PIÈCE JUSTIFICATIVE N° XXI
Hérédité. Hystérie. Empoisonnement sans motif (4).
Curisriane Epuups est accusée du meurtre d'un garcon de six ans, qui suecomba le 12 juin, avec des symptômes d'empoisonnement par la strychnine, après absorption de pastilles de chocolat. L'accusation établit que E... s'était procuré, entre mars et juin, des quantités considérables de strychnine sous un faux nom et avait fait prendre à la fin de mai des pastilles de chocolat dans le magasin de confiserie où la marchandise toxique avait été achetée. Elle avait ouvert le paquet et renvoyé les bonbons en disant qu'ils étaient trop gros. Le marchand les avait repris. L'enfant en avait acheté plus tard. On établit que E... avait fait la même manœuvre dans d'autres magasins et qu'elle avait distribué plusieurs fois des bonbons à des enfants, qui avaient eu ensuite des signes d'intoxication strychnique. Elle avait, à plusieurs reprises, dénoncé le confiseur, disant qu'elle ou des amis, s'étaient trouvés mal après avoir mangé des bonbons et avait provoqué une expertise. De même, après la mort du gamin, elle avait envoyé au père des lettres anonymes l'incitant à provoquer une enquête judiciaire contre le marchand de chocolat. Comme motif, elle donna le suivañt : elle avait fait connaissance d'un médecin marié et pris de l'affection pour lui. En septembre 1870, elle donna à la femme de ce médecin du chocolat empoisonné, ce qui la mit en mauvaise posture. Il paraïtrait qu'elle aurait voulu, en attirant les soupeons sur le marchand, se débarrasser de ceux qui pesaient sur elle.
Le père de E... est mort de paralysie générale : un frère de celui-ei est mort de folie épileptique, une sœur était hystérique, et fit des tentatives de suicide. Le grand père maternel de E... mourut d'apoplexie, dément et paralysé. Une nièce de sa mère était faible d'esprit. L'accusée eut, en 1853, une attaque de paralysie problablement hystérique, et présenta des phénomènes d'hystérie d'abord pendant un an, puis, par accès, ça et là. Enfant, elle était somnambule.
(1) Journal of Mental Science, 1872, avril, p. 102, cité par Krarrr-Enine, in Médecine légale, traduction RemonD (Obs. XCV, p. 339).
Depuis qu'elle avait fait connaissance du médecin, il s'était produit en elle un grand changement. Elle était très excitée et souffrante à Ja suite des soupcons qui pesaient sur elle.
E... a 43 ans, et, jusque-là, a eu une bonne conduite. D'après sa mère, elle ressemblerait beaucoup à son père. Elle fit à l’'aumônier de la prison l'impression d'une personne malade. Son regard était extraordinaire, vague. Elle passait volontiers, sans motif, du rire aux larmes. Si on parlait de son acte, elle éclatait souvent de rire, et ne paraissait pas en comprendre la gravité. Elle fit la même impression sur les médecins. Elle ne savait pas du tout que c'était un crime de tuer quelqu'un. Elle préférait être condamnée que de passer pour folle. Les médecins déclarerent qu'elle était atteinte de folie morale héréditaire. La Cour répondit non à la question de savoir si elle avait pu distinguer le juste de l'injuste. Le jury la déclara coupable et elle fut condamnée à mort. Elle écouta l'énoncé de l'arrêt avec une tranquillité stoïque. « A la question posée à toute condamnée, si elle était enceinte, elle répondit « oui ». L'examen prouva le contraire.
L'expertise scientifique ajoute qu'il ne s'agissait pas ici d'un trouble mental ordinaire, mais d’un individu lourdement chargé au point de vue héréditaire, qui avait en même temps une maladie nerveuse, ne possédait pas de sens moral, et ne connaissait que pour la forme les lois de la morale et les lois pénales. Il est probable que ses dernières tentatives d'empoisonnement furent dues au seul plaisir de jouer avec du poison. Elle ne fut pas exécutée ; mais envoyée à l'asile pour aliénés criminels de Broadmoor.
PIÈCE JUSTIFICATIVE N° XXII Marie Jeanneret.
Considérations Médico-Léqales sur l’état mental de la nommée MARIE JEANNERET, convaincue d’avoir commis neuf empoisonnements, par M. le Docteur Châälelain, médecin-adjoint à Préfarqier (4).
Les considérations qui suivent sont d'un intérêt exclusivement scientifique ; le proces dont il s'agit est déjà jugé et l'aceusée condamnée à la peine des travaux forcés à temps (20 ans), mais les crimes commis sont si monstrueux et enveloppés d'un caractère si mystérieux, qu'il nous à paru valoir la peine de rechercher, autant du moins qu'on peut le faire sans avoir examiné et observé personnellement la condamnée,
(4) Annales médico-psychologiques, 1869, t. I, p. 248.
si elle jouit bien réellement de l'intégrité des facultés intellectuelles nécessaire pour admettre l'imputabilité reconnue par le jury (4).