PIÈCE JUSTIFICATIVE N° XVII
4° Priére.
Mon Dieu, je viens à vous abimée de douleurs ! Notre Pere qui êtes aux cieux, pitié ! pitié pour moi! Le monde m'a jeté son anathème et les hommes leur reprobation. — La voute du ciel n’est plus sur ma tête; mes jours sont sans soleil, mes nuits sans étoiles. Ils m'ont ensevelie vivante, Seigneur, et, lorsque j'ai crié vers vos apôtres pour qu'ils m'aidassent dans la route de votre éternité, vos apôtres mon dit : «Arrière pécheresse.…. Confesse l'infaillibilité des juges de la terre ; arrière, et dis-toi coupable si tu veux que nous élevions la prière vers ton prenne.
ox genoux. devant votre image, triste jusqu'à la mort, Jésus, je viens à vous... J'ai voulu purifier mon âme avant de la mettre à vos pieds! Innocente selon les lois humaines, selon vos lois j'ai péché, et, sv les cieux mémes ne sont pas purs devant votre présence, faible femme ! puis-je assez m'anéantir lorsque je viens me prosterner devant vous !.….. Mon Dieu, voilez votre grandeur ; mon bon ange, ne portez pas vers le trône du Tout-Puissant, mais au pied de sa croix, mes larmes et mes prières |.
J'ai beaucoup souffert, et chaque jour ajoute une souffrance à mes souffrances ! L'humiliation rougit mon front, l'esclavage enchaîne mes
volontés, la calomnie me déshonore, mes ennemis veillent et se glorifient de mes douleurs. « Qui me délivrera de ce corps mortel?» Qui viendra à mon aide, qui finira mon exil, si ce n'est vous, O Seigneur mon Dieu !
Donnez-moi les ailes de la colombe, afin que je trouve où me reposer !.. ou plutôt que votre volonté soit faite! Grdonnez, votre créature obéira sans révolte ! Mais, Seigneur, si votre providence ne peut aplanir ces sentiers, elle vous demande d'ennoblir ses pensées, de fortifier son âme ; elle vous prie d'élever aussi haut sa vertu que vous l'avez abaissée en opprobres.
(Mémoires de Marie CarpeLce, veuve Lafarge. Suite écrite sur ses Notes et contenant sa Correspondance — tome IV, page 360.)
2° Sur ton album, douce Flavie, Tu veux que j'écrive des vers, Ne sais-tu pas, gentille amie, Que ma voix, mourante et flétrie, N'a plus d’écho dans l'univers ?
Ne sais-tu pas, belle imprudente, Que, si ma paupière mourante Tachait de pleurs ces feuillets blanes, Mes larmes, brülant chaque page,
Y traceraient un noir présage
En hiéroglyphes sanglants ?
Ne cherche donc plus dans mon àme Ces rayons de céleste flamme, Joyeux soleils de jours meilleurs :
L'esprit meurt quand le cœur succombe, EL déjà, je suis dans la tombe, Dans la tombe de mes malheurs.
Marie CaPPELLE, veuve Lafarge.
(Vers écrits dans sa prison sur l'album d'une de ses amies.)