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F. Brunetière, op. cit., p

2. « Tout est mystère. Tout est apparence. Rien n’existe réellement ». Mot d’une malade d’Arnaud atteinte de la folie de la négation. Voir F. L. Arnaud, Sur le délire des négations. Annales médicopsychologiques, 7e série, t. XVI, p. 3S7 et sqq.

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naturelle et sociale d’une famille sous le second Empire », et cherche par là à éveiller la double idée que les Rougon- Macquart sont une famille moyenne typique de la bourgeoisie française, et que leur histoire représente la vie sociale générale de la France au temps de Napoléon III. Il affirme expressément comme principe d’art fondamental, que le romancier doit uniquement raconter la vie quotidienne observée par lui b Moi-même je me suis laissé égarer, voilà treize ans, par ses fanfaronnades, et j’ai accepté crédulement ses romans comme des contributions sociologiques à la connaissance de la vie française. Aujourd’hui je sais mieux à quoi m’en tenir. La familie dont M. Zola nous présente l’histoire en vingt gros volumes est tout à fait en dehors de la vie quotidienne normale et n'a môme aucun rapport nécessaire avec la France et avec le second Empire. Elle pourrait aussi bien avoir vécu en Patagonie et à l’époque de la guerre de Trente Ans. Lui qui se moque des « idéalistes » comme étant les narrateurs des « cas exceptionnels », du « jamais arrivé », il a choisi pour objet de l’œuvre de sa vie ce qu’il y a de plus exceptionnel au monde : un groupe de dégénérés, de déments, de criminels, de prostitués et de « mattoïdes » que leur nature morbide place en dehors de l’espèce, qui n’appartiennent pas à la société régulière, mais en sont expulsés et se trouvent en lutte avec elle, qui se dressent

1. « Je voudrais coucher l’humanité sur une page blanche, toutes les choses, tous les êtres, une œuvre qui serait l’arche immeuse ». E. Zola, préface de La Faute de l'abbé Mouret, édition de ISIS. « Jetez-vous dans le train banal de l’existence ». « Choisissez pour héros un personnage dans la simplicité de la vie quotidienne ». « Rien des apothéoses creuses, des grands sentiments faux, des formules toutes faites ». E. Zola, Le Roman expérimental, passim.

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complètement étrangers dans leur époque et dans leur pays et constituent, par leur manière d’être, non des membres d’un peuple civilisé quelconque du temps présent, mais ceux d’une horde d’hommes primitifs sauvages des siècles reculés. M. Zola affirme décrire la vie qu’il a observée et les êtres qu’il a vus. Il n’a en réalité rien vu ni rien observé, mais a puisé l’idée de son œuvre capitale, tous les détails de son plan, toutes les figures de ses vingt romans, uniquement à une source imprimée restée jusqu’ici inconnue, chose caractéristique, à tous scs critiques, parce qu’aucun de ceux-ci ne possède la moindre connaissance de la littérature psychiatrique. Il y a en France une famille du nom de Kérangal, originaire de Saint-Brieuc, dont l’histoire remplit depuis soixante ans les annales de la justice criminelle et de la médecine mentale. En deux générations, elle a produit jusqu’ici, à la connaissance des autorités, sept assassins et assassines, neuf personnes qui ont mené une vie immorale (une tenancière de maison publique, une fille perdue qui était en même temps incendiaire, commit un inceste et fut condamnée pour outrage public à la pudeur, etc.), et, mêlés à eux, un peintre, un poète, un architecte, une comédienne, plusieurs aveugles et un musicien '. L’histoire de cette famille Kérangal a fourni à M. Zola la matière de tous ses romans. Ce que ne lui aurait jamais offert la

1. La famille Kérangal a fait l’objet de beaucoup de travaux et est bien connue dans la littérature spéciale. Le dernier écrit publié sur elle est dû au Dr Paul Aubry : Une famille de criminels. Annales médico-psychologiques, 7e série, t. XVI, p. 429 (reproduit dans La Contagion du Meurtre, du même auteur, Paris, 1894). Voir notamment, p. 432-433, le curieux arbre généalogique de la famille, dans lequel on reconnaît immédiatement le célèbre arbre généalogique des Piougon-.Macquart et des Quenu-Gradelle de M. Émile Zola.

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vie qu’il connaît réellement, il le trouva tout prêt dans les rapports de la police et des médecins sur les Kérangal : un abondant assortiment des crimes les plus exécrables, des aventures les plus inouïes, des carrières les plus folles cl les plus désordonnées, le tout traversé de penchants artistiques qui le rendent particulièrement piquant. Si un tailleur quelconque de romans-feuilletons avait eu le bonheur de faire cette trouvaille, il aurait vraisemblablement gâché le sujet. M. Zola, avec sa très grande puissance et sa sombre émotivité, a su en tirer un parti supérieurement artistique. Et pourtant, le terrain qu’il aborde est celui du roman de colportage, c’est-à-dire d’un romantisme usé qui transporte ses rêves non dans les palais, comme le romantisme florissant, mais dans les tripots, les prisons et les asiles d’aliénés, et s’éloigne autant que celui-ci de la couche moyenne de la vie saine, seulement dans une direction opposée, vers le bas et non plus vers le haut. Mais si M. Zola a infiniment plus de talent que les romanciers allemands auxquels on doit ces récits à effet, Rinaldo Rinaldini , La Nonne sanglante , Le Rourreau de Schrechenstein, etc., il est aussi, par contre, infiniment moins sincère qu’eux. Car ils conviennent du moins qu’ils content des horreurs au plus haut point étonnantes et uniques en leur genre, tandis qu’il donne, lui, sa chronique des criminels et des fous tirée d’une lecture, pour l’histoire naturelle normale de la société française, histoire tirée de l’observation de la vie quotidienne.

Par le choix de son sujet dans le domaine de ce qu’il y a de plus extraordinaire et de plus exceptionnel, par le symbolisme et l’anthropomorphisme enfantins ou fous de

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la contemplalion du monde irréelle au plus haut degré, le « réaliste » Zola s’offre donc comme continuateur immédiat rectiligne des romantiques; scs œuvres se distinguent de celles de ses ancêtres littéraires seulement par deux particularités que M. Brunetière a bien aperçues : par « le pessimisme et la recherche de la grossièreté 1 ». Ces particularités de M. Zola nous fournissent enfin aussi un sinrnc

caractéristique du soi-disant réalisme ou naturalisme, que nous aurions en vain essayé de découvrir par l’enquête psychologique, esthétique et historico-littéraire : le naturalisme, qui n’a rien à démêler avec la nature et la réalité, est, tout compte fait, le culte prémédité du pessimisme et de l’ordure.

Le pessimisme comme philosophie est un dernier reste de la superstition des temps primitifs, qui envisageait l’homme comme le centre et le but de l’univers. Il est une des formes philosophiques de l’égotisme. Toutes les objections des philosophes pessimistes contre la nature et la vie n’ont un sens, que si leur prémisse est le droit à la souveraineté de l'homme dans le cosmos. Quand le philosophe dit : la nature est déraisonnable, la nature est immorale, la nature est cruelle, que signifie cela, sinon : je ne comprends pas la nature, et elle n’est cependant là qu’afin que je la comprenne; la nature ne considère pas mon utilité seule, et elle n’a cependant pas d’autre tâche que de rn’être utile; la nature ne m’accorde qu’une courte existence souvent traversée de douleurs, et c’est cependant son devoir de prendre souci de l’éternité de ma vie et de

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