‹ Dégénérescence mentale et hystérieChapitre 5 sur 50 · PIÈCE JUSTIFICATIVE N° I · texte numérisé non relu

PIÈCE JUSTIFICATIVE N° I

Expertise des poisons (rouvés dans la casselte de Sainte-Croix.

Voici comment raisonne l’un des Experts, habile Médecin :

« Ce poison artificieux se dérobe aux recherches qu’on en veut faire, il est si déguisé qu'on ne peut le reconnoiître, si subtil, qu'il trompe l’art et la capacité des Médecins. Sur ce poison, les expériences sont fausses, les règles fautives, les aphorismes ridicules. Les expériences les plus sûres et les plus communes se font par les élémens, ou sur les animaux.

« Dans l’eau, la pesanteur du Poison le jette au fond, elle est supérieure, il obéit, il se précipite, et prend le dessous ; l'épreuve du feu n’est pas moins sûre, il évapore, il dissipe, il consume ce qu'il y a d'innocent et d'impur, il ne laisse qu'une matière àcre et piquante, qui seule résiste à son impression.

« Les effets que le Poison fait sur les animaux sont encore plus sensibles. Il porte sa malignité dans toutes les parties où il se distribue, et vicie tout ce qu'il touche : il brûle et rôtit d'un feu étranger et violent toutes les entrailles.

« Le Poison de Sainte-Croix a passé par toutes ces épreuves, il surmonte l'art et la capacité des Médecins, il se joue de toutes les expériences. Ce Poison nage sur l’eau, il est supérieur, et fait obéir cet élément; il se sauve de l'expérience du feu, où il ne laisse qu'une matière douce et innocente ; dans les animaux il se cache avec tant d'art et d'adresse qu'on ne peut le connoître: toutes les parties de l’animal sont saines et vivantes ; dans le même tems qu'il y fait couler une source de mort, ce Poison artificieux y laisse l'image et les marques de la vie. »

Il en faut croire les Médecins, on leur doit toujours créance contre eux-mêmes, il faut s’en rapporter à eux, quand ils conviennent de leur ignorance.

« On a fait toutes sortes d'épreuves ; la première en versant quelques gouttes d'une liqueur de l’une des fioles dedans l'huile de tartre et dans l'eau marine. Il ne s’est rien précipité au fond des vaisseaux, dans lesquels la liqueur à été versée.

« La seconde expérience s’est faite en mettant la même liqueur dans un vaisseau sablé ; on n'a trouvé sur le sable aucune matière âcre à la langue. La troisième épreuve sur un Poulet d'Inde, un Pigeon, un Chien, lesquels étant morts quelques tems après, et le lendemain étant ouverts, on n'a rien trouvé qu'un peu de sang caïllé aux ventricules du cœur.

« Autre épreuve d’une Poudre blanche donnée à un Chat dans une Fressure de Mouton; le Chat vomit pendant demi-heure, le lendemain on le trouva mort, on louvrit, et on ne vit aucune partie altérée par le Poison. Une seconde épreuve de la mème Poudre ayant été faite sur un Pigeon, il en mourut quelque tems après ; quand on l’eut ouvert, on ne trouva qu'un peu d'eau rousse dans l’estomach. »

Le rapport de tous les experts est uniforme.

(Gavor pe Prravaz. Op. eil.,; tome I, pages 379, 380, 381.)

PIÈCE JUSTIFICATIVE N° Il

Élal des connaissances toxæicologiques en 1738. (Extrait de Gayor p£ PiravaL).

M. Turgaut de Saint-Clair, Maitre des Requêtes, a fait un excellent Poème latin sur l’art d’empoisonner de la Marquise de Brinvillier, et sur les découvertes qu'elle à faites. Les poisons agissent de différentes

manières, les uns arrêtent le mouvement des esprits animaux, les autres leur en donnent un violent et déréglé; d’autres dissolvent le sang, d'autres le coagulent ; d'autres corrodent et détruisent les parties solides. Il y en à qui attaquent toutes les parties, d’autres qui en attaquent une particulière: par exemple le lièvre marin est ennemi du poumon, les Cantharides le sont de la Vessie. Il y a des choses qui sont un poison à l'homme, qui servent de! nourriture à certains animaux. Telles sont la Mandragore et la Jusquiame dont les pourceaux se nourrissent, et qui donnent la mort à l'homme. Il en est de même de la ciguë qui sert d’aliment aux Étourneaux. On distingue trois sortes de Poisons ; les uns sont tirés des animaux, comme la Vipère, l'Aspic, le Scorpion, le Lièvre Marin, etc. Les autres sont tirez des plantes, comme l'Aconit, le Sublimé corrosif, la Céruse, l’Orpiment, le Réalgal. Tous les corps qui ont des qualités trop chaudes, ou trop froides, ou trop corrosives sont des poisons.

Un fameux Médecin très expérimenté m'a assuré que l'expérience qu'il avoit faite lui avoit appris que lorsqu'on arrache un cheveu à un homme mort qui a été empoisonné, le cheveu vient avec la racine, au lieu qu'aux autres morts à qui on arrache les cheveux, ils se cassent auprès de la racine qui reste dans la tête. Il seroit à souhaiter que cette expérience füt bien certaine, on en tireroit de grandes lumières.

Tibère ayant fait empoisonner Germanieus, on trouva son cœur tout entier parmi les cendres, c'est une opinion commune, dit M. Patin, que le cœur infecté de venin résiste à la violence de la flamme.

(Gavor DE Prravaz. Op. cil., tome I, pages 463, 464, 465.)

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