Auguste Ehrhard, op. cit p
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citoyens, qui veulent le remercier de la création d’un chemin de fer, le pasteur Rorlund lui adresse une allocution où se trouvent des endroits comme ceux-ci : « Depuis longtemps déjà nous voulions vous offrir nos actions de grâce pour le solide appui moral que vous prêtez à notre société, si j’ose m’exprimer ainsi. Aujourd'hui nous rendons hommage d’abord au citoyen dévoué, infatigable, désintéressé et clairvoyant, qui a pris l’initiative d’une entreprise dont les brillantes apparences permettent de croire qu’elle contribuera pour une large part au bien-être matériel et moral de notre société... Vous êtes, au sens absolu du mot, la pierre angulaire de notre société. Et c’est précisément le désintéressement dont toute votre vie a porté le sceau, qui a produit des résultats si satisfaisants, surtout en ces dernières années. A l'heure actuelle vous êtes sur le point de nous donner, — je n’hésite pas à prononcer ce mot prosaïque, — un chemin de fer... Vous ne repousserez pas cependant un modeste témoignage de la reconnaissance de vos concitoyens, à cette heure solennelle où, d’après les hommes pratiques, commence une ère nouvelle » (P. 13A-136). Je n’ai interrompu ni par une remarque, ni par un point d’exclamation, ce galimatias inouï. Il doit agir par luimême sur les lecteurs. Si ce radotage apparaissait dans une parodie burlesque, elle ne serait pas suffisamment gaie, mais du moins à peu près acceptable. Or, elle a la prétention d’être « réaliste »! Ibsen nous demande de croire sur sa parole que le pasteur Rorlund a, sans être ivre, parlé sur ce ton! Jamais auteur n’a, pensons-nous, porté déti plus offensant au bon sens de ses lecteurs.
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Il est question, dans Un Ennemi du peuple, d’un établissement thermal assez peu compréhensible qui serait à la fois une source à boire, un bain d’eaux minérales et un bain de mer. Le médecin de l’établissement, le D1' Slockmann, a découvert que la source est polluée de germes de la fièvre typhoïde, et il demande que l’eau soit prise plus haut dans les montagnes, à un endroit où elle n’est pas contaminée par les déjections humaines. Il insiste avec la plus grande énergie sur ce point que, faute de cette précaution, une épidémie mortelle éclaterait parmi les baigneurs. Et à cela, le préfet de la ville, le propre frère du docteur, lui répondrait (P. 201) : « La conduite d’eau qui alimente l’établissement est construite une fois pour toutes; c’est un fait accompli, et qui doit par conséquent être traité comme tel. Mais, sans doute, la direction des bains ne se refusera probablement pas, en temps opportun, à examiner ton rapport et à voir s’il serait possible d’améliorer la situation moyennant de légers sacrifices ». Il s’agit d’un endroit qui, comme Ibsen l’explique en insistant, a mis tout son avenir dans le développement de son jeune établissement thermal; l’endroit est situé en Norvège, dans un petit pays où tout le monde se connaît et où tout le monde est au courant de chaque cas de maladie et de mort. Et le préfet acceptera qu’un assez grand nombre de baigneurs soient atteints dans son pays de la fièvre typhoïde, quand on l’informe à temps que ce sera certainement le cas, si la canalisation de la source n’est pas déplacée! Sans avoir de l’intelligence des officiers municipaux en général une opinion exagérée, j’affirme néanmoins qu’il n’y a pas en Europe, à la tête de
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n’importe quelle administration locale, un idiot tel que celui dépeint par Ibsen.
Tesman, à’Hedda Gabier, attend qu’un volume publié par lui sur « l’industrie domestique dans le Brabant au moyen âge » , lui fasse obtenir une chaire de professeur à l’Université. Mais il a un compétiteur redoutable dans Eylert Lcevborg, qui a publié un livre « sur la marche générale de la civilisation ». Déjà cette œuvre a fait « grande sensation », mais la suite doit la dépasser de beaucoup. Celle-ci traite de « l’avenir ». « Mais, grand Dieu!, lui objecte-t-on, nous n’en savons absolument rien. — N’importe! Il y a plusieurs choses à dire à ce sujet... Il y a deux parties. La première traite des puissances civilisatrices de l’avenir. La seconde — celle-ci — de la marche future de la civilisation » (P. 122). Qu’il ne s'agisse pas le moins du monde de science, mais de simple prophétie, c’est ce qui est expressément souligné. « Tu crois qu'un tel ouvrage est impossible à refaire? Qu’on ne peut pas l’écrire deux fois? — Non... Car l’inspiration, tu sais... » (P. 187). On connaît, ne fût-ce que par des œuvres populaires sur l’histoire des mœurs, comme le Démocrite de Karl-Julius Weber, les questions étranges dont les casuistes du moyen âge avaient coutume de s’occuper. Mais que, dans notre siècle, des travaux du genre de ceux de Tesman et de Lœvborg aient mené leurs auteurs, dans n’importe quelle Faculté des deux mondes, à une chaire de professeur ou seulement au grade de « privaldoccnt », c’est là une invention enfantine qui fera rire tous ceux qui connaissent les milieux universitaires.
Dans La Dame de la mer, le mystérieux marin revient
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trouver son ancienne fiancée, mariée depuis plusieurs années au Dr Wangel, et lui demande de le suivre, puisque, en réalité, elle lui appartient. L’époux assisle à la scène. 11 démontre à l’étranger qu’il a tort de vouloir enlever Ellida. Il lui représente qu’il serait préférable de s’adresser, dans la conversation, à lui, mari, et non à sa femme. 11 le reprend doucement de ce qu’il tutoie Ellida et l’appelle par son prénom : « C’est une familiarité qui n’est pas d’usage chez nous, monsieur ». La scène (P. 78-83) est d’un indicible comique et mériterait d’être reproduite en entier. Bornons-nous a en citer la conclusion.
L’étranger. — Demain soir je reviendrai. Tu m’attendras ici, clans le jardin, parce que je préfère régler cette affaire avec toi seule, comprends-tu?
Eluda (bas et tremblante). — Wangel, entends-tu?
Wangel. — Sois tranquille. Nous saurons bien l’empêcher de revenir.
L’étranger. — Au revoir, Ellida, à demain soir!
Eluda ( suppliante ). — Non, non, ne venez pas demain soir. Ne revenez pas!
L’étranger. — Et alors, si tu es disposée à venir avec moi sur la mer —
Eluda. — Ne me regardez pas ainsi.
L’étranger. — A tout hasard tiens-toi prête à partir.
Wangel. — Ellida, rentre dans la maison.
Et Wangel est dépeint par Ibsen non comme un vieillard mis sous tutelle et ramolli, mais comme un homme dans la force de l’âge et en pleine possession de ses facultés!
Toutes ces insanités, cependant, sont de beaucoup surpassées par la scène de Rosmersholm où Rébecca confesse
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au brave Rosmer qu’elle a été dévorée d’ardents désirs sensuels à son égard (P. 308, 309).
Rosmer. — Qu’as-tu senti? Parle de façon à ce que je puisse te comprendre.
Rébecca. — J’ai senti un désir, un élan sauvage invincible. Ah! Rosmer!
Rosmer. — Un élan? Rébecca! vers...
Rébecca. — Vers toi!
Rosmer ( faisant un mouvement four se lever). — Qu’estce que cela veut dire? (Imbécile!)
Rébecca (le retenant). — Reste là, mon ami. Je n’ai pas fini.
Rosmer. — Et tu dis — que tu m’as aimé — de cette façon.
Rébecca. — Je croyais alors que cela s’appelait aimer — alors. Cela me semblait de l’amour, mais ce n’en était pas, je le répète : c’était un désir sauvage, indomptable... Elle s’est abattue sur moi (cette passion) comme une tempête sur la mer, comme une de ces tourmentes d’hiver qui sévissent là-haut, dans le Nord. Elles passent, comprends-tu, et vous enlèvent, vous emportent avec elles. On n’y résiste pas.
Rosmer, l’objet de cette ardeur, est âgé de quarantetrois ans et a été pasteur. La chose est un peu drôle, mais pas impossible, car des érotomanes peuvent aimer toute espèce de choses, même des bottes '. Ce qui est inimaginable, c'est la façon dont la nymphomane s’y prend pour satisfaire son « désir sauvage, invincible » , cette « tempête sur la mer » qui « vous enlève, vous emporte avec elle ». Elle est devenue l’amie de la femme de Rosmer, atteinte
\. Dr R. von Krafft-Ebing, Psychopathia sexualis, avec examen spécial de la sexualité contraire. Étude clinico-légale, 3e édition augmentée et revue. Stuttgart, 1888. Voir (p. 120) l’observation relative au jeune aristocrate que <■ l’idée de ses bottes » excitait érotiquement. Je cite ce cas seulement, mais il me serait facile de relever par douzaines des cas où des bonnets de nuit, des clous de souliers, des tabliers blancs, une tête ridée de vieille femme, etc., ont excité au plus haut degré la sensualité.
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d'une maladie mentale, elle l'a torturée pendant dix-huit mois en lui démontrant que Rosmer est malheureux parce qu’elle n’a pas d'enfants, qu’il l’aime, elle, la nymphomane, mais se fait violence tant que sa femme vit, et, par ce poison patiemment et sans cesse versé dans son âme, elle l’a heureusement poussée au suicide. Au bout d'un an et demi! Pour apaiser son « désir sauvage, invincible »! C’est exactement comme si un individu que la faim a rendu fou imaginait, pour la calmer, un plan profond lui permettant d’attraper par captation d'héritage un morceau de champ, d’y faire pousser du froment, de faire moudre celui-ci, et de se cuire ensuite du pain magnifique qu’il sera si délicieux de dévorer! Que le lecteur juge lui-même si c’est là la façon dont les affamés ou les femmes nymphomanes, sur lesquelles la passion s’abat « comme une tempête sur la mer », ont coutume de se comporter pour satisfaire leurs instincts!
Telles sont les représentations que ce « réaliste » se fait de la réalité du monde. Quelques-unes de ses élucubrations enfantines ou absurdes sont de petits détails accessoires, et un ami bienveillant, doué de quelque expérience de la vie et de quelque bon sens, aurait pu facilement le détourner, par des conseils à la portée de tout le monde, de se rendre ridicule. Mais d’autres de ses inventions touchent au fond le plus intime de ses créations, dont elles font des billevesées grotesques. Dans Les Soutiens de la société, Bernick, l’homme qui projette tranquillement l’assassinat de dix-huit matelots pour maintenir son renom de constructeur capable (on peut remarquer, en passant, l’absurdité de ce moyen pour atteindre pareil
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but), confesse tout d’un coup à ses concitoyens, sans y être contraint en rien, uniquement sur le conseil de M"° Ilessel, qu’il a été un gredin et un criminel. Dans Maison de poupée , la femme qui vient de jouer si tendrement, il n'y a qu’un instant, avec ses enfants, quitte brusquement sa famille sans même consacrer une pensée à ces enfants \ Dans Rosmersholm , on veut nous faire croire que la nymphomane Rébecca, en rapports constants avec l’objet de sa flamme, est devenue chaste et vertueuse, etc. Beaucoup des figures principales d’Ibsen offrent ce genre de métamorphoses impossibles et incompréhensibles, de telle sorte qu’elles ont l’air de figures qui, par suite d'une méprise de l’ouvrier, auraient été composées et collées ensemble à l'aide de deux moitiés ne se rapportant pas l’une à l’autre.
Après le « vérisme » d’Ibsen, examinons le caractère « scientifique » de son œuvre. 11 rappelle la civilisation des nègres de Libéria. La constitution et les lois de celle république de l’Afrique occidentale sont à peu près les mêmes que celles des États-Unis de l’Amérique du Nord, et, sur le papier, ont l’air très respectables. Mais lorsqu’on vit à Libéria, on reconnaît bien vite que les républicains noirs sont des sauvages qui n’ont aucune idée des institutions politiques existant chez eux de nom, du
1. Helmer. — Abandonner ton foyer, ton mari, tes enfants! Tu ne songes pas à ce qu’on en dira?
Noua. — Je ne puis pas m’arrêter à cela. Je sais seulement que, pour moi, c’est indispensable...
Helmer. — Tes devoirs envers... tes enfants?
Nora. — J’en ai d’autres tout aussi sacrés... Les devoirs envers moi-même.
(Maison de poupée , p. 272).
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droit théoriquement en usage chez eux, etc. Ibsen se donne volontiers l’apparence de se placer sur le terrain de la science et de mettre à protit ses derniers résultats. Dans ses pièces on cite Darwin. 11 a évidemment feuilleté, quoique d’une main distraite, des livres consacrés à la question de l’hérédité, et il s’est fait raconter quelque chose sur certaines matières médicales. Mais les quelques pauvres formules grotesquement mal comprises qui sont restées dans sa mémoire, il les emploie de la même façon que mon nègre de Libéria, donné en exemple, emploie les respectables faux cols en papier et les chapeaux à haute forme de l’Europe. L’homme du métier ne peut jamais conserver son sérieux, quand Ibsen étale ses connaissances scientifiques et médicales.
L’hérédité est le dada qu’il enfourche dans chacune de ses pièces. Il n’y a pas un seul trait de ses personnages, pas un détail des caractères, pas une maladie, qu’il ne ramène à l’hérédité. Le Dr Rank ( Maison de poupée) doit expier dans « son épine dorsale, la pauvre innocente,... la joyeuse vie qu’a menée son père quand il était lieutenant » (P. 217). Helmer expose à Nora qu’ « une atmosphère de mensonge apporte une contagion et des principes malsains dans toute une vie de famdle. Chaque fois que les enfants respirent, ils absorbent des germes de mal... Presque tous les gens dépravés de bonne heure ont eu des mères menteuses... Cela provient le plus fréquemment des mères; mais le père agit naturellement dans le même sens » (P. 199). Et, P. 262 : « Avec la légèreté de principes de ton père... et ces principes, tu en as hérité. Absence de religion, absence de morale, absence de tout
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sentiment de devoir ». Oswald ( Les Revenants ) a appris de l’étonnant médecin parisien qui lui a dit qu’il était ramolli, que son mal était un héritage de son père h Régine, la fdle naturelle de feu Alving, tient complètement de sa mère. « Régine. Ainsi, ma mère en était une... — Mmc Alving. Ta mère avait beaucoup de bonnes qualités, Régine. — Régine. Oui, mais c’en était une quand même. Oh! je l’ai bien pensé quelquefois... Une fille pauvre doit employer sa jeunesse... Et moi aussi, madame, j’en possède, de la joie de vivre. — Mmo Alving. Hélas, oui! Mais ne va pas te perdre, Régine. — Régine. Rab! Si je me perds, c’est que c’est inévitable. Si Oswald ressemble à son père, je dois ressembler à ma mère, j'imagine » (P. 126). La nymphomanie de Rébecca, dans Rosmersliolm, s’explique par ce fait qu’elle est la fille naturelle d’une Lapone de mœurs douteuses. « J’estime que, pour expliquer toute votre conduite, il faut remonter jusqua votre origine », lui dit le recteur Ivroll (P. 287). Rosmer ne rit jamais, parce qu’ « il en est ainsi dans sa famille ». Il est « le descendant des hommes qui nous regardent ici », ajoute le recteur en montrant du geste les portraits des ancêtres de Rosmer. 11 « tient à sa race par de fortes racines » (P. 286). Hilde, la belle-fille de « la dame de la mer », dit, dans la pièce qui porte ce litre (P. h h) : « Je ne serais pas étonnée qu’un beau jour elle
I. « Il finit par me dire : Il y a en vous depuis votre naissance quelque chose de vermoulu ; c’est l’expression française dont il s’est servi... Je ne comprenais pas, en sorte que je le priai de s’expliquer plus clairement. Il dit alors, le vieux cynique : Les péchés des pères retombent sur les enfants » (P. 99). Et plus loin (P. 132) : ■ Cette maladie qui m’est échue en héritage, elle est... {Il pose le doigt sur son front et ajoute tout bas), elle est là dedans ».
Max Nobdau. — Dégénérescence. II — 13
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devînt folle.... Sa mère aussi était folle. En tout cas elle est morte folle ». Presque chaque personnage du Canard sauvage a son coup de marteau héréditaire. Grégoire Werlé, l’imbécile méchant, qui regarde et présente sa rage de potiner comme un besoin de vérité, tient ce travers de sa mère *. La petite Hedwige devient aveugle, comme son père, le vieux Werlé 2. Déjà, dans les premiers drames philosophiques, revient constamment ce même motif. Brand et Peer Gynt tiennent de leurs mères, le premier son entêtement, le second son imagination mobile et excessive. Ibsen a visiblement lu le livre fondamental de Lucas sur l’hérédité, et il y a puisé sans critique. Il est vrai que Lucas croit à la transmission héréditaire de vues et de sentiments même très compliqués, se référant à des faits très particuliers, tels, par exemple, que l’horreur pour les médecins 3, et que la transmission héréditaire de certaines déviations morbides de la norme, par exemple l’apparition de la cécité à un âge
1. Le Canard sauvage : Grégoire. — Et puis,... si je dois supporter la vie, il faut que je cherche un remède pour ma conscience malade. Werlé. — Elle ne guérira jamais. Tu as la conscience attaquée depuis ton enfance. Tu as hérité cela de ta mère, Grégoire : le seul héritage qu’elle t'ait laissé (P. 111). (P. 113) : Relling. — Mais, que diable,... tu ne vois donc pas que cet individu est toqué, timbré, fou! Gina. — Tu vois bien. Sa mère aussi avait des crises qui lui tournaient le physique de temps en temps ».
2. Le Canard sauvage : Hjalmar. — Elle est en danger de perdre la vue. Grégoire. — Menacée d’être aveugle! Hjalmar. — ...Nous sommes avertis par le médecin; c’est irrémissible. Grégoire. — D’où cela lui vient-il? Hjalmar ( avec un soupir). — C’est probablement héréditaire (P. 61). (P. 134) : M“° Soerby. — Il (Werlé) est à la veille d’être aveugle. Hjalmar (tressaillant). — A la veille d’être aveugle? C’est singulier. Aveugle, lui aussi? »
3. Dr Prosper Lucas, Traité philosophique et physiologique de l'hérédité naturelle dans les états de santé et de maladie du système nerveux, etc. (Le litre a encore sept lignes!) (Paris, 1847, 2 volumes), t. I, p. 250. (Montaigne, paraît-il, avait cette horreur héréditaire pour les médecins).
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déterminé, ne fait pour lui aucun doute *. Lucas, dont les mérites ne doivent pas être niés, n’a pas suffisamment distingué entre ce que l’individu reçoit matériellement à son origine de ses parents, et ce qui lui est suggéré plus tard par l'éducation de famille et l’exemple, par la continuation d’existence dans les mêmes conditions que ses parents, etc. Ibsen est le vrai « homme d’un seul livre ». Il s’en tient à son Lucas. S’il avait lu Weismann 1 2 et surtout Galton 3, il saurait que rien n’est plus obscur, que rien n’est plus capricieux en apparence, que la marche de l’hérédité. Car l’individu est le résultat, — Galton dit : la moyenne arithmétique, — de trois quantités différentes : son père, sa mère, et l’espèce entière, représentée par la double série, remontant aux premiers commencements de toute vie terrestre, des ancêtres paternels et maternels. Cette troisième quantité est l’inconnu, l’X du problème. Des retours à des ancêtres éloignés peuvent rendre l’individu absolument dissemblable à ses parents, et les influences de l'espèce dépassent tellement, en règle générale, celles des procréateurs directs, que des enfants qui sont la copie exacte de leur père ou de leur mère, surtout sous le rapport des manifestations les plus compliquées de la personnalité, du caractère, des aptitudes et des penchants, constituent de très grandes raretés. Mais Ibsen ne tient nullement à justifier sérieuse-
1. Dr Prosper Lucas, op. cit., t. I, p. 391-420 : De l’hérédité des modes sensitifs de la vue. 11 enregistre (p. 400) l’histoire d’une famille dans laquelle la mère devint aveugle à vingt et un ans, scs enlanls à seize et dix-sept ans, etc.