Sur la Généalogie de la Morale, p
l’égotisme
matérielle de dettes ( Schulden ) \ Admettons que cela soit vrai. Qu’aurait-il gagné par là pour sa théorie? Cela prouverait seulement que l’idée, grossièrement matérielle et limitée à l’origine, s’est, dans le cours du temps, élargie, approfondie et spiritualisée. Qui a jamais eu l’idée de contester ce processus? Quel est l’homme un peu au courant de l’histoire de la civilisation, qui ignore que les concepts se développent? Aurait-on peut-être entendu par amour et amitié, dans les temps primitifs, les étals d’âme délicats et multiples que ces mots expriment aujourd’hui pour nous? 11 se peut que la première « culpabilité » dont les hommes eurent conscience ait été l’obligation de rendre un prêt. Mais une « culpabilité » dans le sens de « dette » d’une obligation matérielle ne peut pas naître parmi des « fauves blonds », parmi des « carnassiers cruels ». Elle présuppose déjà un rapport de contrat, la reconnaissance d’un droit de propriété, le respect d’une individualité étrangère; elle n’est pas possible si, chez le prêteur, n’existent pas le penchant à être serviable pour l’un de ses semblables et la confiance dans le bon vouloir de celui-ci à reconnaître ce bienfait; chez l’emprunteur, la soumission xrolontaire à la désagréable nécessité de s’acquitter. Et tous ces sentiments sont déjà de la morale, de la morale simple mais authentique, exactement la « morale d’esclaves » du devoir, des égards, de la sympathie, du refrènement de soi-même, non la « morale de maîtres » de l'égoïsme, du pillage, de la violence cruelle, des désirs illimités! Si même certains mots, comme l’alle-