partie du temps, ils se reposent complètement et emma- v,!J
gasinent de grandes quantités de matières nutritives, pour V;fJ
les désagréger ensuite soudainement , d'une façon en -^
quelque sorte explosive. Chaque centre nerveux qui tra- VJ
vaillerait ainsi nous procurerait des sensations de volupté, mais il n'y a justement pas chez l'homme sain, en dehors des centres sexuels, d'autre centre qui aurait à travailler ainsi pour répondre aux buts de l'organisme. Chez le dégénéré, au contraire, quelques centres cérébraux mprbidement surexcités travaillent de cette façon, et les ravissements qui accompagnent leur activité explosive sont plus puissants que les sensations de volupté, dans la mesure où les centres cérébraux sont plus sensibles que les centres rachidiens subalternes, et plus obtus. Les grands extatiques, une sainte Thérèse, un Mahomet, un Ignace de Loyola, sont absolument dignes de foi, quand ils assurent que les voluptés qui accompagnent leurs extases ne sont comparables à rien de terrestre et sont presque au-dessus des forces d'un mortel. Cette remarque prouve qu'ils ont conscience aussi de la douleur aiguë qui accompagne la désagrégation dans les cellules cérébrales surexcitées, et qu'une analyse attentive discerne dans chaque sensation voluptueuse très forte. La circonstance que la
seule sensation organique normale à nous connue, qui sort semblable aux sensations de l'extase, est la sensation de la volupté, explique que les extatiques relient par Tassociation d'idées des représentations erotiques à leurs aperceptions extatiques; ils interprètent Textase elle-même comme une espèce d'acte d'amour supra-terrestre, comme une union d'espèce indiciblement élevée et .pure avec Dieu ou la Sainle Vierge. Cette mise en tiers de Dieu et des saints est la conséquence naturelle d'une éducation religieuse qui engendre l'habitude d'envisager les choses inexplicables comme surnaturelles, et d'établir un rapport entre elles et les représenlations de la religion.
Nous avons vu maintenant que le mysticisme découle de l'incapacité de refréner l'association d'idées par l'attention, et que cette incapacité est la conséquence de la faiblesse de la volonté, tandis que l'extase est l'effet d'une hyperexcitabilité maladive de quelques centres cérébraux. Mais l'incapacité d'attention produit encore, outre le mysticisme, d'autres particularités de la pensée que nous nous contenterons de mentionner rapidement. Aux plus bas degrés de la dégénérescence, dans l'idiotisme, l'attention manque absolument. Nulle excitation n'est capable de ia faire naître, et il n'y a aucun moyen extérieur pour produire une impression dans un cerveau d'idiot et éveiller dans sa conscience des aperceptions déterminées. Dans la dégénérescence moins complète, — l'imbécillité, — l'attention est possible, mais excessivement faible et fugitive. En série ascendante on trouve chez l'imbécile d'abord la fuilc d'idées, c'est-à-dire l'impuissance de fixer les représentations s'appelant automatiquement les unes les autres à la
PSYCHOLOGIE DU MYSTICISAfE 117
conscience d'après les lois de l'association d'idées, et de les réunir en une idée ou jugement; puis la rêvasserie, qui est une autre forme de la fuite d'idées, mais se distingue d'elle en ce que les représen compose sont faiblement élaborées, pa leuses et indistinctes, au point par auquel on demande soudainement dai il pense, n'est pas en état d'indiqué justement dans sa conscience. Tous 1 blîssent que le dégénéré supérieur est ginal, brillant, spirituel », qu'il est in d'activités qui réclament de l'attentioi soi-même, mais qu'il a de forts pe:
Toutes ces particularités sont imputai glée de l'association d'idées.
Que l'on se rappelle comment trava pable d'attention : une perception évei qui appelle à la conscience mille au associées. L'esprit sain supprime 1( représentations contradictoires ou qui raisonnablement avec la première ap< ne le peut pas. La simple consonance ( de sa pensée. Il entend un mot et épr répéter une fois ou plusieurs fois : éc mot évoque dans sa conscience des mo rentes à celui-là seulement par le son
1. Un dégénéré imbécile, dont le D' G. Ba toire, dit : « H y a mille ans que le monde cathédrale de Milan ». La Semaine médical ans » évoquent dans la mémoire de cet imb dont la consonance est la même, quoiqu'il
118 LE MYSTiaSME
et alors il pense et parle dans une suite de rimes absolument incohérentes; ou bien les mots ont, outre la consonance, quelque parenté très éloignée et très faible de signification, et alors naît le jeu de mots ou calembour. Le profane incline à qualifier de spirituel l'imbécile qui rime et fait des jeux de mots, sans songer que cette façon de lier les représentations d'après le son des mots déjoue le but de la pensée, puisqu'au lieu de con- . duire à la connaissance du véritable rapport des phénomènes, elle en éloigne. Nulle mauvaise plaisanterie n'a jamais facilité la découverte d'une vérité, et ceux qui ont pu tenter de converser sérieusement avec un imbécile fai-
notions aucun rapport raisonnable. Un graphomane, Jasno, cité par Lombroso, dit : « La main se mène »; puis il vient à parler de •« semaine », et continue à jouer avec les mots de même consonance « se mène », « semaine » et « main ». (Génie et Folie, édition allemande, p. 264). Dans le livre d'un graphomane allemand intitulé Rembrandt éducateur (Leipzig, 1890), livre que j'aurai à citer quelquefois encore comme type du radotage d'un imbécile,
trouve dès les premières pages les juxtapositions suivantes de mots d'après la consonance : « Ils annoncent un retour... à l'unité et à la finesse (zur Einheit und Feinheit) », p. 3. « Plus quelqu'un est mal poli (ungeschliffener), et plus il y a à polir en lui (zu schleifen) », p. 4. « Toute éducation vraie est plastique (lede rechte Bildung ist bildend), formatrice, créatrice, et par conséquent artistique », p. 8. « Rembrandt n'était pas seulement un artiste prolestant, mais aussi un protestant artiste », p. 14. « Sa feuille de cent florins seule (Hundertguldenblatt) pourrait déjà servir comme une grande centaurée (en allemand « herbe de mille florins » (Tausendgûldenkraui) contre tant de maux », p. 23. « Le Christ et Rembrandt ont en cela quelque chose de commun, que celui-là honore la pauvreté religieuse, celui-ci la pauvreté {Armseligkeit) artistique, — la félicité des pauvres (Seligkeit der Armen) », p. 23, etc.
Un malade du D' Ph. Charlin {La confusion mentale primitive. Annales médico-psychologiques, 4" année, n" 2, p. 228), dit : « Henri quatre... 11 en faut quatre, trois, deux, un, et un partout, tout cru, ha!... Je suis d'aplomb. Je suis aux poids et mesures ». (« Aplomb » appelle « plomb » qui appelle l'idée de « poids » qui appelle l'association habituelle « et mesures ».) « Mesures, trois épiciers, pourriture » (une rime). « Brillant, boyant, boyant, brillant » (Rimes dépourvues de sens) ».
sant de l'esprit, ont reconnu l'impossibilité de Tattacher à
une suite d'idées, d'obtenir de lui une conci ' '
de lui faire comprendre un fait ou un rappor
Quand Tenchaînement des aperceptions s'eff
lement d'après les impressions de l'ouïe, n
pure consonance, mais aussi d'après les ;
l'association des idées, alors naissent ces juî
mots que le profane qualifie de « mode d'e
ginal » et qui procurent à leur auteur
« brillant » causeur ou écrivain.
Le D' Sollier cite quelques exemples cara mode d'expression « original » d'imbéciles à son camarade : « Tu as l'air d'un sucre d' rice ». Un autre formulait en ces termes l'idé le faisait tellement rire, qu'il ne pouvait pas live : « Tu me fais baver des ronds de chapea plement de mots qui, par le sens, sont incoh peu cohérents, est en règle générale une pre lilé, quoique trop souvent il étonne et fasse d'esprit qu'à Paris on nomme « blague » ( boulevard » est, aux yeux du psychologue, d Et que cet esprit puisse s'allier aux tendanc celaestcompréhensible. Toutes les profession la connaissance de la réalité et l'adaptation sument l'attention. Mais l'attention manque a est par conséquent inapte aux professions :
taioes occupations artistiques, notamment ( subordonné, sont au contraire conciliables
1. D' Paul Sollier, Psychologie de P Idiot et de 1890, p. 153.
lion d'idées débridée, la rêverie, même la fuite de pensées, parce qu'elles réclament seulement une très faible adaptation à la réalité et ont, par cette raison, une grande force d'attraction pour Timbécile.
Entre la pensée et le mouvement existe un parallélisme exact qui s'explique par ce fait, que l'élaboration d'aperceptions n'est autre chose qu'une modification de l'élaboration des impulsions motrices. Les phénomènes moteurs rendent sensible au profane, de la façon la plus claire, le mécanisme de l'activité pensante. A l'association d'idées répond l'association automatique des contractions musculaires, à l'attention la coordination. De même qu'en l'absence d attention ne naît pas d'idée raisonnable, de même, avec le manque de coordination, ne naît pas de mouvement utile. A l'idiotisme du cerveau il faut assimiler la paralysie, à l'obsession et à l'idée fixe le tic de mouvement (tressaillement involontaire). Les plaisanteries de l'imbécile sont comme des coups d'épée dans l'air, les idées etlesjugements]des cerveaux sains comme une escrime soigneusement calculée en vue de la défense et de l'attaque. Le mysticisme trouve son image dans les mouvements sans but et sans force, souvent simplement esquissés, du tremblement sénile et paralytique, et l'extase constitue pour un centre cérébral le même état qu'un spasme tonique continu et violent pour un muscle ou un groupe de muscles.
Le mysticisme est Tétai habituel des hommes, et nullement une disposition extraordinaire de leur esprit. Un cerveau vigoureux qui élabore chaque aperccption en pleine netteté, une volonté forte qui arrête l'attention si difficile à fixer, sont des dons rares. Pour muser et rêver, pour laisser vagabonder l'imagination capricieuse dans les méandres de l'association d'idées, il faut un effort moindre; et cet état d'âme est, par cette raison, de beaucoup préféré au dur travail de l'observation et du jugement raisonnable. C'est ainsi que la conscience des hommes est remplie d'une foule immense d'ombres de pensée ambiguës, et, règle générale, ils ne voient bien distinctement que les phénomènes journellement renouvelés de leur vie personnelle la plus étroite, et, parmi eux, ceux avant tout qui sont l'objet de leurs besoins immédiats.
Le langage, ce grand auxiliaire du développement de
la pensée humaine, n'est pas un bienfait sans mélange. Il porte dans la conscience de la plupart des hommes incomparablement plus d'obscurité que de clarté. Il enrichit leur mémoire de sons, non d'images nettement dessinées de la réalité. Le mot, écrit ou parlé, excite un sens, la vue ou r.ouïe, et dégage une activité du cerveau, c'est vrai. Il éveille toujours une aperception. Une suite de notes musicales le fait aussi. Un mot inconxu, un mot baroque, un nom propre, un air raclé sur un crin-crin, font penser aussi, mais à quelque chose d^indé terminé, ou d'absurde, ou d'arbitraire. C'est une peine absolument perdue que de vouloir donner à un individu, par le mot, de nouvelles aperceptions et notions et élargir le cercle de sa connaissance lucide. Le mot ne peut jamais évoquer que les représentations que l'individu possède déjà, et, en dernière analyse, chacun ne travaille qu'avec le fonds d'aperceptions qu'il a acquises par une observation personnelle attentive du monde. Cependant on ne peut renoncer aux excitations que nous apporte le langage. Le désir de saisir sans lacunes l'ensemble du monde phénoménal est irrésistible, mais la possibilité d'aperceptions personnelles est restreinte même dans le cas le plus favorable. Ce que nous n'avons pas éprouvé nous-mêmes, nous nous le faisons dire par les autres, les morts et les vivants. Le mot doit remplacer pour nous des impressions sensorielles immédiates. Il est, après tout, lui-même aussi une impression sensorielle, et notre conscience est habituée à assimiler cette impression aux autres, à accorder la même valeur à l'aperception qu'éveille le mot qu'aux aperceptions que nous avons obtenues par la coopération simultanée de tous
les sens, par le dévisagement et la palpation de toutes les faces, le déplacement et le soulèvement, Texamen par rouïe et Todorat, de Tobjet lui-même. Mais cette assimilation de valeur est un vice de raisonnement. Elle est dans tous les cas fausse, si le mot doit faire plus qu'évoquer dans la conscience le souvenir d'une aperception acquise par une perception propre, ou celui d'une notion composée d'aperceplions semblables. Nous commettons tous, néanmoins, cette faute de raisonnement. Nous oublions que le langage a été formé par l'espèce uniquement comme moyen d'entente entre les individus et de communication d^émotions, qu'il est une fonction sociale, non une source de connaissance. En vérité, il est plutôt une source d'erreur. Car ce que l'homme sait réellement, ce n'est pas ce qu'il a entendu et lu et répète, mais seulement ce qu'il a directement éprouvé et attentivement observé; et quand il veut s'émanciper des erreurs que le mot lui apporte, il n'a pas d'autre moyen que d'augmenter son fonds d'aperceptions de pleine valeur par des perceptions propres et une observation attentive. Et comme l'homme n'est jamais capable de cet effort que jusqu'à une certaine limite, chacun est condamné à travailler dans sa conscience à la fois avec des aperceptions directes et avec des mots. L'édifice d'idées construit avec des éléments d'une solidité si inégale rappelle ces églises gothiques dont des maçons slupides rescellaient autrefois les endroits dégradés avec une colle de suie et de fromage à laquelle ils donnaient, à l'aide d'un badigeon, l'apparence de la pierre. La façade se présente irréprochable à Toeil, mais beaucoup de ses parties ne résisteraient pas un instant à un choc vigoureux de la critique.
coup d'interprétations erronées des phénomènes 5, la plus grande partie des fausses hypothèses ques, toutes les religions et les systèmes métaphysont nés ainsi : c'est que les hommes ont entremêlé idées et à leurs jugements, à côté d'aperceptions d'une perception immédiate, d'autres aperceptions lées par des mots, auxquelles ils ont accordé une égale. Ou les mots avaient été inventés par des es, et ils n'indiquaient dès l'origine que l'état ver- : d'un cerveau malade et faible, ou bien ils expriau début une aperception déterminée et exacte; jr sens véritable n'était jamais apparu à ceux qui taient, et avait été arbitrairement faussé par eux, îrprété ou embrouillé.
liblesse d'esprit innée ou acquise et l'ignorance ent au même but : le mysticisme. Le cerveau de nt élabore des aperceptions nébuleuses, parce qu'il .é non par le phénomène lui-même, mais seulement mot, et que cette excitation n'est pas assez forte )usser les cellules cérébrales à un travail plus iix; et le cerveau de l'épuisé et du dégénéré élas aperceptions du même genre, parce qu'il n'est ible de répondre à une excitation par une activité ise. C'est ainsi que l'ignorance est une faiblesse artificielle, comme, au contraire, la faiblesse est l'inaptitude organique naturelle au savoir, une partie quelconque de son horizon intellectuel, de nous est donc mystique. De tous les phéno-' ju'on n'a pas observés soi-même, chacun se fait •ceptions vaporeuses et vacillantes. Mais on distin-
guera néanmoins facilement l'homme sain de celui qui mérite la désignation de mystique. 11 y a pour les deux un critérium sûr. L'homme sain est capable de tirer de ses perceptions immédiates des aperceptions à contours nets et de saisir leur véritable rapport. Le mystique, au contraire, mêle ses représentations- frontières ambiguës et nuageuses à ses aperceptions immédiates mêmes, qui par là sont embrouillées et obscurcies. Le paysan le plus superstitieux lui-même a des aperceptions sûres de son travail des champs, de lalimentation de son bétail et de la surveillance de sa borne. 11 se peut qu'il croie à la sorcière de la pluie, parce qu'il ne sait pas comment la pluie se produit, mais il ne s'attend pas un seul moment à ce que les anges viennent labourer pour lui. Il fait peut-être bénir son champ, parce qu'il ignore les véritables conditions de la prospérité ou du dépérissement de sa moisson, mais, malgré sa confiance en une faveur surnaturelle, il n'omettra jamais de semer son blé. Chez le mystique proprement dit, au contraire, l'incompréhensible étant l'informe, pénètre et envahit toutes les aperceptions, même celles de son expérience journalière ; son manque d'attention le rend incapable de reconnaître le véritable enchaînement des phénomènes même les plus simples et dont les rapports sont les plus facilement visibles, et le conduit à leur assigner comme cause une des aperceptions nébuleuses insaisissables qui voguent et ondoient dans sa conscience.
Cette caractéristique du mystique ne s'appUque aussi complètement, dans l'histoire de Tart et de la poésie de ce siècle, à aucun autre groupe d'hommes qu'aux auteurs
et continuateurs du « mouvement préraphaélite » en Angleterre. On peut supposer Thistoire de ce mouvement connue, au moins dans ses traits essentiels, et nous n'en rappellerons ici que les principaux. Trois peintres, Dante-Gabriel Rossetti, Holman Hunt et Millais, formèrent en 1848 une association qui s'intitula Preraphaelitic Brotherhood (Fraternité préraphaélitique). Quand le groupe fut formé, les peintres F. -G. Stephens et James Collinson ainsi que le sculpteur Thomas Woolner vinrent s'y joindre. Ils exposèrent à Londres, au printemps de 1849, une série de tableaux et de statues qui portaient tous, outre la signature de Tauteur, Tinscription commune P. R. B. Le résultat fut atterrant. Le public, auquel des fanatiques hystériques n'avaient pas encore imposé tyranniquement la foi à la beauté de ces œuvres et qui n'était pas encore sous l'empire de la mode inventée par les snobs esthétiques, et consistant à voir dans l'admiration pour celles-ci une marque de distinction et d'affdiation à un cercle étroit et exclusif de patriciens du goût, le public, disons-nous, alla à elles sans prévention et les trouva incompréhensibles et grotesques. Leur vue excita un rire inextinguible chez les gens de bonne humeur et de la colère chez les grincheux, qui se fâchent quand ils croient qu'on veut se moquer d'eux. La « Fraternité » ne renouvela pas sa tentative; l'exposition P. R. B. n'eut pas de répétition. L'association elle-même se rompit, et ses membres n'ajoutèrent plus à leurs noms les lettres de ralliement. Ils ne formèrent plus une réunion fermée dans laquelle on était reçu en due et bonne forme, mais seulement un cercle libre d'amis à tendances communes, san-
cesse transformé par les entrées et sorties, prêchèrent d'eux Burne Jones et Madox passent également pour préraphaélites, quo pas appartenu au P. R. B. primitif. Plus tar s'étendit des artistes aux poètes, et Ton coi les préraphaélites littéraires, outre Dante-Ga qui échangea bientôt le pinceau contre la plu Charles Swinburne et William Morris.
Quels sont les idées-forces et les buts è préraphaélite? Un critique anglo-allemand de Hliffer, croit répondre à cette question, en voudrais nommer ce mouvement : la renaiss de sentiment médiéval * ». Outre que ces fient rien, puisque par « le mode de sentime chacun peut entendre ce qu'il veut, Tallusi âge marque seulement le phénomène le plu préraphaélisme et ne touche en rien à son e
11 est exact que les préraphaélites tra l'image et le mot, une certaine prédilecti non exclusive, pour le moyen âge ; mais le leurs poèmes et tableaux n'est pas le moywi é c'est un moyen âge fabuleux, une simple dé ce qui est placé hors du temps et de l'espac et un pays de rêve dans lesquels on peut tra modément toutes les figures et actions irréell tent à leur monde extra-terrestre quelques vent rappeler de loin le moyen âge, que d évoluent des reines et des chevaliers, d<
1. Poems hy Dante-Gabriel Bossetti. With a mémo by Franz Huffer. Leipzig. 1873, p. viii.
> couronnes dans leur chevelure d'or et des pages î toques à plumes, cela s'explique par les modèles taient, inconsciemment peut-être, devant Tesprit *aphaélites.
louvements en art et en littérature ne naissent pas ement et par génération spontanée. Us ont des Dnt ils descendent par une filiation naturelle. Le aélisme est un petit-fils du romantisme allemand Is du romantisme français. Mais dans ses péréns à travers le monde, le romantisme, sous Tindes dispositions changeantes des époques et du e particulier des différents peuples, a subi de telles ns, qu'à peine un léger air de famille rappelle ; allemand dans le rejeton anglais.
)mantisme allemand était dans son principe une contre Tesprit des encyclopédistes français, qui dominé sans conteste le xviii° siècle. Leurs critl- 3 antiques erreurs, leurs nouveaux systèmes, qui it expliquer les énigmes du monde et de la nature î, avaient d'abord séduit et presque enivré. Ils baient cependant satisfaire d'une façon durable, commettaient dans deux directions une lourde Us interprétaient le monde phénoménal avec une lance insuffisante des faits et tenaient Thomme être raisonnable. Fiers de leur penser rigoureulogique, mathématique, ils ne voyaient pas que une méthode de connaissance, mais non la connaisle-même. L'appareil logique est une machine qui lement élaborer la matière qu'on y a mise. Si cette ) n'est pas nourrie, elle tourne à vide, fait du bruit,
mais ne produit rien. L'état de la science au xviii* siècle
ne permettait pas aux encyclopédistes de met
en activité leur appareil logique. Mais ils ne
rent pas, et construisirent, inconsciemment t
Taide de leurs faibles moyens, un système (
rent avec satisfaction pour la fidèle image de
découvrit naturellement bientôt que les encyc
fiers de leur raison, se trompaient, eux et le
On découvrit des faits qui contredisaient leun
hâtives, et il y eut toute une série de phénoi
système négligeait entièrement, qu'il ne couvrai
un mantelet trop court, et qui passaient railh
toutes les bordures. Alors on maltraita à c(
la philosophie des encyclopédistes et Ton c
égard la faute qu'elle-même avait commise : oi
méthode de la critique rationnelle avec les rés
avait produits entre les mains des encyclope
que ceux-ci, par connaissance insuffisante d(
naient de la nature une explication fausse et a
assoiffés de savoir s'écrièrent, déçus, que la cri
nelle était en soi une fausse méthode ; que la p^
ne conduisait à rien ; que les explications de la
d'émancipation étaient aussi indémontrées
trahies que celles de la religion et de la m
qu'elles étaient seulement moins belles, pli
plus étroites ; et Ton se précipita avec ferveuj
les profondeurs de la foi et de la superstiti
aucun doute, ne croissait pas l'arbre de sciei
de beaux mirages enivraient l'œil, et où mur
sources chaudes parfumées de toutes les émoi
Max Nordau. — Dégénérescence. I
i30 LE MYSTICISME
Et plus encore que Terreur de leur philosophie , fut néfaste la fausse psychologie des encyclopédistes. Ils crurent que les pensées et les actions de Thomme sont^ (Jéterminées par la raison, par les lois de la logique, et ils ne soupçonnèrent aucunement que la vraie force motrice de ses idées et de ses actes sont les émotions, ces excitations élaborées dans les profondeurs des organes intérieurs, dont Torigine échappe à la conscience, qui font soudainement irruption dans celle-ci comme une horde de sauvages, ne disent pas d'où elles viennent, ne se plient à aucun règlement de police de la pensée civilisée, et exigent impérieusement d'être logées. Tout le vaste domaine des besoins organiques et des instincts héréditaires, ce qu'Edouard de Hartmann nomme V « inconscient », resta caché aux rationalistes, et ils ne virent que l'étroit cercle de la vie psychique qu'éclaire la petite lampe de la conscience. Une poésie qui représentait l'homme d'après les vues de cette psychologie insuffisante, devait être fausse jusqu'au ridicule. Elle n'avait pas de place pour les passions et les folies. Elle ne voyait dans le monde que des formules logiques sur deux jambes et des équations mathématiques à tête poudrée et à habits brodés. Le sentiment naturel se vengea de cette aberration artistique, en entrant en révolte et en n'admettant plus que l'inconscient, l'instinct héréditaire et les appétits organiques, sans pms se préoccuper de la raison ni de la volonté, qui pourtant existent aussi.
Le mysticisme, qui s'insurgea contre l'emploi de la méthode rationaliste dans l'interprétation du monde, le mouvement d'assaut et d'irruption, qui s'émeuta contre le
même emploi à Tégard de la vie psychique de Thomme, furent la moisson préparatoire du romantisme, qui n'est que la réunion et Texagération de ces deux mouvements de révolte. Que le romantisme ait revêtu la forme de Tenthousiasme pour le moyen âge, c'était l'effet des événements et de la disposition d'esprit du temps. Car les commencements du romantisme coïncident avec l'abaissement le plus profond de l'Allemagne, et la douleur causée aux jeunes talents par la honte de la domination étrangère donna à tout l'ensemble de leurs idées une coloration patriotique. Au moyen âge, l'Allemagne avait eu une brillante période de force et de floraison intellectuelle. Ces siècles à la fois illustrés par la puissance des empereurs universels de la maison de Hohenstaufen, la magnificence de la poésie amoureuse de cour et la grandeur des églises gothiques, devaient nécessairement attirer les esprits sortant violemment et avec dégoût d'un présent intellectuellement prosaïque, politiquement humiliant. Pour éviter Napoléon, ils se réfugiaient auprès de Frédéric Barberousse, et ils se remettaient chez Walther von der Vogelweide de leur horreur de Voltaire. Les imitateurs étrangers des romantiques allemands ne savent pas que, lorsqu'ils font, dans leur fuite de la réalité, une halte dans le moyen âge, ils ont pour guide de voyage le patriotisme - allemand.
Le côté patriotique du romantisme fut d'ailleurs seulement accentué par les talents les plus sains de cette tendance. Chez les autres, celle-ci se révéla en pleine clarté pour ce qu'elle est : une manifestation de la dégénérescence. Les frères Schlegel donnèrent, dans leur revue
VAthe7iœum, ce programme du romantisme : « Le commencement de toute poésie est de suspendre de nouveau la marche et les lois de la raison pensant rationnellement et de nous replonger dans le bel égarement de la fantaisie, dans le chaos primitif de la nature humaine... Le bon plaisir du poète ne souffre aucune loi au-dessus de lui ». C'est bien là la façon de penser et de parler du faible d'esprit, de Timbécile, qui est incapable de suivre avec son activité cérébrale, en les observant et en les comprenant, les phénomènes du monde, et qui, avec la satisfaction de soi-même propre aux imbéciles, présente son défaut comme une qualité, déclare son penser confus, dominé par Tassoclation d'idées non réfrénée, le seul juste et recommandable, et se vante de ce dont l'homme sain le plaint* A côté de l'association d'idées déréglée, on observe aussi chez la plupart des romantiques le compagnon naturel de cette faiblesse cérébrale, le mysticisme. Ce qui les enchanta, en pensant au moyen âge, ce ne fut pas la grandeur et la puissance de l'empire allemand, l'abondance et la beauté de la vie allemande de ce temps-là, mais le catholicisme avec sa foi aux miracles et son culte des saints. « Notre service divin n'en est pas un », écrit Henri de Kleist. « Il parle seulement à la froide raison : mais une fête catholique parle à tous les sens ». Incontestablement, le symbolisme abyssalement obscur du catholicisme, toute Textériorité de ses gestes hiératiques, des mystères de l'autel, de la magnificence de ses vêtements sacerdotaux,, de ses objets et œuvres d'art liturgiques, de sa subjugation des sens par le tonnerre de l'orgue, les nuages de l'encens et les ostensoirs étincelants, tout cela excite plus
d'aperceptîons nébuleuses et confuses que le froid protes tantisme. La conversion au catholicisme des Frédéric Schiegel, Adam MûUer, Zacharias Wemer, le comte Stolberg, est simplement logique, absolument comme le lecteur qui a suivi nos explications sur la psychologie du mysticisme comprendra que, chez ces romantiques, une sensualité souvent poussée jusqu'au rut accompagne les transports de dévotion.
Une génération plus lard qu'en Allemagne, le romantisme apparut en France. Ce retard est historiquement facile à expliquer. Dans les tourmentes de la Révolution et des guerres napoléoniennes, les esprits dirigeants du peuple français ne trouvèrent pas le temps de se replier sur eux-mêmes. Ils n'avaient pas le loisir d'examiner la philosophie de leurs encyclopédistes, de la trouver insuffisante, de la rejeter et de se cabrer contre elle. Ils dépensaient toute leur force dans les rudes et grandioses exploits musculaires de la guerre, et sentaient peu le besoin des émotions que donnent l'art et la poésie; ce besoin était complètement satisfait par les émotions infiniment plus fortes de l'amour-propre et du désespoir excités par des victoires glorieuses et des désastres de fin du monde. Ce n'est qu'à l'époque de demi-sommeil qui suivit Waterloo, que les penchants esthétiques reprirent leurs droits, et les mêmes causes amenèrent alors les mêmes résultats qu'en Allemagne. Les jeunes talents, ici aussi, levèrent l'étendard de la révolte contre les tendances esthétiques et philosophiques régnantes. Us voulaient que la fantaisie culbutât la raison et lui mit le pied sur la gorge, et ils proclamèrent le droit martial de la passion contre la pro-
rconspecte de la discipline et de la morale.
une certaine mesure au mouvement allemand de Staël et par A.-W. de Schlegel, qui, Tune, ersonnellement sur son entourage français, et, rat été traduit de bonne heure en français, ichèrent, à moitié inconsciemment peut-être, à ment. Des différentes forces motrices en jeu mantisme allemand, celles du patriotisme et du ne mystique restèrent sans action sur l'esprit [ui ne lui prit que sa prédilection pour les loin- 3 le temps et dans l'espace et pour l'anarchie intellectuelle.
lantisme français n'était ni médiéval ni pieux. U tôt domicile dans la Renaissance, quand il voujner de la réalité dans le temps, et en Orient ou lays fabuleux, quand il voulait s'en éloigner dans Chez Victor Hugo, à côté des seuls Bur graves y tion se passe au xiii® siècle, il y a tous les âmes , Cromwell , Marie Tudor , Lucrèce ingelo, Ruy Blas, Hernaniy Marion Delorme, s amuse, qui se déroulent dans le xvi° et le le, et à son unique roman moyen âge, Notre^ Paris, on peut opposer tous les autres, depuis dande, qui a pour scène une Thulé de rêve,
Misérables , qui se passent dans un Paris ique, et à Quatre-vingt-treize, histoire de la D à l'usage des- fumeurs de haschisch. L'inclina- )mantisme français pour la Renaissance est natu- 3lle-ci a été le temps des grandes passions et des rimes, des palais de marbre, des vêtements
étincelants d'or et des fêtes enivrantes, le temps où les choses esthétiques l'emportaient sur les choses utiles, le fantastique sur le rationnel, et où le méfait lui-même était beau, car l'assassinat était accompli avec des poignards ciselés et damasquinés, et le poison présenté dans des coupes historiées par Benvenuto Cellini.
Les romantiques français se servent de Tirréalité de leurs scènes et de leurs costumes principalement pour pouvoir doter sans contrainte leurs figures de toutes les qualités, exagérées jusqu'au monstrueux, que le Français, non encore aigri par la douleur de la défaite, aimait dans rhomme. C'est ainsi que nous apprenons à connaître, par les héros de Victor Hugo, Alexandre Dumas, Théophile Gautier, Alfred de Musset, l'idéal masculin et féminin français. Les spéculations philosophiques à la Faust ou les monologues à la Hamlet ne sont pas leur affaire. Ils causent inépuisablement, avec des antithèses et des mots d'esprit éblouissants ; ils se battent un contre dix, ils aiment comme Hercule dans la nuit thespidienne, et leur vie entière n'est qu'un long enivrement de combats, de voluptés, de vin, de parfums et de splendeurs, une sorte de folie des grandeurs avec des idées de gladiateur romain, de Don Juan et de Monte Christo, une folle dissipation de trésors inépuisables de force physique, de gaieté et d'or. Ces naïfs idéals humains devaient nécessairement porter des pourpoints ou des capes espagnoles et parler la langue de temps inconnus, puisque cette exubérance musculaire ne pouvait tenir dans notre habit de soirée étriqué, et que la conversation des salons parisiens ne permet pas les franchises de ces âmes retournées de dedans en dehors.
Di^itized by
Goog^
;leterre, les destins du romantisme ont été exacipposé de ceux qu'il a eus en France. Si les Franint surtout et même exclusivement emprunté au le allemand, comme modèles, l'émigration hors de et la proclamation du droit souverain de la pas- Anglais en développèrent non moins exclusiveéléments catholico-mystiques. Pour eux, le moyen
un puissant attrait, par cela seul qu'il était le la foi enfantine, de l'enivrement des simples ans le commerce personnel avec la Sainte Trilinte Vierge et tous les saints tutélaires.
rce, industrie et civilisation n'avaient jamais été s nulle part au monde comme en Angleterre; ; on n'avait autant travaillé, nulle part on n'avait
des conditions aussi artificielles. L'état de dégé- B et d'épuisement que nous observons aujour- ; tous les pays civilisés, comme suite de ce surmeait pour ce motif apparaître en Angleterre plus eurs, et il s'y manifeste effectivement avec une roissante dès 1830 et 1840. Mais l'émotivité de cence et d'épuisement devait revêtir là, nécessaiar suite des particularités du peuple anglais, une iligieuse.
pie anglo-saxon est de sa nature un peuple sain [ solide, et il possède par cela même à un haut )esoin de connaissance propre à Thomme normal . Il a de tout temps recherché le « pourquoi » (iment » des phénomènes, et témoigné une reconet un intérêt passionnés à ceux qui lui ont promis ignements sur ce sujet. Tous les écrivains qui se
sont occupés des débuts de la formation de Tàme anglaise, G, Freytag et H. Taine, par exemple, citent le discours profond d'un chef anglais sur ce qui précède et suit la vie de l'homme, discours qui nous a été conservé par Béda dans son récit de la conversion du roi Edwin au christianisme *. Il témoigne que, dès le commencement du vu® siècle, la soif ardente de s'expliquer le phénomène du monde dévorait les Anglo-Saxons. Or, cette belle et noble avidité de savoir est devenue à la fois la force et la faiblesse des Anglais. Elle les conduisit au développement parallèle des sciences naturelles et de la théologie. Les savants apportèrent des faits acquis par une pénible observation; les théologiens, des systèmes composés de notions arbitraires; mais tous deux élevèrent la prétention d'expliquer l'essence des choses, et le peuple leur fut profondément reconnaissant aux uns et aux autres, aux théologiens toutefois plus qu'aux savants, parce que ceux-là pouvaient enseigner plus abondamment et avec plus d'aplomb que ceux-ci. Le penchant des hommes à accorder la même valeur aux mots qu'aux faits et aux affirmations qu'aux preuves, donne toujours au théologien et au métaphysicien un avantage énorme sur l'observateur. La soif de savoir des Anglais a produit à la fois la philosophie d'induction et le spiritisme. L'humanité lui doit lord Bacon, Harvey, Newton, Locke, Darwin, John-Stuart Mill, mais aussi Bunyan, Berkeley, Milton, les puritains, les quakers, et tous les visionnaires religieux, apocalypticiens et mé-
1. Gustave Freytag, Tableaux du passé allemand. Premier volume : Le moyen âge. Leipzig, 1872, p. 266. — H. Taine, Histoire de la lit' iéralure anglaise, Paris, 1866, 2* édition, t. I, p. 46.
diums de ce siècle. De môme qu'aucun peuple n'a fait autant pour ses naturalistes et ne les a autant honorés, aucun peuple non plus n'a, avec autant de sincérité et de dévotion que le peuple anglais, cherché dans la foi surtout l'enseignement. L'effort vers la connaissance est donc la source principale de la religiosité anglaise. A cela il faut ajouter que les classes dominantes ne donnèrent jamais l'exemple de l'indifférence en matière de foi, mais firent systématiquement de la religiosité une marque de distinction sociale , à l'opposition de la France , où la noblesse du xviii® siècle fit du voltairianisme la marque dislinctive d'une condition sociale supérieure. Le développement historique conduisit en Angleterre à deux résultats qui s'excluent en apparence l'un l'autre : à la domination de caste et à la liberté personnelle. La caste, qui est en possession de la richesse et du pouvoir, désire naturellement défendre sa situation. Elle ne peut, vu le caractère rigidement indépendant du peuple anglais, recourir à la force matérielle. Elle a donc toujours cultivé les moyens coercitifs moraux qui lui permettent de maintenir dans la soumission et l'obéissance les classes inférieures, et, parmi ces moyens, la religion est de beaucoup le plus efficace.
Ainsi s'expliquent la foi des Anglais et en même temps le caractère religieux de leur dégénérescence intellectuelle. Le premier effet de la dégénérescence et de l'hystérie épidémiques fut le mouvement d'Oxford vers 1840. Wiseman tourna toutes les tètes faibles; Newman passa au catholicisme; Pusey revêtit toute la haute Église anglicane du costume romain. Le spiritisme se mit plus tard de la partie, et il est caractéristique que tous les médiums employaient
une phraséologie théologique et faisaient des révélations sur le paradis et Tenfer. Les assemblées de « revival » de 1875 et r « Armée du Salut » actuelle sont la continuation directe du mouvement d'Oxford, mais embour comme il convient au degré de culture f membres. Eu matière d'art, Tenthousias Anglais dégénérés et hystériques cherch dans le préraphaélisme.
Une définition exacte du sens de ce m* sible, car il a été inventé par des myst avec tous les néologismes dus à des in aliénés, la propriété d'être vague et équ miers membres de la « Fraternité » i dans les artistes du xiv® et du xv® siècle, seurs des grands génies des écoles ombri( vénitienne, des esprits à l'unisson des 1 quelque temps pour modèle leur manié créèrent la désignation « préraphaélites »
leur plaire, parce que le préfixe « pré »
de choses antiques, lointaines, à peine p térieusement nébuleuses. Le mot « pré résonner par association d'idées, comme î ques, les notions : « préadamites* », « pré bref, tout ce qui ouvre des perspectives ii connu crépusculaire et permet à l'esprit de rêve dans le hors-du-temps et dans h Mais si les préraphaélites ont trouvé lei
1. Ce n^est pas là une affirmation arbitraire, bres poésies de Dante-Gabriel Rossetti, Eden parlerons plus tard, traite justement de la Lilit
i40 LE BIYSTICISME
réalisé justement dans les peintres du « quattrocento », ils le doivent à John Ruskin.
Ruskin est un des esprits les plus troubles et les plus faux et un des plus puissants stylistes de ce siècle. Il met au service d'idées complètement délirantes le sauvage acharnement du fanatique dérangé d'esprit et le profond sentiment de r a émotif » de Morel. Son état d'âme est celui des premiers grands-inquisiteurs espagnols; il est un Torquemada de l'esthétique. 11 aimerait brûler vifs le critique qui ne partage pas ses vues ou le philistin obtus qui passe sans recueillement devant les œuvres d'art. Mais comme les bûchers ne sont pas à sa portée, il fait rage et se déchaîne au moins en paroles, et anéantit métaphoriquement les hérétiques par l'injure et la malédiction. A son humeur colérique intraitable il allie une grande connaissance de tous les détails de l'histoire de l'art. S'il parle des formes de nuages, il reproduit les nuages de soixante ou quatre-vingts tableaux éparpillés à travers toutes les collections de l'Europe, et, notez-le bien, il a fait cela dans les années 1840 et suivantes, quand on ne connaissait pas encore les photographies d'après les chefs-d'œuvre de l'art, qui en rendent aujourd'hui si commode l'étude comparée. Cette accumulation de faits, cette érudition minutieuse lui conquirent l'esprit anglais. Elles expliquent l'influence puissante qu'il a exercée sur le sentiment artistique du monde anglo-saxon et sur ses idées théoriques du beau. Le positivisme lucide de l'Anglais réclame des indications exactes, des mesures, des chiffres. Qu'on lui livre tout cela, il est content et ne critique pas les points de départ. L'Anglais accepte un délire lorsque celui-ci se présente avec des
notes au bas des pages, et il est conquis par un radolage accompagné de tableaux statistiques. C'est un trait bien anglais que Milton, dans sa description de Tenfer et de ses habitants, soit aussi détaillé et consciencieux qu'un arpenteur et un naturaliste, et que Bunyan raconte le Voyage du Pèlerin vers le royaume mystique de la rédemption, avec la méthode des récits de voyage les plus plastiques, comme un capitaine Cook ou un Burton. Ruskin possède au plus haut degré cette particularité anglaise de l'exact dans l'absurde, des mesures et des nombres dans le délire de la fièvre.
En 1843, presque en même temps que l'explosion du grand mouvement catholicisant, Ruskin commença à publier les études d'art surexcitées qui furent réunies plus tard sous le titre de Modem Painters (Peintres modernes). Il était alors un jeune théologien, et c'est comme tel qu'il aborda la contemplation des œuvres d'art. La vieille scolastique voulait faire de la philosophie la « servante de la théologie ». Le mysticisme de Ruskin se proposait le môme but avec l'art. La peinture et la sculpture devaient être une forme du service divin, ou elles ne devaient pas être. L'œuvre d'art valait seulement par l'idée transcendante qu'elle voulait exprimer, par la ferveur qui l'inspirait et s'y révélait, et non par la perfection de la forme.
Cette manière de voir l'a conduit à des affirmations dont je veux citer ici quelques-unes des plus caractéristiques. « Il me semble », dit-il, « qu'un grossier symbole peut souvent émouvoir le cœur plus efficacement qu'un symbole raffiné, et que Ton examine des tableaux en tant que chefs-d'œuvre avec moins de dévotion et plus -de curiosité... Ce que cherche et adore toujours celui qu'on
d42 LE MTSTiaSME
nomme un connaisseur, c'est Thomme et sa fatuité, l'homme et ses trucs, Thomme et ses inventions, Thomme misérable, pitoyable, chétif, égoïste. Entre des tessons et des tas de fumiers, entre des goujats ivres et des bellesmadames ratatinées, à travers tous les spectacles de la débauche et de la corruption, nous suivons l'artiste qui s'y lance à cœur-joie, non pour recueillir un enseignement sain, non pour être émus de pitié ou pour bondir d'indignation, mais pour observer la dextérité du pinceau et savourer le scintillement de la couleur... La peinture n'est rien autre chose qu'un noble et expressif langage, inappréciable comme transmetteur d'idées, mais en luimême et par lui-même absolument nul... Ce n'est pas la façon dont les choses sont représentées ou dites, mais ce qu'elles représentent et disent, qui détermine finalement la grandeur du peintre ou de Técrivain... Les efforts primitifs de Gimabue et Giotto sont les messages enflammés d'une prédiction annoncée par les lèvres balbutiantes de petits enfants... Le tableau qui renferme plus d'idées et de plus nobles, si maladroitement qu'elles puissent être exprimées, est plus grand et meilleur que celui qui contient moins d'idées et de moins nobles, si bien représentées qu'elles soient... Plus insuffisants paraissent les moyens par rapport au but, et d'autant plus puissante sera l'impression de la force artistique * ».
Ces phrases furent décisives pour la direction des jeunes Anglais qui, vers 1843, unissaient des tendances artistiques au mysticisme des dégénérés et des hystériques.
1. John Ruskin, Modem Painters, édition américaine, t. I, p. 21 et sqq.
Elles renfermaient l'esthétique des premiers préraphaélites. Ceux-ci éprouvèrent Timpression que Ruskin avait clairement exprimé ce qui fermentait obscurément en eux. C'était là Tidéal artistique qu'ils pressenta indifférente; la pensée, tout; d'autant j l'exécution , d'autant plus profond l'effet; gieuse, seul sujet digne d'une œuvre d' raient l'histoire de l'art à la recherche deï s'appliquaient les théories de Ruskin ac avec enthousiasme, et trouvaient ce qu dans les « primitifs » italiens, dont la G de Londres est extraordinairement riche, comme objet d'imitation des modèles achei s'attacher à ces Cimabue, Giotto, Fra Ang( ticelli et Filippo Lippi. Là étaient des tablea à l'origine déjà pauvrement peints, ou dé( tion des siècles, les uns pâlis, les autre représentaient, avec des inexpériences scènes de la passion du Christ, de la v Vierge ou de la Légende dorée, ou bien ii fantines conceptions de l'enfer et du pai quelles s'exprimait un sentiment de foi dévotion émue. Ils étaient faciles à imiter peignait dans le style des « primitifs », 1 rect, l'absence du sentiment de couleur artistique générale devenaient des qualités talent d'une façon suffisamment violente exigences du goût de l'époque, pour satisfî à l'opposition, au paradoxe, à la négation, qui est, nous l'avons vu, le propre de l'iml
La théorie de Ruskin en soi est empreinte de délire. Elle méconDaît les principes primordiaux de l'esthétique et embrouille, avec Tinconscience d'un enfant qui s'amuse étourdiment, les limites des différents arts. Il n'admet dans les beaux-arts que l'idée. Le tableau ne doit avoir que la valeur d'un symbole exprimant une pensée religieuse. Ruskin ne voit pas ou veut ignorer que les sentiments de plaisir éveillés par la contemplation d'un tableau sont directement produits non par l'idée que renferme celui-ci, mais par sa forme sensorielle. La peinture éveille avec ses moyens : couleur et dessin (celui-ci consiste à saisir et à reproduire exactement des gradations de lumière), premièrement, une impression, agréable purement aux sens, de belles couleurs individuelles et d'harmonies de tons heureusement accordés ; elle donne en second lieu l'illusion de la réalité, et, avec elle, le plaisir de degré supérieur et plus intellectuel consistant à reconnaître les objets représentés jet à comprendre l'intention de l'artiste; elle fait enfin voir les objets avec les yeux de l'artiste et découvrir en eux des traits particuliers ou collectifs que le spectateur non artiste n'a pu jusque-là percevoir par lui-même. Le peintre n'agit donc avec les moyens de son art qu'autant qu'il excite agréablement le sens des couleurs, qu'il donne à l'esprit l'illusion de la réalité et en même temps la conscience que c'est une illusion, et que, par sa vue plus profonde et plus intense, il ouvre au spectateur les richesses cachées de l'objet. Si, outre cela, le sujet, 1' « anecdote » du tableau fait de l'effet sur le spectateur, ce n'est plus le mérite du peintre comme tel, mais celui de l'intelligence non exclu-
LES PRERAPHAELITES 145
sivement picturale, qui a choisi le sujet et Ta livré. Dour
être représenté, aux facultés picturales pro
L'impression exercée par l'anecdote n'est p
les moyens de la peinture. Elle n'a pas pour i
causé au spectateur par la couleur, Tillusioi
la compréhension meilleure de Tobjet, ma
préexistant quelconque, un souvenir, ur
tableau pictural, la « Mona Lisa » du Léona
d'admiration tous ceux dont l'œil possède
suffisante. Un tableau anecdotique, qui ne s
en même temps par des qualités purement pi
froids tous ceux à qui l'anecdote en elle-n
férente, c'est-à-dire ceux à qui elle ser;
si elle ne leur était pas présentée par les r
à la peinture, mais simplement racontée
Une icône russe émeut le moujik et laisse
naisseur occidental. Un tableau représenta
de l'armée française sur les troupes pruss
rait et charmerait les philistins français, i
peint dans le style des images d'Épinal.
Assurément, il y a une peinture qui ne v< évoquer dans le spectateur les impressions et les émotions directement excitées par el exprimer des idées, et dans laquelle le t pas agir par lui-même, par sa propre pi tique, mais par son contenu intellectuel; st peinture a un nom particulier : elle s'app ses signes, qui doivent avoir non point un( raie, mais uniquement la valeur de symbi quels nous faisons abstraction de la forme
Max Nordau. — Dégénérescence.
ler qu*à la signification, ses signes, nous les nomles lettres ; et l'art qui se sert de ces symboles pour ession de processus intellectuels n'est pas la peinmais la poésie. Originairement, il est vrai, le tableau m moyen de rendre sensibles les idées, et sa valeur ique ne venait qu'en second lieu, après sa valeur e transmetteur de notions; d'autre part, aujourd'hui e, les impressions esthétiques jouent même dans écriture un rôle discret, et, tout contenu mis à part, lelle écriture produit un effet plus agréable qu'une Mais déjà, aux commencements de son développela peinture qui ne devait que satisfaire des besoins tiques, se sépara de l'écriture qui sert à rendre seules idées; la peinture enfanta l'hiéroglyphe, l'écrilémotique, la lettre, et il était réservé à Ruskin de ir supprimer une distinction qu'avaient déjà su faire, ille ans avant lui, les scribes de Thèbes.
i préraphaélites allèrent plus loin que Ruskin, auquel raient emprunté toutes leurs idées directrices. Ils dirent mal son malentendu. Il avait seulement dit i défectuosité de la forme peut être rachetée par la et le noble sentiment de l'artiste. Mais, eux, ils rent directement en principe que l'artiste, pour mer un noble sentiment et la ferveur, doit être défecdans la forme. Incapables, comme tous les faibles [•it, d'observer et de se rendre clairement compte iaits, ils ne discernèrent pas les vraies causes de exercé sur eux par les « primitifs ». Les tableaux ux-ci les touchaient et les émouvaient; ce qui les guait avant tout des tableaux d'autres peintres qui
les laissaient indifférents, c'était leur raideur pleine de gaucherie; ils virent donc tout simp raideur pleine de gaucherie la source «t imitèrent avec beaucoup de peine le mauvais dessin des « primitifs »•
Oui, certes, la gaucherie des « primit Mais pourquoi? Parce que ces Cimabue e sincères. Ils voulaient se rapprocher i délivrer du joug de la tradition de devenue complètement infidèle à la vérili les plus violents efforts, contre les mi d'œil et de main que les maîtres des avaient imposées, et le spectacle d'une celui d'ailleurs de tout violent déploiem personnalité qui veut briser des chaî quelle nature et affranchir son « moi », plus attrayant qu'il soit possible d'obse férence entre les « primitifs » et les p que ceux-là devaient commencer par Ib la peinture exacts, tandis que ceux-ci voi C'est pour cette raison que là où les p les seconds doivent repousser. C'est le entre le balbutiement d'un enfant et 1( vieillard ramolli, entre Tinfanlile et V retour aux débuts, cette affectation de de bébé dans les mots et les attitude phénomènes fréquents chez les débiles les rencontrerons souvent encore che tiques.
Conformément à la doctrine de leui
Ruskin, le déclin de Tart commence, pour les préraphaélites, avec Raphaël. Les raisons en sont claires. Imiter Cimabue et Giotto, cela est relativement facile. Pour imiter Raphaël, on doit soi-même pouvoir dessiner et
I peindre dans la perfection, et c'est ce qu'étaient incapables
de faire les premiers membres de la « Fraternité » . De plus, Raphaël vivait au plus beau moment de la Renaissance.
l L'aurore de la pensée nouvelle rayonne dans son existence
et dans ses œuvres. Dans sa liberté d'esprit de « cinquecentiste » émancipé, il ne peignait plus seulement des sujets religieux, mais aussi des sujets mythologiques et historiques, — les mystiques disent : des sujets profanes. Ses tableaux ne font plus seulement appel à la ferveur religieuse, mais aussi au sens de la beauté. Ils ne servent plus exclusivement Dieu; en conséquence, ils servent le diable, dit Ruskin et répètent ses disciples, et sont par là condamnables. Enfin, il était conforme à la tendance de contradiction et de négation du notoire dominant toute l'intellectualité des imbéciles, qu'ils déclarassent faux justement celui des dogmes de Thistoire de l'art qu'on avait toujours considéré comme le plus incontestable. Tout le monde disait depuis trois siècles : « Raphaël est le point culminant de la peinture ». A cela ils répondirent : « Raphaël marque le point où la peinture est tombée le plus bas ». Et ainsi il advint que, dans la désignation qu'ils s'attribuèrent, ils firent précisément allusion a Raphaël et non à un autre maître ou à une autre période de l'histoire de l'art.
11 ne faut attendre de la pensée mystique ni logique ni' unité. Il est conforme à sa nature de se mouvoir dans
d'éternelles contradictions. A un endroit, Ruskin dit : « Le mal est que le peintre prend sur lui de changer les
œuvres de Dieu suivant son bon plaisf" -'-^ ^'^* — " '^
ombre sur tout ce qu'il voit. Toute m( de la nature a son origine ou dans Vi une effronterie aveugle * ». Donc, le duire Tobjet comme il le voit et ne plus léger changement à son égard, plus loin, le même Ruskin dit : « Il y pour chaque plante, chaque fleur, cha* cette forme que chaque individu de Te venir, s'il est délivré de l'influence ( maladie * ». Et reconnaître et rendre €ontinue-t-il, est la grande tâche du p
Il est à peine nécessaire de démo assertions détruit complètement l'autre à laquelle aspire chaque objet, le pe devant lui avec les yeux du corps. I l'objet en vertu d'une opinion pr affaire à des formes individuelles qui, maladie », s'écartent de la forme idéa
Pour les ramener par le pinceau à doit changer ce qui est donné par la i qu'il le fasse, mais il dit en même tei fication est « de l'impuissance et de effronterie aveugle! » Naturellemen affirmations, qui s'excluent l'une Tau C'est la première, sans aucun doute,