CHAPITRE XVI
La cause qui domine le développement des affec-
tions mentales, la cause des causes, est la dégé-
nérescence organique héréditaire, congénitale ou acquise, permanente ou momentanée, et qui se traduit par une susceptibilité spéciale du système
nerveux. Cette susceptibilité n’entre en jeu que sous l'influence de causes extérieures plus ou moins faciles à saisir, mais inhérentes au milieu dans lequel
vit l'individu prédisposé. Ces influences. extérieures altèrent le milieu intérieur en modifiant non seulement les fonctions psychiques, mais l’universalité des fonctions organiques, dont dépend l'intégrité des phénomènes intellectuels. Les altérations organiques liées aux troubles mentaux affectent en
général un caractère dépressif, ne peuvent être mo-
difiées ; le milieu intérieur ne peut être restitué à son état normal qu’à la condition expresse que la cause extérieure ait cessé d'agir.
Aussi l'agent le plus puissant du traitement des
des mentales consiste-t-il dans l'isolement, mesure physiologiquement logique, en ce sens qé son premier effet est de supprimer les influences au milieu desquelles la maladie a pris naissance; il a pour but de soustraire le malade à la continuité de l'action de la cause déterminante. Il ne suffit pas que l'émotion, peut-être accidentelle, qui a précédé l'explosion des accidents, ait disparu, pour que le malade puisse être considéré comme à l’abri de son influence pathogène. Précisément en raison de la nature dégénérative et souvent héréditaire de son affection, l’aliéné n'est point en général dans sa famille une exception formelle; il n’est point rare que ceux qui l’entourent souffrent de son mal à un certain degré ; le névropathe vit fréquemment dans une atmosphère de nervosité d’où il doit être enlevé.
L'isolement est donc un remède puissant ; maïs ce remède, qui serait difficilement accepté par un individu sain d'esprit, soulève souvent de violentes protestations de la part du malade, et il doit être imposé dans la majorité des cas. |
C’est à cette circonstance qu'est due la confusion que l’on fait souvent entre l’isolement et la séquestration.
Qu'est-ce donc que l'isolement ? « Il consiste, dit Esquirol !, à soustraire l’aliéné à toutes ses hal: tudes, en l’éloignant des lieux qu’il habite, le séparant de sa famille, de ses amis, de ses serviteurs. l’entourant d'étrangers, changeant toute sa manière