CHAPITRE XIII
Le développement des nuisibles, des dégénérés de tout ordre est la conséquence du travail d'adaptation, de la civilisation; mais il est d'autant plus rapide, qu'ils ne paraissent pas pour chacun une cause permanente de danger, et qu’on en vient à contester le droit de les supprimer et même de les tenir en respect. Leurs actes deviennent d'autant plus nuisibles et plus nombreux qu’on en poursuit moins énergiquement la réparation. De même que par la protection, par des encouragements artificiels, on attire vers certaines professions un nombre croissant d’individus qui deviennent une cause de gêne ; de même, par une générosité imprudente, on encourage le vice et on multiplie le nombre des criminels.
La réparation des conséquences du crime, ne pouvant se faire aux dépens du criminel, en général insolvable, mais aux dépens de la société, qui est, en somme, le générateur du criminel, constitue non seulement un acte de. justice envers la victime, qui,
remplissant ses devoirs sociaux, devait être assurée! contre tout risque; mais elle constitue la meilleure mesure préventive du crime. Par elle, les effets du: crime, au lieu d’être sentis, surtout individuellement, par les victimes, sur lesquelles pèse tout le mal, seront sentis, surtout socialement, collectivement par tous les citoyens, qui deviennent ainsi directement: intéressés à sa prévention et à sa répression. Lorsqu'un citoyen est admis à contribuer à toute: les charges sociales, la société, représentée par soi gouvernement, accepte la mission de protéger sa personne et ses biens contre tous les risqnes qu viennent de l’extérieur ou de l’intérieur. Les agents qui sont préposés à cette protection sont supposés suffire à leur tâche ; leur rôle est inefficace, s’ils ne sont pas en mesure de prévoir tout ce qui peut nuire à un citoyen quelconque. Or Ia raison et le code civil sont d'accord pour nous apprendre que l'on est matériellement responsable non seulement du dommage que l’on cause par son propre fait, mais encore de celui qui est causé par le fait des personnes dont on doit répondre ou des choses que l'on a sous sa garde : on est responsable du dommage causé par ses enfants mineurs, Ses domestiques, ses employés, ses élèves, ses animaux, ses bâtiments qui menacent ruine !. Le
4. Un seul article du code pénal a trait aux dommages causés par les aliénés : art. 4179 : « Seront punis d’une amende de 41 à 45 francs inclusivement...…. 2° ceux qui auront occasionné la mort des animaux ou bestiaux appartenant à autrui, paf l'effet de la divagation des fous ou furieux, ou d’animaux
gouvernement qui a accepté la charge de la pro- . tection sociale ne peut soutenir, il semble, qu'il ne soit responsable, au même titre, des dommages causés par la négligence et l'impuissance de ses. agents. Mais, comme le gouvernement ne peut payer qu'aux frais de la collectivité, il résulterait de l’application de sa responsabilité que le crime, manifeslation sociale de la dégénérescence, aurait une réparation sociale. Chaque citoyen ayant à payer une part de cette réparation comprendrait plus directement l'utilité de concourir par lui-même, dans la mesure de ses forces disponibles, à la prévention des nuisances de tout ordre, c'est-à-dire à la prévention des dégénérescences !. Chacun devrait pouvoir s’instruire de l'intérêt qu’il a à cette prévention dans une sorte de budget de la dégénérescence, établi par chapitres, comprenant à la fois la statistique et la perte produite par les crimes, les délits, les maladies, la paresse, etc. ; il pourrait ainsi doser en quelque sorte l’intérêt qu’il a à combattre les différents modes de la déchéance de la race ‘. C'est la Statistique qui est la conscience de l’organisme social : ce n’est que par elle qu’il peut avoir la perception nette et précise et le souvenir des phénomènes nutritifs qui se passent dans ses organes et de tout ce qui peut exciter sa sensibilité, que le
malfaisants ou féroces, etc. » Il est remarquable que le législateur ait limité aux animaux sa protection.
1. « Tout l’art du législateur consiste donc à forcer les hommes, par le sentiment de l’amour d'eux-mêmes, d’être toujours justes les uns envers les autres. » (Helvétius, De l'esprit, disc. II, ch. xxiv.)
défaut d'éducation a laissée encore si vague. Cett conscience n’a chance d’être entendue de tous et tout moment que si elle s’impose avec la nécessi de payer le déficit qu’elle met en évidence. |
La solidarité ainsi comprise rend accessoires toutes les peines. « Ce n’est pas la rigueur du supplice qu prévient le plus sûrement les crimes, c’est la certitude du châtiment... L'homme tremble à l’idée des maux les plus légers lorsqu'il voit l’impossibilité de s’y soustraire. » (Beccaria.) « Qu’on examine la cause de tous les relâchements, on verra qu’elle vient de l'impunité des crimes et non pas de la modération des peines. » (Montesquieu.) Or l'impunité doit nécessairement cesser dès que tous sont directement intéressés à la réparation !.
Il est certain que la misère et ses satellites fidèles, le crime et la maladie, ne peuvent disparaître, sans cesse alimentés qu'ils sont par l'épuisement qui ré sulte de l’exagération croissante des efforts d’adaptation. Les dégénérescences, déchets de la civilis tion, se produisent nécessairement; leur augment+ tion est d’autant plus rapide qu’elle est favorisée par la partie plus vivace de la société qui regarde impas siblement non seulement cette production en quel que sorte mécanique et nécessaire, mais qui encot-. rage sa repullulation dans des milieux favorables, et aide leur survivance par des mesures de charité
1. Au congrès de Rome (1885), on a proposé d'opérer le dédommagement au moyen d’une caisse des amendes (Rap port de M. Fioretti : Des meilleurs moyens pour obtenir le dé: dommagement du crime).
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al éclairée. La société qui en souffre semble ne en voir de ce processus. Le plus sûr moyen de üre ouvrir grandement les yeux à ce spectateur . veugle est de lui présenter la note détaillée de l’en- ‘etien des dégénérés. Un pareil procédé d’instrucon, qui aurait pour résultat à la fois de réparer les ommages imdûment supportés et de restreindre le ombre et les manifestations de tous les nuisibles, je saurait qu'être utile et par conséquent juste.