‹ Dégénérescence, Volume 1Chapitre 3 sur 60 · CRÉPUSCULE 0ES PEUPLES J · texte numérisé non relu

CRÉPUSCULE 0ES PEUPLES J

la vieillesse, dans la maison où, jeune, il a vécu $oq roman d'amour. Rien n'est changé. Les fleurs embaa* ment dans le jardin, les oiseaux gazouillent joyeusement dans les grands arbres où ils ont déposé leurs nid§, des enfants espiègles s'amusent bruyamment sur le frais gazon. Lavretzky seul est devenu vieux et contemple, phagrin et mis à l'écart, le tableau de cette nature qui poursuit gaiement son existence, ne se soudant nullement que la bien-aimée Lise ait disparu et que Lavretzky soit maintenant brisé et fatigué de la vie. La compréhension par Lavretzky que, au milieu de cette nature éternellement jeune, éternellement florissante, lui seul n'a plus de lendemain; le cri d'agonie d'Alving : «Le soleil! le soleil! » dans Les Revenants d'Ibsen, — voilà la vérir table disposition « fin de siècle » chez nos contemporains.

Le mot à la mode est empreint de ce vague qui le rend apte à indiquer toutes les choses à demi conscientes, et peu nettes qui s'agitent dans les esprits. De même que les mots « liberté, idéal, progrès », qui paraissent exprimer des notions et sont simplement des sonorités, « fin de siècle », lui aussi, ne dit rien en lui-même et reçoit une signification variable selon le cercle d'idées de ceux qui s'en servent.

Le plus sûr moyen de savoir ce qu'on entend par « fin de siècle » est de passer en revue une série de cas où ce mot a été employé. Ceux que nous allons citer ici sont empruntés aux journaux et aux livres français des deux dernières années *,

1. Une comédie en quatre actes de MM. H. Micar.d et F. de Jouvenot, Fin de Siècle, jouée à Paris en 1890, n'apporte à peu près

.^Ll-.

-Un roi abdique, quitte son pays et s'installe à Paris* Il s'est toutefois réservé certains droits politiques. Un jour il perd au jeu beaucoup d'argent et se trouve fort embarrassé. Alors il passe avec le gouvernement de son pays un contrat aux termes duquel il renonce à jamais^ moyennant ime isomme d'un million de francs, à tous les titres, situations officielles et privilèges qui lui restent encore. Roi « fin de siècle ».

/, ^ Un évêque est poursuivi judiciairement pour offense aii

' ministre des cultes de ^n pays* Au cours des débats il

K. fait distribuer aux journalistes, par ses chanoines qui

l'accompagnent, sa défense imprimée d'avance à un grand nombre d'exemplaires. A la suite de sa condamnation à une amende, il organise une souscription publique qui lui rapporte plus de dix fois le montant de cette amende* Il publie un volume-réclame renfermant toutes les lettres de félicitations qui lui ont été adressées. Il fait un voyage circulaire dans le pays, se montre dans toutes les cathédrales à la foule curieuse de voir la ^îélébrité du jour, et ne manque pas à cette occasion de faire passer parmi les fidèles la bourse de quête. Évêque « fin de siècle »• . ^ L'assassin Pranzini, après son exécution, est porté à V la salle d'autopsie. Le chef de la police secrète enlève au t cadavre un grand morceau de peau, la fait tanner, puis

transformer en porte-cigares et porte-cartes pour lui et quelques amis. Fonctionnaire « fin de siècle ».

aucun secours au point de vue du senB attaché par les Français à ['/;. ce mot, parce qu*il ne s'agissait pas pour les auteurs de rcpré-

^ senter un état d'âme des contemporains, mais simplement de

'^ donner à leur pièce un titre qu'ils croyaient de nature à attirer le

public» . i /

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