‹ Degas (volume 5)Chapitre 9 sur 37 · ÉTUDE DE TÊTE · texte numérisé non relu

ÉTUDE DE TÊTE

Atelier Je l'Artiste.

Photo Durand-Ruel.

le plus français des peintres du XVII^ siècle, le plus national à cette époque où l'on ne jurait que par l'Italie, où les Bolonais étaient dieux, n est-elle pas à peu près générale chez les véritables artistes? Gustave Moreau lui-même n'a-t-il pas reproduit la Mort de Germanicus? Degas voit dans les maîtres d autrefois des modèles à suivre, mais non à copier. Il y trouve «des enseignements à l'aide desquels on pourra se diriger vers un art plus complet ». Il appartient incontestablement à la pure tradition nationale qui a produit Chardin, La Tour, Watteau, Lancret. Boucher, Fragonard ; il est tout proche de ces maîtres, dont il a les qualités supérieures, le jugement, la mesure, la discipline, qu'on le reconnaisse ou non. Dans l'École moderne, l'Ecole contemporaine, Ingres est sa grande admiration, son culte. De ce maître vénéré, il a réuni — nous en parlerons en lieu et place, — nombre de dessins, d'études de portraits, qu'il consultait sans cesse avec un respect ému.

Degas connaît l'œuvre presque entier de l'auteur du Plafond d'Homère. Lui qui sortait peu, ne quittant pas volontiers son atelier, lorsqu'il était question de voir une toile d'Ingres, ignorée de lui, était toujours prêt à se mettre en route. En 1897, il alla au musée de Montauban admirer la superbe collection de peintures et de dessins que le maître avait laissée à sa ville natale. Quelqu'un arrivait-il de Montauban, d'Aix, de Nantes, de Montpellier, de Toulouse, de Perpignan, de Rouen : « Eh bien, et Ingres? », s'informait Degas tout d'abord. Il fallait l'entendre parler de l'écartement des yeux de certaines têtes peintes par Ingres, pour le Jupiter de la toile du musée d'Aix ; de la longueur du cou de Thétys de ce même tableau, de la largeur de la face du Saint-Symphorien de la cathédrale d Autun. C'est avec attendrissement qu'il racontait comment, un jour de sa jeu-

PORTRAIT D'ALTES

Professeur au Con ser v alo i re

Collection Ernest Rouarl-

PORTRAIT D'EUGENE MANET (Peinture)

nesse, se trouvant fortuitement dans la rue, alors qu une voiture venait de renverser Ingres, il l'avait aidé à se relever, reconduit chez lui, tout près du lieu de l'accident, quai Voltaire. Jamais plus il ne le revit, mais de cette journée il garda un souvenir impérissable. Dans l'introduction écrite par J.-J. Raffaelli, pour le catalogue de ses œuvres, exposées en 1884 dans une boutique de l'avenue de l'Opéra, celui-ci exprime une opinion quelque peu irrespectueuse à l'égard d'Ingres. « Dans des temps plus ou moins éloignés », riposte Degas à Raffaelli, « quand de notre peinture il ne sera plus guère question, que nous serons plus ou moins oubliés, quand votre nom sera cité, on dira : mais oui, Raffaelli qui n'a pas compris Ingres ».

Degas, surtout dans sa jeunesse, a exécuté de nombreux dessins et diverses copies d'après les peintures des maîtres, particulièrement d après des primitifs, Mantegna, Ghirlandajo, Botticelli, Fra Angelico, Holbein

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Collection de M"'^ CbaussoD.

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