PORTRAIT DE HENRI ROUART
Collection de M. Alexis Rouart.
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brossa son portrait, — cause, plus tard, d'une brouille entre les deux artistes.
Chez Alexis Rouart, où Degas dînait tous les quinze jours, le mardi, avec le frère du maître de la maison, Henri Rouart, le D"" Descouts, médecinlégiste de la Ville de Paris, un professeur de dessin d'un établissement universitaire et l'abbé de Kergariou, prêtre breton des plus distingués, il fut un jour question de la décoration des services de table. L'abbé de Kergariou, qui s'était quelque peu occupé de céramique, proposa incontinent à Degas, Henri Rouart et au professeur de dessiner chacun sa douzaine d'assiettes, ce qui fut aussitôt accepté. Henri Rouart peignit sur les siennes des paysages ; une des assiettes décorées par le professeur, montre Degas en train de raser Cabanel portant en sautoir le grand cordon de la Légion d'honneur ; une autre, dans un angle, la carte de Degas, cornée, avec deux rasoirs en exergue. Pour Degas, il peignit sur ses assiettes des sujets de courses, des scènes de dcinse, de café-concert, etc. Toutes ont été cuites et se trouvent aujourd'hui chez le fils d'Alexis Rouart, M. Henri Rouart, qui les conserve précieusement.
Un certain temps, le soir venu et l'obligeant à quitter l'atelier, Degas descendait rejoindre les frères Henri et Alexis Rouart chez un petit antiquaire de la rue Laffitte, Meyer. Parfois, après déjeuner, avec un des Rouart et le peintre Tillot, aux environs de 1895, il allait faire exécuter des agrandissements photographiques chez un marchand de couleurs de la rue Fontaine, Tasset, où Degas eut un moment un kodak, s'intéressant aux aspects de mouvements de l'être humain que déroulait l'objectif.
Ses rapports avec les marchands de tableaux, à part Durand Ruel, un ami pour lui, furent plutôt restreints et espacés.
Dans ses commencements, il vendit quelques toiles au père Martin, le paradoxal marchand, au cœur d'or sous une enveloppe un peu fruste, qui tint successivement une petite boutique rue Mogador, puis rue Laffitte à quelques pas de la place Notre-Dame-de-Lorette, et émigra ensuite dans un entresol de la rue Saint-Georges. Parmi ses acheteurs d'alors, il faut aussi compter le doux et humble Portier, autre marchand de cette race, aujourd'hui disparue, qui aimait avant tout la peinture. Portier lui prenait quelques-unes de ses productions pour ne les céder qu'avec regret à certains amateurs intelligents et aviîés. Plus tard, Degas eut affaire, occasionnellement, avec Beugnet, Brame, Tempelaere, en dernier lieu avec Vollard.
Dans un ménage de vieux garçon, la domesticité a toujours de l'impor-
Alelier de l'Artiste.
Photo Durand-Ruel.
SABINE NEYT
Dessin
tance. Degas n'a jamais eu qu'une bonne, invariablement d'âge mûr. Aux environs de 1875, il était servi par une hollandaise, Sabine Neyt, que lui avait procurée Mme Fèvre, sa sœur. Il la garda une douzaine d'années. Elle ne le quitta, d'ailleurs, que pour se retirer, vieille et usée, chez une nièce. Des discussions futiles et cocasses éclataient cependant, à tout instant, entre la servante et le maître, qui, à bout d'arguments, lui donnait journellement congé. Le lendemain matin, Sabine, comme si rien ne s'était passé, entrait dans la chambre de Degas pour prendre ses vêtements à brosser, ses chaussures à cirer. A demi réveillé, celui-ci se dressait sur son lit, lui criant qu'elle n'était plus à son service, lui jetant à la tête, au hasard, veston, gilet, pantalon, pantoufles, etc. La servante disparaissait sous cette avalanche, puis rapportait, dix minutes après, les effets
Musée du l.uxembourK. - Collcclion CaiUcboIlc.