Lombroso, L'Homme criminel, p. 450 à 4S
2. Ses descriptions de criminels impulsifs ne sont pas, en réalité, exactes. Les profanes ont fort admiré sa description de l’assassin Lantier dans La Bêle humaine. Cependant, le juge le plus compétent en pareille matière, Lombroso, dit de cette physionomie, qui a été inspirée à M. Zola, d’après sa propre déclaration, par L’IIomme criminel : ■■ M. Zola, d’après ma conviction, n’a jamais observé de criminels dans la vie réelle... Ses figures de criminels me font l'impression de la pâleur et de l’incorrection de certaines photographies qui reproduisent des portraits non d’après nature, mais d’après des tableaux ». Le piu rrcenti scoperle en ’ applicazioni délia psichiati ia ed anlropologia criminale. Con 3 lavole e 52 figure nel testo. Turin, 1893, p. 356.
LE RÉALISME
phisme et son symbolisme, son pessimisme, sa coprolalio et sa prédilection pour l’argot, caractérisent suffisamment M. Zola comme dégénéx-é supérieur. Mais il montre en outre quelques stigmates particulièrement caractéristiques qui assurent complètement le diagnostic.
Qu’il soit un psychopathe sexuel, cela se trahit à chaque page de ses romans *. 11 se plonge continuellement avec volupté dans des représentations du domaine de la plus basse sexualité et les entrelace, sans pouvoir en rien motiver artistiquement cette introduction forcée, à tous les événements de ses romans. Sa conscience est peuplée d’images de luxure contre nature, de bestialité, de passivisme et d’autres aberrations, et il ne se Contente pas de s’arrêter avec concupiscence aux actes en question des hommes, mais il produit même des animaux qui s’accouplent. (Voir La Terre , P. 9-10). La vue de linge de femme lui procure une excitation particulière, et il ne peut jamais en parler sans trahir, par le coloris émotionnel de ses descriptions, que les représentations de cet ordre sont chez lui voluptueusement accentuées. Que l’on juge des passages comme ceux-ci, qui peuvent être facilement multipliés :
1. D’autres témoignages encore que ses romans semblent indiquer chez RI. Zola des anomalies dans ce domaine. Je n’ai pas le droit de dire sur les défectuosités personnelles d’un vivant quelque chose qui ne puisse se trouver dans les sources imprimées accessibles à tous; je me contenterai donc de citer ce passage du Journal des Goncourt (t. V, p. 174, 25 janvier 1875) : « Zola est tout heureux, tout épanoui de l'excellente cuisine, et comme je lui dis : — Zola, seriez-vous, par hasard, gourmand? — Oui, me répondit-ii, c’est mon seul vice, et chez moi, quand il n’y a pas quelque chose de bon à diner, je suis malheureux, tout à fait malheureux ... 11 n’y a que cela... Les autres choses, ça n’existe pas pour moi... Ah! vous ne savez pas quelle est ma vie! ». Lorsque M. Zola, au témoignage de i\l. de Goncourt, parlait ainsi, il était juste âge de trentecinq ans !
ZOLA ET SON ÉCOLE
« Les dentelles et la lingerie, dépliées, froissées, jetées au hasard, faisaient songer à un peuple de femmes qui sc serait déshabillé là, dans le désordre d'un coup de désir ». « Le rayon avait sorti tous ses articles blancs, et c’était là, comme partout, une débauche de blanc, de quoi vêtir de blanc une troupe d’Amours frileux ». « Une armée de mannequins sans tète et sans jambes, n’alignant que des torses, des gorges de poupée aplaties sous la soie, d’une lubricité troublante d’infirme (U); et, près de là, sur d'autres bâtons, les tournures de crin et de brillanté prolongeaient ces manches à balai en croupes énormes et tendues, dont le profil prenait une inconvenance caricaturale... Là, les camisoles, les petits corsages, les robes du matin, les peignoirs, delà toile, du nansouck, des dentelles, de longs vêtements blancs, libres et minces, où l’on sentait l'étirement des matinées paresseuses, au lendemain des soirs de tendresse... C’était, aux trousseaux, le déballage indiscret, la femme retournée et vue par le bas, depuis la petite bourgeoise aux toiles unies, jusqu’à la dame riche blottie dans les dentelles, une alcôve publiquement ouverte, dont le luxe caché, les plissés, les broderies, les Valenciennes, devenaient comme une dépravation sensuelle 1 ». Cet effet du linge féminin sur les dégénérés atteints de psychopathie sexuelle est bien connu en psychiatrie et a été souvent décrit par Krafft-Ebing, Lombroso et d autres 2.
1. Émile Zola, Au Bonheur des Dames. Paris, 1S91, p. 141, 4S7, 493,494.
2. Dr R. von Kraiït-Ebing, Psychopathia sexualis, etc., 3e édition. Stuttgart, 1888. Observation XXI 1 1 , cas de Zippe, p. 35; obs. XXIV, cas de Possow, p. 56; note de la p. 57, cas de Lombroso. Dans
LE RÉALISME
A la psychopathie sexuelle de M. Zola s’attache aussi le rôle que les sensations olfactives jouent chez lui. La prédominance du sens de l’odorat et le rapport de celui-ci avec la vie sexuelle frappe chez beaucoup de dégénérés. Les odeurs acquièrent aussi dans leurs œuvres une importance supérieure. Tolstoï (dans La Guerre et la Paix) nous montre le prince Pierre se décidant tout à coup à épouser la princesse Hélène, lorsqu’il sent son odeur au bal h Dans le récit intitulé : Les Cosaques, il ne parle jamais de l’oncle lerochka sans mentionner l’odeur qu’il dégage 2. Nous avons vu dans les chapitres précédents avec quelle satisfaction les diaboliques et les décadents, Baudelaire, M. Huysmans, etc., s’arrêtent aux odeurs, et surtout aux mauvaises odeurs. M. Barrés fait dire à sa petite princesse, dans L'Ennemi des lois : « A l’écurie, où je vais tous les matins, oh! cette petite odeur d’écurie
chacune de ces trois observations, les malades cherchaient à se procurer la vue et le contact de linge de femme, pour s’exciter sexuellement.
César Lombroso, Le piu l'ecenti scoperte, etc., p. 227 : « 11 avait toujours des sensations voluptueuses, en voyant abattre des animaux ou en apercevant aux devantures des magasins des vêtements de dessous et du linge de femme ». Le cas dont parle ici Lombroso est celui d’un dégénéré de quinze ans qu’a observé le Dr Mac- Donald, de l’Université de Clark.
1. Léon Tolstoï, La Guerre et la Paix, édition citée, ■lre partie, p. 373 : « 11 sentait la chaleur de son corps, respirait l'odeur du parfum... Et en ce moment Pierre comprit que non seulement Hélène pouvait devenir sa femme, mais qu’elle devait le devenir, que ce n’était pas possible autrement ». On raconte que le roi de France Henri 111 épousa Marie de Clèves parce que, à la noce du roi de Navarre et de sa sœur Marguerite de Valois, voulant s’essuyer le visage avec la chemise trempée de sueur de la jeune princesse, il fut tellement enivré par l’odeur qui s’en dégageait, qu’il n’eut plus de repos jusqu’à ce qu’il eut possédé celle qui l’avait portée. Voir Krafft-Ebing, Psychopathia sexualis , p. 17.
2. Léon Tolstoï, OEuvres complètes , t. Il, édition citée, p. 385 : « En même temps que lui avait pénétré dans la chambre une odeur forte, mais non désagréable, etc. »
ZOLA ET SON ÉCOLE
chaude et agréable, et elle aspirait avec une jolie (!) expression sensuelle... 1 ». M. de Goncourt décrit, dans La Faustin , comment la comédienne fait sentir son sein par son lord Annandale : « Sentez; que sentez-vous? ditelle à lord Annandale. — Mais l’œillet, reprit-il, en le savourant (le sein) avec ses lèvres. — Encore? — Votre peau! 2 ». A. Binet constate que « ce sont les odeurs du corps humain qui sont les causes responsables d’un certain nombre d'unions contractées par des hommes intelligents avec des femmes inférieures appartenant à leur domesticité. Pour certains hommes, ce qu’il y a d’essentiel dans la femme, ce n’est pas la beauté, l’esprit, l’élévation du caractère, c’est l’odeur; la poursuite de l’odeur aimée les détermine à rechercher une femme laide, vieille, vicieuse, dégradée. Porté à ce point, le goût de l’odeur devient une maladie de l’amour 3 ». line maladie, ajouterai-je, dont souffrent seulement des dégénérés. Les exemples que cite Binet dans le cours de son travail et que l’on peut aller chercher là. vu que je n’ai pas de raison pour les reproduire ici, prouvent cela surabondamment, et Krafft-Ebing, tout en insistant sur « les rapports voisins entre le sens génésique et le sens olfactif », constate pourtant expressément : « En tout cas, les perceptions de l'odorat jouent dans les limites physiologiques (c’est-à-dire dans les limites de la vie saine) un rôle très subordonné 4 ». Même abstraction faite