‹ DégénérescenceChapitre 34 sur 56 · Df Hugo Kaatz, op. cit., 1” partie, préface, p · texte numérisé non relu

Df Hugo Kaatz, op. cit., 1” partie, préface, p

l’égotisme

au-dessous, mais des vues opposées, s’excluant raisonnablement les unes les autres, qui régnent simultanément dans la conscience de Nietzsche et que son jugement ne parvient pas plus à concilier qu’à supprimer soit l’une, soit l’autre.

Dans Ainsi parla Zarathoustra, 3e partie, P. 29, on lit : « Aimez en tout cas votre prochain comme vousmême, mais commencez par être ceux qui s’aiment euxmêmes ». P. 56 : «Et alors il arriva aussi que sa parole sacra l’égoïsme, l’égoïsme robuste et sain qui coule d’une âme puissante ». Et P. 60 : « On doit apprendre à s’aimer soi-même — ainsi l’enseigné-je — avec un amour robuste et sain : afin qu’on puisse se supporter soi-même et qu’on ne vagabonde pas ». Au contraire, dans le même livre (lre partie, P. 108) : « C’est pour nous une horreur, le sens dégénérescent qui dit : tout pour moi ». Cette contradiction est-elle expliquée par le fait « d’être parvenu à une conception du monde définitive » ? Les affirmations opposées se trouvent dans le même livre, à quelques pages de distance!

Autre exemple. La gaie Science, P. 2 6i : « L’absence de personnalité se venge partout ; une personnalité affaiblie, mince, éteinte, se niant et se calomniant soi-même, n’est plus bonne à rien — et moins qu’à toute autre chose, à la philosophie ». Et seulement quatre pages plus loin, dans le même livre, P. 268 : « Ne sommes-nous pas tombés dans le soupçon d’un contraste, d’un contraste du monde, dans lequel jusqu’ici nous étions chez nous avec nos vénérations... et d’un autre monde que nous sommes nousmêmes... soupçon qui pourrait nous placer, nous autres

Européens, en face de ce formidable dilemme : ou supprimez vos vénérations, ou supprimez-vous vous-mêmes ». Ici il nie donc ou met du moins en doute sa personnalité, bien que sous une forme interrogative à laquelle le lecteur ne peut néanmoins s’arrêter, car Nietzsche « aime à masquer ses idées ou à les exprimer d’une manière hypothétique, et à mettre fin par une phrase interrompue ou par un point d’interrogation aux problèmes soulevés 1 ».

Mais il nie beaucoup plus décidément encore sa personnalité, son « moi ». Dans Au-delà du Bien et du Mal, préface, p. vi, il expose que le fondement de tous les édifices philosophiques jusqu’à présent a été une « super stition populaire quelconque », telle, par exemple, que la « superstition de l’âme qui, comme superstition du subjectif et du « moi », n’a pas cessé, de nos jours encore, de causer du mal ». Et dans le même livre, P. 139, il s’écrie : « Qui n’a déjà été rassasié jusqu’à mourir de toute sa subjectivité et de sa maudite ipsissimosité ! ». Ainsi, le « moi » est une superstition! Rassasié jusqu’à mourir de sa « subjectivité! ». Et cependant le « moi » doit être « proclamé saint 2 »! Et cependant le « fruit le plus mûr de la société et de la moralité est le souverain individu qui ne ressemble qu’à lui-même 3 » ! Et cependant « une personnalité qui se nie elle-même n’est plus bonne à rien » !

La négation du « moi », la désignation de celui-ci

1. Robert Schelhvien, Max Stirner et Frédéric Nietzsche. Leipzig, 1892, p. 23.

2. Ainsi parla Zarathoustra, lre partie, p. 84 : « Le « toi » est proclamé saint, mais pas encore le « moi ».

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