LES NUISIBLES
savant, de l’artiste ne se distingue pas extérieurement de l’oisiveté passive de l’impotent.
Ilfaut reconnaitre d’ailleurs que la paresse pas plus que les autres vices n’est soumise à ce qu’on appelle h volonté; elle est en rapport avec des états organiques voisins de ceux qui entraînent les paralysies dites psychiques ‘. Aussi est-elle un phénomène commun à plusieurs formes de la dégénérescence, aux neurasthénies, à l’hystérie, à l’hypocondrie et aux états analogues, à l'épilepsie, à la criminalité, etc., à tous les états de faiblesse irritable. Aussi la voit-on associée à la légèreté, à la mobilité, aux manifesl:1tions explosives. L’impuissant qui se laisse aller à la paresse est sur la pente de la criminalité. Les convulsions sociales qui succèdent souvent aux crises commerciales, dues, non point, comme on le dit quelquefois encore, à l’excès de production, mais à l'excès de consommation, ont leurs analogies dans la vie morale des individus. Richesse c’est pouvoir, a dit Hobbes; inversement, impuissance c’est pauvreié. et la faim est mauvaise conseillère. |
Le nuisible par défaut de production est aussi bien la conséquence nécessaire de ses antécédents que l'aliéné ou le criminel. Les impotents, les aliénés, criminels ou décadents de tout ordre, doivent être considérés comme des déchets de l'adaptation, des invalides de la civilisation. Ils ne méritent ni haine ni colère; mais la société doit, si elle ne veut pas
4. « La paresse tient souvent à une maladie particulière de la volonté, » dit Alibert (Physiologie des passions, 3e éd. !. 1, p. 19).
voir précipiter sa propre décadence, se prém indistinctement contre eux et les mettre hors d’ de nuire.
Les observations de la physiologie pathologique humaine et comparée et de l’économie sociale concordent pour nous montrer que l'intérêt individuel coïncide avec l'utilité générale. Or l’utilité générale ne peut s'accommoder de la survie des improductifs. Les types zoologiques qui se sont conservés à travers les âges n’ont pu persister que grâce à cette circonstance que les dégénérés, les individus et les espèces incapables de s'adapter aux modifications du milieu ont nécessairement succombé. C’est parcæ que cette élimination naturelle a été troublée dans notre espèce que nous la voyons de plus en plus sujette à une quantité croissante de maux physiqu et moraux. La nature est sans pitié pour les dégénérés ; mais c’est à tort qu'on pourrait soutenir que la nature est insensible et immnorale; il est plus exact de dire que la sensibilité d’un grand nombre d’individus et la morale qui en découle s’écartent de la nature et sont maladives. |
Ïl faut remarquer que cette sensibilité maladive, cette diathèse d'irritabilité !, qui constitue en quelque sorte le premier degré de la dégénérescence, est, en somme, la condition biologique la plus favorable à l’art, c’est-à-dire à l’ensemble des moyens d'expression et de propagation des émotions. Si nous reconnaissons que les poètes, les littérateurs, les
1. Réveillé-Parise, Physiologie des hommes livrés aux tra vaux de l'esprit. 2 vol. in-8°, 1834.