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Des colonies d'aliénés. Gand

mettre que trois ou quatre aliénés tranquilles. choisis de préférence parmi les travailleurs.

Non seulement les habitants chez qui ils son placés profitent de leur travail, mais ïls sont, en outre, remboursés intégralement des frais de leu entretien.

Ces avantages sont bientôt appréciés, et la plupart des autres habitants ne tardent pas à solliciter spontanément là faveur d’obtenir la garde d’un aliéné.

Quant à l’objection relative à la contagion, il suffit pour la combattre de citer les chiffres suivants : le recensement des aliénés, au 30 juin 1878, accuse l’existence de 17 aliénés pour la commune de Gheel, dont la population est de 10 502 habitants, tandis que la commune de Braine-Lalleud, qui n'a que 6617 habitants, en a un nombre égal.

Il importe de tenir rigoureusement la main à ce que, dans le principe, on n’y reçoive aucun aliéné qui n'ait passé préalablement par un asile. On ne doit pas perdre de vue que la création d’une colonie de l’espèce constitue pour les nourriciers et pour la commune même où elle est établie une source de grand bien-être. On en jugera par ce fait que le compte de la colonie de Gheel, pour l'exercice 1833, accuse une recette d’au delà de 700 000 francs. |

La commune de Lierneux, où a été établie la nouvelle colonie, est située dans la province de Liège, dans les Ardennes belges, à une trentaine de kilomètres au sud de Spa. Elle comprend un territoire presque aussi étendu que celui de Gheel, divisé en dix-neuf hameaux. Il n’y a non plus aucune indus

:; la population d’ailleurs y est peu dense : il n’y uère que 2500 habitants. Cette commune présen- , donc de grands avantages au point de vue de olement, d'autant qu’elle n’est traversée par au- 1e ligne de chemin de fer. La population y est ez pauvre et pouvait désirer profiter de la fonda- 1, cependant l’arrivée des premiers aliénés soua de vives protestations.

A colonie a été inaugurée le 19 avril 1884 par voi de 2 hommes et de 2 femmes détachés de la onie de Gheel, et classés parmi les plus tranquilles les travailleurs. Peu à peu les habitants se sont iliarisés avec les aliénés, ont cessé de les redou- -et se sont rendu compte des avantages qu’ils ivaient retirer de la fondation de cette colonie; demandes de pensionnaires se sont bientôt muliées, et la colonie, qui était d’abord considérée ame une succursale de Gheel, a reçu la consétion légale par un arrêté royal du 11 février 1885. > est régie suivant un règlement analogue à ui de Gheel. Au 31 décembre 1885, la colonie de rneux comptait 109 aliénés, 63 hommes et femmes. Au 31 décembre 1886, 152 aliénés, hommes et 62 femmes; pendant l’année 1886, Jensionnaires aisés y ont été admis. Le compte du officiel des établissements d’aliénés de la gique pour 1886 nous donne les renseignements vants sur cette colonie :

)rganisée d'après le régime familial et libre, l’instion présente des ressources variées pour fournir . malades des occupations utiles à eux-mêmes

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comme à leurs nourriciers : deux d’entre eux forgerons ; un autre est ébéniste; trente-neuf t faillent aux champs; cinquante-sept vaquent à soins du ménage.

Parmi eux, trente-cinq rendent des services réguliers que leurs nourriciers ne reçoivent, à ti de prix de journée d’entretien, que 90 centimes lieu d’un franc. — Deux malades ont fréquent l’école, etc.

La députation permanente et le comité permanei d'inspection et de surveillance ne peuvent que 4 féliciter des progrès de la nouvelle colonie. Depu à peine deux ans que celle-ci existe, elle a reg 227 malades et aucun accident n’a été à déplorer.

Les nourriciers sont fiers de leurs malades; ilss font un plaisir de les associer à leurs travaux, 8 même ils s'imposent des sacrifices pécuniaires pot leur procurer les outils nécessaires à l’exercice à leur métier.

Durant l’année 1886, huit aliénés sont sortis com plètement guéris, et l’un d’entre eux, un jeu homme, est revenu dans la localité pour travailler la construction de la nouvelle infirmerie.

Cent cinquante chambres au moins sont encot disponibles chez divers habitants de Lierneux. Cell situation indique suffisamment que l’œuvre a acqu toutes les sympathies de la population locale £ qu’elle est entrée dans toute sa vitalité.

On peut dire que la colonie de Lierneux est ge lement en plein développement; trois ans à pe après sa fondation, elle contient près de deux ceï

malades. Cependant l’état des lieux ne paraissait guère favorable ; le pays est pauvre, les habitations mal construites, peu confortables; il a fallu improviser des chambres qui manquent souvent de la capacité nécessaire, mais sont en général propres. Les nourriciers paraissent remplis de bonne volonté, mais manquent encore de l’expérience de ceux de Gheel, et ils paraissent moins sûrs d’eux. Au point de vue administratif, tout se passe comme à Gheel; il aut noter pourtant qu’il n’existe aucune marque disinctive pour les aliénés, dont les vêtements, achetés dans le pays, sont aussi divers que ceux des habiants; ceux seulement qui ont des tendances à l’évasion sont chaussés de sabots (chaussure inusitée dans le pays) marqués C. L. Le prix d’entretien es in peu plus élevé qu'à Gheel : le nourricier reçoit 0 centimes par jour pour les malades qui travailent et 1 franc pour ceux qui ne travaillent pas.

Jusqu'à présent les malades envoyés à Lierneux nt été choisis parmi les chroniques. Depuis la fonlation de la colonie, une mauvaise maison du vilage a servi d'infirmerie, où restent les malades penlant les cinq jours qui précèdent leur placement ; installation en est peu confortable, mais elle prouve u moins que l’on peut tenter la fondation d'une olonie sans aucuns frais préalables.

On construit à Lierneux une infirmerie sur Je ype de celle de Gheel, qui pourra contenir près de 0 malades et destinée aux aliénés séquestrés par nesure d'ordre, aux admissions et aux maladies ntercurrentes.

Malgré un cerlain nombre d'imperfections, la cv lonie de Lierneux peut être considérée comme défi: nitivement établie; il paraît démontré qu’il ne fait pas des siècles pour faire un Gheel. Il suffit peutêtre, pour réussir l’expérience, qu'il se rencontre un homme dont l'intérêt coïncide avec l'intérêt général et soit amené à pousser l'affaire comme sienne.

On ne peut pas dire que le régime colonial soit appelé à remplacer les asiles, mais il peut s’appli quer à des cas bien déterminés et constituer une ressource importante tant au point de vue écont mique qu’au point de vue thérapeutique. Il nous à semblé que le patronage familial pouvait surtout rendre des services en tant qu’établissement de refuge pour les aliénés incurables ou n’exigeant que des soins hygiéniques. Parmi les malades qui pourraient bénéficier de ce régime, on peut ranger un bon nombre d’épileptiques qui n’ont que de rares accès, sans troubles mentaux graves, et qui n recourent à l'hospitalisation que parce que ces rares accès les font chasser des ateliers; en leur procurant des patrons qui ne craignent pas la vue de leur mal, on réaliserait une grande économie et on leur procurerait une vie meilleure .

L’accroissement progressif de la colonie de Ghee

41. Il existe à Bielefeld, en Westphalie, une colonie actuclle ment très prospère, où 800 épileptiques vivent dans une trettaine de maisons isolées. Cette institution, qui diffère des colonies belges en ce que le patronage familier n’est point tt cause, mérite cependant une sérieuse attention.

et le succès récent de la colonie de Lierneux semblent préparer un avenir prospère pour le patronage familial des aliénés. Cependant M. le D" Peeters a déjà signalé à Gheel un élément de dissolution. Une longue expérience a montré que les crimes et les actes d’indiscipline sont extrêmement rares dans la colonie; c’est tout au plus si chez ces aliénées on a observé une demi-douzaine de grossesses depuis un demi-siècle. Si ces actes regrettables se sont produits un peu plus souvent dans ces dernières années, ils sont souvent suggérés ou commis par une catégorie d'individus, les pensionnaires libres, qui ont été introduits depuis un certain temps dans la commune. Ces pensionnaires libres sont des indigents, infirmes souvent affectés de troubles mentaux, mais non légalement colloqués, et qui sont placés chez des babitants de Gheel par les municipalités d'Anvers ou de Bruxelles. Ces individus, qui sont quelquefois ‘de simples vagabonds, ne sont pas soumis au contrôle de l’administration de la colonie : leur présence est de nature à causer le plus grand préjudice à la fois moral et matériel au système; non seulement ils sont une cause de trouble et de désordre, mais ils peuvent éloigner les pensionnaires payants.

Une autre catégorie de pensionnaires peut nuire encore aux intérêts de ces colonies : ce sont les individus qui, accusés ou même condamnés pour vagabondage ou autres délits ou crimes, sont aussi envoyés dans les colonies après avoir été reconnus aliénés. À Lierneux, plusieurs habitants m'ont affirmé qu’il y avait déjà un certain nombre de pensionnaires

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de cette espèce qui inspirent de la répugnance et mème de la crainte, et en tout cas sont capables de retarder les progrès de l'institution. Si la présence d'individus de cette catégorie était confirmée à Gheel et à Lierneux, il n’y aurait pas lieu d’en être surpris, nuisqu'ils coudoient les autres malades dans la plupart des asiles publics:et aussi des maisons de santi privées ; mais il nous semble que si les aliénés délinquants ou criminels doivent être séparés des autres, c'est bien dans ces institutions ; si l’on veut les faire hénéficier du régime colonial, c’est dans d’autres colonies qu'il faut les placer.

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