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Analysée dans le Journal of mental science, janvier

PSYCHOLOGIE DE L’ÉGOTISME

fondamental, c’est-à-dire la dégénérescence, il ne faut pas non plus méconnaître, d’autre part, que chez certains dégénérés prédomine nettement un groupe de phénomènes morbides, sans que pour cela manquent chez eux les autres. 11 est donc permis de distinguer parmi eux certaines espèces principales, notamment, à côté des mystiques dont nous avons étudié les plus remarquables représentants dans l'art et la poésie contemporains, les « égotisles » ( Ichsüchtige ). Ce n’est pas par affectation que je me sers de ce mot, au lieu des mots « égoïsme » et « égoïste » ordinairement employés. L’égoïsme est un manque d’amabilité, un défaut d’éducation, peut-être un défaut du caractère, une preuve de moralité insuffisamment développée, mais ce n’est pas une maladie. L’égoïste est complètement en état de se conduire dans la vie et de tenir sa place dans la société; il en est même souvent, quand il ne s’agit que d’atteindre des buts bas, plus capable que l’homme supérieur et meilleur qui s’est élevé jusqu’à l’abnégation de lui-même. L’égotiste, au contraire, est un malade qui ne voit pas les choses comme elles sont, ne comprend pas le monde et ne sait pas prendre juste position vis-à-vis lui. La différence que je fais en allemand entre Ichsucht et Selbslsucht, les Français la font aussi dans leur langue, où jamais un écrivain soigneux ne confondra le mot « égotisme », emprunté à l’anglais, avec le mot « égoïsme ».

Naturellement, le lecteur auquel on montre la physionomie intellectuelle des égotistes doit toujours se rappeler que, si les représentants principaux de cette espèce et de l’espèce mystique sont caractérisés avec une netteté suffi-

l’égotisme

santé, les frontières de celles-ci sont flottantes. Les égotistes sont d’une part à la fois mystiques, érotiques et, parfois même, ce qui a l’air paradoxal, affectent un semblant de philanthropie, et chez les mystiques, d’autre part, nous rencontrons assez souvent un égotisme fortement développé. Il y a parmi les dégénérés certains exemplaires chez lesquels tous les troubles se produisent à un degré tellement égal, que l’on peut se demander si l’on est en présence plutôt de mystiques que d’égotistes. En règle générale cependant, le rangement dans lune ou l’autre classe ne souffrira pas de trop grandes difficultés.

Que l’égoïsme soit un trait de caractère saillant des dégénérés, c’est ce qu'établissent unanimement tous les observateurs. « 11 (le dégénéré) ne connaît, ne s’intéresse qu’à lui-même », dit Roubinovitch ', et Legrain constate qu’il « n’a... qu’une préoccupation, celle de satisfaire ses appétits 2 ». Cette particularité établit un lien qui rattache le plus haut dégénéré au plus bas, le génie délirant au débile d’esprit. « Tous les génies délirants », remarque Lombroso, « sont très épris et très occupés de leur propre moi 3 », et Solder écrit au sujet de leurs antipodes, les imbéciles : « Indisciplinés, ils n’obéissent que par crainte, sont souvent violents, surtout avec ceux qui sont plus faibles qu’eux, humbles et soumis avec ceux qu’ils sentent plus forts. Peu affectueux, égoïstes au premier chef, vantards 4 ».

1. J. Roubinovitch, Hystérie mâle el dégénérescence. Paris, 1890,

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