‹ Dégénérescence mentale et hystérieChapitre 21 sur 50 · PIÈCE JUSTIFICATIVE N° XX · texte numérisé non relu

PIÈCE JUSTIFICATIVE N° XX

Empoisonnement de deux filles par leur mère, affaire de Mrs ..luisabeth Hagqie (A).

Un pareil crime devait soulever la question de folie ; il fut, en effet, déclaré dans le procès, que le grand père maternel de cette femme était mort fou et qu'un de ses frères avait eu deux atteintes d’aliénation.

Sa mère était d'une intelligence bornée et fondait souvent en larmes. A l’âge de quatre ans, Mrs Haggie fit une chute dans un escalier et fut trouvée étendue par terre sans connaissance ; pendant son enfance, elle avait été sujette à des convulsions. À mesure que ses deux filles Marie et Charlotte grandissaient, on remarqua qu'elle les traitait durement, ce qu'on attribua à l'idée fixe queses filles lui enlèveraient le gouvernement de sa maison. Cinq ou six ans avant le procès, elle avait eu, dans une église, une attaque convulsive accompagnée d’un eri qui effraya la congrégation. Le docteur Butler surintendant de l'asile d'Hartford, sans être convaincu que l’accusée füt aliénée, pensa qu'il y avait des doutes sur l'intégrité de son esprit, et que c'était un cas qu'il fallait soumettre à un examen dans un asile. Il reconnut une influence d'hérédité collatérale. Le docteur Brown, médecin de l'asile de Bloomingdale, et d'une grande expérience, déclara positivement qu’elle était

(4) American Journal of Insanity, juillet 1868 (Analyse par le D' BRIERRE DE BorsmontT. Annales médico-psychologiques, 1869, t. IT, p. 349).

aliénée à l'époque de l'empoisonnement et appuya son opinion sur les faits cités.

Il admit comme conception délirante l'idée de la prétendue usurpation de son pouvoir par ses filles. Cette opinion fut aussi celle du docteur Cook, médecin de l'asile de Cassandaigna. Le docteur Gray, surintendant de l'asile d'Usique, fit une longue deposition, dans laquelle il conclut que cette femme avait une intelligence très limitée, sans éducation, et qu'elle était plutôt nerveuse que folle. Suivant lui, elle n'avait pas de conception délirante, mais présentait une responsabilité partelle. Interrogé sur ce qu'il entendait par là, il répondit que e’était la responsabilité morale et non celle de la loi. Sinous avions été consulté pour ce cas, nous aurions adopté l'opinion des trois autres médecins sur l'existence de la folie, malgré la savante dissertation de M. Gray et son expérience à laquelle nous avons plusieurs fois rendu justice.

L'argumentation du juge Mason porta sur les différences d'opinion des médecins relativement au fait des conceptions délirantes, qui était contesté sur les raisonnements, qui n'étaient que des suppositions, sur la confusion des signes indiqués dans les livres pour distinguer si un acte est raisonnable ou déraisonnable, puisqu'on y trouve que les personnes raisonnables et les aliénés ont les mêmes sentiments, soumis seulement à des influences diverses. En pareil cas, dit-il, on doit se guider par la règle généralement adoptée, la connaissance du bien et

du mal dont les jurés et les magistrats sont aussi aptes que personne à faire l'application ; c'est cette doctrine qui prévalut, bien que le procès eut duré deux ans; les deux jurys appelés à examiner l'affaire se prononcéerent pour la peine de mort.

Cette opinion, qui est aussi celle du reporter, ne nous à pas convaincu, d'abord parce qu'il est incontestable qu’il y à des aliénés qui n'ont pas de conceptions délirantes, et que leurs actes seuls établissent le désordre de leur esprit; c'est ce que nous avons démontré dans notre mémoire sur la folie raisonnante, publié en 1867 par les Annales d'hygiène el de médecine légale, et dont il a été rendu compte en 1868 dans l'American journal of Insanily, par M. Parigot. Quant à la confusion dont se plaint M. Mason sur la similitude des émotions sentimentales des gens raisonnables et des fous, produites néanmoins sous des influences diverses, elle prouve que ce magistrat n’a pas étudié ces malades ; il saurait, en effet, que c’est cette différence d'influence qui les sépare des individus sains d'esprit. Un homme aura été profondément blessé dans ses sentiments, dans ses intérêts, il en éprouvera une haine plus ou moins forte contre l’auteur du méfait; en quoi diffèrera-t-il, pour l'émotion, de l'insensé qui s'imagine qu'une personne, qui lui est souvent inconnue, est cause de ses malheurs, qu'elle lempoisonne?

C’est que, dans le premier cas, il ÿ a un motif réel à la haine, tandis

qu'il est faux dans le second; mais les inductions qu'ils tirent de leur idée sont absolument semblables. Cependant, si le premier tue son ennemi, il sera condamné ; le second sera seulement enfermé dans un asile. Ge sujet est très important, mais nous ne pouvons l'examiner ici comme il conviendrait.

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