‹ Dégénérescence, Volume 1Chapitre 18 sur 60 · Legrain, op. cit., p · texte numérisé non relu

Legrain, op. cit., p

2. Le psychologue de profession Ura peut-être avec impatience ces détails si familiers pour lui. Mais ils ne superflus pour les lecteurs, même très cultivés, et malheui si nombreux, qui ne se sont jamais préoccupés des lois de cérébrale.

Drables cellules nerveuses les fibres nerveuses. A ce périphérie du corps et des nerfs est-il excité (le nerf X, ua nerf cutané par un r une transformation chiî son excitation jusqu'à la érébrale, dans laquelle il ►ar là des transformations 1 de l'organisme, sont en e d'excitation. La cellule ir l'excitation du nerf péricôté l'excitation reçue à quelles elle est reliée par lène s'étend dans tous les î suscitée par un objet jeté i peu, absolument comme ilement, avec une étendue e l'excitation qui la occalible.

e un endroit de l'écorce cet endroit une affluence res nutritives *. La cellule es et convertit en d'autres ;asinée en elles : ces forles impulsions motrices *.

[osso sur la surface cérébrale Ht établi ce fait. Voir son étude nçaise, 2« édition, Paris, 1892.

iuit, il est vrai, à nier qu'une es frontaux puisse avoir pour :as toutefois n'est pas aussi

Comment une décomposition de matières se transforme en aperceptions, comment im fait chimique devient conscience, c'est ce que personne ne sait ; mais ce qui est hors de doute, c'est qu'à la décomposition de matières, dans les cellules cérébrales excitées, sont liées des aperceptions conscientes *.

Aux propriétés fondamentales de la cellule nerveuse appartient encore, à côté de la faculté de répondre à une excitation par une action chimique, une autre faculté : celle de conserver l'image de la quantité et de la qualité de cette excitation. Pour exprimer la chose en termes populaires, nous dirons que la cellule est capable de se rappeler ses impressions. Si maintenant une excitation nouvelle, quoique faible, la frappe, elle éveille en elle l'image d'excitations semblables qui font frappée précédemment, et cette image rappelée renforce la nouvelle excitation et la rend plus nette^ plus compréhensible à la conscience. Si la cellule n'avait pas de mémoire, la conscience serait éternellement impuissante à interpréter ses impressions et ne parviendrait jamais à une représentation du monde extérieur. Les excitations immédiates individuelles pourraient, il est vrai, être perçues, mais elles resteraient sans cohésion et dépourvues

simple que le voit Ferrier. Une partie de l'énergie que Texcitation périphérique rend libre dans la cellule du cerveau antérieur se transforme assurément en impulsions motrices, quand même l'excitation directe de cette partie de l'encéphale n'amène pas de contractions musculaires. Mais ce n'est pas ici le lieu de défendre ce point contre Ferrier.

1. L'hypothèse que la décomposition des combinaisons organiques dans les cellules cérébrales est liée à la conscience, que la synthèse de ces combinaisons l'est au repos, au sommeil et à l'être inconscient, émane de A. Herzen. Tout ce que nous savons de la nature chimique des excrétions pendant le sommeil et la veille, confirme la justesse de cette hypothèse.

nduire, par elles seules, .tion d'impressions prél'une activité cérébrale

le cérébrale donne lieu, agation de cette excitade excitatrice se répan-

chaque excitation est lonscientes, cela signifie

la conscience un grand îulement celles qui se imédiate de l'excitation été éveillées que parce sont situées par hasard i du groupe de cellules lion extérieure. L'onde 'e mouvement d'onde, puis elle va en décroisihérie s'élargit, jusqu'à is l'imperceptible. Cela t le substratum anato- ! immédiat des cellules ;ont les plus vives; que

éloignées ont un peu teté décroît de plus en I finisse par ne plus les • employer l'expression s la conscience. Ce n'est e vers laquelle elle est ssi dans une quantité

innombrable d'autres cellules qui lui sont voisines et sont reliées à elle, que chaque excitation éveille l'activité accompagnée d'aperception. Ainsi naissent simultanément, ou, pour parler plus justement, dans une succession d'une rapidité non mesurable, des milliers d'aperceptions d'une netteté régulièrement décroissante ; et comme des milliers d'excitations organiques externes et internes frappent incessamment le cerveau, des milliers d'ondes excitatrices courent continuellement dans le cerveau, se croisant et se pénétrant de la manière la plus variée, et éveillant dans leur parcours des millions d'aperceptions qui surgissent, pâlissent et disparaissent. C'est à quoi Gœthe fait allusion, quand il dépeint en termes si magnifiques comment

.... Un coup de pédale met en mouvement mille fils. Les navettes glissent comme des traits de-ci, de-là. Les fils coulent inaperçus; Chaque coup noue mille entrecroisements.

La faculté du souvenir n'est pas propre à la cellule nerveuse seulement, mais aussi à la fibre nerveuse, qui n'est qu'une modification de celle-là. Elle a de la mémoire pour l'excitation qu'elle a conduite, comme la cellule pour celle qu'elle a transformée en aperception et en mouvement. Elle est plus facilement parcourue par une excitation qu'elle a déjà conduite une fois, que par une excitation qu'elle doit transmettre pour la première fois d'une cellule à l'autre. Chaque excitation qui frappe une cellule s'étendra dans la direction de la moindre résistance, et cette moindre résistance lui est opposée par les voies nerveuses qu'elle a déjà parcourues précédemment. Ainsi se

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toujours ciel chargé de nuages, éclairs et pluie. Notre cerveau est donc habitué à recevoir à la fois de chaque phénomène plusieurs excitations qui émanent en partie des différentes qualités du phénomène lui-même, en partie des phénomènes qui apparaissent habituellement en même temps que le premier. 11 suffit maintenant qu'une seule de ces excitations frappe le cerveau pour éveiller aussi en lui les autres excitations du même groupe, grâce à l'association habituelle des images gardées. La simultanéité des impressions est par conséquent une cause d'association d'idées.

Une seule et même qualité appartient à beaucoup de phénomènes. 11 y a toute une série de choses qui sont bleues, rondes, lisses. La possession commune d'une qualité implique une ressemblance qui est d'autant plus grande, que plus nombreuses sont les qualités communes. Mais chacune des qualités fait partie d'un groupe de qualités habituellement associées et peut, par le mécanisme de la simultanéité, éveiller l'image gardée de ce groupe. Par suite de la ressemblance, les images gardées ou souvenirs de tous les groupes auxquels est commune la qualité qui crée leur ressemblance, pourront en conséquence être éveillés. La couleur bleue, par exemple, est une qualité qui appartient à la fois au ciel serein, au bleuet, à la mer, à certains yeux, à maints uniformes militaires. La perception du bleu éveillera le souvenir de plusieurs choses ou de beaucoup de choses bleues qui n'ont d'autre rapport entre elles que cette couleur qui leur est commune. La ressemblance est par conséquent une seconde cause de l'association des idées.

C'est une particularité de la cellule cérébrale, qu'avec iiTiA flnPTPPnfînn aIIa, élabore toujours en même temps aussi e-ci. Vraisemblablement ce que nous intraire n'est, dans sa forme primitive le la conscience de la cessation d une inée. De même que l'épuisement des fet d'une couleur éveille en eux la sencomplémentaire, ainsi, dans l'épuiseérébrale par l'élaboration d'une apern opposée semble être entraînée dans ïtte interprétation soit juste ou non, le bli par le « double sens contraire des , trouvé par K. Abel *. Le contraste e d'association des idées, inomènes apparaissent dans le même mt ou successivement, et nous assoddroit donné à des objets auxquels înt de cadre. Simultanéité, ressemîpparition dans le même espace sont iprès Wundt, les quatre conditions lomènes sont liés dans notre conition des idées. James Sully a cru e cinquième : le fait que des apercepdans une même émotion '. Mais dans ipportés par Téminent psychologue lontrer aisément l'existence d'une ou de Wundt.

ouble sens contraire des racines primitives

isions des sens et de l'esprit. 2* édition, Paris,

Pour qu'un organisme puisse se maintenir, il doit êlre capable d'utiliser à son profit les forces naturelles et de se garantir contre les nocivités de tout genre. Il ne le peut que s'il a connaissance de ces nocivités et des forces naturelles à utiliser, et il le peut d'autant mieux et plus sûrement, que cette connaissance est plus complète. Dans l'organisme supérieurement différencié, le cerveau et le système nerveux ont la tâche d'acquérir la connaissance du monde extérieur et de l'employer à l'avantage de l'organisme. L'accomplissement de sa tâche est rendu possible au cerveau par la mémoire, et le mécanisme par lequel la mémoire est mise au service de la connaissance est l'association d'idées. Car il est clair qu'un cerveau dans lequel une unique perception éveille, par l'effet de l'association d'idées, toute une série d'aperceptions cohérentes, reconnaîtra, comprendra et jugera beaucoup plus vite qu'un autre, dans lequel n'existerait pas d'association d'idées; ce dernier, par conséquent, ne formera que des idées ayant pour contenu les perceptions sensorielles immédiates et les aperceptions qui naissent dans les cellules que le hasard du voisinage a placées dans le cercle d'une onde d'excitation. Au cerveau qui travaille avec association d'idées, la perception d'un rayon lumineux, d'une note, suffit pour former instantanément l'aperceplion de l'objet duquel émane cette excitation sensorielle et de ses rapports dans le temps et l'espace, pour unir ces aperceptions en idées, et de ces idées abstraire un jugement. Au cerveau sans association d'idées, cette perception donnerait seulement l'aperception qu'il a devant lui quelque chose de lumineux ou de sonore ; en même temps s'éveilleraient des

ceptions qui n'auraient rien de commun avec cet t clair ou sonore ; il ne pourrait donc se faire aucune isentation de Tobjet excitateur du sens, mais il devrait 3rd acquérir .toute une série d'autres impressions de eurs sens ou de tous les sens, pour connaître les rentes qualités de Tobjet dont une seule note ou une ! couleur a été perçue d'abord, et les réunir en une :eption unique. Même, dans ce cas, le cerveau saurait sment comment Tobjet est constitué, c'est-à-dire ce le cerveau a immédiatement devant lui, mais nullecomment cet objet se comporte vis-à-vis les autres îs, où et quand il a déjà été perçu, de quels phénoîs il était accompagné, etc. La connaissance ainsi ise de l'objet serait par conséquent encore complèteinutilisable pour la formation d'un jugement exact. On maintenant quel énorme avantage l'association d'idées lit à l'organisme dans la lutte pour l'existence, et immense progrès dans le développement du cerveau \ ses fonctions cette acquisition signifie, la n'est vrai toutefois qu'avec une restriction. L'asso- ►n d'idées en soi ne facilite pas plus au cerveau sa ! de connaître et de juger, que ne le fait la tumultueuse rition d'images conservées dans le voisinage du centre ilation. Les aperceptions que l'association d'idées Ile à la conscience sont, il est vrai, avec le phénomène envoyé une excitation dans le cerveau et a été perçu elui-ci, en un rapport un peu plus étroit que celles qui ssent dans le cercle géométrique de l'onde d'excitamais ce rapport même est si lâche, qu'il ne prête a secours utile à l'interprétation du phénomène. Nous

ne devons pas oublier que toutes nos perceptions, aperceptions et idées sont, par l'association d'idées, attachées les unes aux autres de plus près ou de plus loin. Comme, dans l'exemple cité plus haut, la perception du bleu éveille les aperceptions du ciel, de la mer, d'un œil bleu, d'un uniforme, etc., ainsi chacune de ces aperceptions éveillera à son tour les idées qui, d'après la loi de Wundt, leur sont associées : le ciel, la représentation d'étoiles, de nuages, de pluie; la mer, celle de vaisseaux, de voyages, de pays étrangers, de poissons, de perles, etc.; l'œil bleu, celles d'un visage de jeune fille, de l'amour et de toutes ses émotions, etc. Bref, cette unique perception peut, par le mécanisme de l'association d'idées, éveiller à peu près toutes les aperceptions que nous avons jamais formées, et l'objet bleu que nous avons effectivement devant les yeux et percevons, n'est ni rendu plus clair ni expliqué par ce tumulte de représentations qui ne se rapportent pas immédiatement à lui.

Donc, pour que l'association d'idées remplisse sa fonction dans l'activité cérébrale et se comporte en acquisition utile de l'organisme, une chose doit intervenir : l'attention. C'est elle qui apporte de l'ordre dans le chaos des représentations éveillées par l'association d'idées, et qui les fait servir à la connaissance et au jugement.

Qu'est-ce que l'attention? Th. Ribot dit que « c'est un monoïdéisme intellectuel avec adaptation spontanée ou artificielle de l'individu* ». En d'autres mots, l'attention est la faculté qu'a le cerveau de supprimer une partie des images conservées ou souvenirs qui, par l'association

1. Th. Ribot, Psychologie de V attention. Paris, 2« édition, 1893.

nde d'excitation, arrivent à la conscience à tion d une cellule cérébrale ou d*un groupe t de ne laisser subsister qu'une autre partie :

qui se rapportent à la cause «excitatrice, înt d'être perçu.

tri parmi les images conservées? L'excitation et en action les cellules cérébrales. Les celfortement excitées sont naturellement celles imédiat avec les nerfs périphériques apporon. Un peu plus faible est déjà l'excitation auxquelles la cellule primitivement excitée excitation par la voie nerveuse habituelle; Faible celle des cellules qui, par le même eçoivent leur excitation de la cellule excitée gne. En conséquence, l'aperception la plus e qu'éveille la perception immédiate ; un peu ijà sera la représentation qu'éveille la preption par l'association d'idées; plus faible

qu'amène de son côté la représentation s savons de plus qu'un phénomène n'exerce xcitation unique, mais plusieurs excitations mus voyons, par exemple, un homme devant e percevons pas seulement un point de lui, ie plus ou moins grande de sa surface, c'est-àrand nombre.de points différemment colorés ent éclairés; en outre, nous l'entendons js le touchons peut-être aussi, et nous pert cas, en dehors de lui-même, quelque chose

entourage, de ses rapports dans l'espace, is notre cerveau toute une Quantité de cen-

î>SVGHOLOGÏE DÛ MYéTICISMÊ 47

très d'excitations, qui agissent simultanément de la façon décrite pluâ haut. Dans la conscience surgit une série d'aperceptions primitives qui sont plus fortes, c'est-àdire plus nettes que les représentations associées, réveillées à leur suite; et ces aperceptions plus nettes sont précisément celles causées par l'homme qui est devant nous. Elles sont en quelque sorte les points les plus lumineux parmi d'autres moins brillants. Ces points plus lumineux prédominent nécessairement dans la conscience sur les moins lumineux. Us remplissent la conscience, qui les réunit en un jugement. Car ce que nous nommons jugement n'est, en. dernière analyse, rien autre chose que Tapparition simultanée dans la conscience d'un nombre li'aperceptions et de représentations que nous mettons en rapport les unes avec les autres, simplement parce que nous prenons conscience d'elles en même temps. La prédominance que les aperceptions plus claires gagnent dans la conscience sur les plus obscures, les aperceptions primitives sur les représentations amenées à leur suite, leur permet, avec l'aide de la volonté, d'influencer un certain temps en leur faveur toute l'activité cérébrale, c'est-à-dire de supprimer les représentations plus faibles, — celles amenées à la suite des aperceptions primitives, — de combattre celles qui ne se laissent pas lier à elles^ d'en renforcer d'autres qui les renforcent elles-mêmes et qui, au milieu de l'incessante apparition et disparition des aperceptions se chassant les unes les autres, leur assurent quelque durée; enfin, de les entraîner dans leur cercle d'ex* citation, ou de commencer seulement à les éveiller. L'in-^ tervention de la volonté dans cette lutte pour l'existence

Max Nordau. — Dégénérescenoe. I — 7

erceptions, je me la représente ainsi : la volonté aux muscles des artères cérébrales des impulsions es (probablement inconscientes); par là les vais* sanguins sont élargis ou rétrécis selon le besoin, Qux du sang est plus ou moins abondant ^ Les s qui ne reçoivent pas de sang doivent cesser leur ; celles qui en reçoivent une forte quantité peuvent itraire fonctionner plus vigoureusement. La volonté lUs l'impulsion d'un groupe d'aperceptions obtenant •airement la prédominance, préside à cette distride sang, ressemble donc à un serviteur incessam- )ccupé, dans un appartement, à allumer, sur Tordre 1 maître, ici la flamme du gaz, là à la monter âge, ailleurs à la baisser ou à Téteindre, de telle [[ue ce coin de l'appartement est alternativement demi-obscur ou sombre *. La prédominance d'un

est possible qu'il ne s'agisse pas d'un élargissement actif }seaux sanguins, mais seulement d'un rétrécissement. On a is ces derniers temps (entre autres le D' Morat, La Semaine e, 1892. p. 112) qu'il y ait des nerfs dilatant les vaisseaux, iffet serait dans les deux cas le même. Car, par le rétrécis-

des vaisseaux de quelques parties du cerveau, le sang de celles-ci serait poussé dans les autres parties, et cellcsluveraient un plus fort afflux sanguin, absolument comme I vaisseaux étaient activement élargis, rsque j'écrivais ce passage, j'étais convaincu que la théorie ogique de l'attention qui y est exposée avait été trouvée i seul. Mais depuis la publication de ce volume j'ai lu l'oul'Alfred Lehmann : VUypnose et les états normaux qui **y ent, Leipzig, 1890, et j'y ai retrouvé (p. 27) à peu près mot ma théorie. Lehmann l'a donc publiée deux années [noi, ce que je reconnais loyalement ici. Le fait que nous ommes rencontrés en ce point indépendamment l'un de

témoignerait que l'hypothèse des actions réflexes Vasoîs est plausible. Wundt {Hypnotisme et Suggestion, Paris, . 42-47) critique, il est vrai, le travail de Lehmann, mais it admettre cette hypothèse, qui est aussi la mienne; du il n'élève pas d'objection contre elle.

PSYCHOLOGIE Dtf MYSTICISxMÈf 99

groupe d aperceptions ne lui permet pas seulement de metlre à son service, pendant la durée de son règne, les cellules cérébrales, mais l'organisme tout entier, et non seulement de se renforcer à Taide des représentations qu'elle évoque par l'association d'idées, mais aussi de chercher de nouvelles impressions sensorielles et d'en écarter d'autres, afin d'obtenir par les unes de nouvelles excitations favorables à leur existence, de nouvelles aperceptions primitives, et d'exclure, par l'écartement des »itres, les excitations qui menacent leur existence. Je vois, par exemple, dans la rue, un passant qui, pour une raison quelconque, est capable d'exciter mon attention* L'attention supprime immédiatement toutes les autres aperceptions qui étaient encore dans ma conscience, et laisse seulement subsister celles qui ont le passant pour objet. Pour renforcer ces aperceptions, je le suis des yeux, c'est-à-dire que les muscles ciliaires, les muscles oculaires, puis les muscles du cou, peut-être encore ceux du tronc et des jambes, reçoivent des impulsions motrices qui n'ont d'autre but que de me procurer, de l'objet de mon attention, toujours de nouvelles impressions senso'^ rielles par lesquelles les aperceptions qui le concernent se renforcent et s'augmentent continuellement. Les autres personnes qui, pendant ce temps, surgissent dans mon champ visuel, je ne les remarque pas; les sons qui frap* pent mon oreille, je ne m'y arrête pas ; je ne les entends peut-être même pas, si mon attention est assez forte; je les entendrais au contraire immédiatement^ s'ils émanaient du passant ou se rapportaient à lui^ C'est là cette « adaptation de l'organisme tout entier à une idée prédo*

•le mysticisme

) dont parle M. Ribot. C'est elle qui nous donne ssance exacte du monde extérieur. Sans elle, laissance serait beaucoup plus difficile à obtenir lit beaucoup plus incomplète. Cette adaptation squ'à ce que les cellules porteuses des idées prées se fatiguent. Alors elles devront nécessaireîr leur prédominance à d'autres groupes de celcelles-ci à leur tour acquerront la puissance l'organisme à leurs buis, donc seulement par l'attention, comme nous u, que la faculté d'association d'idées devient ité profitable à l'organisme, et l'attention n'est se que la faculté que possède la volonté de déteris la conscience l'allumage, le degré de clarté, la l'extinction des représentations. Plus forte est la it plus complètement nous pouvons adapter notre e tout entier à une aperception donnée, plus ivons nous procurer d'impressions sensorielles les rendre plus nettes, attirer par l'association es souvenirs qui les complètent et les rectifient, plus décidément supprimer les aperceptions qui lent ou leur sont étrangères, en un mot, plus lue et exacte notre connaissance des phénomènes r véritable rapport.

lisation, la suprématie sur les forces de là nature^ juement le résultat de l'attention; toutes les toutes les superstitions, dés suites de son absence, es idées sur le rapport des phénomènes naissent rvation défectueuse de ceux-ci et sont rectifiées observation plus exacte. Or, observer, ce n'est

PSYCHOLOGIE DU MYSTICISME lOl

autre chose qu'amener intentionnellement au cerveau des impressions sensorielles déterminées et élever par là un groupe d'aperceptions à une telle force et à une telle clarté, qu'il peut acquérir dans la conscience la prépondé-^ rance, éveiller par l'association d'idées les souvenirs qui leur sont adéquats, supprimer ceux qui sont inconciliables avec elles. L'observation, qui est la base de tous les progrès, est donc l'adaptation, par l'attention, des organes des sens et de leurs centres de perception à une aperception ou à un groupe d'aperceptions prédominant dans la conscience.

L'état d'attention ne laisse subsister dans la conscience aucune obscurité. Car, ou bien la volonté renforce chaque aperception surgissante jusqu'à la pleine lumière et à la netteté, ou bien, si elle ne le peut pas, elle Téteint complè* tement. La conscience de l'homme sain, à volonté énergique et par là attentif, ressemble à une pièce vivement éclairée dans laquelle l'œil voit distinctement tous les objets, où tous les contours sont nets et où ne nagent nulle part d'ombres indécises.

L'attention a ainsi pour prémisse une volonté forte, et celle-ci, à son tour, est le propre d'un cerveau normalement construit et non fatigué. Le dégénéré, dont le cerveau et le système nerveux sont caractérisés par des arrêts de développement ou des anomalies congénitales, l'hystérique, dans lequel nous avons reconnu un épuisé, manquent absolument de volonté ou ne la possèdent qu'à un degré diminué. La conséquence de la faiblesse ou du manque de volonté est l'incapacité d'attention. Alexandre Starr a publié vingt-trois cas de lésions ou affections des lobes frontaux du cerveau dans lesquels il était « impossible (aux

LE MYSTiaSME

) de fixer leur attention ^ », et M. Ribot remarque : ime surmené par une longue marche..., le convasortant d'une grave maladie, en un mot tous les ;, sont incapables d'attention... Cette impuissance

en somme avec toutes les formes d^épuisement * » . yité cérébrale des dégénérés et des hystériques, ireUlée ni guidée par l'attention, est capricieuse, ne de plan et de but. Les représentations sont s à la conscience par le jeu d'association d'idées s et peuvent s'y donner libre carrière. Elles s'alet «'éteignent automatiquement, et la volonté n'in-

pas pour les renforcer ou les supprimer. Côte à paraissent des représentations qui sont étrangères s aux autres ou s'excluent mutuellement. Gomme nt contenues dans la conscience simultanément et )rès avec la même intensité, la conscience, conent à la loi de son activité, les réunit en une idée cessairement, est absurde, et ne peut exprimer les s réels des phénomènes.

lanque ou la faiblesse d'attention conduit donc en • lieu à de faux jugements sur l'univers, sur les ; des choses et leurs rapports entre elles. La Qce obtient une image défigurée et vague du monde ir. Mais il y a une seconde conséquence. Le j chaotique des excitations le long des. voies de ation d'idées et du voisinage anatomique éveille é de groupes cellulaires proches, plus éloignés et

m, janvier 1886. Cité par Th. Ribot, Psychologie de Vatleni- Ribot, op. City p. 106 et 110.

très éloignés, qui restent abandonnés à eux-mèmoî travaillent qu'aussi longtemps, aussi vigoureusem faiblement, que cela répond au degré d'intensité d citation qui les a frappés. Il naît dans la conscien aperceptions claires, plus sombres et très obscure disparaissent au bout de quelque temps, sansavi éclairées au delà de leur degré primitif de clart( aperceptions nettes donnent bien une idée, mais e peut être un seul instant ferme et claire, parce qu'ans ceptions nettes dont elle est composée s*en mêlent très que la conscience ne perçoit qu'indistinctement perçoit plus du tout. De telles aperceptions demi-ob surgissent aussi chez l'homme sain au-dessus du s< la conscience, mais l'attention intervient aussitôt po éclairer complètement ou pour les supprimer. Ces h niques accompagnant chaque idée ne peuvent donc f la note fondamentale. Les spectres d'idées surgissa sont pas capables d'exercer de l'influence sur la p parce que l'attention ou bien leur éclaire vivement le ^ ou bien les rejette dans leur souterrain de l'inconi Il en est autrement chez le dégénéré et l'épuîs souffrent de faiblesse de volonté et de défaut d'atte Les représentations-frontières pâles, à peine reco sables, sont perçues en même temps que lés aperce centrales bien éclairées. Le jugement devient chan et fuyant comme les brumes au vent du matin. Li science qui aperçoit les représentations-frontières tralemeïit transparentes, informes, cherche en vain saisir et les interpi*ète sans sûreté, comme on al ' aux contours des nuages des ressemblances avec les <

LE MYSTIGISBIE

es. Ceux qui, dans la nuit noire, ont cherché à, re les objets à l'horizon lointain, peuvent se faire du tableau qu'offre le monde intellectuel d'un oyez, là, cette masse sombre. Qu'est-ce? Ua le meule de foin? Un brigand? Une bête fauve? lîr? Faut-il lui courir sus? L'impossibilité de •e l'objet plus soupçonné que perçu remplit de l d'angoisse. C'est là aussi Tétat d'âme du débile a ses représentations-frontières. Il croit voir en choses à la fois, et il met toutes les formes qu'il apercevoir, en rapport avec l'aperception princies a provoquées. Mais il a très bien l'impression pport est inconcevable et inexplicable. Il réunit eptions en une idée qui est en contradiction avec expériences, à laquelle il doit cependant accorder valeur qu'à toutes ses autres idées et à ses autres ;, parce qu'elle prend naissance de la même ceux-ci. Et s'il veut se rendre compte à lui-même \ contient son jugement, de quelles aperceptions •es il se compose, il s'aperçoit que ces apercep7 sont pas en réalité, mais des ombres méconnaisiperceptions auxquelles il cherche en vain à 1 nom, Cet état d'esprit dans lequel on s'efforce où l'on croit voir, mais où l'on ne voit pas; dans doit former des idées à J'aide d'aperceptions qui agacent la conscience à la façon des feux follets )eurs sur les marécages ; dans lequel on s'imaîvoir entre des phénomènes nets et des ombres et informes des rapports impossibles à suivre, tt d'esprit est ce que l'on nomme le mysticisme.

A la pensée nébuleuse du mystique, répond sa façon indécise de s'exprimer. Le mot, même le plus abstrait», correspond à une représentation concrète ou à une notion formée des qualités communes à différentes représentations semblables, qui continue à trahir son origine concrète. Pour ce que Ton croit voir comme à travers de la. {umée, sans forme reconnaissable, nulle langue n'a de mot. Mais le mystique, lui, a dans sa conscience de semblables, représentations spectrales sans contours et sans autres qualités, et il emploie, pour les exprimer, ou des motsr connus auxquels il donne un sens tout différent du sens familier à tous, ou il ressent l'insuffisance du vocabulaire créé p^ les gens sains et se forge des mots nouveaux, particuliers, entièrement incompréhensibles pour tout autre, et dont lui seul connaît le sens nuageusement chaplique; ou enfin il incorpore les différentes interprétations qu'il donne à ses représentations informes dans autant de mots, et produit alors ces juxtapositions stupéfiantes d'expressions s'excluant les unes les autres, qui ne peuvent raisonnablement être unies d'aucune façon, et qui sont si caractéristiques pour le mystique. Il parle alors, comme les mystiques allemands des xvii® et xviii' siècles, du « feu froid » de l'enfer et de la « lumière obscure » de Satan, ou il dit, comme le dégénéré de la 28*' observation de Legrain, que « Dieu lui apparaît sous la forme d'ombres lumineuses * », ou il remarque, comme un autre malade du même : « Vous m'avez procuré une soirée immuable * ».

Le lecteur ou l'auditeur sain, qui a confiance en son

!• Legrain, op, cit,, p. 177.

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