‹ Dégénérescence mentale et hystérieChapitre 31 sur 50 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Dans certains cas, le crime d’empoisonnement parait avoir été commis sous l'influence du syndrome mélancolique. Dans une thèse récente, Eveno(1{), étudiant les réactions homicides de ces malades, en distingue les variétés suivantes. Ne pouvant se résoudre à se donner la mort, certains mélancoliques, essayant ainsi d'attirer sur eux-mêmes la condamnation capitale qu’ils espèrent, cherchent dans l'homicide un moyen de suicide indirect. Il en est d’autres, qui tuent leurs enfants ou leurs parents pour leur épargner les malheurs qui les attendent dans la vie ou pour leur éviter les lourments d’une damnation éternelle. D’autres encore accomplissent leur crime à l’occasion d’un raptus hallucinatoire et les persécutés mélancoliques, enfin, étudiés par Lalanne (2), réagissent de cette facon aux persécutions dont ils se croient l'objet.

Le crime d’empoisonnement ne peut servir à l’homicide suicide, d’ailleurs exceptionnel, des mélancoliques : il leur faul pour atteindre leur but un crime beaucoup plus évident. Le temps que demande son exécution, la préméditation qu'il exige ne s'accordent pas avec l'hypothèse d'un raptus hallucinatoire. Ce n’est pas non plus le crime d'un persécuté qui, le jour où il est décidé à faire cesser les persécutions dont il est l’objet, n’a pas la patience d'employer une arme aussi lente que le poison et

(4) J. Evexo. L’homicide dans la mélancotie. Thèse, Paris, 1905. (2) Jean LaLanne. Les perséculés mélancoliques. Thèse, Bordeaux, 1897.

trouve, pour y mettre fin, un procédé qu'il estime plus rapide et plus sûr.

Mais, ce crime reste un procédé de choix pour les mères qui, dès les premiers jours de la vie, veulent épargner à leurs enfants les douleurs qui les attendent. Il résulte de nos observations qu'il pourra en outre être choisi par ces mélancoliques inconsolables, par exemple, de la perte de l'enfant qu'ils chérissaient. Mus à la fois par un sentiment de jalousie et de regret, voulant à tout prix s'épargner la vue d'êtres qui leur rappellent trop celui qui a été ravi à leur affection, ils en arrivent, dans l'espoir de calmer leur souffrance morale, à désirer la mort de cet innocent dont la santé florissante avive leur douleur et ranime leurs inutiles regrets. C'est à cette dernière catégorie de faits que semblent appartenir les deux exemples suivants :

Page 1