysmans, quand il écrit dans un de ses comptesrendus de Salon : « Moins un pemtre a reçu d'éducation, plus il veut faire du grand art et de la peinture à sentiments. Un pemtre élevé chez les ouvriers ne représentera jamais des ouvriers. «

En passant, détruisons une légende. C'est bien plus tard que certains critiques ont soutenu que V Assommoir et Nana, de Zola, ont été, plus ou moins, la cause inspiratrice des Blanchisseuses de Degas.

Degas n'a jéimais cherché que l'œuvre d'art : il n'a donc rien de commun avec Zola, qui ne visait qu'à faire la conquête du public. Jamais Degas n'a été à la remorque des littérateurs, qu'il méprisait en tant qu'auxiliaires des peintres. Il était assez riche de son propre fonds et n'avait rien à emprunter à personne.

Nu

En 1886, Degas expose, chez Durand-Ruel, une suite de pastels de nus : des femmes se baignant, se lavant, se séchant, s 'essuyant, se peignant ou se faisant peigner. Ce ne sont pas, d'ailleurs, les premiers que l'on eût vus de lui ; 11 avait déjà montré, entre autres ouvrages du même genre, une Femme sortant du bain, à l'exposition des Impressionnistes de 1874. Ces nus firent scandale, quoiqu'ils n'eussent rien d'obscène. L'artiste se froissait quand on criait à l'Inconvenance de ces sujets, qu'il déclarait, au contraire, absolument chastes et il avait raison. Dans son œuvre entière, il n'y a pas une seule intention équivoque. Il expliquait un jour à G. Moore que ses nus ne représentent que d'honnêtes femmes, lesquelles ne se savent pas regardées, croient avoir fermé leurs rideaux et se livrent à des soins et occupations hygiéniques, telles, en un mot, qu'on les surprendrait par le trou de la serrure de leur cabmet de toilette, et que ces nus n'ont rien à voir avec le nu théâtral habituel.

Faut-il redire que, pour nous, en art, il n'y a ni sujets nobles, ni sujets vulgaires? Il y a ou il n'y a pas d'art ; il s'agit de peinture, rien de plus.

Décrivons successivement quelques nus de Degas.

En premier lieu, ceux qui se trouvent au musée du Louvre, provenant du legs J. de Camondo.

C'est d'abord une femme accroupie, dans un tub, vue de dos ; elle s'appuie, le bras droit tendu, sur le fond de la cuvette de zinc ; le bras gauche, ramené par derrière, sur l'épaule, presse une grosse éponge, dont l'eau lui descend le long des reins. Une seconde baigneuse, assise dans un fauteuil, sur lequel est jeté un peignoir se baisse pour s'essuyer les pieds. Une troisième, dans sa baignoire, s'épongeant la jambe. Une quatrième, après le bain, se tamponne le cou. Une cinquième se lave dans un tub.

D'autres répètent les mêmes gestes, les mêmes attitudes à quelques différences près. Voici une femme se passant l'éponge sur la nuque ; une autre, la jambe légèrement soulevée, se frotte l'échiné avec une serviette plucheuse ; une autre est assise sur un canapé, tandis qu ime servante, dont on ne voit point la tête, coupée par le cadre, est en train de la coiffer ; une autre se peigne elle-même, passant le démêloir dans ses lourds et longs cheveux qui lui tombent sur la poitrine et le ventre, lui cachant presque complètement le visage ; une autre enfin sort de la baignoire de zinc, alors que sa femme de chambre lui tend un peignoir.

Viennent d'autres femmes nues, aussi peu accortes, aux tares indélébiles, aux gestes gauches, à l'attitude presque animale, aux poses humiliantes, perdant, comme l'a écrit Huysmans, au point de vue plastique, toute tenue, toute ligne, s'épongeant les aisselles sur leur cuvette, à califourchon sur un bidet, passant leurs bas, paresseusement étendues sur un lit, un fauteuil ou un canapé.

Notons encore une suite de pastels, de dessins rehaussés, pi js ou moins poussés, souvent de simples indications au crayon, tous marqués de la griffe du maître ; toujours de femmes mêmement occupées, entrant dans la baignoire, en sortant, se démêlant les cheveux, se frottant avec des serviettes les épaules, la poitrine, les hanches, les bras, les jambes, les pieds ; s'enveloppant dans des peignoirs, aidées par leurs servantes, qui leur apportent le courrier, le déjeuner du matin etc., etc.

Dans V Impressionnisme, qui paraissait alors, et n'eut qu'une existence éphémère, Félix Fénéon décrit très exactement ces femmes à leur toilette secrète : « L'une, le menton à la poitrine, se râpe la nuque ; l'autre, en une torsion qui la fait navrante, les bras collés au dos, dune éponge qui mousse, se travaille les régions coccyglennes. Une anguleuse se tend ; des avantbras dégageant des seins en virgouleuses, plongent verticalement entre des jambes, pour mouiller un débarbouillage dans l'eau d'un tub où des pieds trempent. S'abattent une chevelure sur des épaules, un buste sur des hanches, un ventre sur des cuisses, des membres sur leurs jointures, et cette maritorne, vue du plafond, debout dsvant son lit, mains plaquées aux fesses, semble une série de cylindres renflés un peu, qui s emboîtent. De front, agenouillée, les cuisses disjointes, la tête inclinée sur la placidité du torse, une fille s'essuie... »

La plupart de ces femmes, vues avec une lucidité implacable et cruelle, détériorées par notre civilisation, sont charnues, communes, les jambes

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