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MANET

Collection de M. Ernest Rouart.

Muiée du Louvre. - Colleclion I. de Camondo.

LE PEDICURE.

1 Peinture)

rat, ou un bal, et tombant dans les bras 1 un de l'autre : Enfin seuls! tableau popularisé par d'innombrables reproductions, Degas va au Salon qui venait d'ouvrir, avec un de ses amis. Tous deux passent devant le Bonaparte et le Sphinx de Gérôme, accroché sur la cimaise, au milieu d'un panneau : « Quel est le titre de ce tableau, demande Degas à son compagnon qui tenait le catalogue ?» — Soldats, quarante siècles vous contemplent... — « Vous vous trompez, c'est certainement : Enfin seul ! »

C'est à Gérôme qu'un jour, dans son atelier, celui-ci critiquant le tableau de sa jeunesse de Sémiramis élevant les murs de Babylone, Degas répliqua : « Je suppose que ce n est pas assez turc pour vous, »

Il est vrai que la compréhension des deux artistes était différente! Une après-midi, l'auteur du Duel de Pierrot et Degas se rencontrent chez Henri Rouart. La conversation étant tombée sur Corot : « Corot, proclame Gérôme, ne sait même pas dessiner un arbre. — Non seulement il dessine les arbres mieux que personne, rétorqua Degas, mais aussi les figures mieux que nous. — Voilà encore un paradoxe de Degas », conclut Gérôme.

Arrêté en compagnie d'un ami, à une exposition, devant un tableau représentant un épisode d'une légende celtique : Galzwinthe quittant le palais de son père, l'ami, peu familier avec l'histoire de Galzwinthe, demande à Degas la raison de ce départ : « C'est qu'elle n'est pas d'accord avec le fond! » fut la réponse.

Le peintre Tillot, déjà âgé, qui avait fait à l'hôtel Drouot plusieurs ventes d'objets d'art réunis par lui, parlant devant Degas d'une collection adjugée après décès, ce dernier ronchonna entre ses dents : « Oui, oui, il y a des ventes après décès, d autres avant. »

A propos d'un Japonais venu à Pans étudier la peinture à l'Ecole des Beaux-Arts, Degas s'exclama : « Quand on a la chance d'être né au Japon, qu'a-t-on à faire de venir se mettre sous la férule des professeurs de 1 institut du coin du quai? »

Nous avons dit l'éloignement de Degas pour les distinctions honorifiques. Voici deux mots de lui à ce propos. Lors de l'Exposition universelle de 1889, un de ses anciens camarades fut décoré, et sa nomination de chevalier de la Légion d'honneur parut au Moniteur Universel dans la longue liste du 14 juillet. Degas, le rencontrant quelques jours après, crut devoir le complimenter, puis tout de suite après : « Mais pourquoi vous êtes-vous fait décorer dans une rafle? »

Le peintre G., au café de La Rochefoucauld, où il déjeunait avec quelques amis, parlait en plaisantant de la croix qu'il venait de recevoir. C était en 1882; il était encore très jeune et se plaignait du décorum auquel allait le contraindre le port du ruban rouge. Degas, de la table voisine, lui souffla : « Bah! dans quelques jours, vous pourrez replonger. «

Comme un ami lui montrait d'énormes toiles décoratives d'un peintre à la mode, destinées à l'Amérique, et s'effrayait des difficultés de transport de machines si encombrantes : « Ne craignez rien, lui dit tranquillement Degas, ça se dégonfle. »

On vantait devant lui Gustave Moreau, qu'il avait fréquenté dans sa jeunesse, à Rome, et dont il reconnaissait d'ailleurs le talent ; on célébrait sa vie retirée, loin du bruit, « une vraie vie d'ermite, dit quelqu'un. — Oui, approuva Degas, d'un ermite qui connaît l'heure des trains. » Et, toujours à propos de Gustave Moreau : « Quelle nécessité trouve-t-il de donner à Pharaon deux montres et doubles breloques? »

Quelqu un émettait devant lui sentencieusement cet aphorisme : « Carrière, c'est un cerveau. » Degas répliqua : « Plutôt une cervelle au beurre noir », ce qui ne 1 empêchait pas d'apprécier l'œuvre du grand artiste qu'est Carrière, avec lequel il eut les meilleures relations.

A propos des Fleurs vraiment belles de son arri Fantin-Latour, auxquelles il reprochait des fonds toujours sombres, il dit un jour : « Il n'en a donc jamais vu sur un corsage de femme? »

Au sujet d'un portrait de Carolus Duran, par un de ses élèves, J. de Concourt rapporte cette observation de Degas : « Avez-vous remarqué les manchettes de Carolus et les veines de ses mains, pleines des vibrations d'un pouls vénitien? »

Absolument indifférent aux questions d'argent, lors du chiffre atteint à la vente Henri Rouart par ses Danseuses à la barre, il se contenta de murmurer : « Je suis comme les bons cracks, je n'aurai que ma pitance ordinaire... » Et puis, sans transition : « Dites à Vollard (le marchand de tableaux de la rue Laffîtte) que, maintenant, c'est mon prix. » Il ajoutait encore, en souriant : « Aujourd'hui, vu ce que se vendent mes productions, je ne puis plus être qu un pauvre à l'aise. »

N insinua-t-il pas aussi toujours à propos de ce tableau : « Je ne crois pas que celui qui l'a fait soit un sot, mais celui qui l'a acheté est un... » mettons « imbécile ».

Mais laissons ces boutades.

Les prix atteints par certaines de ses œuvres, comme nous venons de dire, ne le troublaient guère. Il n y attachait qu'une importance secondaire. Il savait bien que ses plus sûrs, ses plus convaincus admirateurs n'étaient pas ceux qui se disputaient ses toiles et ses dessins à coups de billets de banque, mais de plus humbles, qui cherchaient à en obtenir à force d'investigations, de recherches, de patience, pour de modestes prix, les seuls que leurs ressources leur permissent. M. Robert de la Sizeranne l'a écrit très justement : « Si un amateur paie une œuvre d'art quatre cents francs, c'est qu'elle lui plaît ; s'il la paie quatre cent mille, c'est qu'elle plaît à d'autres. »

A cette même vente d'Henri Rouart, Degas, abordé par un célèbre amateur, dont la collection passée par les enchères quelque peu plus tôt, avait atteint un chiffre respectable de millions, semble ne pas savoir qui l'interpelle : « Vous ne me reconnaissez donc pas, M. Degas, je suis un tel. Oh ! réplique Degas, j'ai beaucoup connu votre frère. — Je n'ai pas de frère. — Mais si, vous aviez un frère et il est mort, puisqu'on a vendu mes tableaux. »

Franc avec ses amis — • d'une franchise doublée de finesse — il les troublait et les désarçonnait peut-être plus qu'il ne l'aurait voulu, témoin ce dire de Bonnat : « J'évite Degas, car causer avec lui me dégoûte pendant au moins huit jours de ma peinture ». Témoin cette réflexion â un ami graveur qui lui soumettait une de ses planches • « Encore un effort, et vous pourrez lutter avec la photographie » ; témoin encore cet autre mot à Forain, venu le voir quelques jours après la déclaration de guerre de l'Allemagne, en uniforme flambant neuf :«Que vous étiez plus vous-même, jadis, avec le costume que vous portiez pendant la Commune ! »

On parlait devant Degas d'un personnage présent, déjà âgé, dont les cheveux étaient d'un noir d'ébène ; « pas un cheveu blanc, disait-on » ; «Ça viendra quand il voudra», répliqua Degas. L'homme âgé avait disparu.

Degas n'était pas tendre pour ceux qui trafiquaient des ouvrages qu'il leur avait offerts. Un jour, il brossa un portrait du peintre M. L., avec lequel il était lié, et le lui donna. A son tour, M. L. peignit celui de Degas et lui en fît cadeau. Un marchand, ayant appris cet échange de bons procédés, alla proposer un bon prix de la toile de Degas à M. L., qui ne refusa point l'aubaine. Degas l'apprit. A quelque temps de là, les

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