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CHAPITRE Il

Sous la République Romaine, nombreuses furent les empoisonneuses. Tout le monde était d'accord sur ce fait que les crimes d’empoisonnement sont plus souvent commis par des femmes que par des hommes et le proverbe « Adultera ergo venefica », était une vérité courante.

Pugria et Lucixia, nobles matrones romaines, ayant été accusées d’avoir empoisonné leurs maris, furent condamnées à mort par une sentence rendue par leurs parents (1).

En l'an 423 de la République Romaine, sous le consulat de V. Flaccus et de M. C. Marcellus, vingt dames romaines furent dénoncées par un esclave à Quintus Fabius, Ædile. Une épidémie de morts subites sévissait, on lattribuait à la peste et l'effroi commençait à se manifester dans la société romaine. Une véritable association fut découverte; les criminelles, à l’aide de breuvages empoisonnés, supprimaient tous ceux qui leur déplaisaient ou tous ceux dont elles voulaient recueillir La succession. Accusées, elles prétendirent que ces breuvages étaient des remèdes. Deux d’entre elles, CornéciA et SErpiA, furent condamnées à faire sur elles-mêmes l'essai de ces prétendus remèdes et périrent.

Le procès fut continué el cent soixante-dix coupables condamnés (2).

Deux siècles plus tard, au sortir des guerres civiles, ces crimes se renouvelèrent à tel point que Sylla fut obligé de porter une

(4) Dusoys. Histoire du droit criminel, &. V. (2) Trre-Lave ; Dec. Ier, livre VIE, p. 186; édit. de Bâle, 1535. VozraiRe (OEuvres complètes. Paris, 18149, & XXXV, p. 373) traite un peu vite

loi contre les assassinats et les empoisonnements : « lex Cornelia de sicarus et veneficuis (A) ».

Scipion Emilien, le second Africain, fut trouvé mort dans son lit, à l’âge de soixante ans, en l'an 125 avant J.-C. On soupçonna un empoisonnement et on accusa sa femme SE- PRONIA, sœur des Gracques, et Caïus Gracchus lui-même (2).

Livie (Laivia DrusiLza) (56 avant J.-C. — 29 après J.-C.), épouse en secondes noces d'Auguste, avait eu de ses premières noces avec Tibérius Claudius Nero, deux fils, Tibère et Drusus. Elle était enceinte de ce dernier lorsque Auguste, épris d'une vive passion pour elle, força Tibérius à la lui céder. Elle ne songea plus alors qu'à faire arriver ses fils au trône. Pour cela, Auguste et ses héritiers la gênant, elle mit le poison au service de ses projets. Elle empoisonna, dit-on, des figues, sur l'arbre mème où Auguste aimait à les venir cueillir de sa main (3). Pour préparer à Tibère, son fils, le chemin du trône, aucun crime ne lui coùta. Elle fit périr, par le poison, à la fleur de l'âge, Marcellus, qu'aimait le peuple romain, Caïus, Lucius, Césars, les fils d'Agrippa adoptés par Auguste. Posthumus, le dernier des enfants d'Agrippa, qui n'étail né qu'après la mort de son père, eut le sort de ses frères. Tibère partagea ce crime avec sa mère et c'est encore ensemble qu'ils empoisonnèrent Fabius Maximus dont le seul tort était d'avoir assisté, dans l'ile de Phanasie, à une réconciliation réelle ou feinte entre le vieux monarque et le dernier de ses descendants directs, l'infortuné Posthumus (4).

Laivia ou Livisza (10 avant J.-C. — 31 après J.-C.), fille de Drusus, second fils de Livia Drusilla, épousa Drusus, fils de

d’ «historiette » la relation de Tite-Live qui déclare lui-même « ne pouvoir démentir aucun témoignage ».

(Me Cornu. Le procès de la marquise de Brinvilliers. Gazette dès Tribunaux, 31 décembre. 189%.)

(4) A: Gnapuis. Op. cil., p. 5.

(2) Gasanès et L. Nass. Poisons et sortilèges, p. 68.

(3) Suérone. Auguste, 98-100. — Dion, LVI, 30. — Tacrre. Annales, liv. [, $ V, t. [, p. 16 et 397, édit. Hachette, 1833, trad. Burnour (cités par Gh, FLanniN. Op. cit., p. 56).

(4) Tacrre. Op. cil., p. A7.

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SNAUUOSLO AU S9T —— ‘USILNAdHVHT)

Tibère, par conséquent son cousin et, séduite par Séjan, empoisonna son mari en 23. Ce crime découvert amena la disgrâce de Séjan et Livilla mourut de faim dans un cachot.

Avec Locuste apparaît dans l’histoire un type nouveau d'empoisonneuse. Condamnée à mort dès le règne de Claude, elle dénonca beaucoup d'empoisonneurs dont elle élait complice. Pour cela et aussi pour les services qu'en attendaient ses ambiteux projets, Agrippine, « l’implacable Agrippine » (1) lait gracier. À partir de ce moment, Locuste, marchande de poisons, devient le fournisseur attitré d'Agrippine et de Néron, l’empoisonneuse gagée de Néron, « Artifex talium, Locusta diu inter instrumenta regni habebat (2) ». Cela ne suflit pas encore. Néron voit plus loin. Locuste peut mourir; lui-même peut être un jour obligé de la faire disparaitre; aussi lui donne-t-il des élèves et Locuste, marchande de poisons, empoisonneuse officielle, devient chef d'école et possède un laboratoire au palais de César. N’avait-elle pas préparé Le plat de champignons auquel Néron devait le pouvoir? Mais la mort de Claude n'avait pas satisfait Néron. Britannicus, écarté du trône, vivait et sa présence était pour lui une menace perpétuelle. N'osant frapper Britannicus ouvertement, Néron résolut de l'empoisonner. Une première tentative échoua: un breuvage fourni par Locuste ne produisit pas l'effet attendu. Furieux et impatient, Néron ayant menacé de livrer Locuste au bourreau, elle promit un venin qui tuerait aussi vite que le fer; il fut distillé auprès de la chambre de César, et composé de poisons d’une violence éprouvée (3). Racine, dans « Britannicus », raconte que l'essai en fut fait sur un esclave :

Le poison est tout prêt. La fameuse Locuste

A redoublé pour moi ses soins officieux :

Elle à fait opérer un esclave à mes yeux ;

Et le fer est moins prompt pour trancher une vie, Que le nouveau poison que sa main me confie (4).

() J. Racine. Brilannicus, acte I, se. IX.

(2) Tacrre. Annales, édit. citée, Liv. XII, $ LXVI, €. Il, p. 378. (3) Tactre. Annales, liv. XIIT, t. IT, p. 34, édit. citée.

(4) J. Race. Brilannicus, acte IV, se. IV.

Soumet et Belmontet, dans « Une fête de Néron », sont de cet avis.

Un poison, dites-vous, qui vous venge sans preuve ? Mon art, sur un esclave, en peut faire l'épreuve (1).

L'abbé du Bos (2) fait remarquer que c'est sur un chevreau, puis sur un porc, que cet essai fut fait, et Suétone d'ailleurs s'exprimeainsi: Quod{venenum) acceptum a quadam Locusta;venenariorum inclita quum opinione tardius cederet,ventri modo Britannici moto, arcessitam mulierem sua manu verberavit, arquens, pro veneno remedium dedisse: recusantique,minus datum ad occultandam facinoris invidiam. « Sane, inquit, legem, Juliam fimeo » coeqitque se coram in cubiculo quam posset velocissimum ac praesentaneum coquere. Deinde in haedo expertus, postquam is quinque horas protraxit, iterum ac saepius recoctum, porcello objecit. Quo statum examinato, inferri in triclinium, darique coenanti secum Britannico imperavit (3). Toutes les précautions étaient prises: Brilannicus ne pouvait échapper à la mort. Comme il ne mangeait et ne buvait rien qui n’eùt été goûté par un esclave de confiance, et qu'on ne voulait ni manquer à cette coutume, ni déceler le crime par deux morts à la fois, voici la ruse qu'on imagina. Un breuvage encore innocent, et goûté par l’esclave, fut servi à Britannicus, mais la liqueur était brùlante et il ne put la boire. Avec l’eau dont on la rafraichit, on y versa le poison, qui envahit si rapidement tous ses membres qu'il lui ravit en même temps la parole et la vie. |

Les assistants frémirent; les moins prudents prirent la fuite : les autres restèrent immobiles, les yeux attachés sur Néron. Lui, toujours penché sur son lit, feignant de ne rien voir, dit qu'il en était ainsi dans le mal comitial dont Britannieus était atteint depuis l'enfance; que, peu à peu, la vue et le sentiment lui reviendraient (4). Richement récompensée par Néron, Locuste fut mise à mort en lan 68, sous le règne de Galba.

(1) A. Soumer et L. Bezmonrer. Une fête de Néron, acte IL, se. IV.

(2) Abbé pu Bos. Réflexions critiques sur la poésie et sur la peinture, 1, 256. (3) Suérone. Néron, XXXIIL.

(4) Tacrre. Annales, édit. citée, Liv. XIE, $ XVI, t. LE, p. 31.

ENLEaR

Cette situation officielle, Locuste la devait done à Agrippine. Fille de Germanicus, AGrppixe (14-59) avait eu de Domitius Ahenobarbus un fils qui fut Néron. Veuve de plusieurs maris, elle épousa l’empereur Claude, son oncle. Belle, de mœurs faciles, intrigante et cruelle, elle ne songea qu'à s'emparer du pouvoir et à le conserver le plus longtemps possible. Domitia Lepida, accusée par elle d'avoir essayé de s'opposer, par des enchantements sacrilèges, à l'hymen de Néron avec Octavie, fille de l'empereur, fut la première victime. Claude ayant adopté Néron, il importait que, par un des nombreux caprices de son esprit irrésolu, César ne revint pas sur sa décision. Sa mort seule put rassurer Agrippine et l’eunuque Halotus, dont la fonction était de servir les mets et de les goûter, fut chargé de servir à l’empereur son mets favori, un ragoût de champignons que la main de Locuste avait su rendre propice.

La fille de Germanicus, dit Racine (1), nous apparaîl dans Suélone et dans Facite comme une odieuse personnification du démon de l'ambition : à sa soif de pouvoir elle sacrifie tout : si elle empoisonne Claude, elle n’a pas même comme circonstance atténuante l'amour maternel: elle ne songe pas à son fils, elle ne songe qu'à elle-même ; elle pourra donner le trône à Néron et ne saura pas supporter son empire ; il ne reste rien de la mère dans cette femme qui, voulant ressaisir un pouvoir qui lui échappait, osa se présenter à l’empereur ivre comptam el incesto paratam (2).

Fatigué de ses conseils, ne reculant pas devant un crime de plus afin de conserver le pouvoir à lui seul, Néron tenta de la noyer en pleine mer. Celte tentative ayant échoué, il la fit assassiner par un centurion lan 59 après Jésus-Christ.

Parmi tous les empoisonneurs qui terrorisèrent l’époque à laquelle ils vécurent, il n’en est pas de plus tristement célèbres que les Borgia. Lucréce Bora, duchesse de Ferrare, «si per-

(A) J. Race. Seconde préface de Britannicus (1676). (2) Tacrre. Annales, XIV, Il.

verse et déshonorée par tant de vices » (1), était fille de Rosa Vanozza et de Roderic Lenzuolo Borgia, élu pape sous le nom d'Alexandre VI (2). Libertine par imagination, impie par tempérament, ambitieuse par calcul, Lucrèce avait un âpre besoin de plaisirs, de louanges, d'honneurs, d'or, de pierreries, d’étoftes soyeuses et de palais magnifiques. Espagnole sous ses cheveux blonds, courtisane sous son air candide, elle avait la tête d’une Madone de Raphaël et le cœur d'une Messaline (3). Cette femme, célèbre par son esprit et par sa beauté et, qui, chez le pape, était servie à table par des prélats, devant laquelle, pendant le Jubilé, des évèques seuls eurent le droit de célébrer la messe (4) fut, assure-t-on, la maîtresse de son père Alexandre VI et de son frère César Borgia (5).

(1) Ucozno. Sloria dei Duchi d'Urbino, IT, 248.

(2) « Mais pour que le lecteur ait encore une idée plus parfaite de ce Sujet Tragique, je raporterai la récapitulation que M. de Leibniz a faite de toutes ces choses en termes aussi élégants que Laconiques; il dit, en parlant du pape Alexandre, que peut-être on n'avait jamais vu ni à Rome ni mème dans tout le Monde une Cour plus fouillée de crimes que celle de se Pontife. Trois Vices capitaux y disputoient à qui l’emporteroit, savoir l’Impudicité, la Perfidie et la Cruauté, ils étoient tous trois couronnez de scélératesse, et couverts du sacré voile de la Religion, de sorte qu'il n’y a point de Siècle qui puisse égaler celui-là en méchanceté,

«I dit aussi que Lucrèce, fille d'Alexandre, était aussi fameuse par sa débauche que l’est Lucrèce la Romaine par sa chasteté. César Borgia, duc de Valentinois, fils d'Alexandre, ne l’étoit pas moins, par un double fratricide, et un inceste commis avec sa propre sœur. Ge fils se montra digne d’un tel Père, par le parjure, le poison et l'assassinat... »

(Alexandre Gorpon. La vie du pape Alexandre VI et de son fils César Borgia, trad. de l’anglois. Amsterdam, 1732, t. 1, préface, p. xvir.)

C'est de lui dont Alexandre Dumas dit: «Le lendemain de la cérémonie funèbre on trouva cette épitaphe écrite sur la pierre:

Vendit Alexander claves, altaria, Christum :

Emerat ille prius, vendere jure potest.

C'est-à-dire Alexandre vendit les clefs, l'autel et le Christ. Au reste, il les pouvait vendre, les ayant achetés auparavant. »

(Alexandre Dumas. Les crimes célèbres, t. TITI, p. 69.)

(3) Alexandre Dumas. Op. cit, t. I, p. 124.

(4) Tommaso Tommasr, part. IT, p. 30, cité par Alexandre Gorpon, 0p. cit., t. I, p. 29. ;

(@) « Nous inférerons ici un passage de Guicciardini (IL, 441) :

Era medesimamente fama, se pero e degna di credersi tanta enormita., che mel amore di Madonna Lucretia concorressino non solamente li duo Fratelli, ma etiendio il Padre medesimo.

Les vers suivants étaient faits pour servir d'épitaphe sur son tombeau.

Hic Jacet in tumulo Lucrelia nomine sed re Thais, Alexandri filia, sponsa, nurus (4).

Ainsi que son père et ses deux frères, elle sut manier les poisons avec une adresse surprenante. « Il y a des poisons qui font les affaires des Borgia sans éclat et sans bruit et beaucoup mieux que la hache ou le poignard. Oui, les Borgia ont des poisons qui tuent en un jour, en un an, à leur gré. Ce sont d'infâmes poisons qui rendent le vin meilleur et font vider le flacon avec plus de plaisir. Vous vous croyez ivre, vous êtes mort. Ou bien un homme tombe lout à coup en langueur, sa peau se ride, ses yeux se cavent, ses cheveux blanchissent, ses dents se brisent comme verre sur le pain; il ne marche plus, il se traine ; il ne respire plus, il râle; il ne vit plus, il ne dort plus, il grelotte au soleil en plein midi; jeune homme, il a l'air d’un vieillard; il agonise ainsi quelque temps; enfin il meurt. Il meurt et alors on se souvient que, il y a six mois ou un an, il a bu un verre de Chypre chez un Borgia (2). »

C'est que l’idée géniale de ces empoisonneurs d'associer, de combiner aux substances organiques leur poison habituel (3)

Outre cela, le bruit s’étoit répandu, si on peut ajouter foi à une pareille énormité, que non seulement les deux frères étoient coupables d’inceste avec leur sœur Lucrèce, mais que le Père lui-même en étoit aussi coupable. »

(Alexandre Gorpon. Op. eit., L&. IL, p. 143.)

(4) Vers latins de Ponranus, cités par Alexandre Gorpon. Op. cit., t. IN, p. 140.

(2) Victor Huco. Lucrèce Borgia, acte I, 2 partie, sc. LIT.

(3) « Le poison des Borgia, disentles auteurs contemporains, était de deux sortes : en poudre et liquide.

«Le poison en poudre était une espèce de farine blanche presque impalpable, ayant le goût du suc et que l’on nommait Cantarelle. On ignorait sa composition. Quant au poison liquide, il se préparait, à ce qu'on assure, d’une façon assez étrange pour ne la point passer sous silence. Nous rapportons, au reste, ce que nous lisons, et ne prenons rien sur nous, de peur que la science ne nous donne un démenti.

« On faisait avaler à un sanglier une forte dose d’arsenic; puis, au momentoù le poison commençait à agir, on pendait l'animal par les pieds ; bientôt les convulsions se déclaraient et une bave mortelle et abondante découlait de sa gueule ; c'était cette bave recueillie dans un plat d'argent et transvasée dans un flacon hermétiquement fermé qui formait le poison liquide. »

(Alexandre Dumas. Les crimes célèbres. Les Borgia. Paris, 1854, &. HI, p. 454, note.)

les avait mis en possession de substances très actives, les arsines, que la science des chimistes ne devait découvrir que deux siècles et demi plus lard (1).

Lucrèce Borgia a cependant trouvé un défenseur. Selon Gregorovius : « Si elle n'avait pas été la fille d'Alexandre VI et la sœur de César, elle eût à peine laissé des traces dans l'histoire de son temps, ou même elle n’eût joué d'autre rôle que celui d'une femme aimable perdue dans la masse confuse de la Société, au milieu de laquelle elle eùt vécu. Mais elle devint, aux mains de son père et de son frère, l'instrument et la victime de calculs politiques auxquels elle n'avait guère la force d’opposer la moindre résistance... Elle fut une femme aimable et bonne, légère et malheureuse. Ses malheurs pendant sa vie résultèrent de vicissitudes dont elle n’est que partiellement responsable(2). » Elle mourut en 1520 « adorée par ses sujets comme une reine, et chantée comme une déesse par l'Arioste et par Bembo (3). »

C’est encore une Italienne que Carnerixe DE Méprcis (4), cette Florentine, fille de Laurent Il de Médicis, que Henri IT placa à ses côtés sur le trône de France en 1547 et qui fut régente de France pendant la minorité de Charles IX. Rien d'étonnant à ce que la Royne-Mère, celle qui en 1572 devait être la principale instigatrice de la Saint-Barthélemy, celle qui écrivait à Gordes: € Tant plus de morts, moins d’ennemis », ait amené avec elle d'Italie en France, ses sorciers et ses empoisonneurs.

Débauchée, sadique, n'ayant pas de plus grand plaisir que de faire fouetter en sa présence les dames de sa cour (5), super-

(4) A. Cuapuis. Op. cit. p. 40.

(2) Ferdinand GreGorovius, trad. par Paul ReGnaup, €. 1, p. 491 et &. Il, p. 236.

(3) Alexandre Dumas. Op. eit., t. LL, p. 136.

(4) « Catherine de Médicis est Italienne et Florentine. Entre les nations, l’Italie emporte Le prix de finesse et de subtilité; en Italie, la Toscane ; en Toscane, la ville de Florence. Les proverbes en sont tous communs. Or, quand ceste science de tromper tombe en personne qui n'a point de conscience, comme il se voit fort souvent ès gens de ce pays-là, je laisse à penser combien de maux on en doit attendre. En après, Catherine de la maison de Médicis » (libelle anonyme écrit du temps de la seconde régence et qui à pour titre: « Discours merveilleux de la vie, aclions el déportemens de Catherine de Médicis, Roine-Mère. » On l’attribue généralement à HENRI ESrENNE).

C@) Krarrr-EBixG. Psychopathia sexœualis, p. 121,

stitieuse (les amuleltes, les cornes de licorne, les scapulaires en peau d'enfant mort-né troublent Catherine de Médicis, elle porte sur elle des médailles mystérieuses), rusée, dissimulée,

cruelle (1) « effrayante, implacable el sinistre par pure frayeur de dépossession, par horreur de ne plus être », telle fut celle qui mérita d’être appelée la Sémiramis d'Occident (2).

(1) Tout le cœur de noire teinture Battu d'acier à trempe dure, Ou bien forgé de diamant.

(Henry ESTiENNE. Op. cil., p. XL.) (2) Henri Boucuor. Catherine de Médicis, p. 84, 11%, 119, 140.

Nombreux sont les empoisonnements qui lui furent attribués. En un temps où le poison est un agent mystérieux et impossible à déceler, en un temps où les René(1) et les Cosme Ruggieri (2) rendent mortels les mets les plus savoureux, quelle explication plus facile pourrait-on donner de toutes les morts subites ou rapides! C'est ainsi que Catherine de Médicis fut accusée, à tort semble-t-il (3), d'avoir fait empoisonner Jeanne d'Albret, reine de Navarre, qui succomba au mois de juin 1572 à des lésions pulmonaires de début déjà ancien (#). Cependant, bien d’autres faits lui ont été reprochés. « On sait les grandes et fortes présomptions qui sont contre elle, d'avoir fait empoisonner le dauphin Francois, aimé du duc d'Orléans, son mari. L'enuie enragée qu'elle lui portoit pour le voir fort aimé du Roy, et honoré de toute la noblesse française pour ses vertus vrayement Royales : la jalousie qu'elle savoit estre entre ces deux frères, la familiarité qu'elle avoit avec ceux qui furent soupeçonnez de ce meschant acte, en feront penser plus que je n'en di... (5). Mais ce n’est que jeu à Catherine de Médicis. Elle envoye des Italiens pour empoisonner l’armée du prince de Condé, et faire tout mourir en un coup, et donne à l’un d’eux pour une fois dix mille francs afin de les employer en drogues propres. Elle sollicite des serviteurs ès maisons du Prince de Condé, de lAmiral, et d'Andelot pour faire mourir leurs maistres par poison. Le nommé Viullin, ayant été attrappé à la Rochelle en qualité d’espion, avant qu’estre exécuté à mort confessa, qu'il avoit fait pis, et qu’à la solicitation de quelques officiers de la Roine-Mère (qui lui promettoyent monts et mer-

(1) René Bianchi ou Bianco, originaire de Florence ou de Milan, parfumeur de Catherine de Médicis.

(2) Astrologue fameux, condamné aux galères avec la Môle et Goconas, ses complices, comme auteur de Penvoñtement (1!) de Charles IX.

(3) Eugène Acrenr (de Florence). Vie de Catherine de Médicis, tad. par Mie SaLa

(1844), p. 98-99. — Pierre Marrareu. Histoire de France soubs les Règnes de Frangois I, Henry IL, François I, Charles IX, Henry IH, Henry IV, Louys XIIT (4631), t. I, p. 339. — Henry Esmenne. Loc. éil., p. XV, XXXIX, XLVIII.

(4) Voir plus loin, p. 204.

(5) Pour M. Gasaxès, le dauphin François est mort Le 12 août 1536 d’une pleuropneumonie. Les morts mystérieuses de l'Histoire, p. 169.

veilles) il avoit empoisonné son feu maistre le Cardinal de Chatillon. »

Elle fut accusée encore de l’empoisonnement de son fils Charles IX mort le 30 mai 1574 et dont le décès, suivant le D' Cabanès est dû à une pleurésie tubereuleuse. « On ne prétend pas sans doute, dit le R. P. Henri Griffet, justifier cette reime sur toutes ses actions : il s’en faut de beaucoup : mais encore ne faut-il pas lui en attribuer auxquelles il est évident qu'elle n'a jamais pensé (1). » Cabanès et Nass (2), après avoir examiné successivement les empoisonnements reprochés à la Florentine, sont d'avis que ces accusations ne résistent pas à la critique (3).

Au milieu du xvn° siècle Les faits dont Tite-Live nous a laissé le souvenir el qui s'étaient produits à Rome sous le consulat de V. Flaceus et de M. C. Marcellus, se renouvelèrent. Un grand nombre de jeunes femmes, au su de tous en mauvaise intelligence avec leurs maris, devinrent subitement veuves et une vieille Sicilienne, LA Spara, en relations avec plusieurs d’entre elles, sut prédire à l'avance el d'une facon exacte beaucoup de ces décès. Cela parut singulier ; une enquête amena l'arrestation de la Spara qui fut mise à la torture avec une quarantaine de ses complices. La Spara et plusieurs autres furent exécutées en

public (#).

(4) Le R. P. Henri Grirrer. Trailé des différentes sortes de preuves qui servent à établir la vérité de l'Histoire, p. 262.

(2) Gaganës et Nass. Poisons el sortilèges, Ile série, p. 16 et suiv.

(3) Gitons ici les noms de quelques reines qui furent peut-être des empoisonneusés. On accusa tour à tour FrépéGonpe et Brunenaur de l’empoisonnement de Childebert I, roi d'Austrasie (570-596), fils de Sigebert et de Brunehaut. Cette dernière, dit-on, empoisonna également son petit-fils Théodoric. Lothaire, roi dè France (941-986), fils de Louis IX d’Outre-mer, fut empoisonné, croit-on, par sa femme Emma, fille de Lothaire H, roi d'Italie. A Pinstigation de Hugues Capet, la reine BLANCHE empoisonna son mari Louis V, dit le Fainéant (966-987), fils de Lothaire et qui fut le dernier de la dynastie carlovingienne.

On accusa encore Consrance, reine des Deux-Siciles et impératrice d'Allemagne (1456-1198) d’avoir empoisonné son mari Henri VI, fils de Frédéric Barberousse, pour délivrer les Siciliens opprimés par lui. Marre De Méprcis, qui épousa Henri IV et donna le jour à Louis XIII, fut accusée d’avoir tenté d’empoisonner son fils aîné pour mettre sur le trône son fils cadet qu’elle préférait. La plupart de ces empoisonnements ne sont pas mieux prouvés que ceux attribués à Catherine de Médicis.

(4) Ch. Fcanpin. Op. cil., p. 99.

La Spara déclara tenir ses secrets de La Torraxa et celle-ci, déjà âgée, tirée d'un monastère où elle finissaitses Jours, avoua, en subissant la torture, avoir donné la mort à plus de six cents personnes parmi lesquelles les papes Pie IF et Clément XIV (1). La Toffana tenait boutique de poisons. Elle possédait une eau célèbre appelée : #274nna di Santo Nicolas di Bari, ou encore : acqua, acquetta di Napoli (2), plus connue aujourd'hui sous le nom d’acqua Toffana. Cette sainte femme qui vivait sous le règne du vice-roi Ferdinand Afan de Ribera, duc d’Alcala (1632- 1635), estimant moins dangereux et plus lucratif d'agir ainsi, vendait cette eau merveilleuse, ou plutôt, dit Flandin, la distribuait « moyennant aumônes » aux femmes qu'un hérilage tentail ou qu’un mari gènail.

« Ge poison, écrit en 1738 Gavot de Pitaval, avocat au Parlement, attaquoit la poitrine et y causoit une fluxion incurable, ceux qui mouroient passoient pour être morts d'une fluxion de poitrine. Cette exécrable femme faisoit part de son poison à des neveux quiavoient des oncles éternels dont ils devoient hériter; à des femmes coquettes lasses de leurs maris, enfin à tous ceux qui vouloient se défaire d'un personnage incommode ou d’un ennemi (3). »

(4) A. Cnapuis. Précis de toxicologie, % édit., 1889, p. 9.

(2) Manne de Saint-Nicolas de Bar ou petite eau de Naples. D’après Garelli, médecin de Charles VI d'Autriche, P «acqua Toffana » était une dissolution d'acide arsénieux dans de Peau distillée de cymbalaire, additionnée d’une sorte d’alcoolat de cantharides.

(3) François Gayor be Prravaz, avocat au Parlement. Causes célèbres et intéressantes avec les jugemens qui les ont décidées. À Paris, au Palais, 1738-4743, €. IL, p. 468.

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