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Les Fleurs du Mal, p

L’ÉGOTISME

de Baudelaire. Leur description de l’état d’âme que le langage « décadent » doit exprimer est simplement la description de la disposition d’esprit des dégénérés mystiques, avec ses représentations nébuleuses glissantes, sa fuite d'ombres d’idées informes, ses perversions et aberrations, ses angoisses et impulsions. Pour exprimer cet état d'âme, il faut trouver en effet un langage nouveau et inouï, puisqu’il ne peut y avoir dans aucun langage usuel de désignation correspondant à des représentations qui, en réalité, n’en sont pas. Il est absolument arbitraire de chercher un exemple et un modèle d’expression « décadente » dans la langue du Bas-Empire. 11 aurait été difficile à Gautier de découvrir chez n’importe quel écrivain du IVe et du ve siècle le latin « marbré des verdeurs de la décomposition et comme faisandé » qui l’enchantait si fort. M. Huysmans, exagérant monstrueusement, à la façon des imitateurs, l’idée de Gautier et de Baudelaire, donne de ce prétendu latin du ve siècle la description suivante : « La langue latine, . . . maintenant complètement pourrie, . . . pendait (!), perdant ses membres, coulant son pus, gardant à peine, dans toute la corruption de son corps, quelques parties fermes que les chrétiens détachaient afin de les mariner dans la saumure de leur nouvelle langue 1 ».

Cette débauche d’un déséquilibré avec perversion gustative dans les représentations pathologiques et nauséeuses, est un délire, et n’a aucun fondement dans les faits philologiques. Le latin des derniers temps de la décadence était grossier et plein de solécismes par suite

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