‹ Dégénérescence et criminalitéChapitre 63 sur 82 · L'EMPRISONNEMENT CELLULAIRE · texte numérisé non relu

L'EMPRISONNEMENT CELLULAIRE

L’isolement absolu, c’est-à-dire l’absence de tout contact étranger, n’est plus guère employé dans le traitement des affections mentales depuis que la . réforme de Pinel s’est généralisée; et lorsqu’aujour- dhui il est donné de l’observer comme conséquence de séquestration illégale, on constate qu’il aggrave la situation du malade, dont l'intelligence s’affaiblit faute d'exercice, dont toutes les fonctions périclitent | faute d’excitation. Des troubles analogues ont été observés chez les criminels soumis à l’emprisonnement cellulaire complet (système de Philadelphie ou | de Pensylvanie) , sans aucun rapprochement avec leurs codétenus ou avec le personnel administratif. On les a vus présenter tous les phénomènes de la dépression physique et mentale; la consomp- | tion faisait de nombreuses victimes parmi les condamnés astreints à ce régime; et le suicide se pré- | sentait chez eux avec une fréquence inusitée. | Ces inconvénients, plus en rapport, il est vrai, ‘avec les prédispositions individuelles qu’avec le système pénitentiaire, ont cependant conduit à adopter de préférence un régime moins exclusif. Le système dit d'Auburn consiste dans l’emprisonnement cellulaire pendant la nuit et le séjour en commun dans les ateliers pendant le jour, dans le silence absolu, dont la règle, soit dit en passant, n’a jamais pu être appliquée rigoureusement. Dans ce système, les dangers de la promiscuité nocturne sont écartés; mais l’isolement, il faut bien le reconnaître, n’est que fictif, toutefois la règle du travail combiné à cet isolement relatif constitue

une supériorité marquée sur l’emprisonnement en commun.

Cependant le système mixte ne répondant pa exactement au but qu’on se proposait, on ne s’est pas arrêté là. Aujourd'hui l’emprisonnement cellulaire est réglé de telle sorte qu’il remplit théoriquement au moins toutes les principales indications. I1 comprend : 1° l'isolement individuel des prison niers qui n’ont aucun contact avec leurs congénères. mais sont en rapport pour ainsi dire constant avec le personnel administratif, 2° l’organisation du travail dans la cellule. Cette organisation, qui a trouvé son application la plus complète en Belgique eten Hollande, permet de poursuivre une éducation à fois professionnelle, intellectuelle et morale.

L’isolement amène le désir du travail, qui peut devenir surtout un moÿen d’amendement lorsqu'il n’est pas imposé par la contrainte. L'éducation professionnelle ‘ développe le sentiment de la valeur individuelle, et encourage le détenu à la lutte en lui promettant pour le jour de sa libération des conditions plus favorables.

Cette éducation, qui constitue une sorte de patr nage intérieur et qui lui permet d’amasser un certain pécule, rassure encore le prisonnier sur SOI avenir lorsqu'il sera livré à lui-même. On sait en effet que c’est dans les premiers mois qui suivent la libération que les récidives sont les plus fréquentes. Cetit

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