‹ Degas (volume 4)Chapitre 13 sur 26 · DANSEUSES ROSES DANSEUSES VERTES · texte numérisé non relu

DANSEUSES ROSES DANSEUSES VERTES

son corsage, et que, dans l’ombre, à gauche, se devine un monsieur en habit, à barbe noire. Cette dernière œuvre a fait partie des collections Clermont et Viau.

Notons ensuite deux Danseuses sur la scène, se baissant, dans une figure de ballet, le bras droit en avant, enveloppées dans l’envolement de leurs jupes, éclairées par les feux de la rampe, tandis qu’au second plan s’estompent d’autres danseuses, dont les têtes sont coupées par le cadre ; deux autres Danseuses assises sur une banquette, occupées, l’une à arranger son soulier, l’autre à remonter son maillot; d’autres danseuses, assises, debout, au moment d’entrer en scène, rectifient quelque détail de leur toilette, remontent leurs bas, rattachent leurs escarpins, renouent un ruban, tapotent leurs jupes ; une partie du Corps de ballet, pris en enfilade, vu d’une avant-scène, appartenant ou ayant appartenu également à M. Viau. Viennent d’autres Danseuses au foyer ; une Danseuse s'exerçant à la barre, tandis qu’un musicien, au premier plan, racle lamentablement du violon ; une autre Danseuse quittant la scène et rentrant dans les coulisses, où, /derrière un portant, un monsieur, en habit et cravate blanche, l’attend et la surveille. D’autres, appuyées contre un montant, éclairées par les herses, attendant le moment de se montrer, prêtes à surgir sur le plateau ; d’autres danseuses encore, dans toutes les attitudes, toutes les positions.

Signalons, au musée du Luxembourg, VEtoile, sujet que Degas a souvent interprété (à quelques variantes près); dans l’éclat de son succès elle exécute sa dernière figure en descendant sur le bord du plateau, contre l’orchestre, éclairée par les lumières de la rampe et des herses, tandis que, dans les fonds, aux trois quarts cachés par des portants, on aperçoit vaguement d’autres danseuses et un personnage en habit noir ; une Danseuse assise sur une banquette, qui se baisse pour rattacher son soulier, les bras tendus, la tête à la nuque infléchie, les omoplates saillantes, les jambes écartées. Le dos maigre se modèle en pleine lumière. La jupe de gaze blanche, que ravive un nœud de couleur, s’étale sur la banquette ; les figurants, ou plutôt les choristes, vus en enfilade, dans cette perspective de bas en haut chère à Degas, sont coupés à mi-corps, au premier plan ; en pied, au dernier — sans doute, dans l’opéra des Huguenots — , ils chantent la fameuse phrase : « Nous le jurons » ; certains, les bras en avant, brandissent une épée ; d’autres, la main sur le cœur, presque tous la bouche grande ouverte, grimacent.

Deux Danseuses en scène ; la première, une jambe en l’air, l’autre sur

ses pointes, un bras projeté en avant ; la seconde, à demi coupée par la bordure ; Avant d'entrer en scène, fouillis étrange, mais d’une observation des plus justes, de danseuses, dans les attitudes les plus imprévues.

Dans une salle d’exercices, deux Danseuses, l’une de profil, presque de dos, assise sur une longue banquette (qui traverse la composition de part en part), penchée en avant, rajustant son bas et rattachant son soulier; l’autre, sur un autre siège plus bas, au fond, à droite, un châle sur les épaules, à demi endormie, le visage appuyé sur la main gauche, le coude au genou.

Puis, trois danseuses, Les danseuses grecques, dressées sur les pointes, qui se suivent, répétant le même geste, les bras en guirlande, dressés sur la tête, les cheveux dénoués tombant sur les épaules, en avant d’un décor de troncs d’arbres espacés.

Le Baisser de rideau. C’est la fin du ballet, l’orchestre achève les dernières mesures ; le public quitte les loges, les stalles, le parterre ; la dernière arabesque sur la scène est prête à se disloquer. Deux coryphées, sur le bord du plateau, vont disparaître derrière le rideau qui descend, les herses s’éteignent ou vont s’éteindre ; les lumières de la rampe les éclairent de bas en haut, illuminant leurs jambes, les gazes de leurs jupes, le bas de leur corsage ; en avant, aux places des musiciens, on ne distingue que vaguement les manches des contrebasses. Le mouvement des jambes des danseuses semble presque désordonné et fait involontairement songer — qu’on nous pardonne ce rapprochement presque irrévérencieux — à celui des cracks s’impatientant sur le turf, au moment de s’élancer vers la pelouse.

Derechef, Danseuses s'exerçant aux pliés, aux dégagés, aux ronds-dejambes, aux battements, aux ports de bras, sous la direction de leurs professeurs ou sans eux, exécutant des mouvements d’assouplissement, se baissant, se redressant, puis, l’exercice fini, étalant sur leurs maigres épaules, sur leur poitrine en sueur, des fichus de lame, des châles de toutes couleurs.

Bien d’autres pastels de danse, achevés ou non, tous très curieux, d’une maîtrise absolue, seraient encore au moins à signaler, car, de la danse, Degas a tout vu, tout interprété. Il n’est pas un mouvement qu’il ait oublié, une attitude qu’il ait négligée. Les équilibres les plus osés, les plus instables, ont trouvé en lui leur interprète fidèle et averti.

Dans nombre de ces pastels, on trouve la genèse des compositions dont nous avons parlé. Ce sont — nous sommes bien obligés d’y revenir — des danseuses dans leurs loges, au foyer, dans les coulisses, se recoiffant, rattachant un nœud à leur corsage, inspectant la semelle de leurs escarpins,

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