‹ Dégénérescence et criminalitéChapitre 27 sur 82 · Mantegazza, Physiologie de l'amour, éd. franc., p · texte numérisé non relu

Mantegazza, Physiologie de l'amour, éd. franc., p

entraînés naturellement vers le « mode d'activité sociale » auquel ils sont le plus aptes; mais si ce genre d'activité vient à être supprimé, ils sont capables de s’adapter à une autre profession. Il en résulterait que le type criminel ne serait qu’un type créé par les conditions sociales, et par conséquent susceptible d’être modifié ou même supprimé; ce serait un type transitoire. Il n'y a malheureusement aucun fait qui puisse servir d'appui à cette rassurante manière de voir d’un philanthrope. Les soidisant types professionnels ne sont établis par aucune observation anatomique ou physiologique pré- cise; et d’ailleurs la criminalité ne peut pas être considérée comme un « mode d'activité sociale » analogue à celui qui entre dans une profession quelconque. Le désir de se procurer le plus de jouissance possible avec le moins de peine possible est naturel à l’homme; ce désir est le mobile de tous les progrès de l’adaptation; mais pour qu’il donne lieu à un « mode d’activité » qui mérite vraiment la qualification de « sociale », il faut qu’il ne soit pas tellement intense qu’il en vienne à se satisfaire aux dépens du travail d'autrui, qu’il choque violemment les intérêts de la généralité des autres hommes. Lorsque ces intérêts’ ont été choqués, c’est qu'il s’est produit quelque chose d’antisocial ; l'auteur de ce quelque chose d’antisocial est un antisocial, un nuisible. Les antisociaux ont un carac- ; tère commun : c’est précisément l’'inaptitude à une activité sociale. Cette inaptitude peut être momen- L tanée, passagère ou continue, permanente : elle est

, toujours organique, mais, suivant son degré, elle subit plus ou moins les influences extérieures.

Le‘type criminel n’est pas suffisamment défini, ni séparé des types qu'on peut considérer comme normaux ; il reste confondu par grand nombre de caractères avec le type dégénéré, auquel ni Morel ni ceux qui l’ont suivi n’ont d’ailleurs essayé de fixer des limites précises; il est donc impossible de baser sur lui une règle de conduite vis-à-vis des nuisibles, des antisociaux, qui restent sans caractère objectif : spécifique. Si le criminel considéré en général ne peut pas être défini au point de vue anatomique et physiologique comme un type humain spécial, on n’est pas plus fondé à séparer des types particuliers de délinquants, comme l’a tenté M. Marro.

Ce n'est pas que je veuille amoindrir la valeur de l'œuvre de M. Lombroso et de ses émules : si nous savions que le caractère principal du criminel est d’être laid, « monstrum in fronte, monstrum in animo », les anthropologistes ont fait l’histoire naturelle de cette laideur, et personne ne peut prévoir quelle sera la portée des faits importants qu’ils ont mis en lumière.

Si d’ailleurs l’anthropologie dite criminelle a souvent péché par l'imperfection de sa méthode !, il faut bien reconnaître que l’anthropométrie a déjà donné des renseignements intéressants au point de vue de la recherche de l'identité.

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