Sur la Généalogie de la Morale, p
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Cette explication de l’origine de sa philosophie morale « originale » renferme un diagnostic qui s'impose nettement même à l’œil le plus myope : le système de Nietzsche est un produit de la folie de contradiction, forme agitée du même trouble d’esprit qui a pour forme mélancolique la folie du doute et de la négation, dont il a été question dans les chapitres précédents. La « folie des négations » se trahit aussi dans ses particularités de langage. Il a dans la conscience toujours une impulsion à poser en quelque sorte un point d’interrogation. 11 n’aime aucun mot autant que le mot « comment? », qu’il emploie continuellement dans les rapports les plus étranges *, et il use jusqu’à l’excès de cette tournure : on « dit non » à telle ou telle chose, tel ou tel est un « diseur de non », tournure qui lui apporte, par l’association d’idées, la tour-
1. Avec quel charme elle s’empare de moi! Comment? Tout le repos du monde s’est-il embarqué ici? » « En quoi l’enthousiaste a-t-il besoin de vin! — Comment? On donne à la taupe des ailes et d’orgueilleuses imaginations? » En tant qu’il dit oui à cet autre monde, comment? ne doit-il pas alors dire non à son contraire, ce monde? » Autour de Dieu tout devient — - comment? peut-être monde? » « Un pessimiste qui dit : oui, à la morale... à la morale læde nnminem : comment? est-ce là réellement un pessimiste? »
« Crainte et pitié : c’est avec ces sentiments que l’homme s’est tenu jusqu’ici devant la femme. — Comment? Et maintenant ce doit être fini ? ». Je veux en rester à ces exemples, mais je remarque une fois pour toutes que je pourrais facilement centupler tous les échantillons que je cite pour la mise en lumière de l’état intellectuel de Nietzsche, les particularités caractéristiques revenant chez lui des centaines de fois. 11 a un jour conscience sensoriellement de ce point d'interrogation vivant toujours présent à son esprit sous forme d’obsession. Il nomme l’amour de la domination ( Ainsi parla Zarathoustra , 3e partie, p. 55), « le point d’interrogation fulgurant à côté de réponses prématurées ». Cela, dans ce rapport, n’a absolument aucun sens, mais devient aussitôt compréhensible quand on se rappelle (pie les aliénés ont l’habitude d’exprimer soudainement les représentations qui surgissent dans leur conscience. Nietzsche vit manifestement dans son esprit •< le point d’interrogation fulgurant », et en parla soudainement et sans transition.
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mire opposée : « on dit oui », un « diseur de oui », dont il fait un usage aussi démesurément fréquent. Ce « dire non » et ce « dire oui » est chez lui une véritable pcirapliasia vesana ou langage aliéné contre l’usage, comme le montrent au lecteur les exemples cités en note
Quand Nietzsche assure qu’il a « dit non » « sans colère ni impatience » à toutes les affirmations de Rée, on peut le croire. Les malades atteints de la folie du doute et de la négation ne s’irritent pas quand ils questionnent ou contredisent; ils le font sous la contrainte de leur aliénation mentale. Mais les fous furieux parmi eux ont, s’ils ne s’irritent pas eux-mêmes, du moins le dessein conscient d’irriter les autres. Nietzsche laisse échapper sur ce point un aveu : « Ma manière de penser réclame une âme belliqueuse, la volonté de faire du mal, la joie de dire non » (La gaie Science, P. 63). Comparons à cet aveu ces passages d’Ibsen : « Pourquoi ne ménageais-tu rien ni personne? — Simplement pour être désagréable à ces êtres
1. « Une vie grecque à laquelle il disait non » « Un pessimisme qui ne dit pas seulement non, ne veut (!) pas seulement non, mais... fait (U) non » « Un non intérieur dit à cette chose ou à celle-là » « Libre à mort et libre dans la mort, un saint diseur de non ». Puis, comme pendant complémentaire: « Gros d’éclairs, qui disent : Oui! rient : Oui! » « Tandis que toute morale noble grandit jusqu’à devenir elle-même, en sortant d'un oui triomphal ». (11 se sent comme quelque chose) « disant du moins oui à la vie » « Pouvoir se dire oui à soi-même, c’est là un fruit mûr ». (La méchanceté désintéressée est sentie par l’humanitc primitive comme quelque chose) « à quoi la conscience dit hardiment oui » « Il projette hors de lui comme un oui chaque non qu’il se dit à lui-même ». On voit l’emploi que fait Nietzsche de son « dire oui » et >■ dire non ». Ils se trouvent à peu près à la place de tous les verbes qui unissent le sujet et l’attribut. Cette idée : « J’ai soif », Nietzsche l’exprimerait ainsi : « Je dis oui à l’eau ». Au lieu de : ■< J’ai sommeil », il dirait : •> Je dis non à la veille », ou : « Je dis oui au lit », etc. C’est la manière dont les malades, dans l'aphasie incomplète, ont coutume de circonscrire leurs idées.
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minaudiers des deux sexes de notre ville », et : « Il surviendra quelque événement qui les éclaboussera tous » (Les Soutiens de la société , P. 70 et 119).
L’origine d’une des doctrines « les plus originales » de Nietzsche, celle de l’interprétation de la conscience comme une satisfaction de l’instinct de cruauté par le déchirement intérieur de soi-même, a déjà été recherchée par le Dr Hermann Türck dans un excellent petit écrit. Il reconnaît très justement, au fond de cette idée démente, l'état morbide de la folie morale, et continue ainsi :
Représentons-nous maintenant un homme de ce genre, avec les instincts innés du meurtre ou avec des anomalies ou une perversité des sentiments moraux, en même temps très bien doué, pourvu de la meilleure instruction et d’une excellente éducation, élevé dans d’agréables conditions et sous l'œil vigilant de femmes... et occupant déjà de bonne heure une éminente situation sociale : il est clair que les instincts moraux meilleurs doivent acquérir chez lui une telle force, qu’ils sont en état de refouler au plus profond intérieur et de museler complètement la joie bestiale de destruction, sans toutefois pouvoir la tuer entièrement. Elle ne peut pas, il est vrai, se manifester en actes, mais l'instinct, étant inné, subsiste à l’état de désir inaccompli nourri tout au fond du cœur... comme ardente aspiration à se livrer à sa cruelle volupté. Or, toute non-satisfaction d'un instinct fortement accusé a pour conséquence la douleur et la torture intime. Nous sommes très enclins, nous autres hommes, à regarder comme naturel et justifié ce qui nous cause décidément du plaisir, et à rejeter, au contraire, comme mauvais et contre nature, ce qui nous apprête de la douleur. C’est ainsi qu’il peut se faire qu’un homme spirituel, très cultivé, né avec des instincts pervers et ressentant comme une torture la nonsatisfaction de l'instinct, en vienne à justifier comme quelque chose de bon, de beau et de naturel, la volupté du meurtre, l'égoïsme extrême, et à signaler au contraire comme aber-
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ration morbide les instincts moraux supérieurs opposés, qui se montrent en nous comme ce que nous nommons conscience L
Le Dr Türck a raison quand il admet chez Nietzsche une aberration morale innée, l'inversion des instincts sains en leur contraire. 11 commet toutefois, dans l’interprétation des phénomènes en lesquels se manifeste l’aberration, une erreur qui s’explique par ce fait que le Dr Türck n’est évidemment pas très au courant de la psychiatrie. Il suppose que, dans l’esprit de Nietzsche, les mauvais instincts soutiennent un rude combat avec les vues meilleures à lui inculquées par l’éducation, et qu’il ressent comme une douleur l’étouffement de ses instincts par le jugement. Ce n’est très probablement pas là le véritable état de choses. Nietzsche n’a pas nécessairement besoin d’éprouver le désir de commettre des assassinats et d’autres crimes. Chaque pervers n’est pas soumis aux impulsions. La perversion peut être exclusivement limitée à la sphère de l’idéation, et se satisfaire uniquement en représentations. Un pervers de cette espèce ne conçoit jamais l’idée de transformer ses représentations en actes. Son trouble pathologique ne s’étend pas aux centres de volonté et de mouvement, mais hante exclusivement les centres d’idéation. Nous connaissons, par exemple, des formes de perversion sexuelle dans lesquelles les malades ne ressentent jamais le besoin de se satisfaire par des actes, et ne jouissent qu’en esprit1 2. Celte étonnante séparation du rapport
1. Dr Hermann Türck, Frédéric Nietzsche et ses décoiements philosophiques, 2e édition. Dresde, 1 S9 J , p.
2. B. Bail, La Folie érotique. Paris, 1SSS, p. 50 : « Je vous ai tracé
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naturel entre représentation et mouvement, entre pensée et acte, ce détachement des organes de volonté et de mouvement des organes de pensée et de jugement auxquels ils obéissent dans des circonstances normales, est en soi une preuve de profond détraquement de toute la machine pensante. Les gens incompétents font volontiers remarquer que maints écrivains et artistes forment, dans leur vie exempte de reproche, un contraste direct avec leurs œuvres qui peuvent être immorales on contre nature, et ils tirent de ce contraste la conclusion que rien n’autoriso à conclure des œuvres à la nature intellectuelle et morale de leurs auteurs. Ceux qui parlent ainsi ne soupçonnent même pas, dans leur ignorance, qu’il y a des perversions purement intellectuelles qui sont tout aussi bien une maladie de l’esprit que les impulsions des « impulsifs ».
C’est visiblement le cas chez Nietzsche. Son aberration est de nature purement intellectuelle et ne l’a guère poussé à des actes. 11 n’y a donc pas eu non plus dans son esprit de lutte entre les instincts et la moralité acquise. Son explication de la conscience a une tout autre origine que ne le suppose le Dr Türck. Elle est une des interprétations erronées si fréquemment observées d’une sensation par la conscience qui la perçoit. Nietzsche remarque que les représentations de nature cruelle sont, chez lui, accompagnées de sentiments de plaisir, qu’elles sont,
le tableau de l’amour chaste (folie amoureuse ou érotomanie d’Esquirol), où les plus grandes extravagances demeurent enfermées dans les limites du sentiment et ne sont jamais profanées par l’intervention des sens; je vous ai montré des exemples de ce délire poussé jusqu’aux dernières limites de l’insanité, sans qu’il s’y mêlât jamais une idée étrangère au domaine de l’amour platonique ■>.
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suivant l’expression de la psychiatrie, « voluptueusement accentuées ». Il incline, à cause de cet accompagnement, à évoquer des représentations voluptueuses de ce genre et à s’y arrêter avec jouissance L La conscience cherche ensuite à interpréter raisonnablement ces expériences, en supposant que la cruauté est un instinct primordial puissant de l’homme, que celui-ci se complaît du moins dans l’idée d’actes cruels, à défaut de pouvoir les commettre réellement, et que cet arrêt voluptueux à des représentations de cette nature, il le nomme sa conscience. Comme je l’ai montré plus haut, les remords de conscience sont, d’après Nietzsche, non la conséquence de mauvaises actions, mais ils apparaissent chez des gens qui n’ont jamais rien commis de mal. 11 emploie ainsi le mot, d’une façon impossible à méconnaître, dans un sens tout différent du sens habituel et lui appartenant seul; il désigne par lui simplement la jouissance qu’il éprouve à s’arrêter à des représentations de cruauté voluptueusement accentuées.
Mais l’aberration dans laquelle le malade ressent, à l’occasion d’actes ou de représentations de nature cruelle, une excitation voluptueuse, est bien connue du médecin aliéniste. Elle a un nom dans la science : elle s’appelle le sadisme. Le sadisme est la. forme de perversion sexuelle opposée au masochisme1 2. Nietzsche est atteint de sadisme
1. Nietzsche parle à un endroit ( Sur la Généalogie de la Morale , p. 132) de « l’espèce des onanistes moraux qui se satisfont euxmêmes ». 11 ne s’applique pas personnellement ce mot, mais celuici est incontestablement inspiré par un obscur sentiment de son propre état d’âme.
2. Dr R. von Krafft-Ebing, Nouvelles recherches, etc., p. 4S et sqq. : « Le contraste complet du masochisme est le sadisme. Tandis que
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au plus haut degré; seulement, celui-ci est borné, chez lui, à la sphère intellectuelle seule, et se satisfait en débauche idéelle. Je ne voudrais pas m’arrêter trop longtemps sur ce sujet répugnant, et je me contente de citer un très petit nombre de passages qui montrent que, dans le penser de Nietzsche, des images de cruauté sont accompagnées et'soulignées, sans exception, de représentations de nature voluptueuse. « Le fauve blond, magnifique, lascivement friand de proie et de victoire » (Sur la Généalogie de la Morale, P. 21). « Le sentiment de bien-être de pouvoir assouvir sans scrupule sa puissance sur un impuissant, la volupté de faire le mal pour le plaisir de le faire *, la jouissance que fait éprouver la violence » (Ibid., P. 51). « Agissez comme vous le voulez, ivres de joie que vous êtes, rugissez de volupté et de méchanceté » (La gaie Science, P. 226). « Le sentier du propre ciel passe toujours par la volupté du propre enfer » (Ibid., P. 249). « Comment se fait-il que je n’aie encore rencontré personne
celui-là veut endurer des douleurs et se sentir soumis à la violence, le but de celui-ci est de causer des douleurs et d’exercer la violence... Tous les actes et toutes les situations qui sont pratiqués par les sadistes dans le rôle actif, forment pour le masochisme, dans le rôle passif, l’objet du désir. Dans les deux perversions, ces actes vont de faits purement symboliques à de graves sévices... Tous deux doivent être considérés comme des psychopathies originaires d’individus psychiquement anormaux, atteints particulièrement d’hyperesthésie sexuelle psychique, mais en outre, en règle générale, d’autres anomalies encore... Le plaisir de causer de la douleur, et le plaisir d’en éprouver, apparaissent seulement comme deux côtés différents du même fait psychique, dont le principe primaire et essentiel est la conscience de sujétion, active dans un cas, passive dans l’autre ». Voir Nietzsche, Ainsi parla Zarathoustra, lrc partie, p. 93 : « Tu vas chez les femmes? N’oublie pas le fouet! » Au-delà du Bien et du Mal, p. 186 : « La femme désapprend à craindre l’homme » et renonce ainsi à « ses plus féminins instincts ».
1. Ces mots : « de faire le mal pour le plaisir de le faire », sont en français dans l’original.
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qui connût la morale comme problème, et ce problème comme sa misère, sa torture, sa volupté, sa passion personnelles? » [Ibid., P. 264). « C’est à la vue des tragédies, des combats de taureaux et des crucifiements, qu’il s’est jusqu'ici le plus senti à l'aise sur la terre; et quand il imagina l’enfer, voyez, tout cela fut son ciel sur la terre. Lorsque le grand homme crie, le petit accourt vite; et la langue lui pend hors de la bouche, de luxure » [Ainsi parla Zarathoustra, 3° partie, P. 96). Je prie le lecteur profane de prêter une attention toute particulière à l’association des mots soulignés avec ceux qui expriment une idée de méchanceté. Cette association n’est ni accidentelle ni arbitraire. Elle est une nécessité psychique, car aucune image de méchanceté et de crime ne peut surgir dans la conscience de Nietzsche sans l’exciter sexuellement, et il ne peut éprouver aucune excitation sexuelle, sans qu’apparaisse immédiatement dans sa conscience une image de violence et de sang.
La source réelle de la doctrine de Nietzsche est donc son sadisme. Et ici je ferai une remarque générale sur laquelle je ne m’arrêterai pas longtemps, mais que je voudrais recommander à l’attention toute spéciale du lecteur. Aucune qualité d’un auteur ne contribue d’une façon aussi forte et aussi déterminante au succès de tendances malsaines dans l’art et dans la littérature, que la psychopathie sexuelle de celui-là. Tous les déséquilibrés : névrasthéniques, hystériques, dégénérés, aliénés, ont le flair le plus fin pour les perversions de nature sexuelle et les devinent derrière tous les déguisements. Il est vrai qu’ils ne savent pas eux-mêmes, en règle générale, ce qui leur
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plaît dans certaines œuvres et chez certains artistes, mais à l'examen on découvre toujours, dans l’objet de leur prédilection, la manifestation voilée de quelque psychopathie sexuelle. Le masochisme de Richard Wagner et d'Ibsen, le skoptzisme de Tolstoï, l’érotomanie (folie amoureuse chaste) des préraphaélites, le sadisme des décadents, des diaboliques et de Nietzsche, acquièrent à ces écrivains et à ces tendances incontestablement une grande portion, et en tout cas la plus sincère et la plus fanatique, de leurs partisans. Les œuvres sexuellement psychopathiques excitent chez les êtres anormaux la perversion analogue, sommeillante et inconsciente, peut-être aussi non développée, quoique déjà existante en germe, et leur procurent de vifs sentiments de plaisir qu’ils regardent, le plus souvent de bonne foi, pour purement esthétiques ou intellectuels, alors qu’en réalité ils sont sexuels. C’est seulement à la lumière de cette explication que l’on comprendra pleinement les tendances artistiques caractéristiques des anormaux, pour lesquelles nous avons des preuves h Cette confusion des sentiments esthétiques avec les sentiments sexuels n’a rien d’étonnant, car ces
1. Dr R. von KrafTt-Ebing, Nouvelles recherches, t te., p. 108. IJn psychopathe sexuel écrit : « Je m’intéresse fort à l’art et à la littérature. Les poètes et les écrivains qui m’attirent le plus sont ceux qui décrivent des sentiments raffinés, des passions particulières, des impressions recherchées; un style artificiel (ou ultra-artificiel) me plaît. De même, en musique, la musique nerveuse et excitante d'un Chopin, d’un Schumann, d’un Schubert (?), d’un Wagner, etc., est celle qui me dit le plus. Tout ce qui, en art, est non seulement original, mais bizarre, m’attire ». P. 128, un autre malade : « J’aime passionnément la musique et je suis un partisan enthousiaste de Richard Wagner, prédilection que j’ai constatée chez la plupart d’entre nous (atteints du sentiment sexuel contraire!); je trome que cette musique répond précisément si fort à notre manière d’ètre, etc. »
Max Noudau. — Dégénérescence-
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deux sphères de sentiments non seulement se louchent, mais coïncident même pour la plus grande partie, comme je l’ai démontré ailleurs \ Au fond aussi de toutes les étrangetés du costume, notamment chez les femmes, se cache une spéculation inconsciente à quelque psychopathie sexuelle, qui trouve une excitation et un attrait dans la mode des vêtements de chaque époque. On n’a jamais encore étudié les modes à ce point de vue. Pour ma part, je ne puis me permettre ici un si grand écart hors de mon sujet principal. Mais je recommande très expressément cette matière aux gens compétents. Ils feront, sur le terrain des modes, d’étonnantes découvertes psychiatriques!
J'ai consacré à la démonstration de l'insanité du soidisant système philosophique de Nietzsche beaucoup plus d’espace que cet homme et son système n’en méritent. Il aurait suffi d’indiquer simplement le fait suffisamment expressif que Nietzsche, après avoir jadis été interné à plusieurs reprises dans des maisons de santé, vit actuellement depuis des années, comme dément incurable, dans l'établissement du professeur Binswanger, à Iéna, « tlie riglit man in tlie right place », suivant le dicton anglais. Un critique, il est vrai, a dit : « L’enténébrement intellectuel peut éteindre le cerveau le plus lumineux; aussi ne peut-on l’opposer avec certitude à la valeur et à la justesse de ce que quelqu’un a enseigné avant l’apparition de ce malheur ». A cela il faut répondre que Nietzsche a écrit ses œuvres essentielles entre deux séjours dans un asile d’aliénés, c’est-à-dire non pas « avant », mais « après
1. Voir le chapitre : « Esthétique évolutionniste », de mes Paradoxes
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l’apparition de ce malheur », et que toute la question est de savoir de quelle nature est la maladie mentale que l’on invoque comme preuve de l’insanité d’une doctrine. Il est clair que la folie occasionnée par une lésion accidentelle de la tête, une chute, une blessure, etc., ne saurait rien prouver contre la justesse de ce que le malade pourrait avoir enseigné avant son accident. Mais le cas est différent, si la maladie a existé à l’état latent depuis la naissance du malade et peut être démontrée avec certitude par les œuvres mêmes. Il suffit alors absolument d’établir que l’auteur est un aliéné et son œuvre le gribouillage d’un dément, et toute autre critique, tout effort de réfutation raisonnable de ses différentes folies seront superflus, et même — du moins aux yeux de l’homme compétent — un peu ridicules. Or, c’est là précisément le cas de Nietzsche. Il est, sans erreur possible, aliéné de naissance, et ses livres portent à chaque page l'empreinte de la folie. 11 peut être cruel d’insister sur ce point *. Mais c’est un devoir pénible impossible à
I. Dr Max Zerbst, Non et Oui. Leipzig, 1892, p. 7 : « Il n’est pas impossible que ce petit livre parvienne entre les mains de ceux qui vivent très près du malade... et qu’un traitement un peu indélicat de son malheur affligerait profondément ». Le dernier de tous qui ail le droit de se plaindre d’un traitement indélicat et de réclamer des égards, est un nietzschéen, qui revendique pour lui-même la ■ joie de vouloir faire le mal » et le « grand manque d’égards » comme privilèges du « surhomme ». Zerbst qualifie son écrit de réponse à celui du Dr Hermann Türck, mais il n’est qu’une répétition puérilement obstinée et audacieuse de toutes les affirmations de Nietzsche, dont le Dr Türck a démontré la folie. Ce qui est excessivement drôle, c’est que Zerbst veut prouver à Türck, en s’appuyant sur une faible compilation de Ziehen, qu’il n’y a pas de psychoses de la volonté. Or, Türck n’a pas dit un seul mot d’une psychose de la volonté de Nietzsche, mais c’est Nietzsche qui parle (La gaie Science , p. 270) d’ « une énorme maladie de la volonté » et d’« une maladie de la volonté ». L’objection de Zerbst ne s’adresse donc pas au L)r Türck, mais à son propre maître Nietzsche.
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éviter, que de toujours le signaler de nouveau, puisque Nietzsche est devenu l’auteur d’une contagion intellectuelle dont l’on ne peut espérer arrêter le développement que si l’on met en pleine lumière la folie de Nietzsche lui-rnême et si l’on marque également ses disciples du fer chaud qui leur convient : celui d’hystériques et d’imbéciles.
Kaatz affirme que la « semaille intellectuelle » de Nietzsche commence « partout à germer. Tantôt une des pointes les plus aiguisées de Nietzsche a été choisie pour épigraphe d’une tragédie moderne, tantôt une de ses tournures expressives incorporée à l’usage établi du langage... Il est presque impossible de lire aujourd’hui un seul traité effleurant simplement le terrain philosophique, sans y rencontrer le nom de Nietzsche 1 ». C’est là une exagération calomnieuse. Les choses n’en sont pas à ce point. Les uniques « philosophes » qui aient pris jusqu’ici au sérieux le radotage insane de Nietzsche, sont ceux que j’ai nommés plus haut les « gigolos de la philosophie ». Mais le nombre de ces « gigolos » s’accroît effectivement d’une façon inquiétante, et leur effronterie dépasse tout ce qu’on a jamais vu.
Que, parmi les apôtres de Nietzsche, Georges Brandès ne puisse faire défaut, cela va sans dire. Ne savons-nous pas que ce personnage ingénieux s’accroche à chaque apparition dans laquelle il flaire une prima donna possible, pour récolter par son moyen, comme imprésario de gloire, son petit profit? Il fit à Copenhague des conférences sur