‹ Dégénérescence mentale et hystérieChapitre 35 sur 50 · PIÈCE JUSTIFICATIVE N° XXVI · texte numérisé non relu

PIÈCE JUSTIFICATIVE N° XXVI

Rapport médico-légal (A) sur l’état mental de la fille Kerdal, prévenue d’une tentative d’empoisonnement sur la personne de son maitre, M. le D'F..., médecin à Angers, par le D' Billod, directeur-médecin, en chef de l'Asile Sainte-Gemmes, membre correspondant de la Société médico-psychologique.

Nous soussignés, docteurs en médecine de la Faculté de Paris, chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu d'Angers, médecin en chef de la prison et directeur-médecin en chef de l'asile publie d'aliénés du département de Maine-et-Loire, commis par ordonnance de M. le juge d'instruction près le tribunal de première instance d'Angers, en date du 23 juin 1858, à l'effet de voir, autant de fois que nous le jugerions nécessaire, la fille Kerdal, inculpée d'avoir attenté à la vie de M. le D' F..., son maitre, en lui administrant dans un bol de lait une substance (nitrate d'argent) de nature à donner la mort, tentative manifestée par un commencement d'exécution qui n'a manqué son effet que par des circonstances indépendantes de la volonté de son auteur, d'examiner l'état mental de cette fille, et de faire connaître si elle a conscience de ses actes, nous sommes transportés plusieurs fois à la prison d Angers pour y remplir la mission qui nous a été confiée.

De l'examen attentif auquel nous nous sommes livrés en puisant à la double source des interrogatoires subis par l'inculpée et des divers témoignages recueillis sur son compte, nous avons déduit le rapport suivant:

L'inculpée est née au village de Vieille-Ville, commune de Ploërmel; elle est âgée de trente-huit à quarante ans. Partie en 1841 du lieu de sa naissance, qu'elle a toujours habité jusqu'à cette époque, pour aller servir d'abord, paraït-il, dans la commune de Monterrin pendant près de deux ans, puis au village de Bezon, commune de Ploërmel, environ un an; elle partit de ce dernier endroit pour Rennes, où elle demeura trois ou quatre ans. C'est dans cette dernière ville que la fille Kerdal, ainsi que cela résulte de son témoignage, séduite par le maître qu'elle servait, devint enceinte. Renvoyée, dit-elle, par celui-ci, elle alla accoucher à Bécherel, chez un chef d’escadron en retraite au service duquel se trouvait sa sœur. L'enfant, recueilli d’abord par les sœurs de Saint-Thomas, fut déposé par ces dernières à l'hospice de Rennes où il serait encore aujourd'hui.

(4) Annales médico-psychologiques, 4862, p. 243.

Après l'accouchement, l'inculpée vint habiter Ploërmel, où elle resta en service environ deux ans et demi. De là, elle se rendit à Angers, qu'elle ne fit que traverser pour se rendre à Beaupréau. Placée d'abord dans une maison de cette dernière ville, où elle resta environ seize mois, elle en sortit pour entrer au service de M. le curé de Feneu, qui la garda à peine un mois ; se rendant alors à Angers, elle resta quelques Jours en service dans une maison d’où elle venait d'être renvoyée lorsqu'elle entra au mois d'octobre 1857, chez M. F..., son dernier maitre, qu'elle a voulu empoisonner.

Parmi les dépositions de ses anciens maîtres, les unes sont favorables à l'inculpée, les autres sont indifférentes ; mais quelques-unes relèvent de circonstances dans lesquelles le caractère haineux, vindicatif de la fille Kerdal s’est nettement révélé. C'est ainsi que M. de P..., maire de P..., après avoir déposé de quelques faits témoignant d'une probité rien moins que scrupuleuse et, par exemple, de détournement de cidre ou de vin pour l'usage de l'inculpée, déclare que l'ayant avertie qu'elle aurait à sortir à la Saint-Jean suivante, c'est-à-dire deux ou trois mois après, de ce moment il crut remarquer chez elle des sentiments de haine pour toutes les personnes de la maison, et que, plusieurs fois, l'idée lui vint que cette fille, qui était cuisinière, pouvait l'empoisonner.

« C'était, dit-il, principalement M"° de P... qu'elle avait en haine ; elle l'avait longtemps suppliée de la garder. Je la voyais quelquefois lancer à M®° de P... des regards farouches. La physionomie de cette fille était très mobile, parfois très douce, et dans d’autres moments elle avait une expression méchante. » Mais c'est surtout au service de son dernier maître que ces dispositions à la méchanceté, à la haine et à la vengeance se font jour. Tantôt, en effet, elle affectait de recevoir avec malhonnèêteté les clients de son maitre pour les éloigner, et lorsqu'il rentrait après une absence de quelques heures, elle lui disait avec un air qui témoignait évidemment du désir de le blesser : « Ah ! monsieur, il est venu tant de personnes, mais elles n'ont pas voulu attendre, et elles ont dit qu'elles allaient consulter M. Guichard. » Tantôt elle s'attachait à décrier M. F..., bien que celui-ci ait toujours fait preuve à son égard de la plus grande indulgence.

Il résulte enfin de F'information que c'est le lendemain d'un jour où celui-ci, perdant enfin patience, voulut la congédier immédiatement (c'était un soir), mais où, cédant à ses supplications, il lui permit de rester jusqu'au lendemain, qu'elle tenta de l’empoisonner en mêlant à son lait une partie du contenu d'une fiole prise sur le bureau de son maitre et contenant un sel d'argent, ainsi que cela résulte du rapport de MM. Daviers, un de nous, et Leroy, chargés de l'analyse.

Aucune déposition, à part celle de M. le D' F..., ne fait naître de présomption de folie.

Nous terminons l'exposé des commémoratifs qui devaient précéder le résultat de notre examen direct par la reproduction d'une lettre adressée par ledit M. F..., à M. le procureur impérial, le 20 mai 1858:

« Monsieur le procureur impérial,

« J'ai l'honneur de porter à votre connaissance les faits suivants :

« Anne-Marie Kerdal est à mon service depuis le 5 octobre 1857. Cette fille, maniaque, fantastique, d'un entètement sans bornes, est dénuée d'intelligence; elle a fait souvent, vis-à-vis de mes voisins, de mes clients et de moi, preuve de véritable méchanceté ; dans ses moments de colère ou de mauvaise humeur, son visage prenait une expression haineuse et méchante qui impressionnait péniblement les personnes avec lesquelles elle était en relations. Ses yeux brillaient d'un éclat sauvage et extraordinaire quand elle pouvait dire ou faire du mal à quelqu'un. Sa conduite présentait parfois des bizarreries singulières qui m'ont souvent fait penser qu'elle n'avait pas la plénitude de son libre arbitre. Elle était on ne peut plus désagréable dans son service, et plusieurs fois j'avais été obligé de la chasser, mais ses prières, ses promesses de se corriger et aussi la difficulté de la remplacer immédiatement me l'avaient fait conserver.

« Lundi matin, M®° G... s'étonna devant moique j'eusse pu si long temps garder à mon service une aussi mauvaise domestique qui, ajouta-t-elle, était sous la surveillance de la police. Sur l'observation que je fis en rentrant à ma domestique de ce détail, elle me répondit qu'elle n'était plus sous la surveillance de la police ; que du reste elle y avait Jadis été mise non pas pour vol, mais parce qu'elle avait eu à Rennes un enfant naturel.

« Lundi soir, à la suite d'une conversation assez vive où, comme à l'ordinaire, elle ne m'épargna pas les malhonnètetés, je lui insinuai l'ordre de sortir immédiatement de chez moi. Sur son refus positif, je la menaçai de la police. Elle recommenca alors ses supplications habituelles, et je consentis encore une fois à la garder.

« Mardi matin, vers sept heures, en descendant de ma chambre, j'allai comme à l'ordinaire pour prendre un bol de lait dans ma salle à manger. J'en avalai d'abord deux cuillerées que je trouvai détestables ; pour me rendre mieux compte de cette saveur extraordinaire, je goûtai une troisième cuillerée, et je demeurai dès lors convaincu qu'un sel métallique, vert-de-gris ou sublimé, avait été jeté dans ce lait.

« Pour être plus sûr de mon appréciation, j'allai le faire goûter à M. J..., mon voisin, qui lui trouva un détestable goût de cuivre. En le comparant au sien pris en même temps à la même laitière et dans le même pot au lait, nous n'y trouvâmes aucune saveur désagréable,

« Interrogée sur cette différence, Marie ne parut pas troublée d'abord et répondit avec assurance que le vase où était le lait avait, la veille, contenu du bouillon gras, ce qui pouvait lui avoir communiqué un goût désagréable. Cette explication était inadmissible, et je répondis que j'allais chez M. Caïllard, pharmacien, m'assurer de ce qu'on avait jeté dans mon lait.

« À ce moment, un trouble visible se manifesta sur les traits de la domestique et, au lieu de se défendre avec l'énergie de l'innocence du soupeon que j exprimais, elle me répondit d'une voix altérée qu'elle n'avait Jamais fait de mal à personne et qu'elle ne voulait pas commencer par moi ; que, du reste, elle n'avait pas peur de mes recherches.

« M. Caillard trouva tout de suite au lait le goût métallique détestable que nous avions constaté.

« J'essayai à la hâte quelques réactifs qui ne-me donnèrent que des résultats incomplets, les expériences exactes pour arriver à la certitude étant longues et délicates.

« Vers trois heures, je portai une partie de ce lait chez M. le docteur Daviers qui, frappé de sa saveur métallique, l’attribua tout d’abord comme moi au vert-de-gris ou au sublimé. M. Leroy, pharmacien, rue Boisnet, voulut bien se charger de l'analyse. Aujourd'hui, jeudi matin, MM. Daviers et Leroy constatèrent d'une manière indubitable la présence d'une certaine quantité de nitrate d'argent dans le liquide suspect.

« Dans cet intervalle, Marie Kerdal était restée toute la journée de mardi chez moi, essayant de paraître calme. Mais cependant, visiblement troublée, elle alla dire à une domestique voisine que je la soupconnais de m'avoir empoisonné, quoique j'eusse évité de prononcer ce mot. Mardi soir, je ressentis quelques coliques et j'eus un peu de dévoiement.

« Mercredi matin, Marie Kerdal partit de chez moi. J'avais averti la police de ce départ pour qu'on püt surveiller ses démarches en attendant que mes soupcons fussent éclaireis.

« Aujourd'hui jeudi, après la constatation par MM. Daviers et Leroy du nitrate d'argent dans le lait, je me suis rendu chez les sœurs de la Miséricorde ou elle s'était retirée. En me voyant, elle parut atterrée et devint livide. Je parvins à lui faire avouer sa faute devant madame la supérieure. Elle me révéla qu'elle avait pris sur mon bureau une bouteille et qu'elle en avait versé une partie du contenu dans le lait : c'était une solution concentrée de nitrate d'argent. Elle ne put m'articuler aucun motif qui l'ait poussée à une action aussi indigne, et reconnut que j'avais été bon pour elle pendant le temps qu'elle était restée à mon service.

« Voila, monsieur le procureur impérial, l'exposé fidèle des faits. Cette fille m'a paru obéir malgré elle, à certains moments, à un penchant irrésistible pour le mal, et n'avoir pas la plénitude de sa volonté.

« Tout en voyant dans cette circonstance une grande atténuation de

sa faute, j'ai voulu, par cet avis à la justice, prévenir les conséquences d'un aussi fatal entrainement.

« J'ai l'honneur d'être, ete...

«Signé: J..E77#

Ce même témoin dépose d’ailleurs ainsi quelque temps apres :

« La fille Kerdal a une disposition invincible à la méchanceté et à la colère. Depuis le matin jusqu'au soir ses actes etses paroles se ressentent de ce mauvais instinct. Dans ses moments d'emportement, je la crois si peu maitresse d'elle-même, qu'elle serait capable de n'importe quoi. »

L'inculpée n’a plus son père. Il est mort, il y a douze ou treize ans, d'une enflure, dit-elle. Sa mère est vivante et jouit de l'intégrité de ses facultés intellectuelles, de même qu'un frère et une sœur habitant Ploërmel et avec lesquels la fille Kerdal paraît entretenir des relations amicales. Il n'y aurait eu dans la famille qu'une tante dont la tête était peu forte.

Mentionnons encore que, d'après une lettre de M. le procureur impépérial de Vannes, adressée le 10 février 1856 au parquet d'Angers, la fille Kerdal aurait été sousl'inculpation antérieure d'un vol de 1 200 francs, mais qu'une lettre du chef actuel du parquet de Vannes fait connaître qu'il n'en a été trouvé aucune trace ni aux casiers judiciaires, ni au registre des condamnations, tant de Vannes que de Ploërmel.

Ceci posé, nous arrivons à l'examen direct de l'état mental de l'inculpée et au résultat de l'analyse attentive à laquelle nous avons soumis ses facultés

La fille Kerdal nous à paru être d'un tempérament nerveux, d'une constitution assez débile. Son teint pâle et l'ensemble de son facies semblent traduire un état habituel de souffrance qui pourrait bien se rapporter à des troubles dans les fonctions de l'estomac. L'inculpée accuse, en effet, des digestions en général difficiles, douloureuses et souvent des vomissements ; nous croyons devoir noter cette circonstance, car on sait que les affections de l'estomac ne sont pas de celles qui réagissent le moins sur le caractère et consacrent partant moins évidemment les rapports du physique au moral.

L'expression du visage et du regard est peu intelligente, et l’on croit y voir prédominer un certain air de méchanceté et de malveillance.

Dans sa première entrevue avec nous, la fille Kerdal manifeste une émotion qui, se traduisant beaucoup plus par un tremblement peut-être volontaire et par un ton larmoyant que par des larmes véritables, nons parut d'abord pouvoir être simulé. Nous ne tardàmes pas, d'ailleurs, à nous convaincre que l'inculpée suivait, en notre présence, le système qui a déjà semblé la diriger dans l'interrogatoire que M. le Juge d'instruction lui a fait subir, système consistant à prétendre qu’elle

n'a pas la conscience de ses actes et qu'elle n'avait pas la tête à elle au moment où elle a commis le crime qui lui est imputé. Aux questions que nous lui adressons relativement à son âge, au lieu de sa naissance, à ses domiciles, à ses parents, elle répond avec justesse, mais avec lenteur et non sans une certaine hésitation. Cette hésitation et cette lenteur se manifestent, d'ailleurs, pour toutes les réponses de l'inculpée, qui ne semble les faire qu'après un certain effort d'esprit; mais au trouble de son regard qui trahit l'intention, ainsi qu'à ses contradictions réitérées, il est facile de reconnaitre que l'effort n'est qu'apparent.

Interrogée sur la valeur de l'argent, l'inculpée feint de ne pas la connaitre et déclare ne pouvoir assigner de valeur à diverses pièces de monnaie que nous lui présentons et, cependant, elle nous dit que ses gages s'élevaient à 50 écus. Elle affecte également de ne pas pouvoir définir les liens de parenté qui existent entre une tante et ses neveux ou nièces ; mais en faisant, comme pour la valeur de l'argent, varier les termes dans lesquels on lui pose les questions, et en les lui reposant apres un certain intervalle, elle finit par répondre de manière à prouver qu'elle sait parfaitement bien ce qu'on lui demande. Elle affecte encore une certaine insuffisance intellectuelle à l'égard de la notion du temps; mais, après avoir dit qu'il n'y avait que cinq jours dans la semaine, elle finit, après les avoir nommés, non sans les intervertir, par reconnaitre qu'il y en a sept. Cette interversion elle-même était évidemment calculée ; car, dans une autre entrevue avec l’inculpée, celle-ci ne l’a pas reproduite dans une réponse à la mème question.

Après nous avoir dit qu’elle ne savait pas le nom des mois, elle finit par nous les nommer en les intervertissant également. Elle nous dit ne pas savoir dans quelle année nous sommes ; mais son ignorance, à cet égard, nous parait tout aussi suspecte.

Appelée à s'expliquer sur l'inculpation de vol dont il est question dans les commémoratifs, elle s’en défend avec une énergie qui prouve tout au moins qu'elle apprécie la portée d'une telle action, et qu'elle devrait avoir la conscience d'actes de cette nature, si elle en avait commis.

Interrogée sur ses habitudes de piété, elle nous dit qu'elle fait ses prières et assistait à la messe aussi régulièrement que possible. Was il ne nous semble pas qu'elle soit sous l'empire d'un sentiment religieux bien développé. Lui demandant ensuite si elle sait où est son enfant, quel est son sort, depuis quand elle en a eu des nouvelles, nous en recevons des réponses qui témoignent d'une indifférence à peu près complète, et partant d'une véritable absence du sentiment maternel.

Quant au crime dont elle est inculpée, toutes les fois que nous lui en parlons, la fille Kerdal ne cesse de répéter qu'elle avait perdu la tête au moment où elle l’a commis, qu'elle ne savait alors ce qu'elle faisait, sans remarquer la contradiction de ce système de défense avec ses

affirmations précises relativement à la seule goutte de poison qu'elle soutient, contre toute vérité, avoir mêlée au lait de son maitre.

Dans le cours de ses divers interrogatoires, l'inculpée manifeste fréquemment de l'émotion, et il nous semble que c'est beaucoup moins à la pensée du déshonneur qui rejaillira sur sa famille de sa condamnation, qu'à celle de poursuites dont elle affecte de craindre ses parents, et particulièrement sa mère, menacés pour son crime. Nos dénégations réitérées à cet égard ne semblent pas être comprises d'elle et ne la rassurent pas.

Dans la seconde entrevue que nous avons eue avec la fille Kerdal, six jours seulement après la première, elle affecte de ne pas nous reconnaitre et de ne pas se rappeler notre entretien.

En présence du système suivi par l’inculpée, nous croyons devoir lui faire observer qu'il n’est pas dans son intérêt de simuler la folie, car ce système ne tendrait qu'à faire substituer le séjour peut-être indéfini dans une maison de fous à une détention plus limitée dans une prison, mais la fille Kerdal semble ne pas nous comprendre et poursuit le même système jusqu'à notre dernière entrevue, dans laquelle lui faisant connaitre notre opinion bien arrêtée sur son état mental, nous la voyons s’'émouvoir véritablement et cesser, pour la première fois, de nous opposer à cet égard des dénégations.

Par des questions appropriées, nous nous sommes convaincus que l'inculpée n’était sous l'empire habituel d'aucune hallucination, soit de la vue, de l'ouie, de l’odorat, du goût ou du tact, et d'aucun délire général ou partiel.

De l'examen auquel nous nous sommes livrés, il ressort évidemment pour nous, et nous croyons pouvoir conclure que la fille Kerdal n'est point aliénée, ne l'était pas au moment où elle a commis le crime dont elle est accusée et que le système qu'elle suit, et qui tend à la faire considérer comme n'ayant pas la conscience de ses actes, n’est pas admissible ; mais que, s'il est vrai que le degré de culpabilité doive varier suivant le degré d'intelligence, il y aurait lieu d'admettre en faveur de l’inculpée une circonstance atténuante résultant de l’état de ses facultés intellectuelles qui, si elles ne sont pas déviées et en état de délire, n'offrent en tous cas qu’un médiocre développement, ainsi que cela résulte pour nous des réponses de l’inculpée, de ses contradictions malhabiles, du système qu'elle suit et dans lequel elle se fourvoie évidemment en faisant limbécile pour paraitre aliénée, et enfin des circonstances mêmes du crime pour la perpétration duquel elle ne nous semble pas avoir fait preuve d’une grande habileté.

Angers, 22 juillet 1858.

Daviers, Dumont.

E. Biron, rapporteur,

D'après les conclusions de ce rapport, l'instruction suivit son cours et se termina par une condamnation à quatre ans de prison de la fille Kerdal qui, renonçant au système qu'elle avait suivi vis-à-vis de nous Jusqu'à notre dernier entretien avec elle, confirma pleinement, paraitil, par ses réponses pendant l'audience, notre appréciation relative à son état mental.

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