IV. — RÉSUMÉ DES FAITS ET CONCLUSIONS
1° Résumé des faits.
Les détails dans lesquels nous sommes entrés dans chacune des parties précédentes et les constatations d'ensemble que nous avons faites à leur sujet nous dispensent d'entrer ici dans de grands développements.
Nous n'avons donc, pour ainsi dire, qu'à résumer en quelques mots, maintenant, l'ensemble des faits et à en tirer les conclusions qu'ils comportent.
Et d'abord l'hérédité de M"° Galtié est médiocre, puisqu'on y trouve de l'arthritisme marqué avec artério-sclérose, de l'épilepsie et de la consanguinité. Les deux premières particularités ont une certaine importance ; nous n'attribuons pas une valeur considérable à la dernière dont l'action, qui a été parfois exagérée, paraît exercer surtout une influence pathologique dans les familles tarées, en doublant les facteurs de nocivité.
Les antécédents personnels de M'"° Galtié nous montrent qu'elle à présenté dans l'enfance et la jeunesse des accidents scrofuleux et des accidents nerveux, ces derniers consistant surtout en crises d'asthme, état dyspeptique et syncopes. /
Les faits de vol signalés chez ses ascendants sont pour le moins douteux ; la tendance à la cruauté et aux larcins indiquée chez elle n'offre pas des caractères tels qu'on puisse y voir une manifestation d'ordre pathologique.
L'examen direct de M®° Galtié pratiqué actuellement nous montre qu'il n'existe chez elle aucun symptôme de folie ; qu'elle n'offre pas de stigmates marqués de dégénérescence ; qu'elle présente en revanche des symptômes objectifs très nets d'hystérie, consistant en anesthésie totale, superficielle et profonde, portant sur les divers modes de Ta sensibilité générale, et un rétrécissement concentrique du champ visuel, symptômes objectifs auxquels correspondent des symptômes psychiques analogues, en particulier une insensibilité morale, affective et émotive complète,
L'étude des vols et empoisonnements et celle de la correspondance de Me Galtié établit enfin :
Que ses actes ne sont pas des actes délirants ni la conséquence directe d'un trouble mental ;
Qu'ils révèlent dans leur conception, leur préparation, leur exécution, une intelligence, une habileté, une ténacité remarquables, déployées en vue d'un but nettement intéressé, et à côté, comme par contraste, une imprévoyance et une maladresse évidente.
On y trouve même certaines particularités telles que prédiction systématique des événements par des pressentiments et des rêves supposés, étrangeté d'attitude, insensibilité morale, qui doivent être considérées comme des manifestations psychiques d’hystérie.
20 Conclusions.
L'étude du sujet, ses écrits et correspondances et les faits relevés dans l'information nous conduisent aux conclusions suivantes:
1° Rachel Dupont, veuve Galtié, n’est atteinte ni de folie, ni de dégénérescence mentale proprement dite.
2° Elle est atteinte d'hystérie se traduisant tout particulièrement par des troubles profonds de la sensibilité à la fois physique et morale.
3° Les vols et les empoisonnements qui lui sont reprochés ne sont pas le résultat direct d'idées délirantes, d'hallucinations ou d'impulsions pathologiques.
Néanmoins, il existe dans les circonstances qui les ont accompagnés ou suivis certaines particularités appartenant à l'état mental de son hystérie.
4° Rien ne permet de conclure à l’irresponsabilité de Rachel Dupont, veuve Galtié, mais son étal avéré d'hystérie et l'intervention de cette hystérie dans les actes incriminés atténuent, dans une certaine mesure, sa responsabilité.
D' ANGLADE. D° Prrres. D' RÉGis.
Bordeaux, 31 mai 1904.