CHAPITRE V = CRIMINALITÉ ET ATAVISME
Il est hors de contestation que les signes de dégénérescence physique abondent chez les sujets atteints de dégénérescence psychique : les recherches de Morel, un peu négligées par l’école d'anthropologie criminelle, l'ont suffisamment établi. Si ces signes physiques se rencontrent aussi chez les criminels, on peut en tirer un argument en faveur de la parenté du crime avec la folie, et de son origine patho- | logique, confirmée par l’existence quelquefois signalée de lésions cérébrales :. |
Toutefois, comme nous l’avons remarqué en passant, bon nombre de dégénérés ne présentent dans leur famille aucun indice d’hérédité morbide. Cette circonstance a jeté des doutes sur le rôle de l’hérédité directe et même sur la nature pathologique du crime. Ce qu’on ne croyait plus pouvoir expliquer par lhé-
1. Broca, Sur l'assassin Lemaire (Bull. Soc. anthrop., 1861. p. 348). — Chudzinski, Sur le cerveau de Menescloud (Bull. Soc. anthrop., 1880, p. 518).
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rédité, on chercha à en rendre compte en faisant intervenir l’atavisme, le retour à des formes ances- trales. Sous l'influence de cette tendance, on a rapproché sans distinction le criminel de l’homme primitif, et on a cherché à établir des analogies morales existant entre les criminels des pays civilisés et les sauvages ou les hommes des âges antérieurs.
Mais l’analogie des caractères psychiques, déjà difficile à établir chez les criminels et les sauvages contemporains, devient tout à fait problématique lorsqu'il s’agit de l'homme primitif, elle est insuffisante pour faire la preuve de la théorie atavique du crime. On a reconnu la nécessité de s’appuyer sur l’existence de caractères anatomiques qui se prêtent mieux à une comparaison rigoureuse.
Lavater et Gall avaient déjà chierché et cru trouver des caractères extérieurs capables de déceler les instincts; mais leurs tentatives n'avaient pas donné de résultats suffisamment précis. Lélut avait bien fait l’essai d’un examen comparatif de la longueur et dela largeur du crâne chez les voleurs homicides. Voisin avait signalé la défectuosité de l’organisation cérébrale des criminels, etc. Mais c'est à M. Lombroso qu’appartient le mérite d’avoir accumulé une masse importante de documents, et d’avoir tenté, en se basant sur des caractères anatomiques et biologiques, la démonstration d’un type d'homme criminel, plus ou moins analogue à à l’homme préhistorique ou au sauvage.
Nous avons vu précédemment qu'un certain
nombre de faits physiologiques et psychologiques | 4,
permettent de rapprocher le criminel de Paliéné, et qu’en outre la criminalité est unie par des liens de famille très étroits à la folie et à la dégénérescence en général. Pour établir l'existence d’un type criminel, il faut montrer que les criminels diffèrent non seulement des hommes soi-disant sains, mais encore des aliénés, et en particulier des dégénérés de Morel ‘, chez lesquels on observe plus souvent le: folies morales ou instinctives qui ont le plus de connexion avec la criminalité. M. Lombroso a été bien forcé de reconnaître que le criminel né de l’école anthropologique ne peut pas être distingué par des caractères précis des fous moraux et des épileptiques. Nous verrons tout à l'heure qu'il est certainement impossible dans l'état actuel, même en acceptant sans discussion les caractères du délinquant fournis par l’école d'anthropologie criminelle, de séparer le criminel des autres dégénérés.
Dans ces conditions, il est permis de se demander si la prétendue ressemblance d’un certain nombre de criminels avec les quelques types préhistoriques. si incomplètement connus, implique un rapport d’hérédité médiate, d’atavisme entre le criminel et l’homme préhistorique. Cette ressemblance, si mal démontrée, est-elle de nature à faire rejeter l’origine dégénérative du crime, et à faire accepter sans réserve ou même partiellement l’origine atavique? On peut le nier. |
Les caractères anatomiques soi-disant propres
1. Morel, Traité des dégénérescences physiques, intellectuelles et morales de lespèce humaine, 1851.