E. de Girardin, Le Droit de punir
ES L A e L :
\« * , Ca + " # . st ‘ . , , .
tion de protection est la fonction essentielle de tout
gouvernement.
Mais la fonction de protection n’est remplie que lorsque la sécurité de la personne et des biens de chacun est efficacèment assurée. Or ce qui établit Ja sécurité, ce n’est pas un épouvantail constitué par un arsenal de peines inapplicables et qui ne peuvent servir à maintenir les criminels en respect, c’est la certitude que tout dommage qui n’aura pu être prévenu sera réparé aux dépens et par les soins de la communauté. Ce n’est que sur l’assurance de cette protection que la solidarité peut trouver une base inattaquable. Mais on ne devient criminel qu’en raison d’un défaut d'équilibre entre les désirs et les moyens de production propres à les satisfaire, de sorte qu’en général et tout bien pesé, le criminel n’est et ne peut être qu'’insolvable. La réparation du dommage ne peut donc pas être attendue du criminel. C'est au gouvernement, chargé de la fonction de protection, et qui a manqué à son devoir, de réparer, avec les deniers publics et sous sa propre responsabilité, le mal qu’il n’a pas su empêcher.
Le « crime, comme les autres formes de dégénéres -: | + !
cence, est une conséquence de l'adaptation, une
conséquence de l’évolution sociale, et les dommages
qu'il cause doivent étre supportés socialement.
D'ailleurs si l’on ne reconnaît pas cette nécessité de réparation par la société, nécessité qui ne résulte pas seulement, je le répète, d’une convention tacite, mais d’un contrat parfaitement régulier et dont chaque citoyen a tout d'abord rempli les charges en
mt =
CU
payant ses divers services qui doivent assurer sa sécurité, il faut admettre que les citoyens inoffensifs et productifs doivent subir les conséquences des actes criminels dont ils sont victimes : leur responsabilité morale, si responsabilité morale il v avait, ne pourrait pas être mise en jeu un instant; mais ils supporteront le poids de la responsabilité matérielle d'un acte délictueux ou criminel à l'exécution duquel ils sont étrangers et contre lequel ils ont acquis le droit d'être protégés. Le paradoxe de la responsabilité des victimes est journellement réalisé, grâce à une notion inexacte de l'utilité.