Ibid,, p. 156. — Dans le chapitre qui traitera des néo
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propre jugement et examine les choses en pleine clarté et indépendance, reconnaît naturellement aussitôt que les expressions mystiques sont dépourvues de sens et ne reflètent que là pensée confuse du mystique. Mais la majorité des hommes n'a ni confiance en soi-même ni capacité de jugement, et ne peut se défaire du penchant naturel que Ton a de lier à chaque mot un sens. Or, comme les mots du mystique n'ont en eux ou dans leur juxtaposition aucun sens déteiminé, on leur en donne un arbitrairement, on y fait entrer un sens mystérieuxv Aussi, l'effet du mode d'expression mystique sur les gens qui se laissent ahurir est-il très fort. Il leur donne à penser, comme ils disent, c'est-à-dire qu'il leur permet de s'abandonner à toutes les rêveries possibles, ce qui est beaucoup plus commode, et par conséquent plus agréable, que de suivre péniblement des aperceptions et idées à contours fermement dessinés ne permettant ni digressions ni échappées *. Il transporte leur esprit dans l'état d'activité intellectuelle déterminé par la seule association d'idées
mystiques français, je réunirai un bouquet de semblables associations d'expressions incohérentes ou s'excluant les unes les autres^ qui sont à rapprocher complètement de la manière de parler des fous déclarés cités par Legrain. Reproduisons seulement ici un passage du Roman ricsse (Paris, 1888), du Y** E. M. de Yogiié, dans lequel cet écrivain mystique caractérise excellemment, inconsciemment et sans le vouloir, mais vante en même temps, la nébulosité et le vide du style mystique. « Un trait leur est commun (à certains écrivains russes)... : l'art d'éveiller avec une ligne, un mot, des résonnances infinies, des séries de sentiments et d'idées... Les mots que vous lisez sur oe papier, il semble qu'ils ne soient pas écrits en longueur, mais en profondeur; ils traînent derrière eux de sourdes réperieussions, qui vont se perdre on ne sait où », (P. 215.) Et P. 227 : « Ils voient les choses et les figures dans le jour gris de la première aube; les contours, mal arrêtés, finissent dans un possible confus et nuageux ». . .
U « 11 est certain qu'il (le beau) n'a jamais au^nt de charmes
sans frein, propre au mystique; il éveille aussi i représentations-frontières ambiguës et inexprimî leur donne le pressentiment des rapports les plus les plus impossibles des choses entre elles. Le parait « profond », pour cette raison, à tous les et cette épithète, par le sens qu'elle a pris c bouches, est devenue presque offensante. Réelle fonds sont seuls les esprits exceptionnellement qui peuvent soumettre leur activité intellecti discipline d'une attention particulièrement puis tels esprits sont capables d'utiliser l'associatic de la manière la plus parfaite, de donner la pi acuité et la plus grande clarté à toutes les repré appelées par elle à la conscience, de les suppri ment et rapidement si elles ne s'accordent pai autres, de se créer de nouvelles impressions se si celles-ci sont nécessaires pour rendre encore pi et plus nets les idées et jugements qui justeme minent en eux ; ils obtiennent de cette façon i du monde d'une incomparable luminosité, et d entre les phénomènes des rapports réels qui rest sairement cachés à une attention plus faible. ( fondeur réelle des esprits extraordinairement est toute clarté. Elle chasse les ombres des recoi et remplit les abîmes de rayonnements. La p
pour nous, que lorsque nous le lisons attentivement langue que nous n'entendons qu'à demi... C'est l'équi certitude, c'est-à-dire la souplesse des mots, qui est u grands avantages et qui permet d'en faire un usage < Joubert, cité par Charles Morice, La Littérature de tou Paris, 4889, p. 171.
lu mystique est, par contre, toute obscurité. Elle e les choses profondes par les mêmes moyens t : en rendant non perceptibles leurs contours, le dissout le dessin arrêté des phénomènes, il eux des voiles et les enveloppe d'une vapeur ouble ce qui est clair et rend opaque ce qui est t, comme la seiche trouble les eaux de l'Océan, qui voient le monde à travers les yeux du mysgent le regard dans une masse noire ondoyante ent trouver tout ce qu'ils veulent, quoique, en ne perçoivent rien, et justement parce qu'ils ne rien. Pour les imbéciles, tout ce qui est clair, dessiné, et qui n'admet pour cette raison qu'une prétation, est plat. Us regardent comme proe qui n'a aucun sens et peut, par conséquent, utes les interprétations imaginables. L'analyse lue est pour eux plate, la théologie et la mêlaont profondes. Plat est le droit romain, profonds f des songes et les prophéties de Nostradamus,
qui apparaissent, la nuit de la Saint-Sylvestre, omb fondu où les bonnes gens prétendent lire iraient les symboles exacts de leur profondeur, nu de la pensée mystique est déterminé par le t le degré de culture du dégénéré et de l'hysne faut jamais oublier, en effet, que le cerveau lement altéré ou épuisé est simplement un
culture ensemencé par l'éducation, l'instrucipressions et les expériences de la vie, etc. Les
semence ne naissent pas en lui, ils reçoivent en lui et par lui leurs arrêts de .développement,
rabougrissements, malformations et rejets fous i Le naturaliste qui perd la faculté de Tattention d< « philosophe de la nature » ou un inventeur de à quatre dimensions, comme l'infortuné Zœllner. 1 grossier et ignorant des basses couches populair dans la plus sauvage superstition. Le mystique él gieusement et nourri de dogmes rapporte ses i tations nébuleuses aux choses de la foi et les i: comme des révélations sur la nature de la Sainte 1 sur Texistence avant la naissance et après la me génieur en proie au mysticisme s'exténue à des ii impossibles, croît être sur la trace de la solution blême du mouvement perpétuel, imagine des con tions entre la terre et les astres, des puits cbndi noyau incandescent de notre globe, etc. Vsa devient astrologue, le chimiste alchimiste et c de la pierre philosophale, le mathématicien tr la quadrature du cercle ou à la découverte d'un dans lequel Tidée de progrès s'exprime par un ca gral, et la guerre de 1870 par irne équation.
Comme nous l'avons expliqué plus haut, l'éco brale reçoit ses excitations non seulement des n( phériques, mais aussi de la profondeur de l'or des nerfs des organes et des centres nerveux de épinière et du grand sympathique. Chaque état tion, dans ces centres, influence les cellules céré éveille en elles des aperceptions plus ou moins n se l'apportent nécessairement à l'activité des cen quels l'excitation émane. Quelques exemples rei chose claire aux profanes. Si l'organisme ép
lie LE MYSTICISME
kttttft de nourriture, c'est-à-dire si nous avons fâim^ nous n'avons pts seulement conscience en général d'un désir obscur d'aliments, mais iluit aussi dans notre esprit des représentations déterminées de mefs^ de tables servies, de tous les accessoires qui jouent un rôle dans le rq^as. Si pour une raison quelconque, peut-être à cause d'une maladie de cœur ou de poumons, nous ne pouvons pas bien respirer, nous n'éprouvons pas seulement urie avidité d'air, mais nous avons aussi des représentations secondaires de nature anxieuse, pressentiments de dangers d'espèce inconnue, réminiscences mélancoliques, etc., c'est-à-dire des représentations de phénomènes qui habituellement arrêtent ou gênent la respiration. Dans le sommeil aussi, les excitations organiques exercent cette influence sur l'écorce cérébrale, et nous leur devons les rêves soma** tiques, c'est-à-dire ceux qui se rapportent à l'activité des organes qui se trouvent justement dans un état anormal. Or, on sait que certains centres nerveux organiques, notamment les centres sexuels dans la moelle épinière et la moelle allongée, sont chez les dégénérés fréquemment mal formés ou pathologiquement surexcités. Les excitations qui en partent éveillent en conséquence, dans le cerveau d'un dégénéré de cette espèce, des aperceptions en rapports étroits ou lointains avec la sexualité, et ces aperceptions sont durables, parce que durables égaleipent sont les états d'excitation qui les occasionnent. Dans la conscience d'un tel dégénéré subsistent donc constamment, à côté des autres aperceptions qu*éveillent les excitations changeantes du monde extérieur^ des aperceptions du domaine de la sexualité, et il rattache à chaque impres*
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sion qu'il reçoit des êtres et des chose»^ àes î^s erotiques. Ainsi il en arrive i soupçonner des rapports mystérieux entre tmis les phénomènes possibles de la réalité, entre un train de chemin de fer, le titre de son journal, un piano, etc., et la femme, et il éprouve, par suite de vues, de paroles, d'odeurs qui ne produisent cette impression sur aucun homme sain, des excitations de nature erotique qu'il rapporte à des propriétés inconnues de ces vues, de ces paroles, de ces odeurs. Il advient ainsi que le mysticisme a, dans le plus grand nombre de cas, une teinte erotique nette, et le mystique, interprétant ses repréèentations-frontières obscures, a constamment une tendance à leur attribuer un sens erotique. Le mélange de spiritualité et de sensualisme, de ferveur religieuse et amoureuse qui caractérise la pensée mystique, a frappé les yeux des observateurs mêmes qui ne comprennent pas de quelle façon il se produit.
Le mysticisme que j'ai étudié jusqu'ici est l'incapacité, basée sur une faiblesse de volonté congénitale ou acquise, de diriger par l'attention l'action de l'association d'idées, d'attirer dans le cercle lumineux central de la conscience lès représentations-frontières nébuleuses, et de supprimer les aperceptions incompatibles avec celles qui fixent juste* ment l'attention. Mais il y a aussi une autre forme de niystici^me, qui a pour cause non une attention défectueuse, mais une anomalie de l'excitabilité du cerveau et du système nerveux. .
Dans l'organisme sain, les nerfs sensitifs conduisent.au cerveau les impressions du monde extérieur dans toute leur force» et l'excitation de la cellule cérébrale est en rapport
direct avec l'intensité de l'excitation qui lui est amenée. D'autre façon se comporte un organisme dégénéré ou épuisé. Chez celui-ci le cerveau peut avoir perdu son excitabilité normale; il est obtus, et les excitations qui lui sont amenées ne rébranlent que faiblement. Un tel cerveau ne pvient jamais à élaborer des aperceptions nettement limitées. Il pense toujours d'une façon phantomatique vague. Mais je n'ai pas à décrire longuement les parularités de son fonctionnement, car un cerveau obtus iste rarement chez le dégénéré supérieur et ne joue cun rôle en littérature et en art. Le possesseur d'un rveau difficilement excitable a bien rarement l'idée de re des vers ou de peindre. Il ne compte que comme blic prédestiné et reconnaissant du mystique créateur, Bxcitabilité insuffisante peut ensuite être un attribut des rfs sensitifs. Ce trouble occasionne des anomalies de la î intellectuelle sur lesquelles je m'étendrai dans le livre ivant. Enfin, au lieu d'obtusion, il peut y avoir de l'hyrexcitabilité, et celle-ci peut être propre à tout le sysaie nerveux et au cerveau ou seulement à quelques riions de celui-ci. L'hyperexcitabilité générale donne s natures maladivement sensilives qui tirent des phé- )mènes les plus indifférents les impressions les plus )nnantes, entendent les <c sanglots du crépuscule », ssonnent au contact d'une fleur, distinguent dans le iirmure de la brise d'effrayantes prophéties et de ter- 3les menaces, etc. *• L'hyperexcitabilité de quelques
l. Gérard de Nerval, Le Rêve et la Vie. Paris, 1868, p. 53. « Tout ns la nature prenait dès aspects nouveaux, et des voix isecrètes riaient de la plante, de l'arbre, des animaux, des plus humblea jecles, pour m'avertir et m'encourager. Le langage de mes com-
groupes de cellules de récorce cérébrale donne lieu à d très phénomènes. Dans la portion du cerveau ébranlée par une excitation périphérique ou par une excitatioi voisinage, par une impression sensorielle ou par une a ciation d'idées, l'activité cellulaire, en ce cas, ne s'effe pas proportionnellement à l'intensité de Texcitation, i elle est plus forte et plus durable que ne le justifie Te tation qui Toccasionne. Le groupe de cellules ébranle rentre que difficilement ou même plus du tout en repo absorbe de grandes quantités de matières nutritives ] les dissocier, et les enlève aux autres portions du veau. Il travaille comme un mécanisme qu'une r maladroite a mis en branle et n'est plus capable d'arré Si Ton peut comparer l'activité normale des cellules cerveau à une combustion calme, il faut voir dans l'j vite du groupe cellulaire morbidement hyperexcitable explosion, et une explosion qui unit la durée à la viole Sur une excitation, s'enflamme ensuite dans la conscii une aperception ou une série d aperceptions, de not et d'idées, qui illuminent cette dernière avec la cl d'un incendie, et surpassent en éclat toutes les autres a ceptions.
Selon le degré d'hyperexcitabilité morbide de quel( portions du cerveau, la prédominance des apercept élaborées par elles est aussi plus ou moins exclusiv( invincible. A des degrés modérés naissent les obsessii
pagnons avait des tours mystérieux dont je comprenais le senî objets sans forme et sans vie se prêtaient eux-mêmes aux calcu mon esprit ». Nous retrouvons complètement ici cette * cora hension du mystérieux » qui est une des fantaisies les plus 1 tuelles des aliénés.
Max Nordau. — Dégénérescence. 1 — 8
que la conscience reconnaît comme maladives. Elles n'excluent pas une activité cérébrale saine. A côté d'elles s'éveillent et s'éteignent des aperceptions normales, et la conscience s'habitue à traiter les obsessions simultanément présentes en quelque sorte comme des corps étrangers et à les exclure de ses idées et de ses jugements. A un degré plus élevé, l'obsession devient idée fixe. Les portions hyperexcitables du cerveau établissent leurs aperceptions avec une telle vigueur, que la conscience en est remplie et ne peut plus les distinguer de celles qui sont une conséquence d'impressions sensorielles et en reflètent exactement la qualité et l'intensité. Alors nous avons affaire aux hallucinations et aux délires. Au degré le plus haut enfin naît l'extase, que M. Ribot nomme « la forme aiguë de la tendance à l'unité de la conscience ». Dans l'extase, la portion cérébrale excitée travaille avec une telle violence, qu'elle supprime l'activité de tout le reste du cerveau. L'extatique est complètement insensible aux excitations extérieures. Un y aaucune aperception, aucune réunion d'aperceptions en notions et de notions en idées et jugements. Une seule aperception ou un seul groupe â'aperceptions remplit la conscience. Ces aperceptions sont de la plus grande netteté et clarté. La conscience est comme inondée d'une aveuglante lumière de midi. Il se passe donc ici exactement le contraire de ce que l'on observe chez le mystique ordinaire. A l'extase sont liées des émotions excessivement fortes dans lesquelles la plus ardente volupté se mêle à la douleur. Ces émotions accompagnent chaque activité violente et démesurée des cellules nerveuses, chaque désagrégation excessive, semblable à
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une explosion, de la matière nutritive nerveuse. La sen- 1
sation de volupté est un exemple de ces phénomènes ,
accompagnateurs de désagrégations extraordinaires dans la cellule nerveuse. Chez Thomme sain, les centres sexuels ^
sont les seuls qui, conformément à leur fonction, sont dif- j^|
férenciés, organisés de telle sorte qu'ils n'exercent pas tM
une activité uniforme et constante; mais, la plus grande ^^